Site littérature jeunesse de lille 3

LE DROIT DE DÉSOBÉIR, LE DEVOIR DE RÉSISTER... (mini thèse de Fiona Chapman)

 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    Mots-clés

    « C’est en gardant le silence alors qu’ils devraient protester, que les hommes deviennent des lâches » Abraham Lincoln (1809 - 1865)

    INTRODUCTION

    La résistance n’est pas un sujet souvent évoqué dans la littérature jeunesse. De nombreux auteurs tentent de l’expliquer depuis des siècles mais plus couramment à des adultes comme nous le voyons dans Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie qui écrit en 1549 déjà : « Il n’y a rien au monde de plus contraire à la nature, toute raisonnable, que l’injustice. La liberté est donc naturelle ; c’est pourquoi, à mon avis, nous ne sommes pas seulement nés avec elle, mais aussi avec la passion de la défendre » et ainsi il conseille à tous : « soyez résolus de ne servir plus, et vous serez libres ».

    Parce que la résistance est difficile à expliquer à des enfants et à des adolescents, les auteurs ont souvent recours à un moment de l’Histoire pour l’illustrer. Résister signifie alors affronter une force dans le but d’être reconnu, combattre l’injustice et faire valoir ses droits. Au travers de cas de résistance qui ont façonné l’Histoire de la France mais aussi celle du monde, les auteurs de la littérature jeunesse essaient de faire comprendre aux enfants pourquoi il faut résister, avoir des opinions sur le monde et savoir les faire respecter.

    Nous allons ainsi voir comment ils s’y prennent pour expliquer ce sujet, à l’aide de quels moyens ils intensifient le sérieux de ce thème et pourquoi il est si important de l’aborder.

    1. Comment raconter le fait de résister aux enfants

    1.1) Par le biais des albums

    L’allégorie est souvent utilisée dans les albums jeunesse pour faire comprendre une idée aux enfants. C’est alors plus facile pour eux de se représenter l’histoire et d’en comprendre le sens sans les choquer dans certains cas. Ainsi, dans L’agneau qui ne voulait pas être un mouton de Didier Jean et Zad, le loup et les moutons sont utilisés pour illustrer le récit. L’enfant est familier de ces animaux car ils sont souvent utilisés dans des contes et des fables que nous connaissons tous. Il comprend bien que le loup chasse, est actif, et que le mouton broute passivement, le loup est méchant alors que le mouton est peureux. C’est un modèle assez simple, comme le déroulement de l’histoire qui contient l’élément perturbateur qui est le loup et l’élément réparateur qu’incarne l’agneau. L’album met en scène la notion d’habitude chez les moutons et l’idée de “ça n’arrive qu’aux autres, ça ne m’arrivera pas” avec l’exemple du mouton malade, celui à trois pattes, le noir, la brebis et ses petits sans défense. La notion de silence est importante. L’enfant peut facilement se prendre d’affection pour l’agneau qui utilise l’humour contre la peur du loup. D’ailleurs, l’agneau utilise le mot « résister » et donne l’idée de rassemblement, qu’il est important d’être plusieurs pour combattre. La notion d’ « être ensemble » est importante car les moutons arrivent à leur fin grâce à une organisation préméditée et solide pour résister. Au-delà de la représentation du loup et du mouton chez l’enfant, l’album interprète la présence d’une force extrême et d’une population opprimée, qui se tait sous la peur mais qui va se libérer grâce à une organisation concrète.

    Pour la lecture d’un album sur ce sujet, il est préférable que les parents accompagnent l’enfant dans la compréhension car les images n’adoucissent pas forcément le thème et les mots utilisés ne font pas l’objet d’une censure comme c’est le cas dans Le piano rouge d’André Leblanc et Stéphane Barroux. En effet, dans cet album les couleurs sont sombres, les personnages sont montrés têtes baissées, dos courbé, visage fermé. Il est important de faire prendre conscience à l’enfant de l’importance de garder ses idées et ses positions même si on nous en empêche.

    De la même manière, dans L’agneau qui ne voulait pas être un mouton, il y a la présence du poème [1] du pasteur Martin Niemoeller ou de Louis Needermeyer selon les sources, faisant référence à la lâcheté des Hommes à la dénonciation des juifs et des personnes qui étaient contre le parti nazi qui permet, à la fin de la lecture de l’album, de réfléchir aux conséquences de la passivité face aux événements graves et révoltants. La fable et la métaphore animalière ont toujours été utilisées pour illustrer des faits injustes ou pour se moquer d’idées non constructives et ainsi, aider à la compréhension du monde pour les enfants.

    1.2) Les romans pour adolescents

    Nous retrouvons dans les romans pour adolescents la même construction que pour les albums c’est-à-dire la présence d’une force politique extrême qui opprime les faibles ou les différents d’abord, comme les chats et les chiens non bruns dans Matin brun de Franck Pavloff. Ils ne peuvent pas se défendre seuls et personne ne les aide. Jusqu’au jour où on se rend compte qu’on arrête et attaque des personnes sous n’importe quel prétexte. De la même manière que pour les albums, on reconnaît la nécessité de la présence de l’habitude, de la routine, pour que les régimes extrêmes et l’injustice s’installent sans que personne ne s’en aperçoive. Il est trop tard quand on se rend compte de la folie du régime.

    On retrouve également l’idée qu’il faut être plusieurs, organisés, ne pas agir seul . Dans Un facteur dans la résistance : Martial, 20 ans de Christine Deroin, les membres de la résistance des facteurs de Paris interdisent au personnage principal d’agir seul car c’est trop dangereux pour lui et pour le groupe. En général, l’auteur utilise un personnage jeune pour que le lecteur adolescent puisse s’identifier . Ainsi, dans Un facteur dans la résistance : Martial, 20 ans, le personnage principal, Martial, a 17 ans au début du récit. Il y a également la présence de la thématique de l’adolescent qui défie l’autorité parentale et qui devient adulte petit à petit. Le personnage et le lecteur se rendent compte qu’ils peuvent défier leurs parents, avoir des idées personnelles et contraires, ainsi défier ce qu’il trouve injuste comme le pouvoir politique en place. Dans Lucie Aubrac, « non au nazisme » de Maria Poblete, l’importance d’être à plusieurs subsiste car le roman débute par la rencontre entre des personnes qui partagent la même idée, ce qui mettra la machine de la résistance en route. L’Histoire est importante pour l’action et le déroulement du roman, c’est le cas de Un facteur dans la résistance : Martial, 20 ans et Lucie Aubrac, « non au nazisme » qui s’opèrent autour de la résistance contre le nazisme en France pendant la Seconde Guerre Mondiale. Pour Matin brun de Franck Pavloff, le récit ne reprend pas une époque de l’Histoire en particulier mais il illustre tous les cas où un régime extrême prend le pouvoir et comment les personnages vont être amenés à comprendre ce qui se passe.

    1.3) Les documentaires

    Pour les documentaires, le plus important réside dans les personnages et les dates. On insiste surtout sur la chronologie, le déroulement de l’Histoire. Dans les documentaires qui visent l’enfant, la part de fiction est présente grâce aux dessins qui maintiennent l’attention des enfants, dans Il faut désobéir de Didier Daeninckx et PEF, les dessins font penser à ceux du Petit Nicolas de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé que les enfants connaissent et adorent. Les images ne sont pas censurées, on ne montre pas les plus choquantes mais on ne tait pas pour autant. Nous pouvons noter également la présence des paroles importantes que les enfants peuvent retenir facilement et interpréter comme par exemple « il faut désobéir pour devenir un homme ».

    2. Pourquoi nous devons le raconter

    2.1) Pour apprendre et comprendre les moments sombres de l’Histoire

    En étudiant l’Histoire à l’école, nous donnons aux enfants des clés essentielles pour la vie. L’Histoire apprend ce qu’il y a eu de mieux et de pire dans le passé. L’enfant sait faire la part des choses et est assez intelligent pour comprendre ce qui est bien ou mal. Cependant, comme il est aussi naïf, il peut se trouver face à des personnes mal intentionnées qui vont lui donner de faux repères. C’est alors ici qu’œuvre la littérature jeunesse. Elle va compléter les livres d’Histoire en donnant des exemples concrets dans lesquels la fonction d’identification s’opère. Grâce aux récits fictifs qui se rapprochent cependant de l’Histoire réelle comme Un facteur dans la résistance : Martial, 20 ans de Christine Deroin, les enfants vont pouvoir comprendre où conduit la peur et l’absence de révolte.

    2.2) Pour ne jamais oublier

    Les documentaires et les livres d’Histoire instruisent les enfants pour que tous aient les mêmes connaissances et ainsi les mêmes chances dans la vie. Mais le principal est de ne pas oublier le passé pour que le pire ne recommence jamais et ne soit pas rayé des esprits à la mort de ceux qui l’ont vécu. Nous pouvons citer en exemple les soldats de la Première Guerre mondiale qui sont tous morts aujourd’hui mais leurs récits subsistent et c’est le plus important pour éviter de revivre les mêmes horreurs. Retranscrire le passé c’est « œuvrer pour la vérité, la mémoire et la justice. » (Lucie Aubrac, « non au nazisme » de Maria Poblete)

    2.3) Pour inciter à s’indigner

    En cour de récréation, l’injustice œuvre également dans les moqueries à l’égard d’autres élèves par exemple. Il est tentant pour les enfants de suivre le moqueur pour éviter d’attirer son attention sur eux. Mais il faut se mettre à la place des autres et de celui qui est le sujet des moqueries pour comprendre que c’est injuste et oser le dire au risque de vivre le même calvaire sachant que si on est plusieurs on est plus fort. Malgré l’Histoire transmise aux enfants par le biais de l’école, de la primaire au lycée, des groupes racistes et antisémites subsistent. Expliqué à la fin de Lucie Aubrac : « non au nazisme » de Maria Poblete, ces groupes montrent qu’ il faut continuer à sensibiliser, surtout pour les jeunes qui sont les plus influençables, mais aussi les adultes, à leur droit de résistance, leur liberté de penser, le respect de l’autre et leur devoir de dire non. La littérature aide les enfants comme les adultes à réfléchir sur l’actualité et montrer son accord ou son désaccord en appuyant notre point de vue.

    Dans la plupart des documents que j’ai étudiés est spécifié le fait que les enfants peuvent lire les albums, romans et documentaires seuls mais également avec leurs parents, et pourquoi pas les prêter à leurs parents. Ainsi nous comprenons qu’éduquer les enfants à la non violence et au respect de l’autre est certes important. Mais aussi que de nombreux adultes, n’ayant peut-être pas eu le moyen de lire ces documents parce que quasi inexistant à leur époque ou ne se rendre pas compte que la littérature jeunesse peut apporter une réponse et une aide à tout âge, n’ont pas cette notion du respect, de la justice et de la mémoire.

    CONCLUSION

    Le sujet de la résistance n’est pas facile à aborder avec des enfants mais de plus en plus de documents sont édités. Ils expliquent à l’enfant comment des Hommes ont résisté dans le passé mais nous remarquons que le thème de la résistance est actualisé et tient compte de ce qui se passe dans le monde actuellement. Nous avons donc vu l’importance de ces livres pour enfants. Ils sont d’autant plus intéressants que le passé a une fâcheuse habitude à se perpétuer sans que beaucoup ne s’en rendent compte. C’est alors le cas des groupes néo nazis qui sont trop nombreux et les dictateurs qui, hélas, existeront toujours. Cependant, l’actualité nous montre que les Hommes savent qu’il est important pour eux de s’unir contre ces injustices et de là la nécessité d’instruire les jeunes par le biais d’albums, de romans et de documentaires dès le plus jeune âge.

    Pour aller plus loin

    Nous pouvons aborder La vague , film réalisé par Dennis Gansel, tiré du roman de Todd Strasser. Il est fondé sur une histoire vraie qui s’est passée aux États-Unis, en Californie. Un professeur aborde l’Histoire du peuple allemand qui a suivi Hitler et les nazis et il va tenter une expérience auprès de ses élèves en appliquant certains principes du nazisme. Cela va prendre de grandes proportions car les élèves vont se prendre au jeu plus qu’il n’y croyait. L’auteur explique l’expérimentation telle qu’elle s’est déroulée en Californie et le processus de la montée de l’autocratie. Le roman et le film ont eu un grand succès en Allemagne où ils sont au programme dans les écoles.

    Voici le poème de fin de L’agneau qui ne voulait pas être un mouton de Didier Jean et ZAD :

    « Quand ils sont venus chercher les juifs

    Je n’ai rien dit

    Car je n’étais pas juif

    *

    Quand ils sont venus chercher les communistes

    Je n’ai rien dit

    Car je n’étais pas communiste

    *

    Quand ils sont venus chercher les syndicalistes

    Je n’ai rien dit

    Car je n’étais pas syndicaliste

    *

    Quand ils sont venus chercher les catholiques

    Je n’ai rien dit

    Car je n’étais pas catholique

    *

    Et quand ils sont venus me chercher

    Il n’existait plus personne

    Qui aurait voulu ou pu protester... »

    (Texte attribué suivant les sources au pasteur Martin Niemoeller ou à Louis Needermeyer).

    © Fiona CHAPMAN

    Deust 2 métiers des bibliothèques et de la Documentation

    Mars 2011

    Post-scriptum

    Les ouvrages sur lesquels s’appuie mon étude

    Les romans

    (JPG)
    Matin brun

    -  PAVLOFF, Franck. Matin Brun. Le Chambon-sur-Lignon [43400] : Cheyne éditeur, 2000. 12 p. : 19 x 11 cm. ISBN 978-2-84116-029-7. 1 €.

    (JPG)
    Lucie Aubrac : « non au nazisme »

    -  POBLETE, Maria. Lucie Aubrac : « non au nazisme ». Paris : Ed. Actes Sud Junior, 2008. 95 p. : ill. en coul. ; 18x11 cm. (Ceux qui ont dit non) ISBN 978-2-7427-7387-9. 7,80 €

    (JPG)
    Un facteur dans la résistance : Martial, 20 ans

    -  DEROIN, Christine. Un facteur dans la résistance : Martial, 20 ans. Paris : Ed. Oskar, 2010. 157 p. : ill. ; 19x15 cm. (Histoire et société) ISBN 978-2-3500-0512-6

    (JPG)
    La Vague

    -  STRASSER, Todd. La vague. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Aude Carlier. Paris : Pocket jeunesse, 2009. 228 p. : 18x12 cm. Broché. (Pocket jeunesse. Pocket jeunes adultes) ISBN 978-2-266-18697-1. 6 €

    (JPG)
    De la servitude volontaire

    -  LA BOETIE, Etienne de. De la servitude volontaire. Paris : Le Passager clandestin, 2010. 91 p. : 17x11 cm. Broché. (Réédition) ISBN 978-2-916952-39-0. 7 €

    Les albums

    (JPG)
    Le piano rouge

    -  LEBLANC, André, BARROUX, Stéphane-Yves ill. Le piano rouge. Paris : Ed. Sorbier, 2008. 36 p. : ill. en coul. ; 36 x 29 cm. Cartonné. ISBN 978-2-7320-3921-3. 18 €

    (GIF)
    L’agneau qui ne voulait pas être un mouton

    -  JEAN, Didier, ZAD ill. L’agneau qui ne voulait pas être un mouton. Paris : Ed. Syros, 2004. 36 p. : ill. en coul. ; 30 x 24 cm. ISBN 2-7485-0181-0. 13 €

    Les documentaires

    (JPG)
    Jean Moulin et ceux qui ont dit non

    -  GAUSSEN, Dominique, Alain MOUNIER. Jean Moulin [&] ceux qui ont dit « non ! ». Paris : Ed. Mango Jeunesse, 2002. 63 p. : ill. en coul. ; 29x23 cm. (Regard d’aujourd’hui) ISBN 2-7404-1420-X. 17 €

    (JPG)
    Il faut désobéir : La France sous Vichy

    -  DAENINCKX, Didier, PEF ill. Il faut désobéir : La France sous Vichy. Paris : Ed. Rue du Monde, 2002. 33 p. : ill. en coul. ; 27x20 cm. (Histoire d’Histoire) ISBN 2-912084-34-2. 12.20 €

    Sur Lille 3 jeunesse, voir d’autres articles sur le droit de désobéir et le devoir de résister e

    Notes de bas de page

    [1] voir le paragraphe “pour aller plus loin”