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La voix derrière la porte, de Rune Michaels

 
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    Suite au décès de sa mère, une adolescente Daze réalise lentement son deuil entourée de son père, ingénieur informatique, et de son petit frère de cinq ans. Persuadée d’avoir entendu la voix de la défunte, elle découvre dans le laboratoire de son père, la tête de sa mère, reliée à un ordinateur... En choisissant d’écrire à la première personne, l’auteur se met dans la tête du jeune personnage et peu à peu nous entraîne dans l’inconscient d’un état psychique en souffrance celui de Daze.

    Les adolescents confrontés au deuil

    (JPG)
    © Casterman, 2009

    La première de couverture du roman nous plonge dans un univers particulier et sombre apparemment. On y voit les jambes de la jeune adolescente qui écoute derrière la porte. Les couleurs sont inquiétantes : gris, noir, rouge. Cette couverture illustre donc bien le titre. Cette illustration annonce un mystère, un secret, un univers caché que l’auteur va nous révéler tout au long de cette histoire. De plus on peut noter une double curiosité celle de l’adolescente qui écoute discrètement derrière une porte et celle du lecteur curieux de savoir le pourquoi et qui le découvrira tout au long du roman. La couverture nous incite à la lecture du livre, le mystère reste entier. Enfin les couleurs peuvent nous rapprocher des différents thèmes que nous explorerons plus tard (la mort, le deuil, la maladie, la solitude, le suicide).

    Un jour, Daze entend, venant du bureau de son père, la voix de sa mère, morte quelque temps auparavant. Curieuse, elle cherche à comprendre et découvre une tête, à l’image de sa mère, bourrée de circuits informatiques. Connecté à un ordinateur, ce visage surmonté d’une perruque, parle et joue à des jeux de société. Au contact de cette mère "reconstituée", Daze retrouve sa joie de vivre. Mais un jour, la tête disparaît, jetée négligemment dans la remise souterraine appelée cimetière...

    Tout d’abord nous verrons la douleur de l’adolescente face à la mort et la difficulté de continuer de vivre une vie « normale ». Puis nous analyserons la relation ambiguë entre réalité et fiction, entre inconscient et raison.

    1/La difficile étape du deuil et la culpabilité face à la mort

    Daze a du mal à vivre depuis la mort de sa mère, survenue trois ans plus tôt. Son père lui a dit qu’elle était morte d’un cancer et Daze souffre énormément de l’absence, du vide, de l’amour perdu. Elle est hantée par des souvenirs violents. Elle habite à présent dans une autre maison, avec son père, chercheur et ingénieur en informatique à l’université, et son petit frère. Elle consulte régulièrement un psychologue. Est-il préférable d’oublier ou de se souvenir ? Daze essaie, elle, de faire vivre la mémoire de sa mère et ne l’oublie pas ; elle inculque à son petit frère bien jeune pour se souvenir parfaitement de leur maman leurs souvenirs avec elle. Elle aide aussi les autres qui comme elle, doivent affronter la maladie comme une de ses camarades de classe qui se retrouve confrontée à la maladie de sa tante et qui se tourne vers Daze pour avoir de l’aide et du réconfort et ainsi chercher aussi à comprendre, à réaliser. Même si Daze à l’air de bien vivre ou d’accepter cette disparition son fond intérieur est bien différent. Après avoir entendu à plusieurs reprises la voix de sa mere ses souvenirs remontent en elle et les doutes aussi, serait il possible que sa mère ne soit pas morte ? Que tout cela ne soit qu’un mauvais rêve ? La jeune fille lucide du début se transforme et elle n’arrive plus à croire à la mort de sa mère. Son désir de la retrouver l’a fait imaginer des milliers de situations qui sont basées sur ces voix. Après la découverte d’une tête d’androïde ressemblant parfaitement à sa mère, Daze va tisser un lien particulier avec ce robot et va se confier, se livrer, discuter avec celui ci comme s’il s’agissait de sa propre mère. Sa réaction peut étonner le lecteur mais cela met en évidence une certaine culpabilité. En effet à la fin du roman, le lecteur apprend que Daze n’a pas perdu sa mère d’un cancer mais que celle ci s’est suicidée, et que c’est Daze elle-même qui a fait la découverte de sa mère dans la baignoire de la maison familiale.

    2/Les relations de Daze avec le robot : mélange de fiction, de raison et de sentiments

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    Les voix qu’entendaient Daze n’étaient donc pas le fruit de son imagination mais le fruit du travail informatique de son père : une intelligence artificielle programmée par son père pour répondre à des questions basiques. Un robot à l’effigie de la défunte. Daze après la découverte secrète de cet androïde va commencer à tisser une relation complexe et ambiguë avec celui-ci coupable de ce qui est arrivé à sa mère. Elle se laisse emporter par le désir de retrouver sa mère en essayant d’avoir avec le robot la même attitude qu’avec sa mère. Elle va apprendre au robot la vie de sa mère pour que celui ci se comporte comme tel. Elle ira jusqu’à lui présenter son petit frère Ryan pour faire comprendre au robot qu’il a un autre enfant. Daze retrouve en ce robot la voix, le visage de sa mère et ne se rend plus bien compte au fil du temps de la fiction (de l’informatique) et du réel(sa mère est morte). Tout se mélange dans sa tête. Elle semble avoir une réaction qui nous prouvera par la suite qu’elle se trouve enfermée dans sa souffrance. L’androïde lui est si cher et elle a tellement associé sa mère à celui ci qu’elle ira jusqu’à le cacher pour empêcher son père de le détruire alors qu’il vit une nouvelle histoire d’amour avec une collègue. On voit donc la volonté de Daze de sauver sa mère cette fois. Elle essaie à tout prix de la protéger pour ne pas la perdre une nouvelle fois. Son deuil n’était donc pas terminé et ce robot n’a fait que prouver sa culpabilité, son désarroi et sa douleur d’autant plus forte que c’est elle, bien qu’extrêmement jeune qui a découvert sa mère sans vie.

    Le but de l’auteur est peut être de faire réfléchir les enfants, les adolescents sur leur rapport avec la mort. Elle prouve ici que le deuil chez l’enfant est très difficile et qu’il est important que l’enfant soit mis au courant et comprenne très vite la situation pour ne pas vivre comme ici pour Daze une situation inconcevable et vivre dans la culpabilité, la douleur..

    Ce roman est vraiment excellent il aborde des sujets difficiles à traiter pour des enfants comme la mort, le deuil chez l’enfant mais aussi chez l’adulte avec le cas du père, la maladie, l’enfant face au suicide, le sentiment d’abandon et de culpabilité... Le lecteur peut se sentir concerné par ce sujet et même ému de la situation de Daze. R.Michaels explore la complexité des sentiments, la difficulté d’affronter le deuil, d’accepter de continuer de vivre malgré tout. Je conseillerais vivement ce livre car il est le reflet d’un véritable amour perdu entre un enfant et sa mère, il dresse parfaitement le portrait d’une ado perdue dans son passé et incapable de faire face à des sentiments contradictoires. Jusqu’au bout l’auteur nous tient en haleine dans ce roman psychologique ce qui accentue notre intérêt pour le livre, notre désir de connaître la vérité, le dénouement.

    Cette jeune fille capte très vite l’attention et la sympathie des lecteurs. On la suit dans sa manière de survivre, dans son balancement entre les désirs de son inconscient et ce que lui dicte sa raison, dans son chemin douloureux pour accepter la vérité de la mort de sa mère. Je pense cependant que ce livre s’adresse plus aux adolescents de plus de 13-14 ans capables de comprendre les sentiments de cette jeune fille et d’y réfléchir.

    © Laura DEHAEZE, L2 Espagnol, UFR ERSO

    Mise à jour mai 2014

    Post-scriptum

    Références bibliographiques

    MICHAELS, Rune. La voix derrière la porte. Gianni DE CONNO ill. Antoine Pinchot trad. Casterman, 2009. 23 x 14 cm. 978-2-203-01506-7 (br.) : 13 €

    Titre original : The reminder

    Mots clés : mort, inconscience, adolescence, deuil, espoir

    Site officiel de l’auteur runemichaels.com