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L’alcoolisme dans la littérature de jeunesse (mini thèse)

 
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    Introduction

    Pour introduire le sujet de l’alcoolisme, il faut commencer par une définition. L’alcool, c’est quoi ? « L’alcool est une drogue. Il peut avoir des effets nocifs au niveau du corps et peut aussi affecter notre comportement. Comme toutes les autres drogues, il peut créer des problèmes physiques et émotionnels lorsque sa consommation n’est pas raisonnable. » D’après Pete Sanders et Steve Myers dans leur documentaire qui porte le titre l’alcool page 4. La consommation régulière d’alcool conduit à une maladie appelée l’alcoolisme.

    Aujourd’hui, l’alcool est un fléau. Les jeunes boivent de plus en plus tôt : lorsque l’on regarde les chiffres donnés par l’Organisation mondiale de la santé, on constate que 9% des 15-29 ans décèdent dû à des problèmes d’alcool. De plus cette même organisation montre que « L’alcool est le troisième facteur de risque de morbidité ; c’est le principale facteur de risque dans les régions du Pacifique occidental et des Amériques et le deuxième en Europe. »Ce fléau qu’est l’alcool est aussi mis en exergue sur d’autres sites comme sur ceux des ministères de la santé et de l’éducation nationale. On y voit des plans de préventions, des propos sur les lois liées à l’alcool qui augmentent et sont de plus en plus restrictives, mais on y souligne aussi les faits actuels dû à l’alcoolisme ou à la consommation d’alcool en grande quantité lors d’évènements ponctuels.

    À l’heure où les systèmes de prévention sont toujours plus innovants, je me suis demandée comment l’alcoolisme était présenté dans la littérature de jeunesse. Qui sont les personnages montrés comme alcooliques dans la littérature de jeunesse ? Quels comportements alcooliques sont présentés ? Quelles clefs sont données pour sortir de l’alcoolisme ?

    I - Qui sont les personnages présentés comme alcooliques dans la littérature de jeunesse ?

    J’ai pu constater que les personnages alcooliques sont souvent des membres de la famille, le père, la mère, la sœur, le frère et parfois une tante ou un oncle. Cependant, il arrive aussi que le personnage présenté comme alcoolique soit l’élément perturbateur du récit, une personne inconnue dans le cocon familial mais qui prend, peu à peu, de l’importance au sein de la famille.

    Le secret de Capucine nous donne une représentation maternelle de l’alcoolisme. Une mère représentée sous des traits dépressifs pour laquelle l’alcool est un moyen de repli sur elle-même ; elle ne daigne même plus sortir de chez elle pour emmener sa fille à l’école. Une mère qui vit seule la semaine puisque son mari ne rentre que le week-end et lui, bien sûr, ne se rend compte de rien. Elle ne travaille pas. Une fois Capucine partie à l’école, elle laisse place à la tristesse et au désarroi. Au fil de l’histoire, on comprend que son état se dégrade et que, comme beaucoup d’alcooliques, elle devient autoritaire sous l’effet de l’alcool. Elle ne veut pas que sa fille parle de ses problèmes, elle ne veut pas faire face à la réalité. Dans ce livre, on a donc la représentation la plus courante dans la littérature de jeunesse : un parent alcoolique qui reste cloîtré dans l’habitacle familial et dans un monde forgé par lui et pour lui par l’alcool.

    D’autres représentations de l’alcoolisme sont possibles comme pour le cas de Sarah dans Bitur express. Un cadre familial pourtant stable pour cette adolescente ; cependant l’alcoolisme est présent avec Sarah, la sœur aînée de Gaby. Dans cet ouvrage, on met en avant un phénomène de plus en plus courant chez les jeunes : le fait d’aller régulièrement dans des soirées dans le but de boire beaucoup en un laps de temps réduit afin de ressentir rapidement les effets de l’alcool, c’est le « binge drinking ». Là encore, le personnage alcoolique reste caché aux yeux d’autres membres de la famille ; dans l’ouvrage précédent, il était caché du père, ici des parents. Toutefois, dans ces deux ouvrages, on peut mettre en exergue que Sarah et la maman de Capucine ont des sortes « d’anges gardiens ». Pour l’une sa sœur cadette, présente à chaque fin de soirée, qui fait en sorte que les parents ne se rendent compte de rien et qui jouera aussi un rôle dans la guérison ; pour l’autre sa fille, élément déclencheur d’une guérison.

    L’alcoolisme peut aussi s’étendre à un cadre familial plus large, plus uniquement constitué des parents et des enfants, on peut y ajouter les oncles et tantes. Par exemple dans Tata boit. Comme le titre l’indique, ici le personnage alcoolique est la tante, encore un personnage seul et triste, méchant, qui sombre dans la dépression et l’alcool. La famille est présente mais reste à l’écart, car elle ne sait pas comment parler de l’alcoolisme avec la personne concernée. Néanmoins, encore ici, la notion « d’ange gardien » peut être citée puisque la tante a pour confidente sa nièce, très jeune, mais qui reste présente tout au long de l’histoire, jusqu’à la guérison.

    Dans les trois représentations données ici, l’alcoolisme reste dans un cadre fermé, celui de la famille. Dans ces trois ouvrages, les personnes alcooliques sont des femmes ; on peut se demander si ce n’est pas lié au fait que le lien le plus fort dans l’enfance est le lien maternel

    J’ai également pu voir qu’il existe une représentation de l’alcoolisme beaucoup plus violente mais qui apparaît dans très peu d’ouvrages destinés à la jeunesse : l’introduction d’une personne inconnue dans un cocon familial monoparental. Ce type est un vautour, met cela en avant. Un homme qui aime l’alcool et les femmes, séduit la maman. Cependant, dans cet ouvrage, l’alcoolisme ne reste pas dans un lieu clos puisque cet homme emmène la mère et sa petite fille dans des bars chaque soir. « L’ange gardien » est présent, mais de façon différente par rapport aux autres livres cités précédemment. Il est présenté sous les traits d’un chien qui ne veille pas sur la personne qui boit mais sur l’enfant qui subit les méfaits de l’alcool. De plus, on remarque que la notion d’influence par une tierce personne apparaît ici : l’homme, étranger auparavant, encourage la mère à boire. Un autre fait nouveau est également souligné dans cet ouvrage, le fait que la mère n’aura besoin de personne pour mettre l’homme à la porte et sortir de l’alcoolisme naissant chez elle.

    L’alcoolisme peut donc être présenté de différentes façons, dans le cadre familial, cadre clos, où souvent une personne veille sur celle qui boit. Il existe aussi des représentations plus violentes, « un vautour », qui vient prendre le peu de stabilité et la fragilité d’une personne élevant seule son enfant en l’encourageant à boire. Dans la littérature de jeunesse, on essaie de représenter l’alcoolisme sous une forme simple, permettant à un enfant concerné de mieux le comprendre mais aussi de s’identifier aux enfants présents dans chaque histoire.

    II - Quels comportements alcooliques sont présentés dans la littérature de jeunesse ?

    Plusieurs comportements alcooliques sont présentés : la violence ou maltraitance, le fait de ne plus pouvoir s’occuper correctement de son enfant sans le mettre en danger.

    Le comportement alcoolique le plus souvent représenté en littérature de jeunesse est la violence. La violence d’un parent alcoolique sur son enfant, Un studio sous les toits souligne parfaitement cela. Un père ivre mort s’en prend à son fils. S’ensuivent de violentes disputes jusqu’à la fugue. Ici une représentation assez brutale puisque, sous l’effet de l’alcool, le père ne se rend pas compte qu’il frappe si fort qu’il pourrait même tuer son fils. Hugo se cache en permanence à cause de ses hématomes. La fin n’est pas tragique mais les scènes sont dures, reflet du vécu d’un enfant sous la tutelle d’un alcoolique violent et méchant.

    Dans un autre ouvrage Ce type est un vautour, on peut aussi voir la violence sous l’emprise de l’alcool, mais d’une façon un peu différente. Ici, ce n’est plus une violence parents-enfants mais une violence étrangère de la part d’un homme sur l’enfant d’une compagne qu’il vient juste de rencontrer. On constate que l’enfant restera marqué à vie par ce qu’il voit au quotidien et l’intrusion d’une nouvelle personne dans un cadre familial déjà peu stable accentue son malheur ; son peu de stabilité s’effrite avec cette violence. On essaie de faire passer cette représentation dure dans un album pour enfant en racontant l’histoire du point de vue du chien. Cependant cette descente aux enfers ne passe pas inaperçue et marque les esprits des petits comme des grands.

    L’alcoolisme n’est pas obligatoirement source de violence. La maltraitance est aussi couramment représentée dans les ouvrages de jeunesse. En effet, lorsque l’on boit, notre vigilance diminue, nous ne sommes parfois plus aptes à nous occuper d’un enfant et nous pouvons le mettre en danger. Tata boit met parfaitement en cela évidence dans un épisode qui aurait pu être tragique : la tante fait descendre sa nièce du mauvais côté du train ; au lieu d’être sur le quai, elle se retrouve sur les rails. Ici, il y a mise en danger de la vie d’autrui. Sous l’emprise de l’alcool, la personne ne se rend plus bien compte mais quand les effets se dissipent, l’atterrissage peut être tragique.

    La maltraitance, non plus, n’est pas toujours violente. Comme on a pu le voir ci-dessus, c’est le fait de manquer d’attention ou de vigilance. Cela est aussi souligné dans Le secret de Capucine où il n’apparaît pas directement que Capucine est maltraitée. Le fait que sa maman ne se lève même plus pour lui préparer son petit-déjeuner, pour l’emmener à l’école, pour gérer le quotidien de Capucine qui n’est pas encore apte à se débrouiller seule : un laisser-aller dû à l’alcool qui conduit à la maltraitance.

    Les violences alcooliques sont très courantes aussi bien sur les enfants que sur les conjoints, c’est pourquoi on les retrouve dans la littérature de jeunesse, parfois présentées de façon brutale pour un public jeune. On souligne aussi que certains parents, sous l’emprise d’alcool, se préoccupent peu de leurs enfants en les laissant se débrouiller seuls pour manger, se laver, pour gérer la vie quotidienne, ce qui les conduit parfois à se retrouver en danger. C’est la maltraitance présente en littérature pour enfant.

    III - Quelles clefs sont présentées pour sortir de l’alcoolisme ?

    Même dans les ouvrages pour les plus jeunes, la notion de prévention et de conscience de soi est présente. Aujourd’hui, la prévention des jeunes est faite de plus en plus tôt, cela peut être dû au fait que l’alcool n’est plus uniquement attribué aux adultes. On voit de plus en plus de jeunes boire et de plus en plus tôt. Dans C’est écrit là haut, on peut voir une forme de prévention : l’alcoolisme n’y est pas une fatalité en soi. Ce n’est pas parce qu’un parent boit que l’enfant boira, souvent bien au contraire l’image que renvoie la personne alcoolique entraîne un dégoût chez l’enfant. C’est un choix individuel et une prise en main de soi-même, pas une fatalité.

    De plus, les livres pour enfants montrent qu’il ne faut pas rester seul face à l’alcoolisme. Dans chacun des ouvrages de la première partie, Le secret de Capucine, Biture express ou encore Tata boit, il y a toujours une personne proche de celle qui est alcoolique. Cependant, cela ne suffit pas, il faut en parler en dehors du cadre familial, à des personnes externes au milieu. Le jour des oies sauvages souligne que la psychothérapie peut être une solution pour l’enfant. Même si le père d’Ange continue à boire, que sa mère dépressive reste impuissante et que sa sœur est envoyée en foyer, Ange, lui, a fait un pas, il n’est pas resté muré dans la souffrance et dans le silence, la psychothérapie lui donne espoir. Ici on nous montre qu’il faut absolument se faire aider.

    Pour certaines personnes, parler des problèmes alcooliques est compliqué puisqu’elles gardent de l’influence et ne souhaitent pas qu’on en parle et qu’on leur dise qu’elles sont alcooliques. Dans Le secret de Capucine, la petite n’a pas le droit de parler de l’alcoolisme de sa mère. Néanmoins l’une de ses camarades le fera à sa place en en parlant au maître. Un point important est soulevé ici, le fait d’en parler à l’école qui est l’endroit où pour la plupart du temps, on reçoit les premiers actes de prévention.

    Dans cette dernière partie, j’ai voulu mettre la prévention en avant. Elle fait maintenant partie de l’éducation de l’enfant, très souvent faite à l’école. Elle peut parfois paraître rébarbative et répétitive pour certains mais, le fait que l’alcoolisme soit abordé dans les livres pour enfants de façon simple et compréhensible, favorise la « prévention autonome ».

    Conclusion

    Les ouvrages présentés permettent à l’enfant de comprendre l’alcoolisme et parfois de s’identifier à la victime lorsqu’il est personnellement confronté au problème.

    Les personnes les plus souvent représentées comme alcooliques sont des membres de la famille, les comportements les plus courants, la violence et la maltraitance envers l’enfant. La notion de prévention est présente en permanence à la fin de chaque ouvrage dans un but d’autodidaxie.

    Le pluralisme de l’offre en matière de littérature de jeunesse permet d’aborder ce sujet avec les plus jeunes et de leur expliquer de façon simple ce qu’est l’alcoolisme, une maladie si courante.

    Lexique

    Alcool : boisson qui contient de l’éthanol comme le vin, le punch, le cidre...

    Alcoolisme : maladie liée à l’alcool, une dépendance qui entraîne une prise d’alcool régulière.

    Alcoolique : Personne qui consomme et qui ressent le besoin de consommer régulièrement de l’alcool.

    Biture express ou binge drinking : c’est le fait de boire beaucoup d’alcool en un temps minime pour avoir un maximum d’effet.

    Bibliographie

    (JPG) Page, Rose-Anne. Le secret de Capucine. Crozon : Le Télégramme, 2004. 24 p. ISBN 2-84833-101-1 : 10 euro.

    Quatrième de couverture : « Aujourd’hui quelque chose tracasse Capucine, une des petites élèves de Monsieur Kermoutou. Elle décide de se confier à lui. Sa maman a une maladie que l’on appelle l’alcoolisme... » À partir de 6 ans.

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    Aubry, Florence. Biture express. Namur : Mijade, 2010. 188 p. ISBN 2-87423-059-2 : 8 euro.

    Quatrième de couverture : « Je vois très bien ce que Lucas a voulu dire, mais il s’inquiète pour rien. Je n’ai rien à voir avec ces drogués de la dune, mais rien du tout. Je peux passer des journées entières sans boire, il n’y a pas d’addiction. C’est juste que... J’aime avoir la tête qui tourne, rien de plus. J’aime avoir la tête à l’envers. C’est juste comme d’explorer les souterrains de l’univers. Faire taire les bruits du monde. Il m’énerve. Il ne comprend pas, et je ne comprends pas qu’il ne comprenne pas. Je ne sais pas ce que je lui trouve, je ne sais pas pourquoi je m’obstine. On ne se ressemble pas. » À partir de 15 ans.

    (JPG) Bedos, Leslie et Poirier, Philippe. Tata boit. Saint-Armand : M. Lafont jeunesse, 1998. 34 p. ISBN 2-84098-390-7

    Résumé : une petite fille nous raconte l’histoire de sa tata qui boit beaucoup, tata Véro pleure souvent et elle est parfois méchante à cause de l’alcool. Une histoire qui montre les réalités de l’alcoolisme et comment les appréhender. À partir de 3 ans.

    (JPG) Gudule. Un studio sous les toits. Paris : Flammarion, 2005. 120 p. ISBN 2-08-16-3097-4

    Quatrième de couverture : « Ca y est, ils ont signé ! J’ai (presque ! ) mon studio. Enfin... je l’aurai dans trois ans, si tout se passe bien. Si je ne fais pas trop de bêtises d’ici ma majorité, et si j’ai mon bac. Un endroit pour moi toute seule... » À partir de 10 ans.

    (JPG) Heitz, Bruno. Ce type est un vautour. Paris : Casterman, 2009. 31 p. ISBN 2-203-01176-2

    Résumé : Le chien voit tout ce qui se passe au sein de la famille. Une mère qui s’enfonce après avoir rencontré un homme qui aime les femmes et l’alcool. S’en suit une dégradation de la famille au fil des jours. Entre violence et alcoolisme. À partir de 6 ans.

    (JPG) Desmarteau, Claudine. C’est écrit là-haut. Paris : Seuil jeunesse, 2000. 11p. ISBN 2-02-040440-0

    Résumé : À chaque chose qui arrive dans la vie du petit Jacques, sa maman lui dit que c’est écrit là-haut. À partir 6 ans.

    (JPG) Ysac, Adeline. Le jour des oies sauvages. Rodez : Rouergue, 2004. 113p. ISBN 2-841-56487-3

    Quatrième de couverture :

    « Les histoires de famille d’Ange, tout le monde les connaît mais personne n’en parle au village et au collège. Et tous ces mots et ces sentiments qu’il garde en lui sont plus lourds qu’un secret. Dans un bureau, un cabinet comme on dit, il rencontre pour la première fois quelqu’un à qui parler, quelqu’un qui l’écoute. Alors sa bouche déballe toutes ses affaires, la honte qu’il a de son père. Et la femme, assise dans son fauteuil, écoute les histoires nulles de sa vie nulle, sans le juger. Un jour, Ange volera de ses propres ailes, comme les oies sauvages qu’il aime voir passer dans le ciel. » À partir de 12 ans.

    (JPG)

    Sanders, Pete et Myers, Steve. L’alcool. Bonneuil-Les-Eaux : Gamma, 1998. 41 p. ISBN 2-7730-1849-8

    Résumé : documentaire sur l’alcoolisme.

    Améliane, deust 2, décembre 2011