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Seuls, de Vehlmann et Gazzotti ill.

Au coeur du Maelström
 
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    Magistral, époustouflant ! Gazzotti et Vehlmann nous offrent un chef d’œuvre du 9ème art, aussi tragique que déstabilisant.

    Critique du tome 5 de Seuls , en tant qu’album indépendant et fin du premier cycle de la série.

    (JPG)

    Au coeur du maelström / dessin de Gazzotti ; scénario de Vehlmann. - Marcinelle ; Paris : Dupuis, DL 2010. - 1 vol. (48 p.) : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 30 cm. - (Seuls ; 5).

    ISBN 978-2-8001-4693-5 (rel.) : 9,95 EUR.

    Fortville, un matin. Cinq enfants se retrouvent seuls dans la ville... Face à cet environnement hostile, Dodji, Leïla, Yvan, Camille et Terry vont devoir apprendre à survivre pour surmonter les nombreux périples qui les attendent.

    (PNG)

    Dodji, solitaire et taciturne est le leader du groupe. Rôle qu’il rechigne à endosser à cause des responsabilités et de la trop grande confiance que lui font ses amis. Il figure sur la couverture du premier tome.

    Leïla, jeune fille indépendante au fort caractère est le pendant féminin de Dodgi. Elle prend la tête du groupe dans le tome 5, après qu’Yvan ait démissionné. Elle est sur la couverture du deuxième tome.

    Yvan, l’intellectuel du groupe, échafaude de nombreuses théories sur la "disparition". Plutôt peureux et peu prompt à l’action, il s’avère néanmoins un très bon leader lorsque Dodji lui laisse la place dans le tome 4. Figure naturellement sur la couverture du tome 4.

    Camille, la blonde aux couettes roses, aime les animaux et l’école. Elle est la sensible du groupe et partage avec Terry, un potentiel rôle "d’élu". Elle apparaît sur la couverture du troisième tome.

    Terry, le plus jeune (six ans dans le T.5) est un insupportable pleurnichard, boudeur et fugueur... Il joue souvent un rôle primordial dans l’avancée de l’intrigue. Il apparaît sur la couverture du tome 5.

    À la suite de leurs aventures le groupe est amené à affronter de nombreux dangers tels qu’un tigre, un serial killer, la tyrannie au sein d’un parc d’attractions et des singes aux motivations obscures. Ils font aussi la connaissances de nouveaux "survivants" (T.2 et T.3), pour le meilleur et pour le pire... .

    L’action dans cet ultime épisode, se situe dans le prolongement du tome 4, avec la découverte du corps de déchiqueté de Dodji. Après quoi, ses amis décident d’explorer la "zone rouge" à la recherche de réponses, mais rien ne se passe comme prévu : Terry fait une fugue, Alexandre et Sélène se lancent dans une traque sans merci et un mal mystérieux apparaît sous la forme d’un monolithe géant... .

    L’intrigue, après un élargissement aux personnages secondaires, se recentre ici, autour des cinq. Ce processus est évoqué dès le début, par Camille et Yvan « tu sais que peux compter sur nous, Leïla. », « on forme une équipe, pas vrai ? » (p.9).

    Dans le même temps Edwige, Anton et Zoé sont mis de côtés. Seul Boris, simple subalterne dans le tome précédent, intègre le groupe, jusqu’à s’affirmer comme alternative à Dodji.

    Au-delà de sa mort (à Dodji), c’est aussi la fin d’une époque. Le groupe original est dissout et la méfiance s’installent « on pourrait aussi demander à Sélène et Alexandre, ils tirent super bien à l’arc. » « non pas eux. J’les sens pas ces deux-là » (p.9).

    Les héros perdent leurs repères « ...j’comprends plus rien... » (p.32) et une force invisible semble s’être imposée à eux et les guider vers le centre de la zone « c’est comme un... un maelström ! Un tourbillon qui les entraîne vers le centre de la zone » (p.33).

    Dans le même temps, l’environnement se fait de plus en plus hostile, instable et sombre... .

    Le phénomène atteint son paroxysme dans un final apocalyptique, où le salut du groupe passe par la mort de l’un d’eux « La terre tremble ! C’est la fin du monde !! » (p.41).

    Avec plus de 7 morts, le tome 5 s’affirme comme le plus intense et morbide des Seuls !

    L’inertie des corps et l’expression des visages réveillent chez le lecteur l’angoisse et la détresse des enfants, face à la mort. Le débat se pose alors quant aux difficultés et l’ambiguïté à représenter à la mise à mort dans une bande dessiné jeunesse.

    Gazzotti nous offre là toute l’étendue de son talent, en adaptant son dessin semi-réaliste, à la réalisation de cet univers froid et sans pitié. Au-delà des visages ronds, l’usage d’un fort empattement noir et les jeux d’ombres renforcent la puissance du récit, alors que la précision des décors ajoute en crédibilité. À ce titre on ne peut s’empêcher de faire un lien avec la série Soda, où Gazzotti a su y développer et porter à maturité son style graphique, caractéristique de sa collaboration avec le talentueux duo, Tome et Janry [1].

    Autre aspect graphique, l’évolution physique des personnages. Au fil des cinq albums, Gazzotti a pris soin d’affirmer les traits des personnages, leurs apparences vestimentaire et capillaire, comme une preuve de maturité pour chacun des héros et du groupe.

    Le travail effectué sur les couvertures rend compte de cette progression. Avec un parallèle entre la première où figure Dodji et la cinquième avec Terry. C’est au plus jeune de conclure le cycle et à travers lui, c’est toute la maturité du groupe qui s’exprime. Cette étape s’illustre parfaitement, lors d’un dialogue entre Yvan et Terry, sur la perte des parents et les angoisses que cela lui procure.

    La présence de Terry sur la couverture, témoigne également de son rôle majeur dans l’avancée de l’intrigue. De protéger Terry devient au final, protecteur.

    Cependant en terme de final, il serait plus juste de parler de "demi-final"

    Car si de nombreux points, parmi les plus importants, sont expliqués, le caractère implicites de certaines révélations laissent planer le doute.

    Ainsi Sélène et Alexandre, même si l’on sait peu de choses d’eux, agissent dans l’intérêt commun par nécessité et peur. Tuer l’un des cinq ne relèvent donc pas de leur volonté propre. Ce qui laissent supposer qu’ils sont également des victimes, au même titre que les héros.

    Néanmoins ils semblent en savoir plus que tous les autres personnages, ce qui laisse songeur quant aux révélations liées à la disparition. Sélène d’abord, quant elle, rend responsable les cinq « ce sont les enfants de Fortville que je veux... c’est à Fortville que cette abomination est en train de se produire... tout ça est de votre faute ! » (p.37), puis Alexandre à la dernière page « Pauvre fous ! Vous n’avez aucune idée de ce à quoi vous avez affaire ! »(p.48). Laissant ainsi supposer que les enfants sont encore loin de la vérité. De plus, d’autres interrogations viennent à apparaitre, encore plus obscures... la plupart ne se révélant qu’au lecteur.

    Des nuances que le lectorat préconisé par l’éditeur ne semble pas forcément à même de saisir. Les persécutions, le malaise social et familial, la tolérance et la compréhension de l’autre sont des thèmes développés en marge des péripéties, réclamant une capacité de double lecture. La représentation dans l’album de la mort d’un des (voir du) héros, se fait la résonance des épreuves traversées par les héros et d’un récit de plus en plus sombre, angoissante et sanglant.

    On passe d’un environnement stable, aux dangers maîtrisés et connus (animaux de cirque, tueur, dictature) à des phénomènes paranormaux (cairns rouges, singes "zombies", monolithe). Ce qui s’exprime chez les personnages par un bouleversement de leur équilibre, mis en scène à travers la chute (T.4) et mort (T.5) du leader.

    Aussi reste-t-on perplexe quant à l’âge des lecteurs visés. Ce serait tomber dans l’erreur que de limiter cet album à une série pour enfants, au regard du graphisme et des personnages. La psychologie croissante au fil de la série, laisse préconiser un lectorat plus élargi pour ce dernier tome.

    Mots-clés : Seul(s), enfant(s), disparition, fin du monde, mort, mystère, thriller, suspense, angoisse, monolithe, science-fiction.

    Quentin Huth/UFR Idist/Édition jeunesse/2010-2011 Le 08 avril 2011.

    Voir en ligne : Seuls

    Post-scriptum

    À ce jour la série compte cinq tomes regroupés autour d’un premier cycle. Le second cycle débutera avec le tome 6 , prévu pour le 16 mai 2011.

    Voir aussi

    Le blog de Vehlmann sur

    http://vehlmann.blogspot.com/

    Le blog de Gazzotti sur

    http://seuls.over-blog.org/

    Et la série sur

    http://seuls.over-blog.org/article-le-blog-de-fabien-vehlmann-42934982.html

    Biographies des auteurs

    Vehlmann naît à Mont-de-Marsan dans les Landes. Par la suite il fait des études de management à l’Ecole Supérieure de Commerce de Nantes, qu’il abandonne pour sa passion, la bande dessinée. Il apparaît alors très vite comme scénariste à talent et ce depuis 2000.

    Jonglant sur des thèmes aussi éclectiques que le thriller, la science-fiction en passant par l’historique, le conte ou l’humour, Fabien Vehlmann se présente comme un conteur d’histoires, influencé à la fois par la bande dessinée, le cinéma et la littérature. Aujourd’hui il oeuvre pour les éditeurs Dupuis, Dargaud, Le Lombard et plus récemment Delcourt.

    Sa bibliographie compte actuellement une quarantaine d’albums, avec dernièrement une reprise (avec Yoann au dessin), des aventures de Spirou et Fantasio.

    Bruno Gazzotti est né le 16 septembre 1970 sur les hauteurs de Liège. Il termine ses études secondaires à l’Institut Saint-Luc de Liège et y aborde le cycle supérieur à l’automne 1988, à la section des Beaux-Arts.

    En novembre 1988, il se présente à SPIROU avec un dossier d’essais en genres divers. Patrick Pinchart, rédacteur en chef à l’époque, l’envoie chez le scénariste vedette du journal, Tome, alors en charge de la série Spirou et Fantasio. Ce dernier cherche un collaborateur pour assister Janry dans la réalisation des gags du Petit Spirou. Après une page d’essai sur ce personnage, Gazzotti est engagé à l’Atelier Tome et Janry, et abandonne ses études pour se consacrer entièrement à la BD. Sa collaboration au Petit Spirou commence au vingtième gag et se prolongera sur une soixantaine de planches, avec quelques coups de main sur l’épisode Spirou et Fantasio à Moscou.

    Il est toutefois particulièrement attiré par les aventures de type semi-réaliste et c’est tout naturellement que Tome songe à lui en juin 1989 pour reprendre le dessin de Soda. Sa mise en pages efficace et dynamique va porter les aventures du policier parmi les best-sellers du 9ème art.

    Notes de bas de page

    [1] Leur travail sur Spirou, (dont on regrettera longtemps l’abandon) a marqué toute une génération d’auteur, des années 80 aux années 2000, dont le firmament fut l’album révolutionnaire, chef-d’oeuvre artistique et scénaristique, Machine qui rêve.