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L’évolution de l’image de l’ÉCOLE dans la littérature jeunesse

 
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    Vous aimez l’école ? À cette simple question, les avis divergent, surtout entre les enfants et leurs parents. ’’Non ! Je préfère rester à la maison’’, vous répondront les enfants... ’’Bien sûr, l’école est indispensable à la réussite, les enfants ont de la chance d’y aller !’’, vous diront les parents, qui eux, ont quitté les bancs de l’école il y a déjà quelques années... Comment traiter du sujet, surtout dans la littérature jeunesse où les élèves sont les premiers concernés ? Il est alors important de savoir trouver le juste milieu, pour mieux faire comprendre...

    Parce que l’école ne fait pas toujours l’unanimité...

    D’après les chiffres officiels, un jeune français passe, en moyenne, 19 ans de sa vie à l’école. Il n’est alors pas étonnant que la littérature jeunesse se penche sur le sujet... Et à ce propos, les enfants aiment-ils tous se rendre à l’école ? Rien n’est moins sûr ! Si certains d’entre eux semblent très bien s’en accommoder, d’autres au contraire considèrent l’école et tout ce qui s’y rapporte comme une corvée qu’il serait bon de terminer vite fait bien fait ! Mais alors, comment ce sujet si controversé et qui peut faire reculer beaucoup d’entre eux est-il abordé dans la littérature jeunesse ?

    L’école, parfois source de souffrance et de phobies...

    (JPG) Oui, c’est prouvé, le mal de l’école existe. Et il est, paraît-il, de plus en plus fréquent chez les enfants et les adolescents. On reconnaît que beaucoup d’élèves s’ennuient en classe et que la tentation de tout laisser tomber est de plus en plus forte année après année. C’est de ce fait de société dont traite majoritairement l’ouvrage jeunesse Pas envie d’aller à l’école de Gilbert Longhi. L’image de l’école dans la littérature jeunesse a donc évolué ces dernières années. Bien entendu, l’école est toujours montrée comme le moyen de réussir, d’avoir une bonne situation pour s’assurer un bel avenir professionnel, mais l’échec scolaire, le mal de l’école et la phobie scolaire ne sont plus perçus comme des crimes qu’il faut à tout prix faire disparaître de peur qu’ils soient contagieux.

    (GIF) La peur de l’école commence dès le plus jeune âge et même dès le premier jour d’école. L’album Premier jour d’école de Corinne Dreyfuss aborde la tristesse de l’enfant lorsqu’il doit quitter sa mère et les questions qui s’en suivent : “La cour de récré est toute mouillée, Maman, j’veux pas y aller...,” “Tout le jour à l’école. Dis, c’est long le jour ? Dis c’est lourd ? Dis ça dure toujours ? Il faudra y aller toujours, tous les jours à cette école ?” Bien sûr, après un certain temps, l’enfant s’accommode à ce nouveau mode de vie.

    Mais la peur qu’inspire l’école peut prendre différentes formes lorsque l’enfant grandit. L’ouvrage de Gilbert Longhi permet aux élèves de combattre leurs angoisses et de mettre un nom sur ce qui les effraie tant. Selon l’auteur, la saturation joue un rôle décisif dans le rejet de l’institution scolaire chez l’enfant. Chez certains, la saturation peut même amener à des problèmes de santé. “Ce n’est pas une petite fatigue passagère, mais plutôt un écœurement total et durable. Son mal d’école lui donne des nausées, des diarrhées et des palpitations à certains moments...” Et pour d’autres, elle devient la cause d’un désormais je-m’en-fichiste. D’après Longhi, “On trouve toujours une explication à ce dégoût d’école. Il ne vient pas toujours de l’école elle-même, mais ce n’est pas une raison pour ne pas en tenir compte.” Il aborde alors de nombreuses explications pour expliquer ce phénomène de société.

    La peur de tout rater, “Mieux vaut ne rien faire que faire mal” car l’échec reste pour certains insupportable et s’il devaient y faire face, ils se sentiraient totalement nuls et honteux. Le regard des autres et la peur d’être jugé peuvent être aussi à l’origine d’un rejet plus ou moins important de l’école. La peur de l’autre peut alors être la cause de difficultés scolaires. L’élève ne peut montrer ses capacités par peur de se ridiculiser et préfère s’abstenir de toute réponse. Dans certains cas plus graves, il peut se renfermer sur lui même et refuser tout contact avec les autres, ce qui ne fera qu’empirer son dégoût pour l’école.

    Et enfin, l’ouvrage de Longhi donne une dernière explication, celle de la pression de groupe. En effet, pour les enfants et les adolescents, l’école est le premier lieu de leur vie où ils se retrouvent réellement confrontés aux autres. Ils se construisent alors une image, ils veulent être reconnus. Et les mauvais élèves sont souvent ceux qui rencontrent le plus de succès auprès des autres, ils se construisent une identité, celle du rebelle qui se moque de l’école et de l’autorité. Si un élève ramène une bonne note auprès de ses camarades, il sera tout de suite considéré comme “l’intello” et il devra essuyer des moqueries.

    (JPG) Plus grave, des élèves peuvent être confrontés à la violence, avec notamment le racket , plus présent qu’on le pense dans les cours de récréation. Stéphanie Duval nous en apporte la preuve avec Racket, non ! où elle raconte comment six enfants ont dû faire face à ce fléau qui menace les enfants et les détournent de l’école où ils ne se sentent plus en sécurité. L’ouvrage aborde trois façons de réagir, donne des conseils pour éviter les pièges et incite les jeunes victimes à en parler autour d’eux, à des personnes responsables. Tous ces éléments permettent de mettre en lumière l’évolution de l’image de l’école dans la littérature jeunesse, les maux des enfants sont compris et reconnus. La phobie scolaire est une maladie qui touche beaucoup d’entre eux et la littérature jeunesse tente de les aider.

    Aller à l’école pour réussir, une chance que tout le monde n’a pas...

    L’école est et restera longtemps l’un des moyens les plus sûrs pour s’assurer un bon avenir. La littérature jeunesse tente depuis toujours de montrer aux enfants l’importance de cette institution. Oui bien sûr les enfants n’ont pas toujours envie d’y aller, mais un certain niveau d’étude reste parfois indispensable pour réussir. Longhi est très clair à ce sujet : “Il n’empêche qu’à part quelques exceptions il y a une règle vérifiable à tous les coups : moins on reste à l’école, plus on limite ses choix pour l’avenir.” La littérature jeunesse peut donner une image favorable de l’école.

    (JPG) Dans l’album Aller à l’école, pour quoi faire ? Justine est contente d’être malade pour pouvoir ne pas aller à l’école. Ses parents tentent alors de lui expliquer en quoi l’école est utile. “Tous les enfants ont besoin d’apprendre à lire, à écrire et à compter”. Justine comprend alors que l’école peut l’aider à grandir, car “elle devient capable de faire beaucoup de choses toute seule !” Ses parents montrent à Justine à quel point elle a de la chance de pouvoir aller à l’école. En effet, dans certains pays pauvres, tout les enfant ne peuvent avoir accès au savoir et à l’apprentissage. En Afrique, les enfants entrent à l’école à 4 ans et la quittent avant l’âge de 12 ans. Ils ont parfois un niveau d’études très bas. Et en Asie, les petites filles comme Justine “travaillent toute la journée à la confection de tapis.” La littérature jeunesse fait comprendre aux enfants que pouvoir aller à l’école est une chance que beaucoup n’ont pas, elle redore l’image de l’école auprès des lecteurs qui se sentiront pour la plupart privilégiés et qui comprendront qu’il faut mieux ne pas avoir envie d’y aller que de ne pas y aller du tout.

    (JPG) C’est de ce sujet que traite le roman Je veux aller à l’école de Catherine De Lasa. L’héroïne est une excellente élève mais elle se voit contrainte de stopper ses études par manque d’argent. Elle devra alors trouver un financement par ses propres moyens. Cette histoire, qui se déroule à Madère, est la preuve de l’inégalité qui frappe l’institution scolaire partout dans le monde. Par sa lecture, les enfants comprendront l’importance de l’école et du savoir lire.

    Nous l’avons donc vu, l’école est considérée comme une porte de sortie majeure dans la littérature jeunesse. Cette dernière nous donne l’image d’une institution indispensable à la réussite.

    L’école, pas forcément un gage de bonheur...

    Depuis toujours, l’école prend une place importante dans la vie des enfants et adolescents. Peut être même un peu trop. Tandis que certains trouvent le bon milieu et s’épanouissent pleinement à l’école, certains autres prennent parfois l’école trop à cœur et vont jusqu’à s’en rendre malade. Et cette situation peut toucher aussi bien les bons élèves qui s’effondrent devant une mauvaise note et les moins bons qui justement, se trouvent bons à rien.

    (JPG) La littérature jeunesse tente parfois de dédramatiser les choses et de faire relativiser les élèves fassent à leurs difficultés scolaires, passagères ou non. Ainsi, le poème de Jacques Prévert, Le cancre trouve sa place ici. Ce dernier est un mauvais élève, qui “avec des craies de toutes les couleurs sur le tableau noir du malheur, il dessine le visage du bonheur”. Ce livre est là pour rappeler aux enfants que malgré les problèmes rencontrés à l’école, l’essentiel c’est d’être heureux. L’école est utile, mais échec scolaire ne signifie pas malheur pour toujours.

    (JPG) Et enfin le dernier ouvrage abordé est une bande dessinée, il s’agit de L’élève Ducobu. Ce dernier est un très mauvais élève qui considère l’école comme une prison (il porte d’ailleurs un maillot aux couleurs du bagne), il n’a que des mauvaises notes et ses seuls efforts en classe sont destinés à trouver le moyen de tricher sur sa voisine, Léonie, la meilleure élève de la classe. Mais Ducobu prend avec le sourire son séjour forcé derrière les grilles de l’école. Il n’a aucune intention de changer, il est d’ailleurs très heureux, et ses mauvaises notes ne modifient en rien l’affection que lui porte son père. C’est pourtant un garçon intelligent. Et Léonie, la parfaite élève, est amoureuse de lui... Cette bande dessinée, qui a tout d’abord une fonction humoristique, fait passer un message très important auprès des jeunes lecteurs. Ce n’est pas parce qu’un élève est mauvais un classe qu’il est idiot. Cet ouvrage donne une nouvelle image à l’école, il peut permettre aux élèves moins bons à l’école de regagner de la confiance en soi, et surtout, de l’estime. L’école n’est donc plus considérée comme un moyen de classer les enfants par catégorie. Il n’y a plus les élèves intelligents d’un côté et les élèves bêtes de l’autre. La littérature jeunesse permet de lever cette barrière dans la tête des enfants et adolescents. Et cela leur fait prendre conscience que l’école, même si cela reste très important, il n’y a pas que ça qui peut conduire au bonheur...

    Conclusion

    L’image de l’école dans la littérature jeunesse a beaucoup évolué ces dernières années. Les ouvrages sont désormais plus appropriés et touchent un maximum d’élèves, quels que soient leurs résultats scolaires. Les enfants peuvent se reconnaître à travers les ouvrages et donc mieux comprendre ce qu’est réellement l’école et pourquoi il est si important de s’y rendre. La littérature jeunesse prend en compte le fait qu’aller à l’école n’est pas toujours très amusant, mais elle montre qu’il s’agit d’une courte période de vie, qui décidera de tout le reste, et qu’il ne faut, bien sûr, pas prendre à la légère, mais qu’il faut tout de même parfois relativiser.

    Christie Cochard, UFR Idist, Deust 2 Métiers des bibliothèques et de la Documentation, mai 2011

    Post-scriptum

    Bibliographie

    LONGHI, Gilbert. Pas envie d’aller à l’école. Paris : de la Martinière jeunesse, DL 2006. 109 p. (Oxygène). ISBN 2-7324-3475-2 : 11 EUR

    Dreyfuss, Corinne. Premier jour d’école. Paris : T. Magnier, DL 2007. 26p. ISBN 978-2-84420-579-7 : 13 EUR

    Godi, Zidrou. L’élève Ducobu : le fortiche de la triche. Paris : Lombard, DL 2003. 48p. ISBN 2803618869 : 7.95 EUR

    Duval, Stéphanie. Racket, non ! Paris : Bayard Jeunesse, DL 2005. 40p. ISBN 2747016323 : 6.90 EUR

    Mathuisieulx, Sylvie (de), Pouyau, Isabelle, Sabathié, Laurent. Aller à l’école, pour quoi faire ? Paris : Belin, DL 2005. 24p. ISBN 978-2701137926 : 6.90 EUR

    Lasa, Catherine (de). Je veux aller à l’école. Paris : Nathan, DL 2011. ISBN 2092534521 : 5.50 EUR

    Prévert, Jacques. Le cancre. Paris : Gallimard Jeunesse, DL 2007. ISBN 978-2-07-057603-6

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