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L’image de la maîtresse d’école dans la littérature de jeunesse(mini thèse)

La maîtresse vieille, moche et aigrie ... Un simple cliché ?
 
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    Introduction

    Nous avons tous eu un jour une institutrice dont nous gardons le souvenir, qu’il soit bon ou mauvais. Dans la littérature jeunesse, on parle principalement de maîtresses et non de maîtres, car le métier de professeur des écoles est en réalité fortement féminisé. Aujourd’hui, les femmes représentent les trois quarts des professeurs en maternelle, primaire et secondaire. Cela peut s’expliquer, pour une femme ayant des enfants, par l’avantage de concilier plus facilement vie familiale et vie professionnelle. On peut également supposer que les femmes ont plus « vocation » à s’occuper d’enfants tandis que les hommes préfèrent s’orienter vers l’enseignement supérieur, plus rémunérateur. Les maîtres d’école sont surtout représentés dans les livres et les films anciens, et exception à la règle, dans la série télévisée L’instit avec Gérard Klein.

    En fonction des générations, le statut de la maîtresse d’école a évolué, ainsi que l’image que s’en font les enfants. De nombreux clichés d’autrefois décrivent des institutrices tantôt vieilles filles dans l’école publique, tantôt « bonnes sœurs » dans le privé, qui bien souvent étaient aigries et strictes parce qu’en mal d’amour et que la plupart des élèves craignaient. Elles étaient celles qu’il ne fallait jamais contredire sous peine d’être puni, ou à qui il ne valait mieux pas poser trop de questions. En ce temps là, nous avions peut-être tendance à leur prêter un statut assez sacralisé, à part.

    Mais aujourd’hui, la maîtresse fait partie intégrante du quotidien des enfants. Sa fonction, outre celle de les instruire, est de les accompagner dans la vie de tous les jours. Elle participe à leur épanouissement personnel, les amène à se questionner sur eux-mêmes ainsi que sur le monde qui les entoure et à devenir autonomes. La maîtresse joue donc un rôle primordial, en plus de celui des parents, à la construction de l’enfant. C’est pourquoi elle a sa place dans la littérature jeunesse qui tente de montrer quel regard les élèves portent sur ce personnage devenu plus familier. Un personnage parfois aimé et idéalisé ou au contraire parfois détesté si l’on regarde les nombreux préjugés au sujet des maîtresses et de leur profession. L’enjeu ici est également de voir en quoi l’image que les enfants se font de leur enseignante peut influencer leur perception de l’école.

    I. Le nom des maîtresses

    Le nom que les auteurs donnent aux enseignantes n’est pas anodin. Il reflète souvent leur personnalité et n’est pas sans cliché. On s’imagine par exemple en Mme Pètesec un personnage autoritaire et fier. Dans Matilda, Mlle Legourdin qui sème la terreur auprès des élèves et des professeurs porte bien son nom. En effet, il fait référence à l’arme utilisée pour frapper un adversaire, et qui correspond plus aujourd’hui à une sorte de matraque. Par contre, nous pouvons relever dans celui de Mlle Candy la notion de douceur, de pureté, tout ce qu’elle incarne d’après les enfants. Le nom de Mlle Charlotte de La nouvelle maîtresse peut donner une impression de familiarité. Il est possible de penser que Charlotte n’est autre que son prénom et que son utilisation est un moyen de créer un lien entre elle et ses élèves. Dans Ce que fait toujours ma maîtresse préférée, ce que ne fait jamais ma maîtresse préférée, l’appellation de « maîtresse » a un caractère universel. La plupart des enfants, particulièrement quand ils sont petits, s’adressent à leur enseignante de cette manière. On remarquera là encore un autre cliché : dans la littérature jeunesse, les maîtresses sont appelées « Mlle ... » car elles ne sont jamais mariées.

    II. L’aspect physique

    Le visuel, dans la littérature jeunesse et d’une manière générale chez les enfants, a toute son importance. La première rencontre avec la maîtresse est donc décisive. C’est en fonction de son physique et, ou de son style vestimentaire que les élèves vont se faire leur première idée. D’ailleurs, le jour de la rentrée est toujours propice à de nombreux questionnements souvent mêlés de crainte. Dans La maîtresse a de grandes oreilles : avec des poils dedans, les petits agneaux redoutent que la maîtresse soit en réalité un loup. Les rumeurs disent en effet qu’elle aurait « de grandes oreilles avec des poils dedans », « de grandes jambes », « de longs bras », « des yeux perçants » et « une gigantesque bouche ». L’image du loup est ici symbolique. Il est généralement considéré comme le pire ennemi des autres animaux, et représente une menace d’autant plus grande pour de jeunes agneaux.

    Mlle Charlotte suscite elle aussi beaucoup de curiosité chez ses élèves avant même qu’ils ne l’aient rencontrée : « nous allions enfin savoir si c’était une maniaque des maths ou des dictées » (p.11). Nous pouvons également constater que l’image des enseignantes n’est pas sans stéréotype : « Leur voix est douce ou criarde ; le ton, sévère ou enjoué. On devine déjà à qui on a affaire. » (p. 10-11). Finalement, Mlle Charlotte n’est rien de ce que s’imaginaient les enfants. Elle est vieille, grande et maigre. Elle ne parle pas, ne se présente même pas, et son style vestimentaire est assez hors du commun. Elle porte une longue et vieille robe avec des rubans et de la dentelle, un grand chapeau mais il n’est pas pointu, elle ne ressemble donc pas à une sorcière. Elle ne porte pas de talons « comme les autres » mais de grosses chaussures de randonnée. En clair, la maîtresse n’est pas ordinaire, ce qui conforte les élèves un peu plus dans leur questionnement : à quoi doivent-ils s’attendre ?

    L’apparence de la maîtresse diffère en fonction de son caractère. Par exemple, celle de la petite Angela Anaconda n’est pas très belle. Cela n’est pas anodin puisque l’héroïne la déteste. Mme Petsec est donc représentée comme une dame un peu grosse, qui porte une robe sombre, des lunettes rouges et pointues, ce qui lui donne un air sévère. Sa coiffure grisonnante est apprêtée, volumineuse et imposante. Mais en réalité, il s’agit pour elle de cacher sa calvitie, ce qui ajoute une dose de moquerie à son égard.

    Mlle Legourdin n’est pas non plus à son avantage. C’est une grande femme aux cheveux gris tirés en chignon, très forte, en raison de l’athlétisme qu’elle a longtemps pratiqué dans sa jeunesse : « Il suffisait de regarder son cou de taureau, ses épaules massives, ses bras musculeux, ses poignets noueux, ses jambes puissantes pour l’imaginer capable de tordre des barres de fer ou de déchirer en deux un annuaire téléphonique. » (p.85) ; « Elle avait un menton agressif, une bouche cruelle et de petits yeux arrogants. » (p.85). Mlle Legourdin n’a donc rien dans son aspect qui puisse inspirer confiance, au contraire, elle est terrifiante. Les illustrations du roman le montrent bien en représentant avec disproportion sa carrure imposante par rapport à la taille de ses élèves, ce qui donne une impression d’étouffement, de domination.

    À l’opposé, Mlle Candy est représentée telle une sainte : « Elle avait un ravissant visage ovale et pâle de madone avec des yeux bleus et une chevelure châtain clair. » (p.69). Cela suscite chez ses élèves, d’emblée, une sorte d’admiration et presque d’idolâtrie. De plus, sa fragilité apparente semble lui donner une sorte d’humanité qui n’existe pas chez Mlle Legourdin, et qui la rapproche de ses élèves : « Elle était si mince et si fragile qu’on avait l’impression qu’en tombant elle aurait pu se casser en mille morceaux, comme une statuette de porcelaine. » (p.69). Bien souvent dans la littérature jeunesse, les gentilles maîtresses ont quelques points communs, comme par exemple les lunettes rondes. Là encore rien n’est laissé au hasard. Les formes arrondies sont plus douces et donnent aux maîtresses un visage plus rassurant.

    III. Des visions différentes de la maîtresse

    Nous avons vu comment pouvaient être représentées les maîtresses à travers leur nom et leur aspect physique. Mais qu’en est-il dans leurs actes ?

    a) L’ennemie

    Il arrive que la maîtresse soit vue comme une ennemie. Par ailleurs, elle est souvent l’objet d’une certaine méfiance puisqu’elle incarne l’autorité, et parce qu’elle l’exerce sur ses élèves en donnant des punitions par exemple. Elle peut être même considérée comme une sorcière. Aujourd’hui, la sorcière n’est plus forcément cette vieille dame au nez crochu qui jette des mauvais sorts sur de pauvres innocents. Si elle n’est pas clairement représentée, tout dans le caractère et le comportement de certaines enseignantes le laisse penser. C’est en tout cas ce que croit Angela Anaconda pour qui Mme Pètesec est complètement repoussante. La première de couverture de Ma maîtresse, cette horreur le montre bien : Mme Pètesec est mise dans une posture autoritaire, tandis qu’Angela tire la langue d’un air dégoûté. Ce ressenti est également très explicité dans le titre de l’ouvrage. Le rejet que fait Angela de sa maîtresse représente un tout. D’abord, Mme Pètesec a une « chouchoute », Nanette Manoir, autrement appelée « Ninipouille » ou encore « Nouillette ». Le fait d’avoir un élève prétendu favori est un sujet assez récurrent dans la littérature jeunesse et parce qu’il représente ce que peuvent s’imaginer les enfants dans la réalité. En effet, beaucoup d’entre eux ont déjà eu le sentiment d’être parfois délaissés au profit d’un autre en particulier. Les enfants peuvent donc tout à fait se retrouver dans l’histoire d’Angela Anaconda. Cela peut entraîner un sentiment d’injustice et donc de repli qui s’opère chez Angela de manière à détester tout ce que représente sa maîtresse, y compris les devoirs. C’est pourquoi la petite fille rechigne souvent à faire ce que lui demande Mme Pètesec. Par exemple, elle n’a pas le goût de faire son exposé car c’est sa maîtresse qui le lui impose et parce qu’il faut le lui présenter. Angela pense toujours que rien ne va plaire à Mme Pètesec ou qu’elle va préférer le travail de Nanette, ce qui traduit un manque de confiance en elle. On peut donc considérer que l’image qu’ont les élèves de leur maîtresse peut avoir un impact sur leur vision de l’école, leur façon de travailler, ainsi que sur eux-mêmes.

    Mlle Legourdin, quant à elle, s’acharne sur ses élèves de manière humiliante. Elle n’hésite pas à les rabaisser en les insultant de « sale petit rat » (p.115), de « misérable bourbillon », « petit mal blanc » (p.121) ou encore « raclure d’évier » (p.144). De plus, ses méthodes sont extrêmes et même inhumaines. En guise de punition, les élèves sont envoyés à « l’étouffoir » qui est un véritable instrument de torture puisqu’on ne peut ni s’y asseoir, ni s’accroupir ni même s’appuyer à cause des éclats de verre qui dépassent des murs. Elle n’a aucun scrupule à maltraiter les enfants en jouant avec comme de simples javelots. Quelques fortes têtes se proclament donc en guerre contre ce redoutable ennemi perçu comme « le prince des Ténèbres », « le démon du Mal » (p.110) : « Notre vie est un combat de tous les instants ! ». L’école serait donc le lieu d’un affrontement entre le bien et le mal. D’ailleurs, la figure de Mlle Legourdin est parfois associé aux champs lexical de la guerre : « un monstrueux tyran » ; « si un groupe d’enfants se trouvait sur son passage, elle chargeait droit dessus comme un tank », et de la jungle où régnerait la loi du plus fort : « on l’entendait toujours grogner » ; « un rhinocéros dans la brousse » ... (p.70).

    b) L’amie

    À l’inverse, les enfants peuvent percevoir la maîtresse comme une amie, prête à les aider et les soutenir dans leur parcours scolaire. C’est le cas de Mlle Candy : « je vous aiderai de mon mieux à en apprendre le plus possible tant que vous serez dans cette classe. Parce que je sais que cela facilitera la suite de vos études » (p. 73). Le premier jour de la rentrée, elle tente d’établir avec les enfants un climat de confiance. C’est de cette façon qu’elle souhaite leur montrer que la maîtresse n’est pas forcément un adversaire et qu’elle peut être de leur côté. Cela contrebalance les relations qu’ils entretiennent malgré eux avec Mlle Legourdin et leur apporte un certain équilibre. L’enjeu est également de montrer que l’école ne doit pas être vécue comme un combat, mais qu’elle est le chemin vers l’autonomie. De plus, Mlle Candy n’hésite pas à mettre en garde ses élèves contre la méchanceté de la directrice et à dénoncer ses méthodes en lui tenant tête. Elle est alors une véritable alliée ainsi qu’un soutien pour eux. En ce qui concerne Matilda, elle décèle très vite chez elle un génie hors du commun et souhaite en faire part à ses parents. Mais ils sont totalement indifférents à leur fille et la sous-estiment. Matilda n’a en fait aucun repère chez elle, ses parents la délaissent. Un lien très fort va donc rapidement s’établir entre l’élève et sa maîtresse qui se sent responsable d’elle et qui va jouer un rôle de confidente, et presque de seconde maman.

    Dans La nouvelle maîtresse, le caractère original et excentrique de Mlle Charlotte va d’abord amener ses élèves à être méfiants. Ils pensent qu’elle est folle, que c’est une espionne ou encore une extraterrestre. La maîtresse est en effet souvent l’objet de l’imagination foisonnante des enfants qui la transposent dans des histoires et des situations inédites. Mais peu à peu, Mlle Charlotte va devenir une personne attachante avec un programme scolaire hors du commun : le matin est consacré aux activités dites normales, les « obligations », et l’après midi aux « récréations » où les élèves peuvent s’amuser. L’école n’est donc plus perçue comme une tâche ou quelque chose d’ennuyeux, mais elle peut être ludique. Ainsi les élèves vont voir en Mlle Charlotte une amie qui sait s’amuser et non pas une maîtresse froide, ennuyante, qui a plaisir à faire des dictées, donner des mauvaises notes ou des punitions comme de nombreux enfants pourraient le croire. De plus, Mlle Charlotte va stimuler l’imagination de ses élèves en leur racontant des histoires extraordinaires, capables de les transporter hors de la salle de classe : « Longtemps après que Mlle Charlotte eut cessé de parler, j’ai continué à sentir les grains de sable entre mes doigts. » ; « Son histoire, nous ne l’avions pas seulement entendue. Nous l’avions VÉCUE. Pour de vrai. » Les enfants sont fascinés, captifs : « jamais je n’aurais cru que de simples mots pouvaient être si puissants ».

    Angela Anaconda va également regarder la remplaçante, Mme Trap, telle une véritable amie, capable de la comprendre et de l’écouter. Souvent, la remplaçante est assez appréciée par les élèves car elle vient changer leurs habitudes. Ce n’est pas la même méthode de travail, ni les mêmes relations qui vont se mettre en place car généralement le temps de remplacement est bien délimité. On peut imaginer que les enfants vont se permettre de faire des choses qu’ils ne feraient pas en temps normal, peut être même un peu de bêtises, ce qui est aussi une façon de tester la nouvelle maîtresse. Mais dans le cas d’Angela, la remplaçante va provoquer chez elle une véritable révélation. Tout d’abord, les élèves peuvent l’appeler par son surnom, Géri, ce qui est étonnant : « comme si c’était une copine ! » (p.33). De plus, Angela est rassurée car elle ne semble pas vraiment apprécier Nanette, la chouchoute de la maîtresse. La remplaçante est également opposée à Mme Pètesec car elle aime les exposés d’Angela, ce qui lui donne plus d’assurance et donc le goût de travailler. Mais surtout, la petite fille s’identifie à elle. Géri lui raconte en effet qu’elle avait elle aussi des tâches de rousseur quand elle était petite. Angela a l’impression d’être enfin considérée. Quand il y a identification, l’élève a tendance à admirer et idéaliser la maîtresse qui devient alors un modèle.

    c) L’héroïne

    Il arrive que l’enseignante suscite chez ses élèves une sorte de fascination. Cela peut s’expliquer par l’autorité qu’elle représente et par la relation de respect qui en découle. C’est ce que montre Ce que fait toujours ma maîtresse préférée, ce que ne fait jamais ma maîtresse préférée, où les enfants prêtent à leur maîtresse une attitude exemplaire, tel un modèle à suivre : « La maîtresse aime tous les légumes de la cantine. », « Elle n’a jamais envie de faire pipi ». Elle est également considérée comme un personnage extraordinaire, infaillible, une héroïne qui ne peut pas attraper de poux ni la varicelle, qui garde toujours son calme et qui n’est jamais fatiguée. C’est également quelqu’un de dévoué : « Pendant les grandes vacances, la maîtresse reste dans la classe pour nourrir le lapin et arroser le haricot », comme si les enfants ne pouvaient pas dissocier la maîtresse de l’ensemble du monde scolaire ...

    d) Un drôle de personnage

    Les maîtresses ont parfois des façons de parler bien à elles, qui peuvent sembler étranges et incompréhensibles pour les enfants. Les jeunes lecteurs peuvent donc se reconnaître dans Rangez vous en file indienne ! qui leur permet de comprendre ces expressions d’une manière ludique et imaginative. À chaque expression, trois réponses sont proposées. Deux d’entre elles sont fausses, l’enfant doit choisir la bonne. Par exemple : « Tu as la langue bien pendue ! » = « Ta maîtresse trouve ... que tu parles trop et qu’il faut te taire ; que tu imites très bien le chien qui a soif ; que tu as bien accroché ta langue au portemanteau. » Les propositions sont rigolotes ainsi que les illustrations qui mettent en scène la maîtresse mais aussi les élèves dans de drôles de situations.

    Conclusion

    Dans ces ouvrages, les différentes manières de percevoir la maîtresse d’école reflètent bien ce que peuvent en penser les enfants en réalité. Chacun d’entre eux peut s’y reconnaître car l’avis que portent les élèves sur leur enseignante est souvent bien tranché. Mais d’une manière générale, les livres de littérature de jeunesse présentent des maîtresses gentilles qui souhaitent le bien de leurs élèves et non des maîtresses vieilles, moches et aigries. Ainsi ils font cesser les préjugés que l’on peut avoir à l’égard de la maîtresse d’école mais aussi de la profession. On retiendra que les enfants, surtout quand ils sont petits, apprécient leur professeure et que les choses se passent souvent sans problème.

    On peut noter que la rupture entre les élèves et les enseignants peut se faire couramment à partir de leur entrée au collège, période de transition entre l’enfance et l’adolescence où les jeunes sont à la recherche de leur identité et où ils accèdent à plus d’autonomie. Mais cela peut parfois soulever d’autres problèmes. Il serait donc intéressant de se pencher sur la littérature adolescente qui traite du thème très fréquent des rapports entre collégiens/lycéens et professeurs.

    Bibliographie

    DARGENT, Nathalie, La maîtresse a de grandes oreilles : avec des poils dedans. Mélanie ALLAG ill. Toulouse : Milan jeunesse, DL 2011. [24 p.] ; (31 x 25) cm. ISBN 978-2-7459-5151-9 (rel.)

    TEYRAS, Emmanuelle, POISOT, Maxime, Ce que fait toujours ma maîtresse préférée, ce que ne fait jamais ma maîtresse préférée. Paris : Mango jeunesse, impr. 2009. [24 p.] ; (25 x 18) cm. ISBN 978-2-7404-2533-6 (rel.)

    DEMERS, Dominique, La nouvelle maîtresse : une aventure de Mlle Charlotte. Tony ROSS ill. [Paris] : Gallimard jeunesse, 2003. 83 p. ; (18 x 13) cm. ISBN 2-07-055295-0 (rel.)

    FERRONE, Joanna, ROSE, Sue, Angela Anaconda : ma maîtresse, cette horreur. Alice MARCHAND trad. [Paris] : Nathan, 2001. 93 p. ; (19 x 15) cm. ISBN 2-09-210930-8 (rel.)  Titre original : Teacher trouble

    DAHL, Roald, Matilda. Quentin BLAKE ill., Henri ROBILLOT trad. [Paris] : Gallimard jeunesse, cop. 1994. 268 p ; (18 x 13) cm. ISBN 2-07-058273-6 (br.)

    BARNIER, Armelle, HENNEQUIN, Sylvie, Rangez-vous en file indienne ! : petit guide pour enfin comprendre ce que dit ta maîtresse !. Zelda ZONK, Claire REBILLARD ill. Paris : Mila éd., DL 2008. [46 p.] ; (23 x 23) cm. ISBN 978-2-84006-510-4 (rel. )

    Angèle, FRICHOT. DEUST 2 Métiers des bibliothèques et de la documentation, UFR Idist, Décembre 2011