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L’OPÉRA dans la littérature jeunesse (mini thèse)

 
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    I. Une mauvaise réputation

    Si vous demandez à la personne qui est à votre droite ce qu’elle pense de l’opéra, elle vous répondra certainement que c’est une perte de temps, que c’est un art ancré dans une époque passée et que face à la télévision, il semble être tombé en désuétude. Si vous questionnez la personne qui est à votre gauche, elle vous dira probablement qu’elle n’a jamais posé un pied à l’opéra et que cela ne l’intéresse pas, que le cinéma est plus actuel et plus divertissant. Néanmoins, c’est une erreur. L’opéra s’actualise, se renouvelle et s’améliore pour ne pas tomber dans l’oubli. Et cet art, qui a perdu ses lettres de noblesse, s’est furtivement introduit dans la littérature jeunesse. Le livre est un moyen ludique, pratique et amusant de faire découvrir à l’enfant ce qu’est un opéra ; il joue ici un rôle important, un rôle de médiateur entre le lieu et la personne. Victime de sa réputation, il parait donc inimaginable de s’y rendre en famille et ce pour plusieurs raisons. Ces clichés sont tenaces, parmi eux on trouve le plus souvent le fait que le spectacle se déroule la plupart du temps dans une langue étrangère ensuite que c’est infiniment long surtout pour de jeunes spectateurs et enfin que les interprètes s’époumonent jusqu’à l’asphyxie au lieu de chanter. C’est cette image populaire, ce cliché que nous avons tous à l’esprit, image véhiculée, entre autres, par La Castafiore d’Hergé décrite comme étant « une dame bien charpentée, élégante, dotée d’une voix puissante, trop puissante ».

    Le livre jeunesse joue un rôle considérable dans la diffusion et la popularisation de cet art et c’est donc par ce biais que l’enfant va apprendre ce qu’est un opéra, ce que l’on y fait et qui y travaille. Ces derniers sont des passeurs, ils jouent un rôle informatif et explicatif afin que les plus jeunes puissent développer leur curiosité, leur imagination et ainsi se forger une opinion sur cette pratique artistique, qui se veut désormais accessible à tous. C’est donc au travers de multiples outils qu’ils vont pouvoir se familiariser avec ce nouveau thème, ils peuvent désormais, à l’aide des livres audio, écouter un opéra en étant chez eux, lire des bandes dessinées ou des romans adolescents en se projetant dans ce lieu, lire des albums qui traitent du sujet sans buter sur un vocabulaire spécifique. Toutefois, l’apparition de cet art dans ce genre de littérature n’est pas anodine, ce dernier ne fait qu’appuyer, auprès des enfants, une démarche instaurée par l’éducation nationale. En effet, dorénavant l’opéra et de l’histoire des arts sont des enseignements qui entrent dans le socle commun des connaissances et de compétences que l’on retrouve dans le programme scolaire du primaire au collège. Ces nouveaux dispositifs permettent donc de favoriser et d’étendre la démocratisation de cet art lyrique et ce de deux manières distinctes et efficaces, l’école et la littérature. On enseigne beaucoup à travers les livres, à travers l’école alors pourquoi ne nous serviraient-ils pas à initier les futures générations à de nouvelles pratiques culturelles ? Aller à l’opéra devrait devenir aussi simple que d’entrer dans un café.


    II. Un art adapté à l’enfant

    Opéra et enfant, cela semblerait presque antinomique comme combinaison car quand on évoque l’opéra, on pense immédiatement aux grands noms comme Mozart, Verdi ou encore Puccini mais certainement pas aux enfants. Pourtant, on assiste à une véritable effervescence dans le monde de la littérature jeunesse. Les livres illustrés, les livres audio, les bandes dessinées ainsi que les romans adolescents sont spécialement conçus afin que les jeunes puissent accéder, et ce de quelques manières, à cet art lyrique. L’opéra tente donc d’adapter ses œuvres à un public de plus en plus jeune ; actuellement il propose des thèmes aussi bien classiques que contemporains et ce afin de mieux coller au monde d’aujourd’hui. Mais concrètement comment l’enfant peut-il se représenter ce lieu si mystérieux sans y glisser un pied ?

    C’est ce qu’Armande Gerber propose dans son album jeunesse Enquête à l’opéra, accessible à partir de cinq ans, l’auteur amène l’opéra à l’enfant. L’histoire est simple, le fétiche de la cantatrice a disparu et sans lui, elle ne peut chanter. Du machiniste à la maquilleuse en passant par le chef d’orchestre, le coupable peut être n’importe qui. C’est donc au travers d’une enquête bien ficelée que le jeune lecteur navigue parmi les lieux. À l’aide d’un plan, il circule de loge en loge, de coulisse en coulisse en passant par la fosse des orchestres ou encore par le dessous de scène pour trouver le voleur. Les pages sont truffées d’indices, de jeux qui renvoient à d’autres pages, c’est un livre interactif qui demande à l’enfant de la curiosité, de la patience ainsi que de l’ingéniosité. Développé par les opéras de Lille et de Rhin, ce livret met en perspective tous les métiers du monde du spectacle. En effet, c’est en interrogeant les multiples professionnels qui travaillent dans cet environnement comme les maquilleuses, les machinistes, le chef d’orchestre ou encore la régisseuse que le jeune détective qu’est le lecteur va se façonner une image, une idée bien plus précise de ce qu’est concrètement un opéra. L’histoire n’est donc qu’un prétexte pour faire découvrir l’endroit ainsi que les métiers car c’est bien cela le but premier de cet ouvrage. C’est dans les dernières pages que se révèle le but informatif du livre, on y découvre l’histoire de l’opéra, les grands compositeurs, une fiche de vocabulaire. C’est un ouvrage pour débuter, pour charmer, pour fidéliser et conquérir un jeune public.

    opéra

    III. Un art des sens

    L’opéra est un art qui en requiert beaucoup d’autres, entre autre le chant, la danse et la musique. On peut donc reprocher à l’ouvrage de Gerber de faire l’impasse sur le support musical, écueil dans lequel ne tombe pas La Callas, une invitation à l’opéra. Ce livre audio se compose de cinq histoires illustrées accompagnées de cinq extraits musicaux que Maria Callas a interprétés en tant que cantatrice au cours de son auguste carrière. Ce livre disque va mettre en exergue la richesse des œuvres, le tragique des histoires et accentuer davantage le côté musical que le côté visuel. En fin d’ouvrage, on retrouve des explications sur l’opéra, sur les biographies des compositeurs mais surtout on accède aux traductions des principaux airs d’opéra chantés par la diva. Dès lors l’enfant qui a lu l’histoire, qui a regardé les images peut comprendre aisément ce que chantent les différents ténors, barytons, sopranos. On peut toutefois souligner le fait que ce livre ne montre pas un large panel du répertoire de l’opéra puisqu’il ne présente que des œuvres classiques telles que Norma, La Traviata ou encore Madame Butterfly.

    opéra

    Or des œuvres contemporaines sont ainsi adaptées ; ce fut le cas de l’opéra tchèque de Hans Krasa, Brundibár. Écrit clandestinement dans un orphelinat de Prague en 1942, cet opéra trace l’histoire de deux enfants Pepicek et Aninku qui, pour aider leur mère malade, décident de chanter dans les rues afin d’amasser quelques pièces mais l’horrible musicien Brundibár refuse et chasse les deux garnements et ces derniers devront donc, à l’aide de la population, s’unir pour combattre le tyran. Les enseignements que nous tirons de l’Histoire ont toujours fait l’objet d’adaptations dans le monde de la littérature jeunesse et cet opéra, qui fut édité à maintes reprises avec ou sans le CD d’accompagnement, nous prouve qu’il peut être une œuvre visuelle à part entière. C’est en 2005 que Maurice Sendak approche l’auteur Tony Kushner afin de réaliser un album jeunesse qui retracerait l’œuvre mythique Brundibár. Le but étant de remettre au goût du jour cet hymne à la liberté et de sensibiliser les enfants à une période difficile de notre histoire, l’holocauste. A travers cet album, accessible à partir de cinq ans, les auteurs véhiculent des thèmes comme l’injustice, la désolation, la mort mais également des notions essentielles telles que l’espoir et la liberté ce qui permet aux petites têtes blondes de prendre le temps de s’interroger sur le bien et le mal. En abordant des sujets très actuels, l’opéra peut se vanter de participer au devoir de mémoire.

    opéra

    Une œuvre visuelle est beaucoup plus simple à appréhender qu’une œuvre musicale ou une œuvre littéraire c’est pourquoi le choix de l’album Martine petit rat de l’opéra prend ici tout son sens. Autre registre, autre approche, l’enfant va donc découvrir un autre art que la musique : la danse. Cet ouvrage paru en 1930 conte l’histoire d’une petite fille, Martine, qui souhaite devenir une ballerine ou mieux encore première étoile et pour cela elle travaille avec acharnement sa passion. Les enfants peuvent ainsi, avec l’héroïne, s’exercer à la danse classique grâce aux nombreuses explications et dessins techniques qui emplissent l’album. Si ce dernier semble s’écarter du sujet, il n’en est rien car le ballet est un art à part entière qui s’inscrit sporadiquement dans les opéras. Dans cet album, les auteurs Gilbert Delahaye et Marcel Marlier ont mis l’accent sur le travail à fournir, sur la technique, l’endurance, la volonté et l’entraînement quotidien que demande ce métier. L’entrechat quatre, le pas de bourrée ou encore le piqué arabesque, les jeunes découvrent un autre aspect, une autre facette de l’opéra et peuvent désormais comprendre de manière plus technique ce qu’il se passe sur scène. Toutefois, c’est une vision trop lisse et simpliste qui ne montre pas la dure réalité comme l’abandon, les échecs ainsi que la pression que subissent les petits rats. L’album reste cependant indispensable pour découvrir cette profession ainsi que cet art. Le monde du spectacle peut se targuer d’avoir de multiples facettes telles que l’architecture, la musique, le chant, la danse ou les costumes, dès lors interrogeons-nous sur le fond et non plus sur la forme.

    opéra

    IV. La tragédie comme art

    Le destin des divas est indissociable d’un décor, celui des ors et des rouges de l’opéra. On découvre bien plus que des cantatrices sur scène ou dans la littérature mais de véritables tragédiennes et c’est assurément que le tragique est l’un des présupposés fondamentaux à cet art. Le monde de l’opéra peut donc servir de prétexte, de décor à une histoire. C’est une véritable mise en abyme que connaît l’œuvre Contes fantastiques de l’écrivain et compositeur allemand, Ernst Theodor Amadeus Hoffmann. Ce dernier nous offre une œuvre littéraire où se mêlent poésie et musique, Le violon de crémone. L’histoire ne se déroule pourtant pas dans un opéra mais dans une petite ville inconnue où se trame une véritable tragédie. Fille d’une célèbre cantatrice dont elle a hérité une voix enchanteresse, Antonie peut, si elle s’adonne à son art, mourir d’une terrible maladie. Son père, le conseiller Krespel la cloître dans une maison étrange et lui interdit de voir l’homme qu’elle aime, un ambitieux musicien. C’est en 1881 que l’œuvre est adaptée en opéra par le musicien français Offenbach dans Les contes d’Hoffmann où le musicien s’inspire de cette histoire pour son troisième acte. Les contes fantastiques et le célèbre opéra d’Offenbach inspirent encore aujourd’hui. En effet, récemment adaptée en bande dessinée par Tommy Redolfi, ce conte fantastique, qui associe poésie et tragédie, se destine à un public adolescent ou adulte. L’histoire se calque, à quelques détails prés, sur l’original ; le coup de crayon de Redolfi, la gamme de couleur employée ainsi que son jeu particulier sur la lumière rend une dimension énigmatique, sublime et romantique à l’œuvre. L’illustrateur souligne à travers cette œuvre l’importance de la musique, de vivre son art ; la cantatrice en viendra à supplier son père de la laisser partir, il l’accompagnera au violon pendant qu’elle expiera son dernier chant. « Je m’étais moi-même mêlé à la foule que cet admirable concert avait assemblée, et jamais je n’avais rien entendu de semblable à ces notes longuement tenues... à ces ondulations montantes et descendantes s’enflammant jusqu’à la puissance d’un son d’orgue pour finalement décroître en un léger souffle. La manière si expressive et si pénétrante de ce chant rendait ainsi n’importe quelles autres cantatrices ternes et insipides. » p.23.


    Tommy Redolfi - Le violon de Crémone par Fagara

    Depuis quelques années l’opéra tente de nouvelles approches et ce afin de se démocratiser auprès d’un public de plus en plus réticent. En effet, face aux autres activités culturelles telles que le cinéma ou le théâtre, il semble être un art désuet. Cependant de nouveaux dispositifs sont donc mis en place pour hisser l’opéra au rang de standard ; en ciblant un nouveau public, en actualisant ses œuvres, ses mises en scènes, en ouvrant ses portes aux journées du patrimoine, à des classes de tous âges... Mais c’est sans nul doute en s’immisçant dans les écoles et dans la littérature jeunesse que l’opéra atteint peu à peu son but. L’ouvrage Vers une démocratisation de l’opéra de Sylvie Saint-Cyr semble indispensable pour approfondir le sujet ; en voici le résumé « une étude fondée sur une enquête qui fut conduite auprès des établissements lyriques membres de la Réunion des opéras de France entre 2000 et 2002. L’objectif est de comprendre ce qui place aujourd’hui l’opéra au rang des arts d’exception pour un public âgé et d’évaluer les moyens qui sont mis en œuvre pour séduire les jeunes. »

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    Cathy, UFR Idist, Deust 2 métiers des Bibliothèques et de la Documentation, janvier 2012

    Post-scriptum

    Bibliographie

    GERBER, Armande. Enquête à l’opéra. Armande Gerber ill. La Wantzenau : Ed. L’YEUX, 2005. 27 p. ; 21 x 15 cm ISBN 2-915049-10-6 (Br.)

    GUIBERT, Françoise de. La Callas : une invitation à l’opéra. Nathalie Novi ill. Paris : Didier Jeunesse, 2007. 57 p. ; 28 x 27 cm ; 1 CD audio ISBN 978-2-278-05700-9 (Br.)

    KUSHNER, Tony. Brundibar. Maurice Sendak ill. , Agnès Desarthe trad. Paris : Ecole des loisirs, 2005. 58 p. ; 22 x 28 cm ISBN 2-211-07917-2 (Cartonné)

    DELAHAYE, Gilbert. MARLIER, Marcel. Martine petit rat de l’opéra. Gilbert Delahaye ill. Bruxelles : Casterman. 24 p. ; 26 x 20 cm ISBN 2-203-10122-9 (Rel.)

    REDOLFI, Tommy. Le violon de Crémone. Tommy Redolfi ill. Paris : Hachette Livre, 2O1O. 63 p. ; 30 x 23 cm ISBN 978-2-7560-1161-5 (Cartonné)