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Prince de naissance, attentif de nature, de Jeanne Benameur et Katy Couprie

 
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    Royal, tout simplement

    (JPG)
    © Thierry Magnier, 2004

    Tout commence comme une histoire classique de prince et de princesse appelés à monter sur le trône à la mort des parents souverains. Pourtant pas de mauvais sort à l’horizon, ni de mauvaise fée vexée de ne de pas avoir pu fêter le baptême du futur roi une cuillère d’or à la main. Juste un " petit garçon plein d’attention " prêt à faire " de grands détours pour éviter de marcher sur les fourmis ", dont la nourrice " une femme simple et bonne " ne peut que se féliciter d’avoir comme futur roi.

    Un petit garçon presque comme les autres, si n’était cette courte traîne fine et souple couleur azur... pour un album qui, s’il n’est pas sans rappeler les cohabitations loufoques de supports et de matières de Tout Un monde pour lequel avait collaboré Antonin Louchard et Katy Couprie, ne ressemble presque à aucun autre. En effet, la profonde originalité de l’album repose sur le choix d’installer des marionnettes cartonnées en trois dimensions colorées à la craie et au pastel dans de " vrais " décors, soigneusement sélectionnés (une plage déserte, l’orée d’un bois et un chemin de terre pour ne citer que ceux-là), avant de les photographier. Une technique que beaucoup auront qualifiée de cinématographique, qui répond à un scénario précis, et à une mise en scène finement orchestrée par Katy Couprie, que l’on voit au travail à la fin de l’album, dans les pages de couverture intérieure.

    Le travail sur le symbolique en général place d’emblée le lecteur dans l’univers de la fable. Pas de nom, pas de lieu pour les personnages et le royaume. Pas de plus de marqueur de temporalité. Le seul repère est l’accès au trône, qui projette le petit garçon parmi les conseillers aux visages en alarme, aux costumes à carreaux tous identiques (on note au passage le clin d’œil à Alice au Pays des merveilles) tous avides de pouvoir, qui forment un rempart autour de lui. Ils conseillent une petite guerre, puis une plus grande et le jeune roi devient flou derrière ses armées de soldats, et par la même occasion, la nourrice qui souvent symbolise le " petit peuple " est rejetée au second plan, le visage " flouté " lui aussi. Lointain écho des Fables d’Esope ou de La Fontaine, le petit peuple de l’herbe se voit lui aussi piétiné désormais. Jusque moment où le roi arrive près de la mer.

    Si la couronne et le sceptre sont conservés, le jeune roi n’oubliera pas ce qu’il est : la lourde cape de fourrure rouge sera abandonnée au profit du vêtement initial, bleu et léger. On a beau être roi, on n’oublie pas pour autant ce que l’on est vraiment : une personne ouverte aux autres, un roi si petit à l’échelle de l’océan...Cette scène clef où le jeune roi déshabillé (symboliquement déchargé de son rôle politique et de son rang social) entre dans la mer occupe d’ailleurs une très belle et large double page, au milieu de l’album, en point d’orgue à toute la fable. L’enfant roi ne se laissera plus faire. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si dans l’image qui suit, la perspective de la photographie prête à l’enfant une taille bien supérieure à celle de ses soldats, renvoyé sur le champ, et si les gros plans lui redonnent un vrai visage.

    Autour des nombreuses doubles pages au format généreux au graphisme si particulier, le texte de Jeanne Benameur s’organise en archipels de phrases très simples, entourées d’océans de silence, qui laissent le temps de la réflexion et permettent au lecteur de voyager selon son propre rythme, au grès de sa propre respiration. Là où certains ont vu un texte " simpliste ", pourquoi ne pas voir une réelle invitation au voyage, et l’opportunité de méditer face à la mer la mer en même temps que ce petit roi de papier, et de se laisser submerger mentalement par son rythme, son mouvement et son calme ?

    Le pouvoir de la fable se décuple quand on pense à cette étrange cohabitation de carton, de feuilles et de sable et dépasse largement le cadre d’une réflexion sur le pouvoir et l’identité. En effet, ne serions nous pas de simples marionnettes évoluant dans un décor trop complexe pour nous ? Quelle est la place de la fiction dans notre monde bien réel ? Quel étrange pouvoir peut donc revêtir la fiction ? De quelle manière intervient-elle dans notre appréhension de la réalité ? Quel sort et quel crédit réservons nous aux images ?

    La petite marionnette sise au milieu du matériel qui l’a vue naître, crayonnés et autres bouts de pastels et de craies usés, comment ne pas lui deviner un sourire dubitatif ? Un album fortement riche, richement simple, simplement royal...

    © Perrine Cambier, Novembre 2005

    Mise à jour : mai 2014

    Post-scriptum

    BENAMEUR, Jeanne, COUPRIE, Katy [pastel gras et photogr]. Prince de naissance, attentif de nature. Paris : Thierry Magnier, 2004. Non paginé [25] p. : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 35 cm. ISBN 2-84420-319-1 (rel.) : 18 €

    Pour aller plus loin sur la réalisation graphique de cet album

    -  crdp.ac-creteil.fr-bibli.htm

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    -  ricochet-jeunes.org

    -  parutions.com

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