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PETIT SPIROU se rencontre...

« Mais alors, toi, t’es moi, et moi, je suis toi ? »
 
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    Fatigué de ses aventures, Spirou se rappelle le temps délicieux de son enfance, l’école, ses amis et sa famille. Touché par la nostalgie, l’envie lui prend de mordre une dernière fois dans sa madeleine de Proust, et le voilà parti vers son passé. Pour cela, il a "emprunté" la DeLoreane, pour vivre son propre Retour vers le futur. Mais cette aventure temporelle devient presque mystique lorsque les deux Moi se rencontrent...

    Spirou adulte se cache dans le jardin, là où il se réfugiait étant petit. Attendri, il observe son grand-père, penché au balcon du premier étage en train de fumer la pipe. Un vrai gamin ce Grand-Papy. Quand on lui dit de ne pas faire quelque chose, eh bien il le fait... Spirou est heureux de revoir ce grand-père qui lui a donné plus d’amour que ne le pouvait son vieux cœur fragile. Quand tout à coup...

    Petit Spirou : (arrive en courant dans sa cachette) Eh ! Mais t’es qui toi ?! Et qu’est-ce tu fais dans ma cachette ?

    Spirou  : Hum... c’est que... j’avais oublié que je n’étais pas le seul à connaître cet endroit. Bon, ça va être un peu compliqué à expliquer... Pour faire bref et pour ne pas te faire peur, on va dire que je suis toi, mais en grand. Surprise !

    Petit Spirou : Moi ? En grand ? Tu te moques de moi, là ? Et qu’est-ce que tu fais avec mon chapeau ?

    Spirou  : Ton chapeau ? Mais c’est mon chapeau ! J’suis né avec !

    Petit Spirou  : Mais moi aussi je suis né avec mon chapeau ! Même qu’à l’intérieur, il y a mon nom qu’est écrit.

    Spirou  : (lui passant son chapeau) Tiens, regarde à l’intérieur. Qu’est-ce que tu vois ?

    Petit Spirou : Spirou !

    Spirou  : Eh oui ! Spirou.

    Petit Spirou  : Mais alors, ça veut dire que ce que tu m’dis, c’est vraiment vrai ?

    Spirou  : Eh oui.

    Petit Spirou  : Mais alors, toi, t’es moi, et moi, je suis toi ? Ça fait un peu beaucoup pour ma p’tite tête. Bon, qu’est-ce que tu fais là ? Et puis comment t’as fait pour venir ici ? Tu vas pas essayer de me faire croire que t’as pris une voiture qui voyage dans le temps, si ?

    Spirou  : Si ! Exactement ! Finalement, j’étais bête moins que ce que je ne le pensais.

    Petit Spirou : C’est un compliment, ça ?

    Spirou  : Hum...en quelque sorte.

    Petit Spirou  : Bon, on va dire que je te crois. Mais c’est parce que c’est toi ! Enfin, en même temps, est-ce que j’peux faire confiance à moi-même ? Quand j’fais une bêtise, je cours pas forcément le dire à Maman ou Grand-Papy... Bon, on va dire que globalement, j’suis un bon copain qui laisse jamais tomber ses potes.

    Spirou  : Oui, ça, je le sais. Et je peux même te dire que tu ne changeras pas avec le temps. Tu seras loyal envers ceux que tu aimes. Notamment, ton ami le plus fidèle, un certain Fantasio.

    Petit Spirou  : Fantasio ? (réfléchit en regardant en l’air) Nan, ça m’dit rien. Moi mon pote, c’est Vert’. Vertignasse de son prénom. Lui et moi, c’est « À la vie, à la mort ». Tu le connais, non ?

    Spirou  : Évidemment, fils d’idiot ! Je retire ce que je t’ai dit tout à l’heure, je n’étais vraiment pas une flèche à l’époque. (pause) Vert’. Bien sûr que je m’en rappelle. On a fait les 400 coups ensemble ! Il était pas bien riche, mais il avait tout de même deux papas. L’un voleur, l’autre flic. Je me demande bien dans quelle branche il est parti...

    Petit Spirou  : Ça, j’peux pas te le dire. Tout ce que je sais, c’est qu’en ce moment il est à l’église à faire ses prières avec l’abbé Langélusse.

    Spirou  : L’abbé Langélusse...celui-là, ce n’était pas le dernier à rigoler avec nous ! De temps en temps, il parlait avec « Lui ». Il disait même qu’il avait déjà sa place « Là-Haut »... Mais bon, on l’aimait bien quand même. Et le prof de sport, euh... Mérot, Gigot...comment il s’appelle déjà ?

    Petit Spirou  : Mégot. Monsieur Mégot.

    Spirou  : Oui. Monsieur Mégot. Avec sa bière, ses cigarettes et ses cours de jeux d’échecs, on peut pas dire que ce soit lui qui m’ait donné la forme physique que j’ai maintenant. Oui, parce que autant te mettre tout de suite au sport, avec les aventures qui t’attendent...

    Petit Spirou : Les...aventures ?

    (JPG)
    Le 10ème album , "Tu comprendras quand tu seras grand !"

    Spirou  : Tu comprendras quand tu seras grand. Et d’ailleurs, pourquoi est-ce que tu te caches toi ? Qu’est-ce que tu as encore fait ?

    Petit Spirou  : C’est la voisine. J’avais besoin d’un parachute pour... euh... j’avais besoin d’un parachute. Et dans son jardin, il y avait le linge qui séchait. Et la voisine, tu la connais, c’est pas Mademoiselle Chiffre. Et donc...

    Spirou  : (l’interrompant) Qu’est-ce qu’elle était belle, Mademoiselle Chiffre. Impossible de se concentrer avec une telle déesse !

    Petit Spirou  : Tu m’laisses finir mon histoire, oui !? Bon, j’en étais où ? Ah, oui, la voisine c’est pas un mannequin. Et donc, étant à la recherche d’un parachute, je lui ai emprunté un de ses énormes soutien-gorge...

    Spirou  : Tu as eu entièrement raison. Il faut savoir se débrouiller dans n’importe quelle situation. Ça t’aidera plus tard, tu verras.

    Petit Spirou : Voilà donc pourquoi je me cache. Cette grosse madame est partie voir Maman pour aller rapporter. Les adultes, ils sont vraiment pires que nous. Nous, on nous répète que rapporter, c’est vilain, et eux ils arrêtent jamais. Et puis, à chaque fois qu’on lui pique un truc, c’est sur moi que ça tombe. Je sens que ce soir, ça va être ma fête...

    Spirou  : Et ton père, pourquoi elle ne va pas voir ton père, la voisine ?

    Petit Spirou : Mon père ? On le voit pas souvent. En dehors des cases, je le vois jamais.

    Spirou  : Les cases ?

    Petit Spirou : Bah oui, les cases. M’enfin, t’es pas au courant que tout ça, c’est une BD ! Qu’est-ce que tu crois, toi ? Ça te semble pas bizarre que depuis 1987 j’ai pas pris un centimètre !? Et puis toi, depuis 1937, la guerre et toutes tes autres aventures, t’as pas une ride, pas un rhumatisme !

    Spirou  : Une BD ?! Mais...mais tu es complètement fou !

    Petit Spirou : Eh oui. Une BD. Et puis entre nous, on sait très bien que mon père ici, c’est pas vraiment mon père. (petit clin d’œil malicieux)

    Spirou  : Comment ça ?

    Petit Spirou  : Bah oui, forcément. J’ai même deux papas, moi aussi. Tome, le scénariste, et Janry au dessin. Tu les connais, c’est eux qui se sont occupés de toi pendant une quinzaine d’années. À mon avis, t’étais tellement sérieux qu’ils m’ont créé en parallèle pour décompresser un peu. C’est vrai qu’en fait, si je fais tant de bêtises, c’est de leur faute, pas de la mienne. J’suis qu’un pauvre petit garçon, jouet de ces deux gros farceurs ! Mais bon, je m’amuse bien quand même, avec tous mes copains et mon Grand-Papy. Il est un peu comme moi, mais avec un dentier et des bains pour les pieds aux herbes aromatiques. Et puis, ils ont été sympa mes deux papas, ils m’ont donné une amoureuse.

    Spirou  : Suzette !

    Petit Spirou  : Ouaip ! Même que plus tard, ce sera ma femme.

    Spirou  : Oh, tu sais les femmes...ça te passera...quand tu auras connu l’amour, tu te méfieras un peu plus...

    Petit Spirou  : Mais non, Suzette, elle est chouette. Non ? Grand-Papy, il arrête pas de dire qu’un jour je comprendrai le « mystère féminin...ça veut dire quoi à ton avis ?

    (PNG)
    Une question délicate ? "Demande à ton père !"

    Spirou  : Demande à ton père ! (réfléchit un instant) Mais alors, si tu es né en 1987, ça fait 24 ans que tu existes.

    Petit Spirou : Arrête, tu vas me faire prendre un coup de vieux !

    Spirou  : 24 ans que les gens te suivent ?

    Petit Spirou  : Ouais. Et même que j’ai un sacré succès, des millions d’albums vendus en France et en Belgique. Mais sois pas jaloux, toi aussi t’as du succès. Mais le truc, c’est que moi, je suis mignon, j’suis un p’tit garçon turbulent, et ça, ça fait craquer tout le monde.. Enfin, je veux pas dire que t’es moche. Au contraire, j’me trouve vraiment pas mal en grand. Beau costume, chaussures bien cirées, athlétique,...non, j’suis plutôt bel homme !

    Spirou  : Arrête, tu vas me faire rougir ! Mais si ça fait 24 ans, tu t’es adapté avec le temps, non ?

    Petit Spirou  : Et comment ! Plus on avance, plus on est moderne. On vient juste de découvrir le téléphone portable et les jeux vidéos. Et puis le paysage aussi change. Les villes ressemblent de plus en plus aux villes d’aujourd’hui. Mais moi, j’ai envie de partir, de voir des trucs extraordinaires, de voyager partout. Dis, tu veux pas m’en dire un peu plus sur mon « plus tard » ?

    Spirou  : Désolé mon P’tit, mais va falloir patienter un peu. Je t’en ai déjà trop dit.

    Petit Spirou  : Allez ! Juste un truc ! Un petit truc de rien du tout !

    Spirou  : Bon, d’accord. Un jour, tu rencontreras l’animal le plus mystérieux qui ait jamais existé.

    Petit Spirou : Ah ouais ? Vas-y, c’est quoi, c’est quoi ?

    Spirou  : Le Marsupilami !

    Petit Spirou : Le quoi ?

    Spirou  : (se levant et courant vers sa voiture temporelle) J’ai pas le temps de t’expliquer, je dois rentrer chez moi !

    Petit Spirou  : Et c’est où, chez toi ?

    Spirou  : (fermant la portière, avant de partir) Où tu voudras...

    Fin

    © Lucas NOYELLE, L2 HSI

    Langues et culture antiques, décembre 2011

    Post-scriptum

    Le Petit Spirou est tellement moderne qu’il a même son propre site Internet. Réservé aux petits curieux...ICI !