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RAIPONCE : l’interview qui décoiffe !

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    Trois mois après son procès contre une célèbre marque de shampoing, la jeune femme se confie à Valentine, reporter pour Lille 3 Jeunesse. Une interview exclusive, puisque la princesse n’en a accordé qu’une seule ces dernières années, à Miroir Magique Magazine. Rencontre échevelée...

    Bonjour, Raiponce. Vous avez dernièrement porté plainte contre la marque Boucle d’Or et êtes actuellement en attente d’un verdict. Qu’est-ce qui vous a poussé à le faire ?

    Et bien, il se trouve que cette marque de lotion capillaire causait des démangeaisons désagréables ! De plus, elle ne démêlait pas ma longue chevelure. Quand on considère tout l’argent que je consacre à mes cheveux, j’estime avoir le droit à des produits de qualité. Je pense tout de même que je le vaux bien !

    Tout de même, c’est déjà votre seconde attaque en justice... La dernière fois, c’était votre autobiographe officiel que vous visiez, je crois.

    Je confirme. Cet impudent avait eu l’audace d’affirmer que j’étais née de Jacob et Wilhelm Grimm, au XIX° siècle.

    (JPG)
    Les frères Grimms - les pères adoptifs de Raiponce

    Ils étaient très gentils, Wilhelm et Jacob, et c’étaient de très bons père et oncle adoptifs, mais j’existais déjà bien avant qu’ils ne se mettent en tête de m’écrire. Comme nombre de princesses et autres personnages avant moi !

    Vous pourriez développer ?

    Bien entendu. Les frères Grimm ne m’ont pas créée, ils m’ont recueillie, en même temps que La Belle au Bois Dormant ou Le Vaillant Petit Tailleur lorsqu’ils se sont mis en tête de récolter les légendes et les histoires de leur pays. Vous saviez qu’ils étaient nés en Allemagne ? C’est pour ça que je m’appelle Rapunzel en version originale (et Tangled en anglais... Mais où sont-ils allés chercher cela ?). Ils ont suivi des études de droit malgré la mort de leur père, et Jacob devait pourtant entretenir la famille. Ils étaient tous deux d’âges très rapprochés, puisque Jacob était né en 1785 et Wilhelm en 1786, et ne se sont jamais quittés, même lorsque l’un deux s’est marié et que sa femme se trouvait dans l’espérance ! Ils ont travaillé ensemble plus de quinze ans à la bibliothèque de Cassel et se sont rapidement établi une renommée dans le pays, avant de démissionner et de devenir professeurs. En dehors des Kinder und Hausmärchen [Contes de l’enfant et du foyer, ndlr], oeuvre dans laquelle je figure, Jacob a publié une Grammaire Allemande. Tous les deux étaient vraiment de grands littéraires, et deux hommes de grand talent... C’est sans doute ce que se disait la princesse Wilhelmine Karoline de Hesse, leur protectrice.

    Est-ce que vous avez des souvenirs de votre famille d’origine ?

    Évidemment ! De façon heureuse, sinon il n’y aurait pas de conte... Il y aussi ce que l’on m’a conté. Je ne suis pas née princesse. Ma mère était dans l’espérance quand elle fut prise de l’envie de déjeuner d’une salade de raiponces. Malheureusement, les raiponces appartenaient à une voisine sorcière qui a fait promettre à mon père de me remettre à ses soins en guise de compensation de son vol. Elle s’appelait Taufpatin. Au début, elle m’a bien plutôt bien traitée, mais quand je suis devenue une jeune fille avec de très longs cheveux, elle m’a enfermée dans une tour de vingt aunes de haut, sans portes, sans escaliers, et elle me rendait visite la journée. Elle ne voulait pas que je m’éloigne d’elle. Comme il n’y avait aucun autre moyen pour elle d’entrer dans la tour, elle m’appelait chaque jour de la même manière.

    « Raiponce, Raiponce, Descends-moi tes beaux cheveux ! »

    (JPG)
    Illustration de Cathy Delanssay, dans La vie secrète des Princesses

    Et puis elle se hissait jusqu’au sommet de la tour à l’aide de mes longues nattes.

    Vous deviez vous ennuyer à mourir entre ses visites !

    Non, pas vraiment... Je me levais tôt et passais la matinée à brosser mes cheveux jusqu’à ce qu’ils crépitent, et je déjeunais. L’après-midi, je chantais. Je chantais énormément. C’est comme ça que j’ai rencontré mon prince charmant d’ailleurs.

    Avons-nous droit aux détails ?

    Ce n’est pas comme si cela était tenu secret. Cathy Delanssay, l’illustratrice, m’a dessinée dans La vie secrète des princesses comme une jeune fille jouant de la harpe avec mes cheveux. L’auteur des textes de ce livre, Virginie Hanna, émettait l’hypothèse que je le faisais pour attirer les princes. Le résultat prouve que cela était efficace ! Un fils de roi est passé un jour par-là, m’a entendue, et est immédiatement tombé amoureux de moi. Nous nous sommes fiancés en cachette, mais je me suis trahie auprès de la Taufpatin. Folle de rage, elle m’a coupé les cheveux et m’a abandonnée dans le désert. J’étais déjà dans l’espérance, d’une fille et d’un garçon. La Taufpatin a également tendu un piège à mon fiancé, qui, désespéré, s’est jeté du haut de la tour et s’est crevé les yeux dans un buisson d’épines. Cette partie-là de l’histoire a souvent été censurée. Mais je ne suis pas la seule dont l’histoire a été modifiée avec le temps ! Vous connaissez Blanche-Neige ? Bien. Figurez-vous qu’avant de périr étouffée, ou empoisonnée, on ne sait jamais, avec son morceau de pomme, elle est morte par la faute d’un corset trop serré ! Mais ça, personne ne le dit jamais.

    Revenons à nos fées, j’ai fini par croiser mon fiancé par hasard, et j’ai pleuré pour lui, pour nous, pour nos enfants. Ce que nous ne savions pas, c’est que mes larmes étaient magiques et qu’elles ont guéri ces pauvres yeux, à la suite de quoi nous sommes retournés dans son royaume.

    Quelle histoire ! Tant d’aventures pour une femme si jeune ! Donc vous vous êtes mariés avec le Prince Charmant et vous vivez heureux depuis ?

    Ce n’est pas le Prince Charmant que j’ai épousé, mais un autre fils de roi. Souvenez-vous, le Prince Charmant a épousé Cendrillon, puis la Belle au Bois Dormant en secondes noces. La malheureuse Cendrillon, elle ne s’en est jamais remise ! Mais sinon je vis heureuse oui, les siècles passent comme les secondes !

    Les siècles ?!

    Votre surprise fait plaisir, mais vous semblez oublier que je suis apparue pour la première fois au cours du XVIII° siècle ! Mais on me donne régulièrement un petit coup de jeune. Sans forcément toucher à mes vêtements, puisqu’on ne sait pas vraiment ce que je portais au temps du conte. Mais on réinvente sans cesse mon histoire, on l’édite régulièrement, on en fait des adaptations...

    (JPG)
    Affiche du film d’animation Raiponce, film des studios Disney, sorti le 1er décembre 2010

    Je sais que Richard Wagner s’est inspiré des contes de Jacob et Wilhelm, et que nombreuses sont les adaptations cinématographiques de mon conte. Dernièrement, il y a eu un Barbie à mon nom, mais aussi un film Disney. Je vous avoue que je n’ai pas vu le premier film dont je vous parle. En revanche, j’ai vu le second. Le scénariste a totalement remanié mon histoire ! Dans le film de Disney, je suis une princesse enlevée de force à ses parents, et mon prince n’est qu’un vulgaire voleur. Mais le plus étrange dans tout cela, c’est l’idée que mes cheveux sont magiques et procurent la jeunesse éternelle à celui qui a le bonheur de les brosser. Notez que c’est peut-être un peu vrai... Car je n’ai pas pris une ride depuis ma création !

    Je vois que l’heure tourne, mais il ne me reste qu’une seule question...

    Hâtez-vous dans ce cas !

    Merci. Quels sont vos projets pour l’avenir ?

    (JPG)
    Timbre édité en RDA en 1978

    Je pense peut-être me lancer en politique. J’y ai déjà fait mes premiers pas en 1948, quand la République Démocratique d’Allemagne m’a choisie pour figurer sur ses timbres ou quand, en 1945, les Alliés ont interdit ma publication en Allemagne sous prétexte que la violence dans les Contes avaient inspiré les nazis...

    Mais dans le futur immédiat, je songe à me rendre chez le coiffeur. Ne me regardez pas ainsi, vous savez combien de temps cela peut prendre, de démêler une chevelure de plus de vingt aunes de long ? À quel point cela peut être pénible de répéter la même tâche jour après jour ? De plus, ils sont dangereux pour ma santé : ma tête est tellement lourde que cela me pose des problèmes de dos.

    J’espère que vous m’avez posé toutes vos questions, je dois vous laisser. Je dois tourner un spot publicitaire vantant les mérites d’une lotion contre les poux, et j’ai peur d’être déjà en retard !

    Merci, Raiponce, d’avoir répondu à toutes nos questions. Quant à vous, chers lecteurs, ne manquez pas de consulter notre prochain numéro pour découvrir la nouvelle rubrique mode de Peau d’Âne : « Comment porter la fourrure ? ».

    © Valentine, L2 Humanités et Sciences de L’information

    Février 2012

    Post-scriptum

    L’histoire de Raiponce est tombée dans le domaine public : suivez le lien pour la lire ! lire Raiponce en ligne

    Merci beaucoup à Cathy Delanssay pour avoir très gentiment permis l’utilisation de son illustration dans cet article !