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Les carcérales, de Magali Wiener

 
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    Encensé par les critiques, tant professionnels qu’amateurs, Les carcérales est-il réellement un livre à faire lire à nos ados ?
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    © Milan Jeunesse, 2010

    Adolescent timide et sans histoires, Rodrigues connaît une vie tranquille à Paris où il vit dans un appartement avec sa mère. Une seule passion l’anime : la natation. Il rêve de devenir maître nageur et ne vit que pour cela jusqu’au jour où il fait la rencontre d’Aurélie dont il tombe très vite fou amoureux. Après une soirée d’été bien arrosée, la nuit s’achève sur une étreinte dans un square. Le rêve devient réalité... jusqu’au surlendemain où il se brise violemment. Elle a porté plainte. Il est désormais nommé « violeur »...

    L’auteur, Magali Wiener est professeur enseigne de Français, Latin et Grec en collège. Après une série de documentaires historiques pour les enfants ainsi que deux romans jeunesse, elle signe ici son premier écrit pour adolescents.

    Cet ouvrage, à commencer par son titre, n’annonce rien de très joyeux. Déjà à la fin du premier chapitre, lorsque l’auteur décrit les ébats des deux adolescents, le lecteur se sent mal à l’aise, l’atmosphère de la scène est malsaine. Sans que l’on puisse parler de viol clairement, les rapports ne nous semblent pas sereins ni sans conséquences.

    Dès le second chapitre, le drame de Rodrigues commence avec son arrestation. S’en suivent un nombre de pages, qui nous paraît interminable, autour du mal être et de l’incompréhension du garçon qui est montré désorienté, perdu face à la situation à laquelle il est confronté. On pourrait alors avoir tendance à le plaindre, à prendre sa défense. Mais, l’atmosphère du livre nous empêche d’avoir un réel parti pris sur l’intrigue.

    En effet, même s’il est fréquent que le lecteur s’identifie ou affectionne le héros de l’ouvrage, on a ici des difficultés à le faire. Il s’agit là d’un sujet grave abordé d’un point de vue plutôt original puisque c’est celui de l’accusé du viol et que celui-ci ne semble pas être un dangereux criminel mais un garçon banal complètement paumé. Il nous est pour autant impossible de faire peser toutes les charges sur la jeune fille. L’histoire est finalement peu tournée sur l’intrigue de départ et se concentre sur la vie en prison du jeune homme étiqueté « violeur » ainsi que sur son esprit tourmenté par l’enfermement. Ce roman est écrit de manière originale, non seulement parce qu’il voit à travers les yeux de l’accusé mais également parce qu’il est très réaliste et met en scène les procédures complexes du système judiciaire. On a, notamment dans le dernier chapitre, les points de vue des différents jurés, des amis des deux partis ainsi que les plaidoyers des avocats.

    Ce livre apporte un éclairage dramatique sur la situation carcérale française actuelle. Bagarre, conditions d’hygiène, suivi psychologique, l’auteur veut porter le message suivant : la prison n’aide personne et tend plutôt à détruire les hommes. Cela permet d’avoir une réflexion nouvelle sur les sanctions à adopter ainsi que sur les procédures judiciaires en place.

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    Pour autant, ce livre apparaît dangereux pour les victimes de viol. En effet, celles-ci ont déjà, dans la majorité des cas, une grande culpabilité qui les empêche de parler. Ici, on remet sur le tapis la fameuse question de la provocation des victimes qui, me semble-t-il, pourrait faire douter les lecteurs ou lectrices ayant vécu ce drame sur leur responsabilité dans ce qu’il leur est arrivé. Que le violeur ait été conscient ou non de ses actes, qu’il ait voulu faire mal ou simplement rien compris à son partenaire, le résultat est le même, le mal est fait.

    On peut affirmer sans aucun doute que toutes les victimes de viol associeront leur propre cas à celui d’Aurélie et il apparaît aujourd’hui essentiel de cesser d’encourager leur culpabilité et leur remise en question.

    À la question "est-ce un roman à faire lire à nos ados ?", je pense que c’est à l’appréciation de chacun, certains l’adoreront mais d’autres le vivront mal. Un risque à prendre ? Pas si sûr...

    © Manon Dielen, Deust 2, mars 2011

    Post-scriptum

    WIENER, Magali. Les carcérales. Toulouse : Milan Jeunesse, 2010. 273 p. ; 14 x 20 cm. (Macadam). ISBN : 978-2745942548 Broché 11,50 €

    Voir aussi la minithèse sur Lille3jeunesse

    Le VIOL dans la littérature jeunesse

    Pour aller plus loin ...

    Conséquences psychologies du viol

    La culpabilité

    Témoignage d’un premier jour en prison