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La Ballade de Kiki le coq et Cucue la poule, de Michel PIQUEMAL, illustré par Frédéric PILLOT

De la piste de danse à la scène, il n’y a qu’un coq !
 
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    Cucue a rencontré Kiki le coq au Bal des poulettes solitaires et elle en est tombée très amoureuse. Très vite, Kiki le séducteur quitte Cucue pour une autre poule, rousse celle-ci. Cucue est dépitée et tente de mettre fin à sa vie. De retour au poulailler, ses souffrances lui servent à créer des poèmes qu’elle chante le soir. Forte d’un énorme succès, elle se fait remarquer par un producteur qui lui ouvre les portes de la célébrité.

    Anthropomorphisme et microcosme : bienvenue chez les poules !

    « Au grand bal des poulettes solitaires ». C’est donc là que passent leur temps libre les occupantes du poulailler. Les coqs sont des séducteurs, des « Don Juan » qui conduisent des voitures jaunes et partent aussi vite qu’ils ne sont venus. La communauté de volailles est bien une société moderne régie par des règles qui sont en phase avec l’époque actuelle. C’en est fini de l’anthropomorphisme modéré où les animaux ne faisaient que parler, restaient dans le cadre de la forêt ou de leur zoo. Là, l’intrigue se déroule dans un poulailler, milieu totalement artificiel et créé par l’homme. D’autant plus que c’est un poulailler moderne où les poules portent des bijoux et des accessoires. C’est cet anthropomorphisme assumé et poussé au maximum qui va donner à l’enfant une facilité de compréhension de l’intrigue qui se déroule dans un microcosme représentatif d’une société dans laquelle il commence à évoluer lui-même. Cet angle d’approche est fidèlement illustré par Frédéric PILLOT. Son dessin des cases où les volailles dorment dans le poulailler fait clairement penser à un bloc d’appartements. Les poules sont représentées chacune dans leur case (ou appartement privé) dans un espace restreint, usant de radios, jeux de cartes, cadres photos... Une vraie vie citadine qu’un enfant d’aujourd’hui connaît bien mieux que le monde de la forêt.

    "Recontextualiser" des thèmes dont on parle déjà

    S’il y a un message de fond à retenir de l’histoire de Cucue, c’est bien celui pour les jeunes demoiselles de ne pas se fier au premier séducteur à la crête venu, de savoir que derrière le charme ravageur des jeunes premiers, se cache bien souvent un instinct de loup sans pitié qui ne demande qu’à les "dévorer" et s’en aller attaquer une autre victime, ainsi que Kiki l’a fait en quittant Cucue pour une poulette rousse. Il faut pour cela que nos victimes potentielles apprennent à distinguer la vaine séduction de l’amour véritable. Ces sujets ne sont pas nouveaux. De Laclos à Bridget Jones, cela fait des siècles qu’on en parle.

    Là où se trouve l’innovation, c’est que cette œuvre s’adresse à un public plus jeune que celui habituellement visé par ces thèmes. La méthode est simple ; des illustrations de style cartoon, toutes dans le mouvement, un texte accessible, court, rythmé et amusant. Ces procédés allègent la gravité du message sans en altérer le fond. C’est comme ça que Piquemal peut introduire le thème du suicide, de la souffrance sentimentale et apprendre au jeune public certains des aspects tristes de la vie qui les attend.

    Il y a cependant un autre message qui apparaît dans un second mouvement narratif, c’est la transformation des tristesses en force. On tire avantage de toutes nos souffrances. Sans la fourberie de Kiki, Cucue n’aurait pas chanté ses lamentations et n’aurait jamais été propulsée au rang de célébrité. Ce sont les souffrances qui font évoluer. C’est un message positif qui ressort de l’histoire de Cucue la poule.

    Un féminisme revendiqué mais peu visible : l’évolution moderne du mythe de la princesse

    Sur la fiche de lecture présente sur le site officiel de Michel Piquemal, on revendique une certaine forme féminisme. Il est vrai qu’une fois Cucue célèbre, et que « Kiki reviendra la retrouver un peu trop sûr de lui et de son charme... Cucue saura le recevoir comme il se doit ! » (fiche de lecture). Cependant notons au passage que pendant toute l’histoire, Cucue, comme son nom l’indique, reste extrêmement passive. Elle se fait quitter, tente de se suicider et se fait remarquer par le producteur presque par hasard. Ce n’est pas le profil d’une femelle proactive. Ce n’est pas comme si elle était allée trouver le producteur Eddy Barraquet elle-même. Tout lui tombe dessus. Elle se fait passivement propulsée au rang de star. La machine s’emballe autour d’elle mais ce n’est pas de l’initiative de Cucue. En cela, le féminisme revendiqué n’est pas un argument très convaincant.

    Une autre chose, qui élimine définitivement cet argument, vient d’un des message pouvant paraître dans cette histoire. En effet, on peut croire qu’est véhiculé le message d’espérer devenir une star du jour au lendemain, sans travail particulier. Alors qu’on commence juste ces dernières années à se rendre compte des dangers de la déception due à l’effondrement du rêve de devenir célèbre, Cucue, elle, est très facilement propulsée sur la scène. Avant, tous les jeunes rêvaient de devenir prince ou princesse ; aujourd’hui, ils veulent être célèbre. On a là une simple évolution de ce qui peut être nommé "le mythe de la princesse". Avant cependant, il était quasiment impossible de devenir prince ou princesse. Aujourd’hui, devenir célèbre, peut se faire simplement moyennant sa dignité. Or, encourager ces espoirs n’est peut-être pas une idée des plus féministes. Notion à prendre avec précaution pour les jeunes lecteurs.

    À la décharge de Piquemal cependant, il faut dire que l’auteur ne fait que raconter une histoire insérée dans une société qu’il dépeint tout simplement. Ce qui justifie une nouvelle aventure de ses poules dans télé cot cot réalité, toujours chez de la Martinière, paru en 2010, dans laquelle, il offre une vision décalée de ce star-system minute.

    En bref et en lecture

    La Ballade de Kiki le coq et Cucue la poule est un conte moderne, dont l’intérêt réside dans l’importance des sujets abordés et la musicalité du livre qui commence sur la piste de danse et se termine sur scène, avec un langage simple et rythmé divertissants pour les jeunes lecteurs. Les illustrations sont fidèles à l’esprit dynamique du texte et l’histoire est en phase avec la société actuelle.

    Michel PIQUEMAL. La Ballade de Kiki le coq et Cucue la poule. Fréderic PILLOT ill. Paris : De la Martinière Jeunesse, 2009, 40 p., 28 cm x 23 cm., ISBN 978-2-7324-3932-7 (Cartonné)

    Public : À partir de 6 ans

    Liens : Edition de la martinière jeunesse. Site officiel de Michel Piquemal

    Jonathan DANICOURT, Licence 2 Humanités et Sciences de l’Information, UFR Langues et Cultures Antiques, janvier 2011