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La JALOUSIE (mini thèse)

 
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    « Pour la jalousie il n’est ni passé ni avenir, ce qu’elle imagine est toujours le présent. » Marcel Proust

    Vous ? Moi ? Jaloux ? Certainement pas ! On s’inquiète, on questionne mais on n’avoue jamais ! La jalousie est-elle une preuve d’amour ?

    Les ouvrages sélectionnés

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    DOLTO-TOLITCH, Catherine. Jaloux pas jaloux. [Paris] : Gallimard jeunesse-Giboulées, 1996. [11 p]. (Dr Catherine Dolto-Tolitch ). ISBN 2-07-059274-X : 26,50 FR

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    MOSES, Brian. Pourquoi je suis jalouse. Paris : Gamma Jeunesse, DL 2006. 32 p. (Pourquoi je suis...). ISBN 2-7130-2065-4 : 9 EUR

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    PINSON, Zaza, DE PENNART, Geoffroy. L’autre. Paris : Kaléidoscope, DL 2006. [30 p.] ISBN 2-87767-485-1 : 12,50 EUR

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    KORSCHUNOW, Irina. Peluchon. Paris : l’Ecole des loisirs, 1991. 59 p. (Mouche). ISBN 2-211-03808-5 : 64 FR

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    JAOUI, Sylvaine. Je veux changer de sœur ! Paris : Casterman, 2003. 74 p. (Romans Casterman junior : comme la vie). ISBN 2-203-12877-1 : 6,50 EUR

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    JADOUL, Emile. La petite reine. Paris : l’École des loisirs, 2003. [24 p.] ISBN 2-211-07128-7 : 10 EUR

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    LAOUENAN, Christine. Jamais jaloux vous ? parce qu’on est tous un peu jaloux... Paris : de la Martinière jeunesse, DL 2006. 109 p. (Oxygène). ISBN 2-7324-3475-2 : 11 EUR

    Qu’est-ce que la jalousie ?

    Selon Le Petit Larousse la jalousie est un sentiment d’inquiétude douloureuse chez quelqu’un qui éprouve un désir de possession exclusive envers la personne aimée et qui craint son éventuelle déloyauté ou trahison. Cela peut également être un dépit envieux ressenti à la vue des avantages d’une autre personne.

    « Il est jaloux », « Elle est jalouse »... Quel parent n’a pas un jour prononcé ces mots. La jalousie fraternelle est un sentiment vieux comme le monde, qui a alimenté de nombreux mythes. Elle s’inscrit depuis la nuit des temps dans cette ambivalence de haine et d’amour, qui caractérise la fratrie.

    C’est l’un des tout premiers sentiments que l’enfant éprouve. Comme le dit la psychiatre Sylvie Angel [1] c’est « le premier mouvement émotionnel repérable dans la petite enfance », quand l’enfant découvre qu’il n’est pas pour sa mère l’unique objet d’amour.

    Mais c’est aussi un sentiment évolutif, malléable qui nous accompagne toute notre vie. Et qui peut resurgir à différents moments de notre histoire avec plus ou moins d’intensité. C’est donc un sentiment complexe, universel et qui se manifeste même chez les plus petits.

    Un sentiment qui concerne tout le monde... Et ça commence dès le plus jeune âge

    Dans les ouvrages sélectionnés, la jalousie se remarque chez des personnages très divers : une reine, un chien, un ours en peluche, des frères et sœurs, une petite fille et ses ami(e)s... Chaque personnage va réagir à sa manière, plus ou moins forte, plus ou moins dissimulée. La jeune reine, dans l’album de Emile Jadoul, voit arriver un petit frère. Elle n’apprécie pas, elle boude, ne veut plus manger, fait des bêtises, tente de le chasser et même de le faire disparaître...

    Ou encore, Peluchon l’ours brun en peluche de la Collection Mouche de l’École des loisirs, est très proche du petit Benjamin. Ils ont leurs habitudes, leurs activités, leurs histoires. Mais un jour, tout change. Peluchon sauve de la noyade un petit ours blanc, que Benjamin adopte aussitôt. Il le soigne, le réconforte et l’aime bientôt autant que Peluchon. Ce dernier n’a pas conscience de la place qu’il a pour son petit maître. Et, que même, s’ils ne sont plus que tous les deux, Benjamin l’aime toujours de la même manière.

    Autre histoire, celle d’un chien dans L’autre. L’autre... appellation bien particulière de la personne dont on est jaloux, de tout l’album le prénom ne sera pas prononcé. Un « avant » ou le chien et sa maîtresse mènent une vie tranquille, heureuse et complice. Puis la rencontre de la maîtresse avec un homme dont elle tombe amoureuse. Un « après » où la révolte, la colère sont présentes pour le chien, il n’a plus l’exclusivité, il n’est plus le seul être aimé de la maison. Le regard sur sa maîtresse changera.

    C’est l’importance de ce regard qui donne toute son importance à la jalousie, toute la douleur qu’elle provoque. Que faire, comment réagir quand le regard que l’on affectionne tant se détourne ? Dans les différents récits les héros réagissent à leur manière, certains se sauvent, d’autres sont véhéments, il y a des bouderies, des colères subites, des frustrations, des actes qui peuvent paraître insensés quand on les observe de l’extérieur. En général, les personnages veulent attirer l’attention sur eux, qu’il y ait une réaction de la part des autres, des paroles sont lancées, et c’est souvent un échec.

    Dans Je veux changer de sœur ! La jeune héroïne est jalouse du comportement que sa mère a pour sa petite sœur autiste. Dans les premières pages l’héroïne dit : « Mais tu ne te rends pas compte... Tu t’en fous de ce que je ressens. Tu n’as jamais eu à vivre ce que je vis. » La jalousie mêle incompréhension, amour-propre et égoïsme. L’enfant ne comprend pas, il est perdu par le comportement des autres mais aussi par le sien. La jalousie est arrivée d’un coup. Un acte, une scène suffisent. La place qu’ont les personnages change, les habitudes sont bouleversées, on observe un mouvement de « flottement » chez les héros, ils ne savent plus trop où ils doivent se positionner. Puis, il y a un moment de réflexion, de prise de conscience, ils se rendent compte de leur jalousie mais aussi de l’ampleur qu’elle prend. Car cette dernière est redoutable et peut très vite prendre de grandes proportions...

    Dans les abysses de la jalousie...

    C’est un sentiment qui paraît trop personnel pour pouvoir oser l’avouer. Les personnages préfèrent souffrir en silence, réagir avec violence ou camoufler leur malheur en autre chose. Sans véritablement examiner ce qui « cloche ».

    La jalousie est une complète déraison, elle est dangereuse, il faut la surveiller et se surveiller. D’abord car elle peut horriblement faire souffrir, nos petits héros dans leurs aventures ne sont plus tout à fait les mêmes après avoir ressenti de la jalousie. Mais aussi parce qu’elle risque de nous échapper complètement, comme une fièvre : on se détruit et on détruit ses rapports avec l’autre. Et on l’observe bien, c’est la pire des tactiques : un être jaloux veut être aimé et justement il n’est pas aimable...

    On finit par se détester soi-même, c’est une catastrophe ! Et on se retrouve alors comme Peluchon, malheureux, perdu et déçu dans le fond d’une forêt menaçante... C’est une maladie la jalousie, une vraie, qui prend sa forme dans le soupçon.

    De plus, nous pouvons penser que nous portons tous en nous la jalousie, puisqu’elle atteint même les petites reines, les chiens, les peluches... Elle serait donc innée, naturelle et quand on aime l’agressivité se traduit par la jalousie. Elle est comme une bête tapie au fond de soi et tout à coup, tout doucement, elle se réveille, elle a mille tentacules et peu à peu elle s’empare de nous entièrement.

    On le voit bien, c’est un état permanent chez nos personnages, cela les affecte tellement qu’il leur est difficile de penser à autre chose. Et quand toute cette colère surgit ? Étouffer ou ne pas étouffer sa colère ? Il est sans doute préférable de ne pas vouloir étouffer tout ce qu’on peut ressentir d’un peu fort, comme on a tendance à le faire aujourd’hui, au nom de la tranquillité, de ce qu’on voudrait faire prendre pour une sagesse et qui n’est au fond qu’une fuite.

    Et puis, pour les enfants, après en avoir parlé, la jalousie est mieux « dehors » que « dedans ». Car elle tombe comme une bombe, on observe une destruction, des pleurs, des cris, certains ne s’alimentent plus, non seulement les personnages ne profitent plus des bienfaits de l’amour ou de l’amitié mais sont encore plus mal qu’avant de l’avoir connu. Ils sont réduits au désespoir, à l’impuissance, ils ont une peur terrible de perdre ce qu’ils ont. Perdre un regard, des attentions, et donc le sentiment d’exister, pour ses parents ou ses amis. Ce que l’on remarque également, quand on se met du côté des personnages, en état de jalousie, le « crime » ça n’est pas ce qu’ils pourraient faire mais c’est d’abord ce qui leur a été fait, et qui les pousse à réagir ainsi. C’est que la jalousie est avant tout une histoire entre soi et soi.

    Ce que l’on fut, ce que l’on est , comment on se sent situé par rapport à l’amour, à l’amitié et aux autres. Voilà pourquoi le premier acte de jalousie lors de l’enfance a de l’importance pour toute la vie.

    Des solutions pour l’accepter, y remédier ?

    En prendre conscience est un bon départ !

    « Parfois quand on est jaloux, on devient méchant, finalement ça nous rend malheureux. » « Mais souvent elle nous rend si malheureux et tristes qu’on ne peut plus rien faire de bien pour soi-même, comme si on redevenait plus petit. » Comme toujours, l’ouvrage de Françoise Dolto illustre avec des mots tout simples quelque chose qui est vécu par les enfants. Si à cause de la jalousie, on est tout le temps malheureux alors il faut trouver une solution, ici en parler à une grande personne. Car cette grande personne l’aura déjà vécu et comprendra la situation.

    Dans le livre de Brian Moses, Pourquoi je suis jalouse, la petite fille pour pallier sa jalousie, pense aux bonnes choses qui font partie de sa vie. Elle essaie d’être heureuse pour ses amis, prend le temps d’en discuter avec son grand-père qui semble la comprendre, pense à ce qu’elle même possède (ses qualités, ses amis, sa famille) et qui peut-être, peut rendre d’autres jaloux. C’est un aspect intéressant auquel les plus petits (et mêmes les plus grands !) ne pensent pas forcément. Et oui, d’autres peuvent aussi éprouver de la jalousie à notre égard. La petite fille envisage donc qu’il faut savoir être comblé avec ce que l’on a et laisser la jalousie « au fond d’une boîte ». Cependant, je ne pense pas que ce soit la meilleure solution, si dès tout petit on n’exprime pas ce que l’on ressent, et surtout un sentiment aussi délicat à traiter, comment s’en sortir lorsqu’on grandit ? La jalousie ressortira à un moment ou à un autre.

    Pour les enfants, avoir un frère ou une sœur, c’est comprendre qu’on n’est pas unique. Il faut partager et ce n’est pas facile. Dans les ouvrages Pourquoi je suis jalouse ? Et La petite reine, l’enfant ressent des sentiments complexes : peur de perdre l’amour de ses parents, il se sent blessé dans son image. La jalousie est une souffrance et une absence de confiance en soi et en l’autre. Elle est certes naturelle mais elle peut aussi être entretenue par des pratiques éducatives adultes inappropriées, il ne faut pas juger mais comprendre : pourquoi l’enfant ne croit-il pas en lui ? Pourquoi doute-t-il de la force de l’adulte à l’aimer ? Qu’a-t-il peur de perdre ? L’enfant jaloux a tout simplement besoin d’être rassuré sur la valeur qu’il a aux yeux des autres. Le petit frère (ou sœur) doit le respecter aussi, respecter ses affaires, sa chambre.

    La jalousie est un état particulier et exceptionnel, qui survient par troubles pathologiques et souvent dégradants. Elle n’est pas toujours maîtrisable. « C’est une porte ouverte sur l’inconscient » dit la psychanalyste, Michèle Montrelay [2]. Ce qui signifie d’un côté qu’on ne peut pas empêcher cette brèche de se faire, lorsque les conditions s’y prêtent, de l’autre qu’il peut y avoir quelque chose à en apprendre. Sans la jalousie il ne pourrait y avoir ni amitié, ni amour dignes de ce nom puisqu’il n’y aurait aucune possibilité de préférence, de prédilection, de choix, de perte. Tout baignerait dans un océan d’indifférence où peu importerait à qui l’on a affaire, de quelle façon et pour combien de temps.

    Autrement dit, non seulement on est jaloux dès qu’on aime, mais on est jaloux avant d’aimer. Elle aurait donc un aspect nécessaire... Qui ferait grandir les enfants, et leur ferait prendre conscience de leur place respective. Il n’y a pas de remède miracle contre la jalousie, seulement l’explorer, l’admettre, l’appréhender comme quelque chose qui fasse partie de l’univers affectif, de la famille, de l’école.

    Et pour finir, chaque être dans la vie d’un autre est forcément unique. Unique d’autant plus si on n’essaie pas d’écraser, de tout prendre ou d’attacher.

    Pour conclure...

    On l’a bien vu, la jalousie est difficile, insaisissable et presque impossible à conclure. Pour les plus jeunes, cela peut être un « moteur » pour pouvoir progresser et grandir. Si la jalousie est trop négative il faut apprendre à la voir, la dénoncer, décrire et parler de ce qui rend si malheureux car c’est la seule façon de lui faire perdre de son acuité et de son pouvoir. Et donc chercher à la dépasser , à traverser cette souffrance qui survient dès le plus jeune âge et qui peut tirer en arrière si on n’y prend pas garde. Et les enfants sont plein de ressources et souvent bien plus inventifs que les adultes pour surmonter les difficultés. Ces ouvrages de littérature jeunesse montrent qu’il faut parler de la jalousie, continuer d’en parler, afin, un peu plus tard, de pouvoir peut-être en rire.

    Pour aller plus loin, d’autres ouvrages jeunesse traitant de ce thème

    -  SABAS, Michel. Sa majesté est jalouse. Toulouse : Milan jeunesse, DL 2005. [24 p.] ISBN 2-7459-1597-5 : 10 EUR

    -  MAUREL, Aude. Claudine Chiffon. [Montrouge] : Éd. Frimousse, cop. 2002. [32 p.] ISBN 2-911565-63-0 : 13 EUR

    -  BRANDENBERG, Franz. Elisabeth la jalouse. Paris : Flammarion, 1985. [30 p.] (Les Patapoches) ISBN 2-08-17220-8 : 24,01 FR

    -  GOUICHOUX, René. Le seul roi, c’est moi ! Paris : Père Castor Flammarion, 2009. 48 p. (Les P’tits albums du Père Castor) ISBN 978-2-08-122100-0 : 5,45 EUR

    -  CORGIBET, Véronique. Joie, tristesse, jalousie, pourquoi tant d’émotions ? Toulouse : Éd. Milan, 2003. 37 p. (Les essentiels Milan junior) ISBN 2-7459-0707-7 : 5,50 EUR

    -  JIMENES, Guy. La machine à voler les coeurs. Paris : Rageot, 2003. 124 p. (Cascade) ISBN 2-7002-2811-1 : 6,30 EUR

    -  MORONEY, Tracey. Quand je suis jaloux. Saint-Michel-sur-Orge : Piccolia, DL 2007. [16 p.] (Les sentiments) ISBN 978-2-7530-0634-8 : 10,50 EUR

    -  DESMARTEAU, Claudine. Tous jaloux. Paris : Seuil jeunesse, 2004. [41 p.] ISBN 2-02-062842-2 : 9,50 EUR

    Marion DEDEURWAERDER, UFR Idist, Deust 2 Métiers des bibliothèques et de la Documentation, février 2011

    Notes de bas de page

    [1] Sylvie Angel est pédopsychiatre, psychanalyste et écrivain français

    [2] Michèle Montrelay est psychanalyste, a écrit plusieurs ouvrages et membre de l’Ecole freudienne de Paris de 1965 jusqu’à sa dissolution en 1980.