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Que sont devenues les PRINCESSES aujourd’hui ? (mini thèse)

 
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    Petit tour d’horizon de l’évolution des princesses à travers les âges.

    Introduction

    Princesses du passé ou princesses d’aujourd’hui ? Qui n’a jamais rêvé de devenir une princesse ? Thème récurrent dans la littérature de jeunesse et la littérature adolescente, les princesses ont toujours fasciné. Modèles de vertu, de sagesse, la princesse est un personnage parfait. Pourtant, depuis peu, le modèle de la princesse "parfaite" tend à décliner pour laisser place à un nouveau modèle de princesse, plus proche de la réalité et en accord avec notre temps.

    Alors que sont devenues les princesses du passé ? Quel est le nouveau modèle de princesse abordé dans la littérature de jeunesse ? Le modèle de la petite fille parfaite existe-t-il encore aujourd’hui ?

    Après un détour historique sur les princesses du passé, nous aborderons le thème de la princesse "moderne".

    I) les princesses du passé

    Les princesses sont nées au XVIIe siècle dans les contes de Mme D’Aulnoy et de Charles Perrault en France. En Allemagne ce sont les frères Grimm qui apportent le thème de la princesse. Mais comment étaient les princesses de l’époque ? Étaient-elles des femmes indépendantes ? Étaient-elles intelligentes ? Longtemps le modèle de la princesse s’est apparenté à celui de la petite fille parfaite.

    1) La petite fille parfaite

    Le modèle de la petite fille parfaite est né au XVIIe siècle à travers les contes. Cette petite fille modèle est la jeune fille belle, souvent de souche noble, vertueuse qui attend désespérément le prince charmant sans agir. C’est souvent une personne non-violente, encombrée de robes et de bijoux et pratiquement sans volonté propre.

    La petite fille modèle comme Blanche-Neige dans les contes de Perrault est un petite fille sage qui respecte le devoir familial et respecte les anciens. Les parents sont une figure importante et inculquent la notion de piété filiale chez les jeunes enfants.

    Chez les princesses des contes de fées, nombre de ces valeurs sont également importantes mais est-ce tout ?

    2) Les princesses des contes de fées

    Au XVIIe siècle, la princesse était bien différente de celle d’aujourd’hui. En effet, elle incarnait la féminité, la beauté, la vertu. Chez Perrault dans Cendrillon ou La Belle au Bois dormant, la princesse est une personne élégante,ce qui peut parfois créer des jalousies mortelles comme dans Blanche-Neige. Elle est sage mais également totalement soumise à la volonté des fées ou de ses parents quand ce n’est pas de son futur mari. La princesse incarne les valeurs de la femme fragile et faible, objet de grande valeur (à travers ses bijoux) que l’on se doit de protéger. Elle n’a quasiment aucune liberté sauf lorsqu’elle échappe au contrôle du roi comme dans Les Chaussures usées par la danse, conte des frères Grimm où les 12 princesses s’enfuient par une trappe pour aller danser avec les 12 princes dans un palais souterrain. Mais, en général elle sont vite rattrapées par le roi ou par le prince ou parfois par la fée, comme Cendrillon qui n’a que jusqu’à minuit pour participer au bal.

    De plus, cet aspect de la femme fragile est proche des idées machistes, car même si la princesse est libre un moment, le prince finit toujours par reprendre le dessus soit parce qu’il est seul capable de la sauver, soit parce qu’elle n’a pas le choix. Elle doit épouser la personne sur ordre du roi comme dans le conte des 12 princesses dans lequel l’une des princesses est obligée d’épouser le prince qui a percé le secret.

    On peut donc en conclure que le modèle ancien des princesses est un modèle essentiellement centré sur la beauté, l’inactivité et la soumission de la princesse. Même si elle est libre, elle n’est pas capable d’agir par elle-même et est toujours obligée de s’en remettre à la gente masculine, seule capable de trouver une solution au problème. L’ancienne princesse est également vue comme un objet, une chose belle et fragile. En effet, elle porte toujours des robes magnifiques, des bijoux, des chaussures à talons, ce qui l’empêche d’agir par elle-même physiquement puisqu’elle est coincée dans ses atours. Ce modèle est en train de s’essouffler aujourd’hui, laissant place à une nouvelle génération de princesses plus indépendantes, souvent moins féminines mais par pour autant boudées par les jeunes filles. En effet, elles conservent malgré tout le rôle du personnage perfectible qui fait tant rêver les petites filles. Mais intéressons nous de plus près à ce nouveau modèle de princesses.

    II) Les princesses d’aujourd’hui

    Elles s’appellent Amélia, Kira ou sont totalement inconnues du monde. Les princesses d’aujourd’hui nous offrent autant de facettes de la femme qui n’existaient pas auparavant. Ces nouvelles princesses remettent en question bien des clichés.

    1) La chute du modèle ancien

    L’arrivée de ces nouvelles princesses est en train de provoquer un énorme changement dans la perception de la femme mais également dans l’idée que nous avions des princesses et du modèle de vertu par excellence. Cette montée des nouvelles princesses a provoqué la chute de l’ancien modèle et a permis une réévaluation des valeurs que l’on peut attriber à une femme.

    D’abord, les princesses d’aujourd’hui n’ont plus les cheveux longs et soyeux comme les anciennes princesses mais elles ont des coiffures différentes. Elles ne sont pas toujours apprêtées et se rapprochent parfois du garçon.

    Ensuite, elles ne sont pas toujours inactives et ne passent pas forcément leur temps à attendre désespérément que le prince le plus beau viennent les sauver. En général, elles tentent de trouver une solution toutes seules et vont parfois jusqu’à combattre.

    Enfin, les princesses d’aujourd’hui symbolisent plutôt la femme indépendante, parfois fatale, capable d’agir par elle-même sans avoir besoin d’aide. Elles sont souvent très intelligentes et combatives. Ce nouveau modèle en pleine expansion est bien loin du modèle classique des princesses de contes de fées où tout est généralement parfait.

    On peut noter également que les princesses d’aujourd’hui ne sont pas forcément gentilles et douces. Elles savent se montrer violentes, déterminées et ne vont pas hésiter à se battre contre des plus forts, en mettant leur vie en danger. Mais alors, qui sont ces nouvelles princesses ?

    2) Les princesses d’aujourd’hui

    Depuis peu, les princesses ont envahi les rayons des bibliothèques et des librairies. Elles se déclinent en albums pour petite fille comme Zoé princesse parfaite qui ne fait que des bêtises sauf quand elle se transforme en princesse parfaite pour faire plaisir à ses parents.

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    On trouve également le thème des princesses dans les romans pour adolescentes comme le célèbre Journal d’une princesse de Meg Cabot, qui conte l’histoire d’Amélia, jeune adolescente de quatorze ans mal dans sa peau et qui apprend soudainement qu’elle est sa seule héritière de son père, le prince de Génovia. En effet, à la suite d’un cancer son père est devenu stérile et ne peut donc plus assurer sa descendance. Il doit donc faire de son unique fille une princesse capable de gérer une principauté de France. D’abord opposée à cette idée, Amélia est obligée de se plier à sa nouvelle condition et doit suivre des cours avec sa grand-mère, femme froide et sévère, pour devenir une princesse. Dès lors, la petite vie d’adolescente d’Amélia est bouleversée et la jeune fille va devoir se prêter au jeu de la princesse si elle veut être crédible devant ses futurs sujets.

    Comme le montre le résumé de cet ouvrage, la princesse d’aujourd’hui n’est plus la princesse d’avant. Elle est active, ne possède pas vraiment le côté divin que l’on lui a longtemps attribué dans le passé et exprime ses pensées. Dans l’œuvre de Meg Cabot, le lecteur a accès aux pensées de la jeune fille par le biais de son journal intime et à travers la rebellion qu’elle mène contre ses parents. Elle n’est plus soumise. Cet aspect de la princesse est souvent présent dans la littérature pour jeune fille ou récemment appelée "Chick litt".

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    Le deuxième aspect de la princesse d’aujourd’hui est l’aspect combatif. À l’image de Kira, héroïne de la série les chevaliers d’Émeraude d’Anne Robillard, la princesse n’est plus une simple spectatrice, elle agit, apprend le combat et les arts de la magie et se bat pour préserver le monde de l’emprise du mal. La princesse moderne est proche de l’image des chevaliers et des magiciens très présents dans les récits fictifs pour garçons. Les valeurs que la princesse défend ne sont plus l’élégance et la beauté mais le courage, la force et l’espoir. Dans les chevaliers d’Émeraude, Kira est formée de cette façon, car la prophétie qui la concerne raconte qu’elle deviendra la nouvelle reine du royaume et qu’elle sera la seule capable de terrasser le mal. Ces valeurs sont les valeurs que l’on rattachait à l’époque aux chevaliers ou aux aventuriers. Aujourd’hui même les princesses peuvent changer le monde en agissant par elles-mêmes.

    Le troisième aspect que l’on peut remarquer chez les princesses d’aujourd’hui, c’est le côté réaliste de la personne. La princesse n’est plus divine mais elle est une femme normale avec ses qualités et ses défauts. On reproche par exemple à Kira dans les Chevaliers d’Emeraude d’être trop téméraire et de n’en faire qu’à sa tête. Les princesses inconnues ou oubliées de Rebecca Dautremer et de Philippe Lechermeier ont toutes des défauts. Par exemple, la princesse Amnésie oublie tout même qui elle est. Elle n’a aucune mémoire. La princesse Capriciosa est connue pour ses caprices légendaires et la princesse von Badaboum est une miss catastrophe. Toutes ces princesses montrent des aspects négatifs ou drôles de la femme qui n’existaient pas dans le modèle des princesses de conte de fées. Par ailleurs on peut aussi remarquer la forte présence d’ironie dans l’ouvrage de Rebecca Dautremer, ce qui en fait un ouvrage plutôt adressé aux adultes. On peut donc noter un réel changement dans la perception de la princesse. Elle n’est plus un être parfait, divin mais un être humain avec ses qualités et ses défauts comme la princesse Petits-Bruits de Gudule.

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    Enfin, on peut mettre l’accent sur un dernier aspect de la princesse d’aujourd’hui, celui de la princesse incapable. Nadja, dans les albums de La Petite princesse Nulle, transforme le mythe de la princesse parfaite qui sait tout faire en une princesse complètement incapable et nulle en tout. La Petite Princesse Nulle ne sait ni cuisiner, ni calculer, ni écrire. Elle n’est même pas capable de se trouver un prince digne de ce nom pour mari.

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    Ici, c’est l’ironie et le principe de l’apprentissage qui sont mis en valeur. Une petite fille ne sait pas tout faire tout de suite comme une princesse de conte de fée mais elle doit passer par la case de l’apprentissage qui inclut bêtises et bévues pour se transformer en une vraie femme.

    Mais, le principal changement réside dans la capacité des nouvelles princesses à agir par elles-mêmes, à trouver la voie qui les mènera sur le droit chemin en ayant recours à leur volonté et non en suivant le destin prédit par les fées ou les sorcières comme les princesses des contes de fées. Ce ne sont plus des princesses passives mais des princesses actives proches de la femme d’aujourd’hui qui cumulent travail et vie de famille et qui sans s’en rendre compte sont des héroïnes du quotidien capables de se surpasser pour trouver la solution au problème. Bien sûr, il existe encore des princesses passives mais on peut considérer que c’est une espèce en voie de disparition qu’il nous faut conserver car elles sont la preuve des valeurs du passé et de la tradition.

    Conclusion

    On peut donc en conclure que le modèle des princesses du passé que l’on trouve dans les contes de fées ou encore dans les dessins animés pour petites filles est en déclin même s’il en reste quelques traces. A contrario les princesses d’aujourd’hui sont actives, pas toujours intelligentes et pas toujours très jolies, plus proches de notre condition d’être humain. Ce modèle est en pleine expansion offrant ainsi une nouvelle piste à développer dans la littérature jeunesse. De nombreux auteurs s’y sont intéressés comme Rebecca Dautremer avec ses princesses oubliées ou encore Meg Cabot et son journal d’une princesse, conte de fée moderne sur fond urbain. Malgré cela les princesses du pasé proches des dieux auront toujours une place dans la littérature jeunesse car c’est cela qui fait rêver nos petites filles.

    Bibliographie

    CABOT,Meg. Journal d’une princesse Vol 1 : la grande nouvelle. Livre de poche jeunesse,2010. [280p.] ISBN 978-2-01-322623-3

    CABOT,Meg. Journal d’une princesse Vol 9 : coeur brisé. Livre de poche jeunesse, 2010.[315 p.] ISBN 978-2-01-322719-3

    CORAN,Pierre. Les meilleurs contes de Grimm : nouvelle version de 16 contes célèbres.[s.l.] : Chantecler,1984.158 p.,ill.en coul.

    LECHERMEIER,Philippe. Princesses oubliées ou inconnues.DAUTREMER, Rebecca, ill. Tome 1. Paris : Hachette livre / Gautier-Languerau, 2009. 30 p., ill.en coul.(Les petits Gautier) ISBN 378-2-01-393104-5

    LECHERMEIER, Philippe. Princesses oubliées ou inconnues. DAUTREMER,Rebecca, ill. Tome 2. Paris : Hachette livre/Gautier-Langerau,2009. 30p., ill.en coul. (Les petits Gautier) ISBN 978-2-01-393162-5

    ROBILLARD, Anne. Les Chevaliers d’Émeraude Vol 1 : le feu dans le ciel. Paris : Éditions M.lafon. 300 p., couv. ill. en coul. ISBN 978-2-298-01616-1

    ROBILLARD, Anne. Les Chevaliers d’Émeraude Vol 12. Paris : Éditions M.lafon. 300 p., couv. ill. en coul. ISBN 978-2-89074-781-4

    NADJA. La petite Princesse Nulle. Paris : École des loisirs, 2007. 32 p., 15 cm x 19 cm x 0.5 cm. (Lutin poche) ISBN 978-2-211-08989-0

    NADJA. La petite Princesse de Noël. Paris : École des loisirs, 2006. 32 p., 15 cm x 19 cm x 0.5 cm. (Lutin poche) ISBN 2-211-08433-8

    Zoé Deweireld, Deust 2 métiers des bibliothèques et de la Documentation, avril 2011