Site littérature jeunesse de lille 3

Les puces à mon chat, Thierry Maricourt et Christine Dècle ill.

Intolérance ou méconnaissance, l’un cache souvent l’autre par simplicité et provoque malheureusement le rejet
 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    Mots-clés

    Le narrateur nous raconte les rapports d’amitié qu’il entretient avec son chat, un chat qui aux yeux des autres semble bien différent, trop différent pour être honnête. Cela cache sans doute quelque chose... Le pauvre animal fait l’objet de toutes les médisances de l’entourage du narrateur mais comme la vie l’a souvent montré, l’œil ne voit que la surface des choses et il ne faut pas s’y fier. Un album qui s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux plus grands.
    (JPG)
    Les Puces à mon chat
    Points De Suspension, 2007

    Voici un album d’un grand intérêt et dont la problématique est actuelle. Les puces à mon chat trouve un écho dénonciateur dans notre époque où l’individualisme, la haine et l’intolérance ont été banalisés. Ceci vient bien illustrer le combat que Thierry Maricourt mène en tant qu’auteur prolétarien [1]. Ce livre enseignera à nos enfants que ces travers de notre époque ne sont pas la seule voie.

    I) Une leçon de vie

    a) Un enfant vous parle

    Le thème abordé n’est pas nouveau, en revanche la façon dont l’intolérance est abordée est très contemporaine. Le narrateur est un enfant qui s’adresse à un enfant et cela se ressent dans le vocabulaire et les tournures de phrases employées. Tout d’abord dans le titre « Les puces à mon chat », un adulte dira plutôt « les puces de mon chat ». Ceci est aussi marqué par l’insistance et la répétition des noms des autres personnages « mon oncle Tim », « mon oncle Toto », « mon oncle Tintin » qui sont répétés presque toutes les trois lignes et de même pour « mon chat il ». Il est toujours plus simple pour un enfant d’être approché par un enfant afin qu’il n’y ait pas dans son apprentissage de rapports condescendants. C’est ce que Thierry Maricourt réussit à merveille ici en se plaçant au même niveau que l’enfant et en évitant de le placer en infériorité dans un rapport professeur-élève : « ce que je te dis est vrai parce que je te le dis ! ». Le jeune lecteur peut ainsi suivre son cheminement sans être brutalisé et la morale passera d’elle-même.

    b) Convaincre par l’absurde

    Sur le plan plus personnel, l’art de convaincre par l’absurde est un art que j’apprécie tout particulièrement depuis que j’ai lu De l’horrible danger de la lecturede Voltaire [2], pamphlet qui défend la diffusion des œuvres et des idées. Dans Les puces à mon chat, Thierry Maricourt prend des exemples évidemment beaucoup plus simples pour permettre à l’enfant de tirer ses propres conclusions et de raisonner par lui-même ou avec l’aide des parents en fonction de son âge. (p12) « Mon oncle Tintin pense qu’un chat qui ne ronronne jamais ça porte malheur. » (p18) « Les chats étrangers n’ont rien à faire chez nous. » (p22) « Mon oncle tom dit qu’un chat qui ronronne jamais, ça cache quelque chose [...] Il m’a regardée sévèrement et m’a dit que j’étais la complice du chat. » Comme-ci le chat était un ennemi d’État...

    II) De petits détails illustrant la morale

    Il faut s’attarder en tant qu’adulte sur l’illustration qui regorge de données sur l’époque qui est la nôtre. On observe ainsi sur la première page des arbres dont le feuillage est constitué de petites cartes des régions du monde que les occidentaux regardent bien souvent avec dédain (ex : L’Afrique occidentale). Répartis dans toutes les pages du livre, des mots appartenant au champ lexical de la société de capital, un exemple en page 2 : « liquidation », « créditeur », « solde », « amortissement ». Comme-ci le symptôme de l’intolérance était provoqué par la société de capital qui devient ainsi une maladie. Je ne cherche pas ici à vous faire adhérer à une analyse idéologique de la société mais à vous montrer qu’en tant qu’adulte, il nous est aussi possible de plonger dans cet ouvrage porteur d’un message s’adressant également aux adultes et ce, pas dans un but initiatique mais bien dans un but de réflexion sur nous et notre façon de vivre cette société dont nous sommes les contemporains.

    Thierry Maricourt et Christine Dècle nous offrent un ouvrage extrêmement riche aussi bien sur le plan de la morale s’adressant à l’enfant que sur le plan de la réflexion pour l’adulte. Des illustrations peu communes et qui semblent être en vie. Un livre à lire avec ses enfants sans modération.

    MARICOURT, Thierry. Les puces à mon chat. Christine Decle ill. Points de Suspension, 2007. ISBN 9782912138460 12€

    Jérémy R. Diamphy, Sociologie-Histoire et développement Social, UFR des Sciences de l’éducation, janvier 2012

    Post-scriptum

    Pour mieux connaître Thierry Maricourt

    Sur Ricochet

    Notes de bas de page

    [1] Lire aussi Thierry Maricourt, Dictionnaire des auteurs prolétariens de la langue française de la Révolution à nos jours, Encrage, 1994

    [2] 1765