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L’Elfe du Grand Nord, de Lucy Daniel-Raby

 
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    La fantastique histoire d’un elfe au grand coeur et à l’incroyable courage que l’on connaît tous mais si peu. L’origine de notre cher Père Noël enfin dévoilée à tous.
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    Nicholaï of the North alias L’elfe du Grand Nord : un titre mystérieux pour un roman. Qui est-il ? Pourquoi sur la couverture y a-t-il deux beaux rennes volants au-dessus de la forêt, sous un ciel étoilé et très lumineux et sur la quatrième de couverture, pourquoi voit-on un fantastique village russe apparaissant comme par magie ou sous un lever de soleil sur un sol désertique ou sur un nuage ?

    Visuellement, ce livre nous pose une multitude de questions. Le résumé de la quatrième de couverture nous apprend si peu sur l’histoire, sauf que l’on connaît quelques personnages : l’elfe s’appelle Nickolaï, a des oreilles pointues et a une fée sur lui. Il est orphelin, a huit rennes qui sont ses alliés et pense que Doransk, une ville dorée, détient le secret de ses origines. Il y a enfin la méchante : une sorcière qui veut l’attirer. Est-ce un conte ou un roman fantastique ? Qui est cette fée ? Comment le jeune garçon va-t-il réussir dans sa quête ? Qui est cette sorcière et pourquoi veut-elle le jeune garçon ? Qui sont ces huit rennes volants ? C’est en lisant ce livre que l’on aura la réponse à ces différentes questions...

    Lors des solstices d’hiver, les elfes organisent une course de traineau. Une elfe veuve et son jeune fils (Nickolaï) y participent, alors que ces courses sont en général réservées aux hommes. Après la course remportée par Nickolaï et sa maman, une tragédie arrive. Magda, ancienne elfe, sorcière et exclue du peuple des elfes, décide de se venger en enlevant les fées des aurores boréales. Privés de leurs fées, les elfes sont pétrifiés. Seul un elfe parvient à survivre à la pétrification, grâce à sa mère qui lui laisse comme seul souvenir Elvina (sa fée des aurores boréales), un manteau rouge (remis lors de la course de traineau et incroyablement magique), et Comète (jeune renne femelle ayant un extraordinaire pouvoir magique grâce aux aurores boréales : le pouvoir de voler) qui va le transporter jusqu’à une famille d’accueil dans un petit village. N’ayant pas d’enfant, Hannah et Joe recueillent le petit Nicholaï et lui apportent joie, instruction... mais ce jeune garçon n’arrive pas à s’intégrer aux autres enfants de son âge, car il est différent.

    Décidé à découvrir ses origines, Nicholaï alias Nick va se lier d’amitié avec Rudolphe, jeune renne volant et apprendre de nombreuses choses : la mort des aurores boréales, l’existence du pouvoir des fées, des elfes... Peu après, Nick apprend l’existence d’une mystérieuse Cité dorée située au nord et qui s’appelle Doransk. Elle est gouvernée par une belle jeune femme étrange, Magda, et « offre à sa population la richesse, le bonheur et du travail ». À force de voir des étrangers monter vers cette « Cité Doré » et de voir ses amis partir, il demande à ses parents adoptifs, trop âgés pour effectuer un tel voyage, d’y aller avec Anneka, sa soeur et ses parents.

    Durant le voyage semé d’embûches, ils rencontrent Zak, un jeune inuit qui a tout perdu. Il raconte que cette Cité dorée serait une citée maudite abritée par une méchante sorcière et dangereuse pour un enfant et adolescent... Bien que ce soit une histoire sur l’origine du Père Noël, l’auteur aborde le combat non seulement entre le bien et le mal, mais aussi plusieurs thèmes difficiles comme l’adoption, l’adolescence : le choix de vouloir devenir adulte ou rester un enfant et le défi de l’autorité des « grands ».

    La révélation de l’adoption : un moment difficile pour tous

    L’auteur a voulu montrer l’abandon de l’enfant d’une façon symbolique. Un peu comme dans le film Anastacia : on lui lègue un objet pour qu’il n’oublie jamais d’où il vient : ici le manteau rouge et Elvina, la fée, sont les liens vers son origine (quelque part, ce manteau rouge est bien plus qu’un simple objet : il devient même une sorte de doudou : « inusable », « doux », protège l’enfant contre le danger, appartenance à vie à l’enfant).

    L’abandon puis l’adoption occupent toute la partie avant l’action même de l’ouvrage. Il sert même de but pour le héros : retrouver ses parents et fouiller tous les endroits possibles. Comme dans la vraie vie, Nickolaï découvre qu’il a été adopté par un tiers et comme c’est écrit dans l’ouvrage : « Or, il apprenait qu’il ignorait tout de ses origines, sauf qu’il était né dans le Grand Nord et que, bébé, il avait été abandonné [...] à croire qu’il était devenu pour lui même un étranger », il le ressent. Il revoit même l’image de son abandon et la raison de celui-ci lors d’un événement qu’il a déjà vécu et sent qu’il ne doit pas en vouloir après sa mère. Lucy a même été jusqu’à mettre son héros en position de « force » face à ceux qui l’ont recueilli. Il y voit une sorte d’injustice, de colère et veut comprendre pourquoi ils ne lui ont rien dit. Dans la vie actuelle, on voit souvent cette réaction enfantine qui est tout à fait normale, mais à force, l’enfant saura leur pardonner. L’auteure explique avec une telle humanité ce phénomène, que l’on ressent ce moment, difficile.

    Enfant ou adulte : un choix cornélien

    Difficile d’être un adolescent : c’est l’âge où l’on décide soit de rester enfant, soit de ressembler et d’imiter un adulte. « -Non merci, répliqua Finn avec une moue dédaigneuse. J ’ai délaissé ces amusements puérils. Maintenant, je suis gardien de l’ordre auprès des nouveaux arrivants. Je veille à ce que tout le monde se comporte convenablement. » « Nick n’en revenait pas. Qu’était devenu le jeune rebelle tapageur de Norsk ? ». On voit se dessiner ici deux comportements. Non seulement, c’est difficile pour l’enfant, car l’adolescence est un moment où il le vit mal : on est coincé entre l’enfance (le jeu, l’envie de vivre, de jouer, de rester dans un monde imaginaire) et le monde adulte. Mais c’est une période difficile également pour les parents, car ils prennent conscience que l’enfant perd son « âme d’enfant ». On voit que chaque enfant vit à son rythme pour devenir adulte. Même si à la fin de l’ouvrage Nick renverse la donne en devenant un adulte-enfant.

    L’autorité parentale et les règles

    À plusieurs reprises, les différents personnages sont confrontés aux règles et à l’autorité de leur père. Le personnage central, Nick, doit obéir jusqu’à sa majorité à ses parents adoptifs même si ils n’ont pas d’emprise sur lui. Comme tout adolescent, il désobéit aux règles fixées en fuyant de chez lui pour rejoindre ses amis, même si la conséquence est la punition. Anneka, aussi, va défier l’autorité parentale lorsque sur Doransk, afin de monter dans la hiérarchie, sa mère force sa fille à participer à un bal pour les jeunes de son âge, mais elle tient tête. Les rennes vont aussi défier à plusieurs reprises l’autorité : la première est la règle fixée depuis des générations, dans laquelle aucun humain ne peut voir un renne volant, ni montrer leur cachette. La deuxième est lorsque l’aînée des rennes meurt : celui qui dirige la tribu a de la réticence face aux dernières volontés de celle-ci et se met à dos sa famille.

    Cet ouvrage m’a beaucoup plu. Il est facile à lire pour un pré-adolescent à partir de 10 ans. Grâce à des renvois, à des similitudes avec des histoires qui ont bercé l’enfance, ce roman est très ambigü pour savoir le genre exact du livre : un roman fantasy ou un conte ? Ce livre fait référence à plusieurs contes :

    -  Peter Pan avec le comportement d’Elvina, la fée (ne parle pas, tourbillonne, protège le personnage) et le lien très fort qui unit le héros et la fée, ainsi que le passage où les enfants sont tous réunis à un plan d’attaque dans les cavernes souterraines

    -  le Petit Poucet ou Poucette dans lequel un héros doit effectuer des épreuves pour se faire respecter auprès des autres à cause d’une différence physique : Nickolaï a les oreilles pointues de son village ;

    -  La sorcière Magda a également une similitude avec la sorcière dans Blanche-Neige : belle d’apparence grâce à la magie, c’est une laide sorcière qui s’y cache.

    Enfin, la présentation des enfants dans la Cité dorée, « la jeunnesse Magdalienne », fait référence à « la jeunesse hitlérienne » dans laquelle les enfants sont embrigadés dans une armée, où ils apprennent à devenir des adultes et vouent une grande ferveur à un personnage mauvais et vont même jusqu’à détruire l’amitié pour obtenir de la reconnaissance et le pouvoir.

    Ce roman fantastique est aussi très bien documenté : à la fin de l’ouvrage, on trouve quelques informations sur la réalisation de celui-ci : les légendes des aurores boréales, le langage inuit, le mythe du Père Noël. Bien que l’histoire parle du Père Noël et qu’une fois adulte, on n’a plus l’envie d’y croire, car la magie disparaît. Je recommande cet ouvrage à tous ceux qui hésitent à devenir adulte et veulent rester enfant. Et comme le dit si bien l’auteure : « quel dommage que nous ne puissions être ainsi tout le temps, non ? Alors les enfants, vous êtes l’avenir, à vous de jouer ! ». Grâce à Lucy Daniel Raby, on s’attache tellement à Nick, Zak, Anneka, Louisa (la petite soeur d’Anneka) et à leur aventure que lorsqu’on arrive au bout, on se demande si cette histoire a eu lieu, tant elle exploite et décrit les différents lieux dans lequel les différents personnages évoluent.

    Légende ou fantasy, c’est à vous, lecteur, de faire votre choix.

    © Marie-Hélène CHIQUET-FLAJOLLET, mars 2011

    Deust 2 Métiers des bibliothèques et de la Documentation,

    Post-scriptum

    DANIEL RABY, Lucy. L’Elfe du Grand Nord. Albin Michel, 2006. (Wiz) 327p. ISBN 2226170200

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    Site Internet de l’auteur