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Nulle part partout, de Gaëtan Dorémus

 
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    Comment redonner la vie à un mort : l’épreuve du deuil facilitée par les souvenirs éternels.
    (JPG)
    © Autrement Jeunesse, 2007

    Trois amis, un chien, un requin et un oiseau remuent ciel, terre et mer pour retrouver leur ami pêcheur disparu... Comment redonner la vie à un mort : l’épreuve du deuil facilitée par les souvenirs éternels.

    Pour approfondir l’épreuve du deuil

    L’album Nulle part, partout évoque l’épreuve du deuil lors de la perte d’un être cher. Le livre transmet un message positif à l’enfant, leur faisant comprendre que même si une personne meurt, son souvenir reste éternel et à tout jamais présent dans notre vie. Le corps physique du pêcheur est nulle part, mais son souvenir est partout autour des personnages. Le titre est très significatif et montre qu’une disparition totale de quelqu’un est impossible. Le temps passe mais les souvenirs restent. L’amitié est aussi un thème important dans l’histoire. Les trois amis s’entraident pour comprendre la mystérieuse disparition du pêcheur. Chacun permet à l’autre de faire son deuil grâce à cette amitié. C’est essentiel que l’enfant sache qu’il n’est jamais seul dans l’épreuve du deuil.

    Cet album convient à toute personne qui a perdu un être cher, que ce soit un proche, un ami, un animal de compagnie, un doudou, un objet de valeur, etc. Les enfants sauront apprécier les dessins et l’atmosphère optimiste. Les adultes verront un bon moyen d’aborder le deuil avec un peu de légèreté et de réfléchir avec l’enfant sur des sujets fondamentaux.

    Gaëtan Dorémus a choisi des animaux pour parler des problèmes des humains. L’anthropomorphisme permet de parler de nous tout en emportant le lecteur ailleurs. Les créations artistiques et narratives de cet auteur sont originales et poétiques et faites avec beaucoup de légèreté. Dans tous ses albums, il trouve des moyens pour aborder avec finesse des questions qui n’appartiennent pas qu’aux grandes personnes telles que la différence, la tolérance, l’absence, la mort, le partage, la violence, le respect...

    La richesse narrative et stylistique de l’album

    La structure narrative se fait par juxtaposition. Il y a une succession de scènes. Le chien fouille la terre, puis dans la scène suivante le requin inspecte la mer. Dans une autre scène l’oiseau remue les nuages et traverse le ciel pour retrouver l’homme disparu. Les trois amis sont différenciés par une couleur différente mais restent tous désemparés face à la disparition de leur ami le pêcheur. Chacun fait son possible avec des moyens différents pour le retrouver.

    Le point de vue du récit est celui des trois animaux qui parlent de leurs fouilles. Le récit est tantôt au présent, tantôt au passé. Par le passé ils racontent chacun leur tour où ils ont cherché leur ami. Au présent, les animaux se retrouvent et font le bilan des recherches. « Je ne l’ai pas trouvé ! » dit l’oiseau. « Moi non plus » disent les deux autres amis.

    Il y a plusieurs figures de style. La personnification fait parler les animaux entre eux. Elle est employée pour faciliter l’identification du lecteur aux personnages et à la situation qu’ils sont en train de vivre. La prosopopée fait partie du récit. Cette figure de style rend présent ce qui est absent. Le souvenir de l’homme disparu est présent à travers son bateau, les endroits où il se promenait, sa casquette, ses paroles, etc. Et toutes ces choses sont dessinées au fil des pages. On peut parler aussi de synecdoque car l’homme disparu (le tout) est représenté par son bateau ou sa casquette (la partie). Le pêcheur est aussi représenté par un dessin très épuré. La prosopopée et la synecdoque donnent l’impression aux trois amis que l’homme n’est pas complètement mort. Son souvenir est toujours vivant, ses objets qu’il aimait sont toujours présent dans le monde réel (de l’histoire).

    Le ton du récit est optimiste, tiré sur le positif d’une situation tragique qu’est la perte d’un être cher. C’est tout le contraire du registre mélancolique. Le chien, le requin et l’oiseau acceptent la disparition de leur ami. Le chien dit « Oui, c’est comme ça ». Ainsi va la vie, qui continue. Cette atmosphère optimiste est évoquée par les couleurs vives, par le dynamisme des personnages. En effet, ils ne se laissent pas abattre par la disparition de leur ami mais remuent ciel et terre pour le retrouver. Dans un monde tout en couleur, les dessins montrent bien l’énergie dégagée par le chien, le requin et l’oiseau. À défaut de dire que le chien est joyeux dans cette histoire triste (il a la queue en l’air la plupart du temps), on peut avancer que le chien, comme ses deux autres amis, ont su faire leur deuil rapidement. Les dessins renforcent cette idée que la vie continue malgré la mort d’un ami.

    La richesse de l’image au service du souvenir

    L’auteur et l’illustrateur Gaëtan Dorémus a utilisé plusieurs procédés techniques plastiques. L’arrière-plan est peint avec de la gouache. Quelques traces de crayons de couleur sur la peinture créent les ombres et les lignes d’horizon. Les personnages sont soient découpés dans du papier de couleur soit peint sur la feuille de dessin. Les bulles de dialogue entre les animaux sont peintes en blanc. Le paysage est toujours dessiné au crayon de couleur ou peint. Les bateaux sont en papier ou dessiné au crayon gris. L’homme disparu est représenté 3 fois par une silhouette rouge dessinée au crayon de couleur et une autre fois par une silhouette découpée dans du papier gris. Le choix de représenter une silhouette sans traits sensoriels comme le nez, les yeux, la bouche désigne bien un mort coupé de ses sens. Ça désigne le souvenir du disparu. La couleur grise renvoie à quelque chose d’irréel, renforcée par l’absence de contour bien définis autour du personnage. Dans toutes les pages de l’album il y a des touches de couleurs vives comme notamment le bleu, le vert et le rouge, les couleurs du requin, de l’oiseau et du chien. Il n’y a aucune place à la mélancolie, à la tristesse.

    Les dessins accompagnent le texte, l’illustre et nous invite à prendre de la distance par rapport au texte. L’effet psychologique produit par le texte mais surtout par les dessins entraîne en effet une distanciation par rapport aux personnages. L’oiseau a entendu le pêcheur dire qu’un jour il monterait au ciel. Alors l’oiseau a volé dans le ciel pour retrouver son ami. « Rejoindre les profondeurs » et « ne plus quitter la terre » sont d’autres expressions retenues par le requin et le chien et qui renvoient au verbe mourir. Les animaux ne se sont pas douté que leur ami est mort. Le lecteur sait avec son recul d’homme ce que signifient ces expressions. Les dessins permettent également au lecteur de connaître le point de vue des trois amis. L’image permet d’imaginer, de se représenter les pensées du chien, du requin et de l’oiseau. Les images représentent un souvenir dans le passé. Les lignes d’horizon, celles qui délimitent les paysages ne sont pas toujours nettes et proche de la réalité. Les contours sont flous dans la plupart des dessins. La perspective n’est pas non plus respectée. Le dessin n’a pas pour dessein la réalité mais de représenter le souvenir du passé.

    La plupart des dessins sont coupés par le bord du cadre ce qui montre que l’action se poursuit sur la page. Lorsque le dessin ne sort pas du cadre, cela veut dire que c’est un souvenir qui est évoqué sur la page.

    L’angle de prise de vue change suivant l’animal qui prend la parole. Lorsque c’est le chien qui raconte un souvenir, le dessin représente un paysage sur la terre. Lorsque c’est le requin qui parle, on voit un paysage marin et si c’est l’oiseau qui prend la parole, le dessin évoque le ciel. Chaque animal est découpé dans une couleur différente et part à la recherche du pêcheur dans son milieu naturel (eau, terre, air). Cette différence montre l’universalité du propos de l’histoire. Tout le monde peut être frappé par le deuil et chacun a en soi les ressources nécessaires pour affronter cette épreuve. Les ressources sont symbolisées par les trois éléments naturels que sont l’eau, la terre et l’air.

    L’expression des émotions

    Le lecteur peut s’identifier aux personnages, à la situation. Les enfants sont toujours de nombreuses questions à poser aux adultes. La mort peut leur faire peur, les angoisser. Ils ne comprennent pas toujours pourquoi on meurt, où va le corps après la mort, etc. L’auteur n’apporte pas de réponse à cette dernière question. « Il a disparu... » conclue le chien à ses amis après les fouilles vaines. Le lecteur est suspendu au suspens de ces trois points de suspension. Gaëtan Dorémus ne s’avance pas dans des explications à propos du devenir du corps car ce n’est pas important pour lui. Peut importe où va le corps, l’important ce sont les souvenirs du disparu que l’on garde avec nous. L’auteur donne une solution pour vivre son deuil. Penser aux souvenirs du disparu, des choses qui ont changé dans notre vie grâce à lui permettent de continuer à vivre « comme s’il n’avait pas vraiment disparu ». Ce livre me parait bien fait pour parler de la mort et du deuil avec l’enfant. Il permet de laisser s’exprimer l’enfant sur son ressenti, ses peurs, ses angoisses. Même si les parents n’ont pas réponse à tout, l’important est de parler et de laisser les émotions s’exprimer.

    Il y a insertion du texte dans l’image avec les bulles de dialogue peinte en blanc. Gaëtan Dorémus les incluse dans le dessin lorsque les trois animaux font un bilan en commun de leurs recherches infructueuses.

    Les dessins montrent les recherches de l’homme disparu. L’illustrateur représente le « partout » et le « nulle part », illustre les expressions employées pour parler de la mort, comme « monter au ciel ». Dans le texte comme dans l’image il y a la présence de l’homme, même si on ne voit pas vraiment son corps. On apprend à le connaître à travers le texte et l’image. Il a un bateau, une casquette, il aimait courir sur la plage.

    Pour ne pas avoir peur des mots...

    Le dessin suit le texte sans anticiper sur le reste de l’histoire. La priorité est donnée à l’image. Le texte s’intègre à l’image car les mots sont placés à côté du dessin qui les illustre. L’image apporte des éléments supplémentaires par rapport au texte dans la mesure où ce sont les idées sous-entendues du texte qui sont parfois illustrés. Par exemple les mots « monter au ciel » sont illustrés par la silhouette rouge du pêcheur. La mort de celui-ci n’est pas explicitement dite dans le texte mais est implicitement montré par le dessin très épuré du disparu.

    Cet album est fait pour les enfants qui ont perdu quelqu’un, un être humain, un animal de compagnie, un doudou... Le livre est une aide au deuil qui est toujours très difficile. Avec cet album on peut aborder des questions sur la mort avec l’enfant sans avoir peur des mots. Où va le corps du mort ? Le reverrais-je un jour ? Comment vais-je vivre sans lui ?

    Maud BOIDIN, mars 2011

    Deust Métiers des bibliothèques et de la Documentation

    Post-scriptum

    DOREMUS, Gaëtan. Nulle part partout. Paris : Éd. Autrement Jeunesse, 2007. 27] p. : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 26 x 28 cm. (Albums jeunesse). ISBN 2-7467-0929-4 Cartonné 12,50 €

    Dès 4 ans

    Mots clefs : mort / deuil / amitié

    Le site officiel de Gaëtan Dorémus->http://gaetan.doremus.free.fr/]