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LILI & AGGIE, les douces héroïnes de la maison d’édition des frères Offenstadt

 
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    LA VIE QUOTIDIENNE D’UNE PARISIENNE DANS LES ANNÉES 50 ET DE SON HOMOLOGUE AMÉRICAINE
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    Qui se souvient de ces deux jeunes filles, Aggie l’américaine et Lili, la française mais parisienne avant tout, héroïnes de papier qui ont fait les beaux jours des Beaux Albums de la Jeunesse Joyeuse et enchanté la bande dessinée d’après-guerre.

    Moi, je me souviens de ces albums que m’a transmis ma mère et qui ont fait de mes lectures enfantines et même adolescentes des instants de bonheur et d’évasion.

    Puis, le temps passe, on grandit, on vieillit et on change ses lectures. Elles deviennent moins imagées, plus classiques voire légitimes (oh ! Quel vilain mot)... et finalement on oublie.

    Mais un jour, au détour d’un étal d’un libraire de la Vieille Bourse à Lille, elles sont là et nous appellent. Au début, timidement. Ensuite, elles s’enhardissent et des images refont surface, des dialogues, l’histoire toute entière.On ne peut plus résister, elles sont de nouveau nos héroïnes de coeur. On redevient la fillette de dix ans qui les a découvertes.

    Elles n’étaient pas sœurs mais plutôt cousines éloignées car seuls les rassemblaient leur altruisme et leur candeur. Indissociables et pourtant si différentes, elles avaient chacune leurs « partisanes ».

    Vous allez aussi vous apercevoir qu’elle n’étaient jamais seules mais accompagnées de figures fortes et compagnons d’aventure.

    Entre deux aventures passées, elles se sont réunies une nouvelle fois pour parler du bon vieux temps et de leurs aventures.

    Aggie  : Tu as toujours été connue sous le surnom de Lili mais quel était ton vrai nom ?

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    l’espiègle Lili en famille n°1 (1909)

    Lili  : Je m’appelle en réalité Elisabeth-Alice-Amélie-Elise-Marie-Line d’Orbois ou tout simplement Lili. Je suis née en le 21 octobre 1909 au travers des pages de la revue Fillettes. [1] Et je me suis éteinte en 1998.

    Aggie  : Mais que d’évolution à travers tes nombreux albums, Lili. Dès les premiers numéros, tu es décrite comme une petite fille très dissipée que tes parents tentent, à coups de leçons et de pensions d’assagir un peu. Et, c’est pour cela que durant les sept premiers numéros, tu seras « L’espiègle Lili ». Tu étais une petite fille turbulente, insolente et terriblement attachante.

    Lili  : Et oui, complètement en opposition avec mes parents : ma mère très chic et représentative de la femme élégante des années 50 mais plus encline à la compréhension envers son « petit démon » et mon père personnifiant à lui seul l’autorité et à l’origine de biens des mesures « disciplinaires ».

    Aggie  : Comme de t’envoyer sur un bateau école [2] mais entourée d’amis inséparables, tu vas faire les quatre cent coups !. Mais tu restes toujours pétrie de bons sentiments, et, bonne pomme, tu n’hésites pas à te dénoncer pour éviter des ennuis à tes amis.

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    l’espiègle Lili en croisière n°4

    Lili  : Et bien oui, c’est tout moi. Toujours la première à pardonner et à donner une seconde chance aux petits « traîtres » que je peux croiser. Et c’est aussi là que je retrouve mon ancien professeur Monsieur Minet, un érudit professeur de philosophie à la Sorbonne, il a été désigné comme mon tuteur légal. Devoir qu’il prend d’ailleurs très au sérieux, à mon grand désespoir !

    Aggie  : Bien, mais côté look tu restes immuablement vêtue d’une jupe à carreaux et d’un chemisier blanc. Et malgré tes péripéties, tu ne sembles pas avoir plus de 13 ans.

    Lili  : Mais les choses se gâtent dès le septième album [3] : la belle vie et l’insouciance sont terminées tout comme les voyages. Mes parents sont ruinés et contraints de partir à l’étranger, ils me laissent seule non sans m’avoir recommandée aux cousines de Saint-Herbu. À partir de cet instant, je vais devoir gagner ma vie et multiplier les petits boulots que les lecteurs découvriront au fur et à mesure de chaque album. Je serais tour à tour pâtissière, maraîchère, apprentie dans une maison de haute couture.

    Aggie  : En tous les cas, ce changement de taille t’aura fait mûrir. Tu vas adopter la queue de cheval et une jupe plissée « plus femme ». À partir de l’album n° 9 [4], l’ami Gédéon, un ami photographe de Minet, se joint à ta troupe. Et même, Dan, d’abord simple camarade, deviendra peu à peu ton amoureux transi.

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    planche Lili reporter-photographe n°9

    Lili  : Sans aucun geste déplacé ; bienséance oblige !

    Aggie  : Évidemment ! Mais je voudrais aussi mettre en avant l’album n° 12 [5] qui reste un peu particulier et où on te découvre sous un jour particulier.

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    planche Lili et son nourrisson n°12

    Lili  : Et où apparaît Madame Bourju, ma concierge, qui deviendra un personnage récurrent. D’autres personnages font leur arrivée comme Grand-Pop, shérif texan un peu excentrique et richissime grand père de Dan dans l’album n° 23 [6] ou Rarahu, ce petit perroquet espiègle qui va devenir un inséparable compagnon.

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    Lili à Saint-Germain-des-Prés n°23

    Aggie  : À partir de l’album n° 25 [7], les lecteurs pourront, grâce aux scenarii de Paulette Blonay, retrouver, avec plaisir, une jeune fille qui s’est transformée en femme. Tu adoptes une coiffure plus courte et des ensembles plus féminins. On te donnerait facilement 20 ans. Ma foi, tu es devenue une belle jeune femme.

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    Lili à Chantalouette n°25

    Lili  : Ne me fais pas rougir, mais finies les espiègleries bien enfantines. J’emmène mon public d’aventure en aventure, et les voyages prennent peu à peu le pas sur les emplois pour fournir un prétexte aux histoires. Et puis l’album n° 46 [8] a une connotation particulière puisque c’est le dernier de Al G.

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    Lili et le capitaine Cramm n°46

    Aggie  : Mais à partir de l’album n° 47 [9] se produit un changement lourd de conséquences pour les lecteurs habitués à la pétillante héroïne que tu étais. Tu es maintenant une jeune femme moderne, trop peut-être pour les nostalgiques.

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    planche Lili et le grand Ted n°47

    Lili  : Mes histoires tournent de plus en plus en énigmes policières. Il est vrai que je ne suis plus la même ; j’irai même rencontrer Jean-Paul Gautier [10] je et partirai chez «  Chérie FM !  ». Et attention, roulement de tambour, il aura fallu attendre ce dernier album pour que Dan (qui porte une queue de cheval, oups !) et moi échangions un baiser après plus de 50 ans de chasteté ! Nous sommes en 1998 !

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    Lili chez les top-models (1996)
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    Lili à "Chérie FM" (1998)

    Aggie  : On ne peut que louer ce désir de vouloir raviver dans les esprits des jeunes lecteurs ton personnage mais tu es un peu trop actuelle pour les « vieux » lecteurs qu’ils sont devenus. Mais au moins ces nouvelles aventures ont eu le mérite de te rendre accessible à la jeune génération bien que cela soit ton côté « vieillot » qui plaisait tant !

    Lili  : Et si notre bien triste américaine se livrait à nous à présent.

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    planche pauvre Aggie ! n°1

    Aggie  : Très bien dit car ma vie a été loin d’être aussi palpitante que la tienne Contrairement à toi, mon personnage est bien noir. Je me nomme Aggie Mack et je suis née dans le Chicago Tribune Syndicate mais dès mars 1947 j’apparais aussi, comme toi, dans la revue Fillettes.

    Lili  : C’est peu de le dire. Dès l’album n° 1 [11], le décor est planté. Entre une mère quasi inconnue car décédée prématurément ; un père absent pour cause de traversée au long cours : Tu te sens bien seule.

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    pauvre Aggie n°1

    Aggie  : Sans parler d’une belle-mère sympathique au demeurant, Irma qui sera même ma complice pour des sorties ou l’achat d’une nouvelle robe, mais flanquée d’une fille, Mona, qui aime se décharger sur moi des tâches quotidiennes. Heureusement, dès le départ, je recueille un petit chien perdu qui deviendra ma lumière dans cette existence.

    Lili  : Sensible Aggie ! Ta vie paraît bien misérabiliste, presque trop caricaturée pour qu’on y croit. Et pourtant, même si tes albums se suivent sans véritable histoire, le charme prend et des milliers de lecteurs trembleront et souffriront __ moi la première __ avec toi comme lorsque Mona interrompra tes vacances en se prétextant souffrante dans l’album n° 7 [12].

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    Aggie au collège n°7

    Aggie : Oui, mais tout de même, à partir de l’album n° 10 [13], avec le retour de mon père, qui va prendre la décision d’abandonner la navigation pour un travail sur le continent, c’est l’atmosphère de toute la maisonnée qui va s’en trouver transformée même si sa physionomie a déjà subit des transformations. Du beau marin plein d’allure, il est devenu un homme d’un certain âge, à la taille alourdie et aux cheveux plus rares et grisonnants.

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    les vacances d’Aggie n°10

    Lili  : C’est vrai, la présence de ton père va apaiser les tensions. Dès l’album n° 11 [14], tu apparais gaie, enjouée et exubérante. Mais si les sentiments de ta demi-sœur à ton égard n’ont pas changé, au moins, elle évite de te chercher des « noises » sous les yeux de ton père. Il n’y aura que dans l’album n° 18 [15] de son mariage avec un photographe qu’elle se montrera gentille avec toi.

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    Aggie mène la danse n°11

    Aggie  : Oui, ce numéro est à marquer d’une pierre blanche ! Elle avait disparu depuis l’album n° 12 [16] et de nouveaux compagnons sont apparus comme Bill (et son appétit insatiable), Rosemary (un peu tête de linotte), Suzy, Pat et Bob (jaloux et emporté).

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    Aggie marie sa soeur n°18

    Lili  : Libérée de cette tyrannie domestique, tu ressors transfigurée. Tu deviens enfin une jeune américaine d’après-guerre, ton caractère s’affirme. Plus sûre de toi, peut-être un peu capricieuse et même un peu écervelée mais enfin pleine de vie. Alors que les épisodes précédents étaient remplis de repassage, ménages et autres réjouissances, on entend enfin parler de surprises-parties, d’amis, de robes du soir, voilà l’Aggie que l’on aime. Entourée de tous tes camarades ou même associée à un chevalier servant.

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    Aggie et ses amis n°12

    Aggie  : Mais aucun geste déplacé ne pourra m’être reproché tout au long de mes 34 albums même si on sent bien les tendres sentiments qui nous unissent.

    Lili  : En fin de compte, chaque album n’est que la succession des scènes de la vie quotidienne d’une jeune américaine des années 50 bien dans son temps.

    Aggie  : Mais cela ne sera qu’un repos de courte durée. En effet, mon père, dès l’album n° 20 [17] sera obligé de reprendre du service en mer et sa demi-sœur, ne s’entendant plus avec son époux revient vivre à la maison. Aigrie par cet échec, elle est redevenue la même : acariâtre et antipathique. De plus, elle se trouvera une alliée avec cette snobinarde jalouse de Trixie.

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    Aggie chef de classe n°20

    Lili  : Les ingrédients du départ refont surface : on se retrouve plongé dix numéros en arrière. Tu redeviens la souillon domestique des débuts, tyrannisée par une demi-sœur qui s’est trouvée une nouvelle alliée. Chaque épisode relate dorénavant une véritable histoire où tu dois bien souvent déjouer les mauvais tours de cette demi-sœur.

    Aggie  : Surtout que depuis l’album n° 27 [18], Al G. n’est plus et c’est Pierre Lacroix qui reprend le flambeau.

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    Aggie et l’opération survie n°27

    Lili  : Il est vrai de dire que plusieurs auteurs ont, tour à tour, repris nos personnages. Pour moi, il y eut d’abord Joseph (dit Jo) VALLE qui m’a tout de suite dépeinte comme une petit fille très turbulente et tellement dissipée que mes parents ont voulu me mettre en pension !

    Aggie  : Mais ces longs textes étaient souvent vertueux et très moralisateurs. Au tout début, accompagnant les scénarii de Jo, tu es née sous les crayons de André VALLET, dessinateur aux éditions Offenstadt et spécialisé dans l’illustration de récits militaires et de récits pour la jeunesse. Tes traits “vieillots” et les visages peu détaillés sont le reflet de l’illustration de l’époque.

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    l’espiègle Lili en pension n°3 (1919)

    Lili  : C’est exact. Puis André GALLAND, qui illustre des livres pour la jeunesse dès 1904, prendra le relais d’André. De 1921 à 1923, René GIFFEY redynamise un peu le graphisme. Je ne suis encore qu’une écolière peu respectueuse de ses professeurs et de l’autorité en général. René, par une longue collaboration avec les éditions Offenstadt pour des illustrés mais aussi pour des revues légères, est considéré comme l’un des meilleurs illustrateurs de l’avant-guerre. Il continuera à me « croquer » de 1933 à 1936.

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    l’espiègle Lili en famille n°1 (1929)

    Aggie  : On lui doit un style plus vivant que celui de ses prédécesseurs, en effet, il t’a coupé les cheveux, sacrifiant ainsi à la mode des garçonnes des années 30. Et dès 1946, Gérard (dit Al. G) ALEXANDRE redessine complètement ton personnage sur des scenarii de Bernadette HIÉRIS , puis de Paulette BLONAY.

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    planche l’espiègle Lili en Angleterre n°6

    Lili  : Chut, ne le dis pas aux autres mais il est généralement considéré par les lectrices comme mon véritable auteur !

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    l’espiègle Lili en voyage n°1 (1949)

    Aggie  : Tous deux adoptent la technique du phylactère [19] en 1952 dès l’album n° 7 [20]. Et même, si les éditeurs n’étaient pas favorables, cette technique va permettre de rendre la lecture de tes albums moins fastidieuse et plus vivante.

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    planche Lili travaille n°7

    Lili  : C’est aussi l’époque de la fin des illusions (la banqueroute de mes parents), je suis devenue indépendante, têtue et volontaire, et je cherche désormais du travail. Fini le ton moralisateur de Jo.

    Aggie  : De l’avis de tous, les lectrices ont l’impression de grandir en même temps que toi.

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    planche l’espiègle Lili dans le grand monde n°3

    Lili  : Malheureusement, en 1974, nous sommes en deuil : Al. G. décède. Mais loin d’être abandonnée, Jacques (dit Jacarbo) ARBEAU reprend le flambeau pour les albums n° 47 à 55 avant de céder la place à Jo MARTIN pour les albums n° 56 à 58.

    Aggie  : Je l’aimais bien ce Al. Mais le charme est rompu, la griffe de Jo n’y est plus : tu es dorénavant dépeinte comme une jeune femme moderne qui fait de la moto et résous de véritables énigmes policières.

    Lili  : Et, en 1996, je reviens pour deux brefs épisodes, radicalement métamorphosée par la dessinatrice Anne CHATEL sur les scenarii de Florence CRÉMOUX et François GARNIER. Et toi, Aggie, la si triste jeune fille que les spécialistes de la bande dessinée vous qualifient souvent de "Cendrillon des temps modernes", tu as eu également quelques auteurs.

    Aggie  : Oui, tout d’abord, mon créateur, l’américain Hal RASMUSSON me brosse en une jeune fille morose, qui a bien du mal a s’épanouir au sein d’un cadre familial étouffant pour ne pas dire tyrannique ! Mais pour contrebalancer mes aventures très sombres, il crée Honey Bun une jolie petite fille blonde très facétieuse qui multiplie les farces.

    Lili  : Et à la mort d’Hal en 1961, c’est Roy FOX qui reprend ton personnage. Le graphisme est plus clair, plus aéré, moins sombre, au propre comme au figuré.

    Aggie  : Deux différences par rapport aux premiers albums, d’abord je suis devenue gaie et malicieuse. Et puis, ce n’est plus une histoire intégrale qu’abrite chacun de mes albums, mais une succession de petits gags surtout centrés sur les préoccupations de la jeunesse américaine : les garçons et les fanfreluches. Dès 1966, avec les scenarii de Paulette BLONAY, je me transforme physiquement, abandonnant la queue de cheval des années 60 pour une coupe mi-longue, plus dans le style de l’époque.

    Lili  : Mais pour toi aussi, en 1974, Al. G. nous quitte. Ton personnage est alors repris par plusieurs auteurs mais qui ne retrouveront pas la veine initiale. C’est Pierre LACROIX qui s’y colle en premier : son graphisme est un peu "brouillé", plus dur.

    Aggie  : Déjà d’un naturel morose, je deviens carrément mélancolique, à la limite de la dépression ! Niveau look : adieu l’attitude "college girl" (robe sans manche et petit pull), bienvenue aux jeans et au bon gros pull confortable ! Anne CHATEL, réalise les dernières aventures de 1980 à 1984 .Elle relève avec succès ce défi : graphiquement, et le lecteur retrouve ses repères.

    Lili  : Et qui sait, un jour, un bon scénariste pourrait certainement nous faire renaître et nous inclure dans des péripéties plus actuelles.

    Aggie  : Il est vrai que toutes les bonnes choses ont une fin mais on ne pouvait se quitter sans parler de notre "famille d’accueil" qui a fait nos beaux jours.

    Aggie  : Oh, tu veux certainement parler de la maison d’édition familiale des frères Offenstadt [21]. Rappelle-toi, il y avait, dans le désordre, notamment Charles, Georges, Maurice, Nathan et Villefranche.

    Lili  : Il faut se souvenir qu’à cette époque d’entre deux-guerres, les publications enfantines se divisent en deux clans : les "bien-pensants" dignement représentés par La Semaine de Suzette éditée en 1905 par Gautier-Languerneau où la ligne éditoriale pédagogique est clairement définie car, selon eux, la lecture se veut avant tout utile et culturelle.

    Aggie  : Et, à l’opposé, les éditions OFFENSTADT et leurs illustrés "populaires" à 5 centimes, où la part belle est faite aux bandes dessinées et au langage « fleuri ». Dès 1904, ils ont su profiter de la diminution des coûts de production des magazines en couleurs.

    Lili  : Et durant des années, le succès ne se démentira pas et les publications des frères Offenstadt, avec ses bandes dessinées, son franc-parler et son caractère truculent vont conquérir un public juvénile dont nous allons être les représentantes avec aussi Les Pieds Nickelés ou des magazines comme L’Intrépide ou L’Épatant.

    Aggie  : Mais, ils ont du faire face à des détracteurs puissants. Car, évidemment, ce triomphe grandissant et cette situation de quasi-monopole suscitent bien des jalousies. La première guerre mondiale arrivant, l’origine judéo-germanique des parents Offenstadt et leurs précédentes publications grivoises suffisent pour lancer une campagne de discrétitation [22].

    Lili  : Et leurs ennuis continueront car, durant la Seconde guerre mondiale, d’après les lois raciales en vigueur, ils seront déposséder de leurs biens. La SPE est alors sous la tutelle de l’occupant par l’intermédiaire du trust nazi Hibbelen. Fillette s’éteint alors pour laisser place à une littérature plus "collaboratrice".

    Aggie  : Et puis, après-guerre, petit à petit, la production s’essouffle. La mort d’Al. G. n’y est sûrement pas étrangère. Nous devenons orphelines. Et, à la fin des années 80 c’est la fin de la SPE [23].

    Les histoires de Lili :

    Période avant-guerre : 3ème série 1 - (1929) L’espiègle Lili en famille 2 - (1931) L’espiègle Lili en vacances 3 - (1919 ?)L’espiègle Lili en pension 4 - (1928) L’espiègle Lili continue ses farces 5 - (1929) L’espiègle Lili n’en fait qu’à sa tête 6 - (1926) L’espiègle Lili en Angleterre 7 - (1934) L’espègle Lili fait des siennes 8 - (1935) Lili s’amuse

    Période après-guerre : 4ème série 1 - (1949) Lili en voyage 2 - (1949) Lili au cirque 3 - (1950) Lili dans le grand monde 4 - (1951) Lili en croisière 5 - (1951) Lili en Egypte 6 - (1952) Lili au pays des lions 7 - (1952) Lili travaille 8 - (1953) Lili aux Indes 9 - (1954) Lili reporter-photographe 10 - (1955) Lili à la ferme 11 - (1956) Lili représentante 12 - (1956) Lili et son nourrisson 13 - (1957) Lili chasse les fauves 14 - (1957) Lili au théâtre 15 - (1957) Lili au Palace-Hôtel 16 - (1957) Lili et Compagnie 17 - (1958) Lili interprète 18 - (1958) Lili monitrice 19 - (1959) Lili aux sports d’hiver 20 - (1959) Lili hôtesse de l’air 21 - (1960) Lili à Deauville 22 - (1961) Lili en Angleterre 23 - (1961) Lili à St Germain-des-Prés 24 - (1962) Lili bandit corse 25 - (1962) Lili à Chantalouette 26 - (1963) Lili et le fakir 27 - (1963) Lili et le petit Duc 28 - (1964) Lili à l’Opéra 29 - (1964) Lili et ses locataires 30 - (1964) Lili à la campagne 31 - (1965) Lili au zoo 32 - (1965) Lili dans la Lune 33 - (1965) Lili au music-hall 34 - (1966) Lili et la Tarasque 35 - (1967) Lili et le diamant "Luck" 36 - (1967) Lili et le trésor 37 - (1968) Lili script-girl 38 - (1969) Lili chez les milliardaires 39 - (1969) Lili à l’Olympia sporting club 40 - (1970) Lili en Grèce 41 - (1970) Lili en Espagne 42 - (1971) Lili en Périgord 43 - (1971) Lili et le chien des Allendale 44 - (1972) Lili patine 45 - (1973) Lili en vacances 46 - (1974) Lili et Captain Cramm 47 - (1980) Lili et le Grand Ted 48 - (1980) Lili dans la jungle 49 - (1980) Lili antiquaire 50 - (1980) Lili acrobate 51 - (1980) Lili et l’avion coqueluche 52 - (1982) Lili au galop 53 - (1984) Lili au rallye 54 - (1984) Lili sur le lac 55 - (1986) Lili et le bateau fantôme 56 - (1986) Lili vétérinaire 57 - (1987) Lili et le papillon 58 - (1988) Lili et le retour de la bête (1996) - Lili chez les Top Models (1998) - Lili à Chérie FM

    Les histoires d’Ag

    Documents

    l’espiègle Lili en famille n°1 (1909), 1er novembre 2011, JPG 7.3 ko, 150 x 207 pixels

    planche pauvre Aggie ! n°1, 1er novembre 2011, JPG 10 ko, 118 x 171 pixels

    Notes de bas de page

    [1] Pour les petites filles des milieux populaires, les frères Offenstadt lancent en 1909 le journal Fillette. Pendant féminin de l’Epatant, ce titre remporta un succès considérable auprès des fillettes du début du siècle

    [2] album n° 4 : "L’espiègle Lili en croisière"

    [3] "Lili travaille"

    [4] "Lili reporter-photographe"

    [5] "Lili et son nourrisson"

    [6] "Lili à Saint Germain des Prés"

    [7] "Lili à Chantalouette"

    [8] "Lili et le capitaine Cramm"

    [9] "Lili et le grand Ted"

    [10] "Lili chez les tops-models"

    [11] "Pauvre Aggie !"

    [12] "Aggie au collège"

    [13] "Les vacances d’Aggie"

    [14] "Aggie mène la danse"

    [15] "Aggie marie sa sœur"

    [16] "Aggie et ses amis"

    [17] "Aggie chef de classe"

    [18] "Aggie et l’opération survie"

    [19] moyen graphique utilisé en illustration puis en bande dessinée pour attribuer des paroles aux personnages. Il est habituellement constitué d’une forme ovale ou rectangulaire avec des coins plus ou moins arrondis

    [20] "Lili travaille"

    [21] qui deviendra, plus tard, la SPE (société Parisienne d’Édition)

    [22] Voici d’ailleurs ce que se permettra d’inscrire « l’Echo de Paris » en 1917 : "Permettre que des Allemands ou des naturalisés de fraîche date puissent contribuer à l’empoisonnement moral du pays est véritablement intolérable"

    [23] société parisienne d’édition