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Ann Rocard, l’amie des petits et des grands

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    Ann Rocard, l’amie des petits et des grands

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    © Scolavox, 2008

    Ann Rocard partage sa vie entre la Bretagne et la Normandie. Elle a écrit de nombreux romans pour la jeunesse, ainsi que des pièces de théâtre et des nouvelles pour les adultes. En-dehors de son activité littéraire, elle se consacre à de nombreuses passions comme la musique, la photographie et la danse. Elle intervient en milieu scolaire et parascolaire et depuis 1976, elle donne également des cours de théâtre aux enfants et adolescents, ainsi que des formations pour les adultes. Elle a également écrit de nombreux ouvrages pédagogiques, comme par exemple L’Histoire entre en scène, en collaboration avec Nathalie Dupont. Ce classeur de théâtre traite d’une approche historique de la préhistoire à nos jours et regroupe des fiches d’exploitation et des conseils pour l’enseignant. Il est paru en 2008 aux éditions Scolavox.

    J’ai découvert cet auteur lorsque j’étais petite, grâce à sa série de livres pour enfants, Kitou Scrogneugneu. Son univers fantasque m’avait plu et ses livres ont marqué mon esprit. Aujourd’hui âgée de vingt-et-un ans, je me suis souvenue d’elle et je l’ai contactée afin de lui poser quelques questions, auxquelles elle a très aimablement accepté de répondre.

    Comment vous est venue l’envie d’écrire pour la jeunesse ?

    A.R. - J’ai toujours écrit des histoires depuis l’enfance, puis d’autres textes en grandissant (chansons, textes personnels, etc.) Mais, comme je m’occupais beaucoup d’enfants dans les centres aérés, les MJC, les camps sous la tente, puis les écoles pour enfants handicapés, j’écrivais en fonction des besoins : des histoires sur des thèmes particuliers, des comptines et chansons sur tel thème ou telle sonorité, des pièces de théâtre... C’est ainsi qu’un jour, j’ai proposé mes textes à la presse et l’édition pour la jeunesse. Mais je n’écris pas que pour les enfants.

    Êtes-vous une grande lectrice ? Quels auteurs aimez-vous particulièrement ?

    A.R. - Oui, j’aime beaucoup lire. Plutôt certains titres de certains auteurs que leurs œuvres. Pour citer quelques exemples très variés : Samarcande d’Amin Maalouf, Le joueur d’échecs de Stefan Zweig, L’ombre du vent de Zafòn, Sous les vents de Neptune de Fred Vargas,L’orchestre rouge de Gilles Perrault, etc.

    Avez-vous déjà eu l’occasion de travailler ou simplement d’échanger avec l’un d’entre eux ?

    A.R. - J’ai eu l’occasion de rencontrer Gilles Perrault. J’avais beaucoup apprécié L’orchestre rouge. Nous nous sommes écrits plusieurs fois. J’ai rencontré très rapidement Amin Maalouf dont j’ai lu presque tous les livres et j’aurais aimé pouvoir échanger beaucoup plus longuement avec lui. Les autres, non malheureusement, mais je connais bien sûr de nombreux écrivains, certains sont des amis.

    À travers vos œuvres, que souhaitez-vous faire partager à vos jeunes (et moins jeunes) lecteurs ? Abordez-vous l’écriture de façon différente selon la tranche d’âge ciblée ?

    A.R. - Je n’ai pas besoin de réfléchir et de me dire : je suis en train d’écrire pour tel ou tel âge. C’est instinctif. Je m’adresse à tel public, c’est comme si j’étais en train de leur parler. Vous n’avez pas besoin de vous interroger quand vous parlez à un enfant de 4, 8, 12 ou 16 ans... les mots, les expressions, les thèmes viennent d’eux-mêmes. Cela est sans doute dû à une longue expérience au contact d’enfants de tous âges, mais aussi d’ados et adultes. Qu’est-ce que je souhaite faire partager ? La plupart du temps, il n’y a pas de volonté de départ (sauf bien sûr si je veux aborder un thème particulier ou raconter une expérience personnelle...) J’ai tendance à écrire en me laissant aller, en faisant appel à l’écriture automatique, donc en faisant forcément partager aux lecteurs ce qui me touche. Prenons l’exemple du « Loup qui avait peur de tout », une histoire que j’ai écrite quand mon 4e fils, Loys, avait deux ans et demi (il est né en 1986 !). Il avait alors peur du loup, peur du noir, et toutes les astuces qui avaient fonctionné pour ses frères, n’avaient aucun effet sur lui. J’ai donc écrit cette histoire d’un seul jet (l’idée de départ étant : et si le loup aussi avait peur ?), mais sans vouloir jouer les psychologues (même si j’avais travaillé comme telle précédemment)... L’histoire est née automatiquement sans que j’aie besoin de réfléchir. N’oubliez pas que les contes traditionnels sont apparus de la même façon : des gens les ont inventés et les ont racontés sans vouloir y mettre telle ou telle signification ; mais leur inconscient a parlé pour eux !

    Selon vous, est-il plus difficile d’écrire pour un public jeune ou adulte ?

    A.R. - Pour moi, non, car je le fais instinctivement. Écrire une nouvelle pour adulte coule de source comme l’écriture d’une histoire pour enfants. Ce qui est plus difficile pour moi, c’est l’écriture d’un texte très long qui demande des mois de travail.

    Les enjeux sont-ils plus ou moins importants selon le public visé ?

    A.R. - Parfois... Par exemple, quand j’écris un texte pour des jeunes en très grande difficulté (cela m’arrive pour des jeunes retirés de leurs familles, en grand échec psychologique et scolaire, ados en souffrance dont je suis la marraine), dans ce cas les enjeux sont très importants. C’est un peu une bouée de secours, un éclat de lumière dans leur vie quotidienne. Mais n’est-ce pas la façon dont je travaille habituellement ? Si, sans doute...

    Que préférez-vous ?

    A.R. - J’aime autant écrire pour les adultes que pour les ados ou les enfants. C’est différent. En tant qu’adulte, j’ai aussi besoin de côtoyer des adultes, de ne pas vivre qu’avec des enfants. Il en est de même pour l’écriture.

    Lesquels vous semblent être les meilleurs lecteurs ?

    A.R. - On ne peut généraliser. Il faudrait répondre au cas par cas !

    Vis-à-vis du monde de l’édition, avez-vous ressenti des différences entre le domaine consacré à la jeunesse et celui de la littérature adulte ?

    A.R. - Énormément ! Pour de nombreux éditeurs dits grand public, la littérature jeunesse est une sous-littérature. Certains s’imaginent que c’est enfantin d’écrire pour les enfants, ou bien qu’il faut écrire de la même façon pour tous. C’est aberrant ! Quand vous vous plongez dans un article scientifique et qu’un mot sur trois vous est inconnu, vous finissez par abandonner. Dans un texte pour enfants, mots difficiles et expressions arrivent au compte-goutte et/ou passent par le contexte. C’est d’autant plus visible pour l’écriture théâtrale. Je me souviens d’une cour d’école que j’ai traversée et où j’ai entendu un enfant s’exclamer « Je n’ai pas le don d’ubiquité ! ». C’était un des spectateurs d’une pièce que j’avais montée avec une autre classe trois mois avant. L’expression l’avait marqué et il l’avait assimilée ! Mais elle avait été amenée par le contexte, donc il avait pu en saisir le sens. On en revient toujours à la notion d’automatisme (mais je parle en mon nom, je ne sais pas comment procèdent les autres auteurs), vocabulaire, expressions, formules grammaticales, thèmes, personnages plus ou moins creusés : évoluent en fonction de l’âge et du niveau (certains élèves de CM lisent des romans que j’ai écrits pour les ados de 4e-3e... et d’autres se contentent de petits romans destinés aux CE1-CE2).Pour résumer : souvent, l’édition grand public regarde l’édition jeunesse de très haut, avec plus ou moins de condescendance... et parfois même de mépris. Heureusement qu’il y a des exceptions qui confirment la règle !

    Comment se déroule la collaboration avec un(e) illustrateur/illustratrice ? Existe-t-il plusieurs manières de faire ? Pouvez-vous raconter une anecdote à ce sujet ?

    A.R. - La plupart du temps, c’est l’éditeur ou le responsable artistique qui gère tout et ne demande pas l’avis de l’auteur. Quelquefois, l’illustrateur célèbre impose à l’auteur débutant l’histoire qu’il souhaite illustrer... et l’auteur débutant n’ose pas dire un mot plus haut que l’autre... naturellement. Par contre, depuis 1978 (oh, là, là ! ça ne me rajeunit pas !) j’ai eu la chance de travailler de nombreuses fois en collaboration avec des illustrateurs et illustratrices.

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    © Oskar jeunesse, 2012

    J’ai parfois modifié mon texte pour intégrer dans mon histoire des éléments apparaissant sur les crayonnés (brouillon de l’illustrateur en quelque sorte) ou bien demandé à l’illustrateur ce qu’il aimerait illustrer comme animal ou autre... Récemment pour la petite collection « Fano et Rémi » aux éditions Oskar, je suis partie d’un petit garçon roux, dessiné par Thierry Chrismann (avec qui j’adore travailler), pour inventer la série.

    Prenons un autre exemple : ce cher Kitou Scrogneugneu (paix à son âme, car il a disparu de la circulation il y a belle lurette) ! Quand j’ai écrit la première histoire, j’avais forcément imaginé les monstres affreux, hideux, baveux, avec six yeux dans les cheveux... L’éditeur ne m’avait pas envoyé les crayonnés ni précisé quel illustrateur avait été choisi. Quand j’ai reçu l’exemplaire qui venait d’être imprimé, j’ai écarquillé les yeux (si j’en avais eu six, ça aurait encore plus probant !) : à la limite de l’apoplexie (non, j’exagère !), puis en me plongeant dans l’univers de Marino Degano que je ne connaissais pas, j’ai compris que c’était génial. Si on m’avait demandé mon avis avant, j’aurais peut-être renâclé et j’aurais eu tort.

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    © Nathan Jeunesse, 1996

    Une autre anecdote : comment un texte peut être visualisé par différents illustrateurs ? Garou-Garou, le loup qui avait peur de tout, a d’abord vu le jour aux éditions Rouge et Or, illustré par Philippe Matter. Quand celui-ci a créé « Mini-loup » chez Hachette avec la tête très proche de celle de mon cher Garou-Garou, notre vieux loup a changé d’allure grâce à Frédéric Mansot, puis le loup a déménagé chez Nathan... Nouvelle chirurgie esthétique sous le pinceau de Christophe Merlin. En tant qu’auteur, on a forcément des préférences. J’ai longtemps présenté le premier livre sous forme de spectacle et j’avais réalisé la marionnette de Garou-Garou (elle existe toujours) à l’image de la première illustration.

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    © Nathan Jeunesse, 1997

    Dans cette histoire, Garou-Garou progresse encore ; mais cette fois-ci, il a affaire à un véritable loup (amateur de petits cochons)...

    Avez-vous des genres de prédilection (humour, drame, aventure). Si oui, lesquels ?

    A.R. - Pas vraiment. Peu de tragédies, même si des éléments dramatiques sont présents dans certaines histoires. L’avantage d’écrire des nouvelles et du théâtre est de pouvoir aborder tous les genres ou presque dans le même recueil. J’aime par exemple passer du fantastique, à la comédie en passant par l’absurde et le drame (ponctuel !) Par contre, on repère des thèmes récurrents : la quête du père (le mien étant mort quand j’avais douze ans), la gémellité (le double, le miroir...) et bien d’autres.

    Parmi les nombreux personnages que vous avez créés, avez-vous des héros fétiches ? En quelques mots, pouvez-vous présenter l’un ou l’autre ?

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    © Fleurus, 1991

    A.R. - Garou-Garou ( Le loup qui avait peur de tout , éd. Nathan dont j’ai parlé plus haut - j’ai même inventé d’autres aventures qu’on peut lire sur mon site où un long article lui est d’ailleurs consacré), Kitou Scrogneugneu (éd. Fleurus - ah, s’il pouvait ressusciter ! Mon deuxième fils était un peu le Kitou qui faisait le contraire de tous dans notre famille), Le pirate Atouille que je raconte et fais mimer régulièrement dans les écoles (il cuisine à merveille la ratatouille et la tarte aux poireaux - au départ aux éditions Epignones, puis Calligram), Zoé Moustic (une petite fille à qui il arrive plein d’aventures, j’aime bien les héroïnes malignes et un peu fantasques - Zoé Moustic du grand cirque Plic, éditions Oskar), Moka Millefeuilles (dans une histoire émouvante que j’aime beaucoup, une histoire qui traite de la beauté intérieure : Moka Millefeuilles, et le secret du roi Isidore Karamator, éditions Oskar), Mathilde et son chat, Dagobert de la Gouttière (deux de mes “personnages chouchous” dans Le secret du Mont-Saint-Michel, éditions Corlet - Il faut préciser que j’adore les chats), Fano et Rémi (éditions Oskar) dont j’ai parlé précédemment, mais aussi les héros de Mystères au collège Jules Verne (car plusieurs d’entre eux sont à l’image d’élèves de théâtre que j’ai eus, qui se sont confiés à moi en souhaitant que leurs propres histoires prennent vie dans un livre, des histoires souvent si douloureuses que je n’en ai conservé qu’une partie - éditions Grasset). J’en oublie sûrement, mais je veux citer aussi Beautiful-Nina dont j’ai écrit l’histoire il y a plusieurs années et qui va enfin voir le jour en 2012 (éditions Airvey) ; Beautiful-Nana, dite B-N, est une Blanche-Neige revue et corrigée, féministe à ses heures et à qui il aura fallu beaucoup de temps pour effacer les blessures d’enfance comme ce fut un peu mon cas.

    Avez-vous beaucoup de retours sur vos œuvres - courriels, lettres, rencontres avec des enfants, parents, bibliothécaires ou autres ? En tant qu’écrivain, considérez-vous l’échange avec vos lecteurs comme une chose primordiale ?

    A.R. - Je passe énormément de temps à répondre aux courriels et courriers. Mon fils aîné m’a aidée à créer mon site à cause de cela, car certains élèves me téléphonaient pour me poser des questions... Grâce à mon site, ils peuvent déjà trouver de nombreuses réponses et m’envoyer en plus des messages auxquels je réponds toujours. Les plus nombreux contacts sont ceux des acteurs de tous pays car mes pièces sont jouées un peu partout. Les échanges sont primordiaux, pour les lecteurs et acteurs, mais aussi pour moi. Un auteur n’est pas un ermite, et il passe déjà suffisamment de temps seul à écrire. Avec recul, maintenant que j’ai des petits-enfants que je garde régulièrement, je me demande comment je faisais autrefois pour écrire, rencontrer des élèves, donner des cours de théâtre, être bénévole à l’école du village, tout en m’occupant de mes quatre garçons en bas âge... La réponse est : je ne dormais que trois heures par nuit ! Pas très malin, c’est sûr !

    Vos œuvres ont été publiées par de nombreuses maisons d’édition : avez-vous observé des différences notables entre celles-ci ? (notamment dans leur manière d’accompagner l’auteur au cours du processus de publication)

    A.R. - De grandes différences. Dans certaines maisons, l’auteur n’a pas son mot à dire (parfois même, son texte est modifié sans son accord ce qui est contraire au contrat). Dans d’autres, un véritable échange a lieu ; dans d’autres encore, c’est un vrai climat de confiance. Il est vrai que je confie toujours mes manuscrits à "mon petit comité de lecture", adultes et jeunes de l’âge ciblé si besoin est, pour que je puisse revoir mon texte plusieurs fois avant de le remettre à l’éditeur - donc il y a déjà tout un travail en amont. Mais je trouve important d’avoir les réactions de l’éditeur ou du lecteur-correcteur (quand il s’agit d’une vraie personne compétente - ce qui est rare - qui vous pousse éventuellement dans vos retranchements et vous amène par exemple à creuser encore plus les personnages).

    Bien que votre œuvre pour la jeunesse représente une part considérable de votre travail, vous vous consacrez également à de nombreuses autres activités : pouvez-vous en parler brièvement ?

    A.R. - La plus grande part actuelle de mon travail est le théâtre et les comédies musicales. Comme la plupart de mes livres de théâtre ont été pilonnés (sauf chez Grasset et Scolavox-Bourrelier), nombreuses de mes pièces sont maintenant téléchargeables sur internet, c’est pourquoi elles sont accessibles à des acteurs de très nombreux pays. J’anime également des ateliers de théâtre depuis 1976 et des formations ponctuelles. J’interviens aussi en tant qu’auteure, en France et à l’étranger dans des établissement scolaires ou non. Et je continue à écrire pour adultes. Mon troisième recueil de nouvelles (écrit il y a trois ans et demi) va enfin paraître aux éditions Corlet. Et grâce à une amie, excellente lectrice-correctrice dont j’avais fait la connaissance chez Grasset, je retravaille mes romans pour adultes (le premier date de 1997), aucun n’a pour l’instant vu le jour, mais je garde espoir... en toute zénitude.

    Quelle est votre opinion à propos de la Loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse ? Avez-vous connaissance de cette loi, vous semble-t-elle toujours d’actualité ? Selon vous, tous les thèmes peuvent-ils être abordés librement en littérature ?

    A.R. - Comme je ne connais pas la loi en question, je cours vérifier sur internet pour pouvoir vous répondre... Je viens donc de regarder de quoi il s’agissait. Pour moi, cela rejoint la notion d’automatisme dont je vous parlais plus haut. Je n’irai jamais faire oralement l’apologie de meurtres et autres points contraires à mon éthique personnelle, il en est de même dans les textes que j’écris pour les enfants et les ados. Je sais que certains auteurs ne sont pas de cet avis. Il est évident que depuis 1949, les mœurs ont évolué et qu’il faut aussi tenir compte de l’époque que nous vivons. Mais pour moi, tous les thèmes ne peuvent pas être abordés librement. J’ai d’ailleurs écrit une nouvelle à ce sujet : « Châteaux de sable » (réaction d’un père de famille face à un auteur à succès qui fait l’apologie de la pédophilie - dans La Mer à boire, et autres nouvelles, éditions Corlet)

    Quels conseils donneriez-vous à un auteur qui débute dans le monde de l’édition, ou celui de la littérature en général ?

    A.R. - Quand on n’a pas de piston, c’est très difficile. J’ai démarré en 1978 sans connaître personne et en envoyant des manuscrits par la poste... Est-ce encore possible actuellement ? Chez certains éditeurs, oui. Mais rares sont ceux qui lisent et publient des textes qui leur sont parvenus sans la moindre recommandation. J’ai ainsi conservé la lettre-réponse d’un éditeur connu de littérature générale qui avait noté noir sur blanc : « Nous n’avons pas le temps de vous lire, encore moins celui de vous publier. Envoyez un chèque de tant si vous voulez récupérer votre manuscrit. » Réponse grossière, mais honnête. Il faut donc s’armer de patience, ne jamais se laisser démoraliser, prendre chaque refus comme un tremplin pour mieux rebondir. Mais avant tout, faire une petite enquête : chez quel éditeur aura-t-on une chance de ne pas passer inaperçu ? Et il ne faut pas hésiter à envoyer le manuscrit à plusieurs éditeurs en même temps, les réponses mettent quelquefois plusieurs mois à revenir. Un autre point : il ne faut jamais accepter de payer quelque chose (cela s’appelle « édition à compte d’auteur » et le livre publié est ensuite mal ou très peu distribué). Quand enfin le ou les premiers livres sont parus, il faut garder à l’esprit l’expression suivante, du moins quand le contrat le permet : « Ne jamais mettre tous les œufs dans le même panier », car quand un éditeur change de maison ou part à la retraite, le successeur laisse parfois de côté les auteurs qui travaillaient avec son prédécesseur, histoire de bien marquer son territoire. Quand des jeunes me parlent de leur projet de devenir écrivain ou acteur, je leur conseille toujours d’avoir un autre métier en parallèle, il sera toujours temps de ne se consacrer qu’à l’un des deux.

    Je remercie chaleureusement Ann Rocard pour le temps et l’attention qu’elle a bien voulu consacrer à ces questions ainsi que pour le soin qu’elle a apporté à y répondre.

    © Alice, L3 Lettres modernes, 2012

    Post-scriptum

    Références bibliographiques 

    ROCARD Ann, Le loup qui tremblait comme un fou. MERLIN Christophe ill. Paris : Nathan Jeunesse, 1996. 32 p. ; 20 x 15 cm. (Première lune). ISBN : 10 2-09-282426-0 (broché).

    ROCARD Ann, Le loup qui sifflait trois fois. MERLIN Christophe ill. Paris : Nathan Jeunesse, 1997. 32 p. ; 19 x 15 cm. (Première lune). ISBN : 10 2-09-282422-8 (broché).

    ROCARD Ann, Kitou Scrogneugneu et Touki Gneugneuscro. RUYER François ill. Paris : Fleurus, 1991. 28 p. ; 21 x 26 cm. ISBN : 10 2-215-01690-6 (cartonné.)

    ROCARD Ann, DUPONT Nathalie, Fano et Rémi : la forêt extraordinaire : dossier pédagogique cycles II et III. Paris : Oskar jeunesse, 2012. 128 p. ; 30 x 21 cm. ISBN : 978-2-35000-738-0 (broché).

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