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ALICE : mais qui est Alice Roy ?

 
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    Nancy Drew alias Alice Roy (A.Chazelle)

    Nancy Drew (Alice Roy en France) écrit une lettre aux éditions Hachette afin de leur faire part de son mécontentement face aux changements effectués dans ses aventures dans la version française, à commencer par son prénom.

    ***

    Monsieur le Directeur,

    Ce n‘est pas aujourd’hui le personnage qui vous parle mais la jeune fille que je suis. Je vous envoie cette lettre car elle est le seul moyen que je possède pour vous transmettre mon insatisfaction concernant votre version de mes aventures. N’en avoir traduit que la moitié passe encore, mais les changements opérés dans vos livres sont un non-respect pour mon identité. Auriez-vous oublié que je suis avant tout une enquêtrice et que pas un mystère ne m’a échappé durant ces dernières années, pensiez-vous alors pouvoir me cacher ces ignominies sans que je les découvre un jour ? Chercher est ma passion, Monsieur, et je m’y adonne autant que possible.

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    ©Hachette, 1956

    Je tiens d’abord à vous rappeler que mon nom est Nancy Drew, et cela déjà depuis 1930 et qu’il n’est pas là d’en être autrement. Alors pourquoi m’avoir nommée Alice Roy dans votre collection ? Même Hélène Commin et Anne Joba, vos premières traductrices n’ont su me donner une explication fiable : « Cela faisait plus Français. » mais je ne suis pas Française monsieur, je suis bel et bien Américaine ainsi que ma famille et mes amies qui, elles non plus, n’ont pas échappé à cette francisation. Mes deux meilleures amies, Georgie Fayne et Bess Taylor (et non pas Marion Webb et Bess Marvin) n’ont pas vraiment apprécié votre geste, tout comme ma gouvernante Sarah (devenue Hannah), d’autant plus que trois de nos amis masculins n’ont, eux, pas eu à faire à cette transformation dans vos livres (Ned Nickerson, Daniel Evans et Bob Eddleton). Pouvez-vous alors nous expliquer pourquoi ces trois garçons ont eu le droit au respect de leur identité et pas nous ?

    Auriez-vous plus de considération pour eux car ce sont des footballeurs à l’université d’Emerson ? Je trouve cela lamentable et espère qu’il en est tout autre car, mon père, Carson Drew, dont vous avez eu l’indélicatesse de changer en « James Roy », est comme vous le savez un avocat très réputé ici à River Heights et il serait dommage que nous soyons obligés d’en venir à vous intenter un procès.

    De plus, cette traduction déjà faussée par des prénoms fictifs, l’a été je dois le dire de plus en plus au fur et à mesure des parutions. Simplifications du texte, modernisation du vocabulaire ne rendent pas compte du travail originel.

    La littérature jeunesse n’est pas à prendre à la légère, les enfants ont eux aussi le droit d’avoir accès à des livres de qualité et j’aurais aimé qu’il en reste ainsi.

    Mais, votre plus grand affront reste pour moi le raccourcissement du texte pour le substituer à des illustrations ; bien qu’elles restent très proches de moi, tant les premières d’Albert Chazelle que les dernière de Philippe Daure, il me semble que les images doivent respecter l’espace du texte. Les intégrer sans pour autant supprimer du texte aurait été plus respectueux.

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    ©Grosset et Dunlap, 1933

    J’aimerais aussi, comme je l’ai fait avec Grosset and Dunloap et Simon and Schuster, mes maisons d’éditions américaines, aborder le sujet du mensonge qui entoure ma naissance. Quand je suis sur une piste je ne la lâche jamais, jusqu’à ce que la vérité éclate : j’ai un profond respect pour la persévérance. Ainsi, pendant trois ans, j’ai vécu dans l’affabulation la plus totale orchestrée par la boîte de production Stratemeyer qui a fait commande de mes aventures, en croyant que Caroline Quine était ma créatrice. Or, cette femme n’existe pas, elle n’est qu’un pseudonyme derrière lequel se cache ces usurpateurs du syndicat Stratemeyer, soit disant auteurs de mes romans (Mildred wirt Benson, Harriet Stratemeyer Adams, Susan Wittig Albert,...et j’en passe).

    Je ne peux vous blâmer entièrement pour cette hypocrisie, mais votre faute a été de ne pas me la dévoiler et de me laisser vivre ainsi avec la conscience de la douleur qu’elle occasionnerait si je venais à l’apprendre.

    Je souhaiterais ainsi que vous puissiez m’expliquer pourquoi les éditions Hachette au travers de la bibliothèque verte supposée inculquer des valeurs morales à ces lecteurs, a basé une de ses collections sur autant de mensonges, de plus sur mes aventures qui sont ou doivent être le reflet du savoir, du courage et de l’intégrité.

    Ne me parlez pas de l‘excuse de faire davantage de succès, car elle ne tiendrait pas la route en sachant qu’une collection de jeux vidéos basés sur mes aventures porte mon nom et qu’elle rencontre un succès certains étant donné que voilà onze ans qu’elle existe. De plus que diriez-vous si je vous apprenais que même Hollywood a par plusieurs fois misé sur mon nom pour des adaptations cinématographiques. Je vous laisse vérifier par vous-même et vous laissant les adresses de plusieurs sites à la fin de ma lettre.

    En espérant que vous prendrez en compte mes réclamations, non plus pour mes aventures car elles sont bel et bien finies, mais ne serait-ce pour d’autres livres, pour que vous n’ayez plus par la suite de nouvelles plaintes.

    Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations distinguées,

    Nancy Drew

    PS

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    jeu vidéo
    Nancy Drew 1

    Un site officiel de la série de jeux vidéos Nancy Drew

    la bande-annonce du remake moderne de mes aventures

    -  Alice Roy (Nancy Drew) sur le site de Caroline Quine

    -  article sur Lille3 jeunesse d’une jeune fille qui explique sa passion et sa découverte de mes aventures (rubrique : « À vos plumes pour un livre, un souvenir...)

    Post-scriptum

    Sur une idée de Camille BAJEUX, L1 HSI

    UFR langues et culture antiques, janvier 2011