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Le temps des miracles, de Anne-Laure Bondoux

Roman d’aventure et d’apprentissage incarné par un jeune migrant apatride
 
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    © Bayard, 2009 (JPG)

    I) Présentation

    Blaise Fortune, 12 ans, citoyen apatride du Caucase mis à feu et à sang par les conflits armés dû à l’éclatement de L’U.R.S.S. se retrouve contraint de fuir les combats, avec Gloria. Tous les deux vont se joindre aux grands mouvements d’exode de civils échappant au chaos. Étape après étape, ils se retrouveront dans un immeuble désaffecté, un village, une ville portuaire de la Mer Noire. Pour survivre, ils se prêteront à la mendicité ou à divers petits travaux. Puis, à cause de la guerre et des bombardements, ils décident de partir pour la France en franchissant de nombreux pays avec les moyens du bord. Malgré de grands malheurs, il se trouve toujours des situations miraculeuses qui permettent de garder espoir en la vie.

    La couverture du livre est une photo en noir et blanc, ceci évoque certainement les souvenirs d’enfance du héros. On le voit s’amuser sur un baril de pétrole en enfant désœuvré. Cette photo montre une certaine simplicité du personnage, la vraie richesse dans la vie ne se trouve pas dans les biens matériels mais dans les valeurs vertueuses des rapports humains. Enfin il y a la mer symbole de voyage et de nouveaux horizons, d’un avenir prometteur. À la fois roman d’aventure et roman d’apprentissage, ce livre est une transition entre l’enfance et le passage à l’âge adulte. Ce récit évoque aussi des thèmes tel que l’amitié, l’amour, la confiance, la séparation, l’exil, la guerre, l’acceptation de l’autre et de ses différences, la tolérance envers autrui, la découverte de la complexité du monde adulte au travers d’un regard candide et enfantin.

    II) L’aventure

    Ce récit est une analepse, c’est l’autobiographie du héros qui commence à l’âge de sept ans dans un Caucase en guerre. L’histoire est racontée à la première personne sous la forme d’un récit personnel, une sorte de journal. Il suit un procédé évolutif car, au début on connaît très peu de choses du héros et, au fil du récit, on apprend à connaître les différentes facettes du personnage, on s’attache à lui et à ce qu’il vit.

    L’histoire commence dans un camp de réfugiés. Blaise, malgré la guerre et sa situation précaire, est heureux. Gloria joue un rôle maternel protecteur, elle rend la vie du jeune héros plus douce et plus acceptable. Elle lui raconte que c’est un miraculé d’un accident de train, qu’il est français, que sa maman est morte dans l’accident. Gloria l’aurait ainsi adopté. Puis tout au long de l’histoire elle ne cesse de décrire de façon fantasmée : « La France, pays des droits de l’homme, pays de la liberté et de l’égalité, pays de paix et de fraternité ». Ainsi, à chaque moment de désespoir dû aux situations difficiles, elle pose comme objectif, l’exil vers la France. Au sein du camp de réfugiés, est créée une sorte de l’école de la vie avec des enseignements hétéroclites où les enfants apprennent, le chant, les langues Russe et Arabes, le métier de boucher, la minéralogie, la boxe, la cuisine, quelques notions d’herboristeries, la couture et les règles du poker, du Bridge et du Black jack.

    Puis un jour, les exilés quittent le camp de réfugiés à cause de la milice. Ce sera le début d’un long exode d’abord à travers le Caucase puis en direction de la France.

    Après de longs jours de marche dans le froid et la faim, Gloria et Blaise s’exilent à Soukhoumi, une ville portuaire de la Mer Noire. Là, ils espèrent prendre un bateau pour fuir le Caucase. Ils doivent partir précipitamment à cause des bombardements de plus en plus fréquents et dangereux.

    De nouveau en route, ils passent clandestinement la frontière Russe, Ukrainienne, Moldave... Ils voyagent en auto-stop, puis finissent par passer la frontière Roumaine. Ils se mettent à mendier pour pouvoir manger et font la rencontre de Tziganes qui finissent par les inviter dans leur campement.

    Ils s’intègrent dans le camp tzigane et restent de longs mois. L’automne approchant les tziganes lèvent le camp en direction de contrées plus chaleureuses. Blaise et Gloria doivent poursuivre leur objectif : « La France, pays de paix, libre et démocratique ».

    Ils continuent leur périple en auto-stop, traversant la Hongrie, l’Autriche et l’Allemagne. Ils changent plusieurs fois de véhicules. Une fois ils demandent à un chauffeur espagnol de les prendre, mais il n’y a qu’une seule place dans la cabine du camion, et ce dernier n’a pas envie de prendre le risque de transporter des immigrés en passant des frontières ultra-surveillées. Gloria monte avec le chauffeur, tandis que Blaise monte clandestinement dans la remorque du camion sans que le chauffeur ne le sache. Leur chemin se séparera à ce moment là, le chauffeur dépose Gloria en Allemagne et reprend la route, ne sachant toujours pas que Blaise se situait dans la remorque. Blaise sera retrouvé lors d’un contrôle douanier. Tandis que Gloria se fera arrêter au moment où elle essayera de franchir la frontière Franco-Allemande. Elle se fera reconduire dans le Caucase.

    Blaise se fait recueillir dans un centre d’accueil pour mineur. Il apprend le français à l’école et obtient officiellement la nationalité française le jour de ces 18 ans. Grâce aux études, il décroche son baccalauréat et poursuit des études universitaires.

    Il n’a jamais oublié Gloria, il la recherche pendant deux ans. Un beau jour, il reçoit une lettre de l’Ambassade de France. Cette lettre indique que Gloria est certainement vivante à Tiblissi dans le Caucase.

    Enfin pour terminer sur le voyage, Blaise retourne dans le Caucase de son enfance, retrouver Gloria que de nombreuses années ainsi que les aléas de la vie et des complications administratives ont séparé de lui.

    III) Construction du roman

    a) L’enfance

    Le roman est basé sur l’évolution du héros dès son jeune âge, on découvre la vie au travers du regard d’un enfant. On assiste à un procédé de maturation. Au début de l’histoire, Blaise à sept ans, il a un regard candide sur la vie et la société qui l’entoure, mais comme tous les enfants, il est curieux et pose de nombreuses questions. Ainsi, en tant que lecteurs, nous apprenons de nombreuses choses, sur le Caucase et sa situation de l’époque. Tout au long du récit, nous sommes transportés par l’apprentissage de la vie de Blaise. On passe du stade d’enfant, à celui d’adolescent, pour arriver au stade du jeune adulte.

    Nous sommes bercés dès le début par l’amour et la protection maternelle de Gloria ainsi par que les jeux avec les autres enfants. C’est ainsi qu’est introduit le stade de l’enfance dans l’ouvrage. Blaise apprend à se socialiser avec les autres individus, les autres enfants, de façon ludique, mais aussi par « l’école des pauvres » au sein du camp.

    Blaise est confronté aux premières dures réalités de la vie, il apprend à ses dépens que le monde peut parfois être hostile et dangereux, la milice les oblige à la fuite vers un environnement plus favorable.

    b) L’adolescence et la découverte du monde

    Par la suite, Blaise apprend que dans la vie il est nécessaire de donner pour recevoir, qu’il est nécessaire de travailler pour pouvoir vivre. C’est ce qu’il apprendra lors de la mendicité ou du travail dans le village.

    Dans ce village, il apprendra à être rusé en osant demander et en négociant des avantages avec le chef lors de son travail de récupération de déchets d’ampoules. Il apprendra aussi que le travail peut-être dangereux à cause des accidents et de l’inattention. Il sera confronté avec violence au décès tragique d’une jeune collègue. C’est la découverte de la mort et du deuil. C’est aussi lors de cette escale qu’il fera sa première rencontre avec le sentiment amoureux, en rencontrant les sœurs Betov. Dans ce village, il apprendra ce qu’est la pollution industrielle et sa dangerosité.

    Blaise apprendra la nécessité de se surpasser dans l’effort malgré le froid et la faim. Il apprendra aussi que le monde et les sociétés humaines sont régies par des lois et que, pour franchir des frontières, il est nécessaire de se munir d’un passeport. Il comprend aussi que la vie n’est pas une chimère idéaliste, mais qu’elle est bien faite de réalité concrète et matérielle : « Dans la vie, rien ne se passe comme on le voudrait, voilà la pure vérité. On voudrait aimer quelqu’un pour toujours et il faut se quitter. On voudrait la paix et c’est l’émeute. On voudrait prendre un bateau et il faut monter dans un camion qui pue l’essence frelatée... ».

    Le jeune héros va prendre connaissance de la cupidité des hommes. Pour franchir la frontière Abkhazo-Russe, ils doivent payer très cher un passeur qui finira par les abandonner à leur propre sort de migrants désemparés errant dans les plaines caucasiennes. Il apprendra aussi que l’homme peut se montrer altruiste quand il le veut. C’est ce qui se passera quand ils pratiqueront l’auto-stop ou qu’ils se feront recueillir et nourrir par des villageois. Il apprendra aussi à s’intégrer à une communauté et à une société étrangère à sa culture : le campement tzigane, la République Française.

    c) Le passage à l’âge adulte

    Enfin, après ces nombreuses péripéties Blaise va connaître l’amour avec Prudence une jeune fille originaire du Libéria, immigrée comme lui, fuyant la guerre. Puis en retournant dans le Caucase, il apprendra la vérité sur son enfance et ses parents, vérité si chèrement gardée par Gloria...

    Ce roman mêle intelligemment aventure et apprentissage de la vie. Il permet aux adolescents de mieux comprendre et d’introduire diverses thèmes tel que : l’immigration et ses différentes causes, l’amour maternel et sentimental, la mort, l’effort, le courage, l’espoir en la vie et aux lendemains meilleurs, le travail, la confiance envers autrui, l’incitation aux voyages et à la découverte d’autres horizons et d’autres cultures...

    Cet ouvrage ressemble, sur de nombreux points au conte philosophique de Voltaire, Candide ou l’optimisme . Structurellement, ce sont deux romans d’apprentissage, évolutifs. Les héros découvrent le monde grâce aux aventures qu’ils vivent, ils ont un regard naïf sur les événements qui les entoures. Ils confrontent tous deux leurs crédulité et leur optimisme aux dures réalité de la vie, ce qui les fera grandir.

    Conclusion

    Je conseille vivement cet ouvrage car chacun peut s’identifier au héros. En effet, un jour ou l’autre nous sommes confrontés à des situations difficiles et il faut s’armer de courage pour surmonter les différentes épreuves de la vie.

    Anne-laure Bondoux sait tenir en haleine le lecteur, elle manie avec brio le suspense et les coups de théâtre, les moments tragiques comme les moment de joies. Elle termine son œuvre avec une chute remarquable qui en surprendra plus d’un.

    Ce roman délivre un grand message d’espoir. Il préconise de se fixer des objectifs dans sa vie en n’oubliant pas de mentionner qu’il faut y mettre du courage, de la persévérance, du travail, des sacrifices et des efforts mais aussi croire en sa bonne étoile, aux opportunités et aux miracles que la vie nous propose pour réaliser nos rêves.

    Voir en ligne : Le temps des miracles

    Post-scriptum

    BONDOUX, Anne-laure. Le temps des miracles. Montrouge : Bayard éd, 2009. 254 p. ISBN 978-2-7470-2909-4.

    Le temps des miracles a été élu par la rédaction du magazine Lire parmi les 20 meilleurs livres de l’année 2009 dans la catégorie Jeunesse