Site littérature jeunesse de lille 3

Percy Jackson : le voleur de foudre, de Rick Riordan

 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    Analyse du premier tome de la saga de Rick Riordan : Percy Jackson

    Un livre... divin !

    Publiée pour la première fois en France en 2006 chez Albin Michel, la saga de Rick Riordan, nommée Percy Jackson (Percy Jackson and the Olympians sous son titre original), a été republiée récemment suite à l’adaptation du premier tome en film.

    Le premier tome retrace les aventures de Percy Jackson, demi-dieu, qui découvre à douze ans qu’il est non seulement un demi-dieu, mais qu’en plus il est accusé par le monde divin tout entier d’avoir volé l’éclair de Zeus. S’ensuivent de longues péripéties avec ses amis Annabeth, fille d’Athéna, et Grover, un satyre, pour récupérer ce dernier et se disculper.

    (BMP)
    © Albin Michel, 2008

    La première de couverture nous plonge dans un monde angoissant, avec des éléments déchaînés : le ciel est zébré par un éclair et la mer est démontée. Un jeune garçon, dans l’eau, tient dans la main une épée, et se dresse face à une ville, qu’on peut identifier comme New York grâce à la présence sur l’image de l’Empire State Building. On se doute que le bâtiment, facilement reconnaissable pour quiconque en sait un peu sur New York, jouera un rôle dans l’histoire et on se demande si le garçon, qui a sans aucun doute un rapport, quel qu’il soit avec l’eau, doit affronter la tour, ou bien le ciel menaçant. Le titre évoque la foudre, et on retrouve cette image dans le dessin de la couverture. La couverture illustre donc à la fois le titre, mais aussi le récit dans son intégralité, sans toutefois révéler toute l’intrigue.

    Percy Jackson, Persée de son vrai prénom, âgé de douze ans, découvre, après s’être fait attaquer par une furie déguisée en prof de maths qui l’accuse d’avoir volé l’éclair de Zeus, qu’il est en fait un demi-dieu. Il est donc envoyé à la colonie des Sangs-mêlés, où on forme les héros. Toutefois, Percy se retrouve, bien malgré lui, obligé de retrouver l’éclair disparu avec l’aide de ses amis, Annabeth Chase, fille d’Athéna, et Grover, satyre protecteur de Percy.

    On devine aisément, à la lecture de ce résumé, que l’auteur s’est beaucoup inspiré de la mythologie grecque, tout en l’actualisant. Rick Riordan s’est demandé comment les mythes grecs pouvaient encore nous parler, malgré les millénaires qui ont passé depuis leur création. Il a tenu à nous montrer que les hommes n’ont pas changé en dépit du temps.

    Un Héros à la fois « antique » et actuel

    Le thème essentiel de l’œuvre est l’Antiquité grecque et ses mythes. Même si l’histoire se passe à notre époque, et dans notre monde, les allusions à la mythologie grecque sont multiples. Ne serait-ce que le personnage principal : Percy se prénomme en fait Persée, qui était un des demi-dieux les plus appréciés sous l’Antiquité, il ne sait pas lire l’Anglais (rappelons qu’il est américain) mais uniquement le grec ancien, il est le fils de Poséidon et se découvre des pouvoirs exceptionnels quand il est à proximité de l’eau (cf. la première de couverture) et a une relation privilégiée avec les chevaux (n’oublions pas que d’après le mythe grec, c’est Poséidon qui aurait offert le cheval à Athènes). Comme le premier Persée, il possède une arme divine, forgée par Héphaïstos : son épée Turbulence, qu’on retrouve sur la première de couverture. Mais c’est là que l’auteur fait de son personnage un adolescent actuel : Percy est qualifié de dyslexique dans le monde actuel parce qu’il est génétiquement programmé pour lire du grec ancien, son épée peut se transformer en stylo. Rick Riordan en fait également un adolescent toujours menacé par son beau-père, avec une mère qui se tait alors qu’elle-même est maltraitée.

    Les autres personnages ne sont pas en reste : Annabeth, la fille d’Athéna (déesse de la sagesse et du combat), est de loin la plus intelligente de la colonie, et la plus fine stratège, tandis que la fille d’Arès (dieu de la guerre) est violente. Le précepteur des Sangs-mêlés est Chiron, le centaure qui a formé Achille...

    L’auteur fait allusion à des dizaines de mythes, à des épopées.

    Mais c’est surtout à partir du moment où il arrive à la colonie (et abat un Minotaure au passage) que l’œuvre rappelle tous les thèmes chers aux Grecs dans l’épopée : l’Oracle de Delphes qui donne un message sibyllin aux héros qui partent en quête, message qu’ils ne comprendront toujours que trop tard, l’intervention des dieux et des monstres dans celle-ci, et surtout la descente aux Enfers.

    La descente aux Enfers de Percy est très symbolique, en partie parce que la mort est mentionnée des dizaines de fois dans Percy Jackson, le voleur de foudre. En effet, l’auteur insiste sur l’immortalité de certains personnages, la fragilité de la vie des héros, et surtout, il envoie la mère de Percy chez Hadès, le dieu des Enfers, qui la tuera si Percy ne lui apporte pas l’éclair de Zeus. C’est pour la sauver que Percy entreprend sa quête. On ne peut que penser à Orphée, qui descend aux Enfers pour sauver Eurydice. Mais aussi à Hercule, Ulysse, Énée, Thésée... C’est là qu’il sera renvoyé si jamais un monstre parvient à lui ôter la vie...

    Le pouvoir est également un thème largement traité dans le récit. Percy n’aurait pas dû naître : il est le fils de Poséidon, l’un des trois grands dieux (Zeus, Hadès, Poséidon). Ces dieux, les plus puissants de tous, avaient juré de ne pas avoir d’enfants car ceux-ci seraient trop puissants et pourraient renverser les dieux. Bien que Zeus soit le roi des dieux, il n’est pas en position de force, de même que Poséidon, le père de Percy, car ils ont transgressé leur pacte. Hadès reste donc (au moins dans le premier tome) le seul à avoir tenu sa promesse, et se retrouve en position de force.

    La quête de l’éclair est révélatrice : l’éclair est le symbole du pouvoir de Zeus, et le fait qu’Hadès veuille s’en emparer est significatif. Les dieux luttent pour le pouvoir. Zeus est prêt à déclarer la guerre au monde entier pour le récupérer et asseoir son pouvoir. Cronos, le père de Zeus, qui a été découpé en morceaux et jeté dans le Tartare (lieu particulièrement horrible des Enfers) tente lui aussi de récupérer l’éclair et le pouvoir, quitte à pervertir les jeunes demi-dieux et à les pousser à trahir leurs propres parents.

    C’est dans le thème de la trahison que Rick Riordan tranche avec l’épopée. Le héros antique est brave, guerrier, mais surtout, il est loyal. Alors que Percy est trahi par un autre demi-dieu, les dieux se trahissent entre eux. La quête, et même la saga tout entière, repose sur la trahison. Celle du véritable voleur de l’éclair divin...

    On peut donc se demander, puisque le livre de Rick Riordan fait beaucoup appel à la mythologie, à des évènements très anciens, le rapport que peut entretenir le lecteur avec le livre. Qu’éveille l’œuvre chez lui ?

    Un récit qui fait appel aux souvenirs et à la sensibilité du lecteur mais aussi instrctif

    Quel enfant ne s’est jamais senti attiré par la mythologie grecque ? Même sans connaître des dizaines de mythes, ils font partie de notre culture. Rick Riordan fait appel aux souvenirs des enfants, et des plus grands, en faisant des allusions à des mythes plus ou moins connus. Il se joue de la mythologie et les lecteurs se font un plaisir de chercher à comprendre ses références. Mais il ne se contente pas de faire appel à la mémoire et à la culture générale de ses lecteurs : il leur apprend des choses, des mythes inconnus d’eux tout en faisant en sorte que cela ne soit pas perçu comme une leçon indigeste.

    Le personnage de Percy éveille aussi de la sympathie chez le lecteur. Le récit se faisant à la première personne du singulier, le lecteur partage les pensées les plus intimes du demi-dieu, et s’identifie rapidement à lui. Ses pouvoirs extraordinaires sont enviables, mais Percy se bat autant à l’épée qu’avec ses pouvoirs. Car, hormis le fait qu’il soit à moitié divin, Percy est un adolescent normal : il n’est pas vraiment une « terreur », se fait brutaliser par son beau-père et les enfants du dieu de la guerre, il est amoureux mais ses histoires d’amour sont toujours compliquées, il a peur des monstres, ses professeurs ne le trouvent pas spécialement plus intelligent que la moyenne, sauf en latin, car il est dyslexique...

    Ce roman transmet un véritable message sur les valeurs traditionnelles, qui l’étaient déjà pendant l’Antiquité.

    Personnellement, j’aurais tendance à le recommander à tous, même si le langage est courant et qu’on se rend vite compte que le livre est davantage destiné à des jeunes adolescents (à partir de douze ans) qu’à de jeunes adultes. Toutefois ces derniers peuvent aussi se passionner pour l’histoire, et apprécier le jeune héros, qui est parfois plus mûr que les adolescents de son âge. Les garçons comme les filles apprécieront ce jeune demi-dieu !

    © Valentine L1 HSI, Langues et Culture Antiques

    Novembre 2010

    Post-scriptum

    RIORDAN, Rick. Percy Jackson, le voleur de foudre. ROCCO John ill. DE PRACONTAL Mona trad. Paris : Albin Michel, 2008. 424 p. ; Wiz. ISBN 978-2226186072 [broché].

    Pour aller plus loin...

    Le site officiel de l’auteur Rick Riordan (en anglais) : rickriordan.com

    Quelques liens sur le film (en anglais) :

    percyjacksonthemovie.com et

    percyjackson-lefilm.com