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Petite histoire du LIVRE À SYSTEME (mini thèse)

 
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    De lointains ancêtres

    L’histoire du livre à système prend ses sources au Moyen-Age. Certains le font remonter au XIIIe siècle avec un certain Ramon Llull de Majorque, poète et mystique catalan, qui introduit un disque tournant dans son ouvrage pour illustrer ses propos. Cet ajout étant cependant relativement anecdotique, le livre entier ne peut pas réellement être considéré comme « livre à système ». Il en va de même avec la Cosmographie de Pierre Apian (1524), ouvrage disposant de plusieurs disques rotatifs permettant de figurer le mouvement des étoiles, puis, dans un tout autre genre, la Confession coupée (1624, rééditée jusqu’au XVIIIe siècle), un livre à languettes listant les péchés existants et permettant au pécheur de retrouver rapidement les siens (dont il aura préalablement tirés les languettes correspondantes) en confession.

    Cosmographie de Pierre Apian, 1524 - 17.7 ko
    Cosmographie de Pierre Apian, 1524

    Ces ouvrages ne font que poser les bases techniques du livre à système : disques, languettes et pages prédécoupées proposent des outils jusque-là totalement inédits dans des ouvrages savants ou religieux. Ils ne restent cependant que purement didactiques.

    Des innovations techniques

    La véritable arrivée du livre à système pour enfants se fait en 1765 avec l’apparition des Arlequinades de Robert Sayer, libraire londonien. Ces ouvrages, aussi appelés « métamorphoses » permettent de composer soi-même les histoires en assemblant des demi-pages au-dessus ou en dessous l’une de l’autre. Ce jeu d’assemblage est rendu possible grâce à des images assorties de quelques lignes de poésie. Le livre tunnel fera son apparition au début du XIXe siècle. Il est, à l’origine, une boîte à l’intérieur de laquelle sont disposées plusieurs lignes de paysages ou de personnages donnant ainsi l’impression à l’observateur regardant par un trou d’une profondeur de champ du paysage. Attractions de foire prisées, ces peep-shows seront récupérés sous forme de livres notamment par la maison d’édition londonienne Dean & Son. Celle-ci est d’ailleurs à l’origine du premier livre animé en relief : Cinderella. Cet ouvrage propose de faire

    Cindarella, 1880 - 34.6 ko
    Cindarella, 1880

    évoluer des personnages figés dans un décor à plusieurs niveaux de profondeur comme un livre tunnel en gardant toutefois le récit conventionnellement sur la page.

    Cette recherche de profondeur et d’animation de l’immobile est à mettre en parallèle avec les évolutions techniques qui précèdent l’invention du cinéma : praxinoscopes, kinétoscopes ou autres lanternes magiques.

    L’âge d’or du livre animé

    Le XIXe siècle s’impose comme le siècle où l’enfant prend une place complètement nouvelle dans la production littéraire, y compris dans celle du livre animé. Les livres à tirettes se généralisent sous l’impulsion d’éditeurs principalements anglais (comme Dean & Son cité plus haut) bien que l’innovation soit allemande. En effet, les auteurs allemands viennent se faire imprimer en Angleterre où le marché pour ce type de publication est plus florissant et permettent ainsi un échange de savoir-faire profitable aux deux parties. Raphaël Tuck est un des premiers de cette vague allemande à s’établir en Angleterre en 1870 . Il propose principalement des panoramas et se fait largement connaître par son Summer surprises en 1896. D’autres le suivent comme Ernest Nister, également installé à Londres où il vient à concurrencer Dean & Son en innovant dans l’animation grâce au procédé des « stores vénitiens » : une même surface change d’image grâce à des bandelettes horizontales coulissantes les unes sur les autres et révélant alors une image puis une autre.

    L’animation à plus large échelle est due à Lothar Meggendorfer qui, grâce à un réseau de petites attaches de cuivres à l’intérieur des pages permet d’animer plusieurs personnages à la fois. Resté en Allemagne, il s’impose grâce à son Internationaler Zirkus en 1887.

    Internationaler Zirkus de Lothar Meggendorfer, 1888 - 15.5 ko
    Internationaler Zirkus de Lothar Meggendorfer, 1888

    La production française de cette époque en matière de livre animés reste restreinte à l’adaptation d’ouvrages allemands ou anglais, sans doute par le fait de la guerre franco-prussienne. Une autre guerre mettra un terme à cette riche collaboration anglo-allemande : la guerre 14-18. À cette époque apparaîtront les ouvrages Bookano édités par Stand Publication à Londres, premiers livres où le pliage seul permet d’ériger le décor.

    De nouveaux apports

    La première moitié du XXe siècle n’est pas particulièrement riche en innovations, les livres animés restent sur les acquis de la fin du XIXe . Le premier Disney animé arrive en France en 1935 avec Mickey et le prince de Malalapatte édité chez Hachette. Il faudra attendre l’après-guerre pour que d’autres artistes innovent. C’est le cas de Bruno Munari, designer italien et fondateur du mouvement italien de l’art concret, qui revivifie le livre animé avec des « livres surprises » publiés par le Pré aux clercs. Ce n’est pas vraiment une révolution technique mais plutôt graphique et narrative comme Jamais contents de 1946 où l’enfant peut découvrir grâce à des volets à quoi rêvent les animaux.

    Gloria in excelsis deo de Vojtěch Kubašta, 1960 - 7.7 ko
    Gloria in excelsis deo de Vojtěch Kubašta, 1960

    D’autres artistes apportent également de la fraîcheur à la production de livres animés jeunesse : Julian Wher, immigré allemand à New-York et sculpteur brevette plusieurs modèles de livres à languettes durant la Seconde Guerre mondiale . Voitech Kubasta, architecte et artiste tchèque ayant commencé dans la publicité, se lance ensuite dans la création de livre en pop-up pour la jeunesse, son premier est le Little red riding hood en 1956.

    L’affirmation du pop-up

    Les années 60 et 70 sont marquées par une explosion de livres en pop-up impulsée par les éditeurs américains Hallmark et Random House. Ceux-ci puisent dans les contes populaires européens ou les héros de bande-dessinée comme Tintin. Ces ouvrages se caractérisent par des couleurs vives et par des techniques toujours plus inventives de pliages tout en se détachant du livre classique. Le pop-up cesse d’être un ajout technique dans un ouvrage normal pour se construire en langage à part entière. Certains auteurs comme Jan Pienkowski n’hésitent pas à ajouter des techniques sonores et à combiner de plus en plus de systèmes d’animation. Sa Maison hantée reste à ce jour le pop-up le plus vendu au monde.

    La maison hantée de Jan Pienkowski, 1979 - 16.1 ko
    La maison hantée de Jan Pienkowski, 1979

    Andy Wharol récupère également cette mode pour faire son propre livre en pop-up, l’Index book, dans lequel figurera même sa fameuse boîte de soupe, en relief cette fois-ci. Aujourd’hui, le livre système a trouvé un second souffle de façon internationale et se décline sous de multiples formes : art, design, contes, livres-jeux, etc... Cette multiplicité des formes conduit peut être à un abaissement de la qualité artistique et à une recherche de l’innovation technique moindre. En effet, malgré une édition très importante en quantité, le livre à système n’a pas connu de réelle avancée dans ses techniques depuis la première moitié du XXe siècle.

    Une veine commerciale

    Le retour en force du livre à système s ’explique peut-être par sa rupture avec le livre « classique », en deux dimensions, plus plat et austère que son homologue en pop-up, généralement assez coloré et surtout en trois dimensions. Ceci peut être mis en lien avec l’évolution du rapport à la lecture, plus interactif et ludique, et des différentes pratiques qui en découlent. La généralisation des livres à système permet aussi aux éditeurs de vendre ces livres plus chers alors qu’ils ont une durée de vie plus courte de par leur fragilité. Les ouvrages déjà existant à l’état normal et adaptés en pop-up sont plus attractifs pour l’enfant sans pour autant ajouter de contenu à l’histoire. Cela permet de relancer les ventes d’ouvrages, déjà existant sous de multiple formes, à un prix plus élevé. C’est le cas pour Blanche-Neige ou le Petit Prince par exemple.

    Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry, 2009 - 11.4 ko
    Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry, 2009

    Malgré cela, un avantage indéniable du livre à système reste sa capacité à attiser la curiosité des plus jeunes et permet ainsi à des ouvrages documentaire d’atteindre un public qu’ils n’auraient peut-être pas touché en édition standard. C’est une façon pour le livre à système de revenir à ses origines didactiques en parallèle du « bel objet ».

    Reconnu internationalement, le livre à système bénéficie de plusieurs expositions dans le monde, d’une association de collectionneurs et de collections permanentes .

    Simon Verrière

    Post-scriptum

    Pour en savoir plus

    Site du movable book society

    Site de collectionneurs australiens

    Exposition de la ville de Villeurbanne