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Le Baron de Münchhausen, histoire d’un sympathique menteur (mini thèse)

 
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    Le baron de Münchhausen est un personnage pour lequel on éprouve une sympathie presque immédiate, sa chaleur et ses mensonges éhontés le rendent humain. Cette affection fut renforcée au fil du temps par les différentes visions qu’en ont eues des écrivains, illustrateurs, et réalisateurs. Figure de l’imagerie populaire il est aussi célèbre auprès des enfants en Allemagne que Pierre l’ébouriffé (der Stuwwelpeter en version originale) du docteur Heinrich Hoffmann. En France, il fut amené dans le domaine de la littérature jeunesse par Hetzel, cadre qu’il n’a plus quitté depuis.

    « Je ne veux pas, Messieurs, vous ennuyer en bavardant sur l’aspect, les arts, les sciences et autres curiosités de cette somptueuse capitale de la Russie, [...]. Je m’en tiendrai à des sujets plus importants et plus dignes de votre attention, je veux parler des chevaux et des chiens, dont j’ai toujours été un grand ami ; [...] et pour finir aux parties de plaisir, aux exercices chevaleresques et autres actes louables qui habillent mieux le gentilhomme qu’un peu de grec ou de latin sentant le renfermé ou que tous ces sachets odorants, pompons et autres caprices de ces français beaux esprits et coupeurs de cheveux en quatre. »
    Les merveilleux voyages du baron de Münchhausen. Gottfried August Bürger.

    I. Un baron entre réalité et fiction

    a) Le Baron de Münchhausen historique

    On ne le sait pas forcément, mais le baron de Münchhausen a réellement existé. Il naquit le 11 mai 1720 à Bodenwerder en Allemagne et mourut en février 1797 d’une fièvre typhoïde. Il fut écuyer du prince de Brunswick et servit sous ses ordres dans la cavalerie. Il prit part aux campagnes des Russes contre les Turcs. Lorsqu’il fut promu capitaine en 1750, il démissionna et rentra au pays. Il se retira à Bodenwerder et se consacra à l’administration de son domaine et à la chasse. Lorsqu’il recevait des amis, il aimait leur narrer les exploits de sa jeunesse et se prenait souvent à mélanger à ses récits une dose d’affabulation, ce qui lui valut la réputation d’être un fieffé menteur. Son image fut définitivement entachée lorsque Rudolf-Erich Raspe (1737-1794) un savant allemand originaire du Hanovre lui aussi, et retiré en Angleterre, publia à Londres en 1785 un opuscule du nom de : Baron Münchhausen’s Narrative of is marvellous travels and campaigns in Russia ... Ce petit recueil rencontra immédiatement le succès.

    b) Le Baron de Münchhausen fictif

    Le baron de Münchhausen est un mercenaire allemand. C’est un voyageur de grand chemin, il se bat pour le plaisir. Il est incapable de se fixer quelque part, c’est un amateur de jolies femmes qui le lui rendent bien. Le Baron possède une généalogie pour le moins extravagante : il descendrait de Bethsabée l’épouse d’Urie. Il en aurait hérité la fronde de David. Münchhausen nous raconte ses étranges aventures le soir avant d’aller se coucher tout comme des contes. Ses récits partent d’événements réels, historiques, mais ses aventures sont déformées, remplies de détails extraordinaires, et amplifiées par une imagination débordante. Il y allie également un aplomb parfait, un ton naïf et simple qui aboutit finalement à une perte du sentiment de réalité.

    (JPG)

    Quelques exemples de représentation du baron de Münchhausen. On voit ici que les artistes [1]s’inspirent de leur prédécesseur.

    II. Un personnage de la littérature populaire

    Le docteur es lettres André Tissier, définit ainsi le personnage populaire dans la littérature : « Un « type » populaire est en littérature un personnage imaginaire crée par un ou plusieurs écrivains et incarnant sous une forme originale, volontiers caricaturale, mais toujours conforme à la « vérité générale » ou humaine, une qualité, un défaut, un travers, un ridicule, une manière d’être ou d’agir ; comme il emprunte à la réalité, et le plus souvent à la réalité quotidienne, les éléments dont se compose cette qualité [...] il se présente à nous, non comme une allégorie, support d’une idée abstraite, mais comme un personnage authentique ; et il passe au milieu des générations en projetant sur elles une ombre toujours vivante et familière. »
    M. de Crac Gentilhomme Gascon. André Tissier, page 7 .

    On voit donc que le Baron de Münchhausen en tant que héros de la littérature populaire traverse le temps. Ce n’est pas un personnage figé, il donna lieu à de nombreux ajouts, et réinterprétations de la part de nombreux artistes et auteurs. Ces modifications ne se sont pourtant pas faites en totale ignorance de leurs prédécesseurs. Pour exemple on peut citer Terry Gilliam et son film de 1988 : Les Aventures du baron de Münchhausen. Dans ce long métrage cet ancien des Monty Python réalise une sorte de “synthèse” des œuvres réalisées sur ce sujet, tout en lui imposant une vision qui lui est propre. Son baron est le sosie de celui imaginé par Gustave Doré en 1862, et il reprend de nombreux passages présents dans des films antérieurs comme : Les aventures fantastiques du baron Münchhausen de Josef Van Baky, ou encore Le baron Pràsil du tchèque Karel Zeman.

    a) Évolution du personnage

    Le baron, comme nous l’avons vu précédemment, est un mercenaire Allemand. Cependant il possède un “rival” français : le baron de Crac. À l’origine, le baron de Crac, ce hâbleur gascon, est une création de l’auteur Collin d’Harleville, qui le présente au théâtre en 1791 avec M. de Crac dans son petit castel. Ce patronyme vient du verbe « craquer » qui signifie se vanter, et qui était accolé à la réputation des Gascons. Ils sont tous deux issus d’histoires traditionnelles, de contes et récits mensongers populaires. Ensuite chaque nouvelle édition amène son lot d’ajouts et de transformations à ces deux personnages.

    Ces barons ont vu le jour à la même période mais étaient à la base très différents l’un de l’autre (ce que rappelle Théophile Gautier fils dans son avant-propos des Aventures du baron de Münchhausen). Ce n’est qu’au cours du XIXe siècle que les écrivains vont rapprocher les deux fabulateurs et leurs aventures. Hetzel publie en 1878 Monsieur de Crac dans son Magasin d’éducation et de récréation et amène pour la première fois le baron dans le domaine de la littérature enfantine. L’imagerie d’Épinal va contribuer elle aussi à cet amalgame entre les deux personnages. Plus tard Cami s’empare du sujet avec Les Aventures sans pareils du baron de Crac et éditera plusieurs de ces pastiches dans sa petite bibliothèque blanche à partir de 1925.

    Toutefois, le baron de Münchhausen bénéficiera pendant longtemps auprès du public français d’une image plus “sérieuse”, plus classique et moins populaire que celle du baron de Crac.

    III. Münchhausen au cinéma

    Les adaptations des aventures du baron de Münchhausen sont nombreuses, parmi celles ci on peut citer :

    -  Les hallucinations du baron de Münchhausen, de George Méliès. 1911 Pathé frères.

    -  Les aventures fantastiques du baron de Münchhausen, de l’allemand Josef Baky. 1943, ce film est une commande de Goebbels réalisé pour les 25 ans de la UFA (société de production cinématographique allemande. Elle avait pour but d’assurer la propagande politique et militaire du troisième Reich).

    -  Le baron de Crac (ou baron Pràsil), du tchèque Karel Zeman. 1962.

    -  Les fabuleuses aventures du légendaire baron de Münchhausen, du français Jean Image. Ce long métrage d’animation fut projeté en 1979.

    -  Les aventures du baron de Münchhausen, de l’anglais Terry Gilliam. 1988.

    Dans ces films, les réalisateurs font un choix parmi les aventures du baron, même si certaines scènes semblent inévitables comme le trajet sur un boulet de canon, le voyage sur la lune, les aventures en mer et les combats avec les Turcs. Le système de recueil, utilisé en littérature s’atténue pour laisser place à un récit plus fluide et continu. Dans tous ces longs métrages cités précédemment, les effets spéciaux ont une place importante. Tous sont d’une autre époque et ont recours à des “trucs” et astuces. Des effets ou la “patte” du réalisateur se fait bien plus sentir que dans une 3D trop lisse. Ils donnent une présence ainsi qu’une personnalité forte à l’œuvre. Ils sont aussi pleinement cohérents avec la naïveté et l’absurdité des situations.

    Le film d’animation de Jean Image est le premier film qui cible directement les enfants. Le réalisateur a rythmé son récit avec des chansons et des danses qui peuvent être facilement retenues par un jeune public.

    Nous nous attarderons à présent sur le film de Karel Zeman : Baron Pràsil.

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    Synopsis

    Sur la Lune une assemblée constituée de Cyrano de Bergerac, de Barbican le président du Gun-club, du capitaine Nicholl, de Michel Ardan et bien sûr du baron de Münchhausen ; rencontre un « lunien ». Ces héros de la littérature décident d’envoyer ce dernier sur Terre afin de lui faire découvrir les us et coutumes de leur monde. Le baron et Tony le lunien partent donc sur la planète bleue et atterrissent en Turquie (pays du croissant de Lune). À la cour du sultan ils rencontrent la princesse Blanca du noir château qui y est retenue prisonnière. Après avoir occis 10 000 turcs le baron et ses deux compagnons fuient la ville en proie aux flammes...

    La lune chez Zeman représente une terre d’asile pour les poètes, les rêveurs, les aventuriers fantastiques et les amoureux, elle s’impose comme un refus de la mort. Cette dernière ce trouve au centre du récit tout comme la “lutte” amoureuse qui oppose Tony et le baron pour conquérir le cœur de Blanca. Ces deux hommes représentent deux visions du monde : l’une raisonnable et objective, celle de l’homme de sciences ; et l’autre fantaisiste, imaginative et libre de l’homme qui n’a pas cessé de rêver : « garder les pieds sur terre et la tête dans les nuages » est la règle d’or du baron Pràsil. Dans ce film d’une beauté irréelle, le réalisateur mélange les techniques pour donner vie à de fabuleuses histoires. Des principes d’animations sont appliqués à des dessins mais aussi à des objets et des marionnettes. Cet artiste a aussi recours à des superpositions de films, à la recolorisation des pellicules, et mélange les prises de vue réelles avec des décors peints et des animations. Le tout donne lieu à des images intemporelles, emplies de poésie.

    IV. Un menteur bien vivace

    Ce personnage mythique est resté actuel. Il donne lieu à des interprétations récentes comme l’album de 2007 paru chez Orbis Pictus Club et illustré par Quentin Faucompré : Les aventures du baron de Münchhausen ; la bande dessinée en trois tomes : Les aventures oubliées du baron de Münchhausen d’Olivier Supiot parue en 2006, 2007 et 2008 chez Vents d’ouest ; ou encore la pièce de théâtre de Hacid Bouabaya Les aventures extraordinaires du baron de Münchhausen présentée en 2006 et 2009.

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    Résumé : Reprise des textes de Gottfried august Bürgerpour cette nouvelle adaptation illustrée parl’artiste Quentin Faucompré.

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    Résumé : Les nouvelles aventures inédites ducélèbre baron. Cette fois il est retenu prisonnier par le sultan ; il lui faudradistraire chaque nuit ce dernier avecses récits s’il ne veut pas perdre la tête...





    Avec ces deux ouvrages, on observe deux des multiples possibilités qui peuvent être appliquées pour une adaptation :

    -  On a d’un côté une reprise du texte assez fidèle mais qui tranche par le poids de ses illustrations. Avec un dessin proche de celui de Glen Baxter, Faucompré instaure un univers (à première vue) glacé, épuré. Son style est en opposition avec le coté exubérant des précédentes visions qui furent proposées aux lecteurs à travers l’histoire ( Gustave Doré, Yan Dargent, Gottfried Franz, Leslie Wood, Gery Bichard Adolphe-Alphonse... ).

    -  On a de l’autre côté un dessin qui collerait plus à l’image traditionnelle du baron. Cette vision est servie par un récit inédit, réinventé, et un système de narration qui se rapproche des contes des Mille et Une Nuits.

    CONCLUSION

    Le baron de Münchhausen c’est aussi l’histoire d’un homme libre au point de refuser sa propre mort. D’abord sujet de plaisanterie puis personnage mythique il a su s’imposer dans la littérature et dans les arts. Ce sympathique menteur demeure au pays de la bonne humeur. Son plaisir est de nous distraire, nous émerveiller. Cette joie, c’est la garantie qu’il vivra encore longtemps.

    (JPG)
    Gustave Doré.
    Les Aventures du baron de Münchhausen. source : Gallica.


    Camille, DEUST 2, janvier 2012.

    Post-scriptum

    Bibliographie

    BÜRGER, August Gottfried. Les merveilleux voyages du baron de Münchhausen : Édition bilingue français-allemand. Paris : Gallimard, 2006. 307 p. ; 11 x 17 cm. ISBN 2070313905

    TISSIER, André. M. de Crac gentilhomme gascon : étude de la formation littéraire et des transformations d’un type « populaire ». Paris : Didier, 1959. 1 vol. (233 p.) ; 24 cm .

    SUPIOT, Olivier. Les aventures oubliées du baron de Münchhausen, Tome 1 : Les orientales. Issy-les-moulineaux : Vents d’ouest, 2006. 56p. ; 24 x 32 cm. ISBN 9782749304519.

    FAUCOMPRÉ, Quentin. Les aventures du baron de Münchhausen. Paris : Orbis pictus club, 2007.

    Les films

    MÉLIÈS, Georges. Hallucinations du baron de Münchhausen. France : Pathé frère, 1911.

    VON BAKY, Josef. Münchhausen. Allemagne : UFA, 1943.
    ZEMAN, Karel. Baron Pràsil. Tchécoslovaquie : Filmové studio gottwaldov, 1962.

    GILLIAM, Terry. The Adventures of Baron Munchausen. NL : Colombia pictures, 1988.

    IMAGE, Jean. Les fabuleuses aventures du baron de Münchhausen. France : films Jean Image, 1979.

    Ouvrage en ligne

    Bibliothèque nationale de France. Gallica : bibliothèque numérique [en ligne]. Paris : BNF, s.d [consulté le 23 novembre 2011]. Aventures du baron de Münchhausen [par A. G. Bürger, Karstner et Lichtenberg].

    Disponible sur Gallica

    Notes de bas de page

    [1] De gauche à droite : Quentin Faucompré (source : Fnac.com), Gustave Doré (source : Gallica), Gottfried Franz (source : Wikimedia.org), Joseph Von Baky (source : paysdenullepart.fr) et Alphonse Adolphe Gery Bichard (source : fundacionlafuente.cl).