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L’EXCLUSION SOCIALE dans la littérature jeunesse : ceux qui vivent dehors...(mini thèse)

 
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    Mots-clés

    Pour dépasser la condamnation ou la simple compassion...

    L’exclusion sociale est un phénomène très ancien et commun à toutes les sociétés et les cultures. La notion d’« exclusion sociale » est utilisée ici pour rendre compte de ce phénomène dans les sociétés postindustrielles où il est de plus en plus visible.

    L’exclusion sociale peut être un choix personnel. C’est le cas des marginaux qui rejettent les règles et les normes sociales. Elle peut aussi résulter d’un processus de disqualification sociale qui, progressivement, met l’individu dans une situation où il perd peu à peu les liens installés avec d’autres individus, ce qui engendre la rupture sociale. C’est le cas par exemple des situations dues à une perte d’emploi, à un surendettement, à une perte de logement, etc. L’exclusion sociale peut résulter aussi d’une mise à l’écart d’un individu ou d’un groupe, en raison de son origine ou de son statut, ce qui se traduit par l’éloignement avec le rythme de vie dominant dans la société.

    Parler des SDF aux enfants et aux jeunes

    Il s’agit avant tout de dépasser les points de vue et les représentations erronées.

    Dépasser le point de vue qui condamne et stigmatise les SDF et véhicule des idées telles que « c’est de leur faute » ou encore « tu as vu ces clochards ? » . Car c’est bien d’un problème de société qu’il s’agit. En effet, l’exclusion peut se construire car c’est une construction sociale sur différentes bases, qui au fond sont des bases de différences entre individus et groupes. Ces différences peuvent relever de l’état de santé : maladie, handicap de l’orientation sexuelle, etc. Toutes ces différences peuvent causer l’exclusion.

    Il faut dépasser le point de vue qui normalise le phénomène des SDF et qui consiste à dire que « c’est normal, comme il y a des riches, des moyens, il y a aussi des déshérités et des SDF ». Ce point de vue s’appuie généralement sur des catégorisations à prétention scientifique. Mais on oublie que l’exclus a une histoire. En effet, cette exclusion pourrait être engendrée par la mauvaise éducation et les problèmes familiaux rencontrés par l’enfant. Les femmes qui ont été victime d’abus sexuels et qui n’arrivent pas à surmonter ce traumatisme. Par exemple, le chômage génère l’exclusion autant que le statut de l’individu dans la société comme l’immigrant par exemple.

    Mais il convient aussi de dépasser le point de vue « compatissant » , qui se limite à une compassion réductrice de l’homme à ses manques. Or, la situation du SDF guette tout un chacun dans une économie qui privilégie la mobilité et la flexibilité du travail. Il suffit de mentionner ici ce que rappelle Jean-Philippe Ksiazek : en France, une personne sur trois aurait peur de devenir un jour un SDF selon le sondage BVA réalisé fin 2006. Il est donc essentiel de s’inscrire dans un état de veille permanent et dans une disposition à l’action solidaire envers et avec les autres.

    De la simple compassion à la solidarité...

    Les enfants et les jeunes sont très sensibles à la situation des SDF et il est essentiel d’en parler avec eux pour dépasser les mauvaises représentations citées précédemment. L’objectif étant d’expliquer que « SDF » ne constitue pas une catégorie en soi, mais une situation de gens qui ont un nom, un prénom, un passé et un avenir, avec des trajectoires de vie très diverses et d’orienter les enfants vers l’action solidaire envers eux au lieu de la compassion. Paradoxalement, on commence à « bien » parler des SDF au moment où on cesse de parler et où on donne la parole aux SDF eux-mêmes. Là, toute la dimension humaine du problème se dévoile.

    Les sentiments et les besoins humains se mettent alors en évidence : solitude, manque de regards et de considération, voire manque de respect. Cela renvoie la société à sa propre mauvaise image. Pour ce faire, il n’y a pas mieux que d’exploiter les formes de récits qui parlent mieux à des enfants ou à des jeunes : l’album, le jeu de questions éducatives, l’histoire, le roman et la bande dessinée. Ce sont justement ces différentes formes de récits que j’ai choisis pour montrer comment on peut parler aux enfants des SDF, ou permettre à cette frange de la population de parler aux enfants et aux jeunes, sans tomber dans la stigmatisation ou juste la compassion.

    Choix d’ouvrages

    Déesses des elfes sur le trottoir, la condition d’une SDF expliquée à un enfant

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    © Zoom édition, 2009

    Cet album explique aux petits la condition des gens qui vivent dans la rue à travers un petit garçon qui, sur la route de l’école, remarque une femme assise dans la rue. Il pose des questions à son papa qui essaye, avec des mots simples, de lui expliquer la situation de cette femme. L’enfant décide alors d’aider à sa manière cette femme SDF.

    Déesses des elfes veut dire « SDF ». Écrit par Léna Ellka et illustré par Fabienne Loodts, il parle avec beaucoup d’émotion d’un problème qui touche notre société actuelle. L’auteur nous décrit la souffrance morale et physique de ceux qui vivent dans la rue. Le texte est écrit à la première personne du singulier pour exprimer le point de vue de l’enfant, avec des phrases courtes. Le titre attirant donne envie de lire le livre et de découvrir son contenu et ses illustrations.

    Particularité

    Voici différentes réponses aux questions souvent posées par les enfants à propos des SDF. Les enfants posent souvent des questions embarrassantes sur le monde qui les entourent et qui ne trouvent pas toujours les bonnes formules, sinon les bonnes réponses auprès des adultes. Cet album les aidera à mieux comprendre pourquoi il y a des gens qui n’ont pas d’autre choix que de vivre dans la rue.

    Avis personnel

    Une histoire très touchante qui traite d’un sujet délicat avec beaucoup de simplicité à travers le regard et les questions d’un petit garçon : « La femme est grise, car elle est très seule. Elle ne parle à personne de la journée et personne ne l’attend le soir. Cette nuit, elle va dormir toute seule, pendant que tu es dans ton petit nid de famille ».

    Un jeu de questions « Pourquoi des gens vivent dans la rue ? »

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    © Bayard 2010

    Publié dans la collection “Des questions plein la tête”, cet album relate un dialogue entre des élèves de CM2 et le président du SAMU social sur les sans-abris et l’exclusion sociale. Sous la forme d’un jeu de questions réponses, l’auteur expose de manière simple et compréhensible les grandes questions que peuvent poser les enfants au sujet des SDF.

    En 70 pages et 25 questions, les auteurs font le tour de la thématique. Ils proposent un prolongement de la réflexion à la fin de l’ouvrage avec une question posée aux lecteurs : « et toi dans tout ça ? ».

    Particularité

    Cet album insiste sur le fait que vivre dans la rue n’est pas une fatalité et que le problème principal des sans-abris c’est l’isolement. Les explications données aux enfants visent à clarifier et faire réfléchir sans justifier.

    Avis personnel

    Un panorama exhaustif de situations d’exclusion sociale. Il n’y a nécessairement pas de logique dans le déroulement des cas présentés ni dans les interrogations. Les illustrations suggèrent que tout un chacun peut être concerné par le phénomène. Instructif pour des jeunes de 9/10 ans, mais l’efficacité est, à mon avis, à vérifier auprès des enfants plus jeunes. En effet à la différence des autres récits, cet album est très expositif chaque page est consacrée à une réponse détaillée. On est loin des récits qui utilisent la fiction ou le jeu pour accrocher l’intérêt des enfants.

    Thomas la honte, un roman sur l’entraide

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    © Nathan, 2006

    Thomas vit dans un immeuble de la cité avec une mère dépressive. Il a perdu son papa dans un accident de voiture et porte un lourd sentiment de culpabilité. Qui pèse sur lui et le transforme en victime. À tel point qu’il souffre des moqueries de ses camarades de classe... Sa vie bascule le jour où il rencontre Merlin, un SDF. Une solide amitié naît entre eux. Cette rencontre va aider thomas à surmonter cette épreuve et à s’affirmer.

    Voici un ouvrage qui prend la forme classique d’un roman, organisé en plusieurs chapitres. Le narrateur s’exprime à la première personne. Le texte est accompagné par des petites illustrations en noir et blanc donne une idée du contenu de chaque chapitre.

    Particularité

    Paradoxalement, Thomas la honte raconte comment l’aide peut prendre la direction du SDF vers une personne « normale » (le garçon), mais en difficulté. C’est une bonne manière pour déconstruire le rapport au SDF qui se réduit à la compassion. Le phénomène des SDF est raconté à travers l’amitié entre un jeune et un SDF qui s’entraident pour avancer vers une vie meilleure.

    Avis personnel

    Un roman très sensible sur l’entraide entre des être humains, faisant abstraction des catégories sociales le « normal » (le jeune) et le SDF. C’est le jeune Thomas qui raconte son histoire d’une manière sensible et intelligente et qui appelle les jeunes à affronter les accidents de la vie avec courage.

    Blast Vol 1. Grasse carcasse, l’exclusion choisie

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    © Dargaud, 2009

    Polza Mancini a choisi l’exclusion pour vivre libre, seul, sans contraintes sociales. Voici une exclusion choisie, qui ne se révèle que lorsque la solitude de Polza est altérée par un incident qui va le reconduire vers la société et ses institutions de contrainte et de contrôle, vers la garde à vue,l’interrogatoire, et peut être la prison...

    Une bande dessinée dont le scénario a été construit dans une perspective assez cinématographique. Les dessins sont en noir et blanc, très pertinents pour raconter et questionner l’histoire ou la mémoire de l’exclusion que vit Polza actuellement.

    Particularité

    Cette bande dessinée privilégie d’attaquer le phénomène d’exclusion du point de vue de l’histoire personnelle du SDF : comment on en arrive à être SDF, à le choisir ?

    Avis personnel

    Sombre mais originale, cette bande dessinée correspond tout à fait aux questions que se posent les jeunes par rapport au sens de la vie et par rapport aux rapports entre humains.

    Conclusion

    Chacun de ces ouvrages s’adresse à une catégorie d’âges différents et traite le sujet sous un angle différent. Les deux premiers sont des albums qui s’adressent à de petits enfants (dès 5ans). L’auteur, Léna Elika, a choisi les mots avec grand soin pour expliquer la situation du SDF aux petits et les illustrations de Fabienne Loods sont pertinentes et accessibles.

    Le deuxième album Pourquoi des gens vivent dans la rue ? a la forme d’un petit atelier où les élèves posent des questions généralement posées par les tout petits à propos des SDF. Les illustrations s’accordent bien au texte de l’ouvrage qui devrait être lu et approfondi avec les enseignants et lesparents.

    Le roman Thomas la honte, destiné à des jeunes de 12 ans et plus, avait été édité pour la première fois en 1990 sous le titre Crève -la-faim chez Hachette, puis réédité sous le titre de Un père pour la vie en 1998 chez le même éditeur et en 2003. Puis enfin, chez Nathan sous le titre de Thomas la honte. L’auteur Thierry Lenain a su aborder les thèmes de la douleur, du deuil, de la culpabilité, de l’amitié et de l’exclusion avec des mots simples et une grande délicatesse. Il a su expliquer la souffrance des jeunes et surtout les difficultés et les malaises intérieurs que peuvent vivre ces jeunes ; mais d’un autre coté, il a montré que la solution et l’aide peuvent venir de personnes tout aussi vulnérables que les SDF.

    La bande dessinée Le blast, de Manu Larcenet, nous plonge dans la complexité de l’être humain, à travers le récit de vie d’un personnage étrange et sombre, et met en évidence les tensions entre parents et enfants et l’effet de leur disparition sur la marginalité des enfants.

    Deux liens ont été privilégiés dans le choix des différentes formes de récits présentés ici. Ce sont des récits qui ciblent les enfants et les jeunes. Ils donnent la parole aux SDF pour dévoiler les caractères humains et sociaux de leur situation en dépassant juste la compassion ou la condamnation.

    Hanane Aatik, mars 2011

    Deust 2 Métiers des bibliothèques et de la Documentation

    Post-scriptum

    Bibliographie

    ELLKA, Léna. Déesses des elfes sur le trottoir. Fabienne, Loodts ill. Zoom édition, 2009. 32p. ISBN 978-2-919934-56-0 : 14 €

    EMMANUELLI, Xavier. Pourquoi des gens vivent dans la rue ? Rémi, Saillard ill. Bayard, 2010. 67p. ISBD 978-2-7470-2946-9 : 9.90€

    LENAIN, Thierry. Thomas la honte. Marié, Gérard ill. Nathan, 2006. 168p. ISBN 2-09-251235-8 : 4.95 €

    LARCENET, Manu. Blast1. Grasse carcasse. Dargaud, 2009. 200pl.

    ISBN 978-2-205-06397-4 : 20€

    BALLET, Danielle Dir. Les SDF : visibles, proches, citoyens. [Paris] : Presses Universitaires de France, 2005. 384 p. ISBD : 2-13-054571-8 (br):22€

    Voir aussi

    La minithèse de Didier Boudet sur Lille3jeunesse : La pauvreté dans la littérature jeunesse