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Oscar et la Dame Rose, d’Éric-Emmanuel SCHMITT

Une leçon de vie
 
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    Oscar, dix ans, est atteint d’une leucémie. Comme il est dans une phase de maladie plus grave qu’à l’habitude, il est hospitalisé dans une clinique spécialisée pour jeunes malades. Là-bas, il côtoie Peggy Blue, Pop Corn, Bacon, et surtout Mamie Rose, une visiteuse qui s’occupera de lui juqu’au bout. Sur ses conseils, Oscar va écrire des lettres à Dieu....

    Pourquoi lire ce livre ?

    Un récit plaisant, et sans voile

    Au départ, ce fut un achat obligatoire dû à l’abonnement France Loisirs et comme souvent, rangé dans un tiroir. Ressorti pour une lecture dans le train avant les dernières vacances. Pourquoi ce livre au moment de l’achat ? D’abord donc pour son obligation d’achat sous menace de sanction, et donc ce livre-ci car j’ai choisi parmi les moins chers (comme c’est un achat obligatoire, je regarde le prix), et j’ai pris celui étant le plus susceptible de me plaire. Ici le nom de l’auteur m’a attiré. Je n’avais jamais lu d’Éric-Emmanuel Schmitt. C’était l’occasion.

    J’ai alors découvert un récit plaisant par son style d’écriture. Je ne parle pas de la capacité littéraire de l’auteur, mais du point de vue du livre, du narrateur. En effet, Oscar raconte. On a donc un monde adulte, décrit par les mots d’un jeune enfant.

    Illustration par les surnoms donnés à ses camarades :

    • Bacon = gravement brûlé • Einstein = enfant avec de l’eau dans le cerveau • Peggy Blue = jeune fille avec maladie sanguine qui rend sa peau bleue • Pop Corn = enfant grand et obèse

    C’est écrit avec un ton léger, qui enlève de la gravité au sujet, et un vocabulaire simple, mais pourtant, des vérités sont dites. De par son jeune âge, le langage simple se révèle être sans voile. C’est un témoignage vrai sur le monde adulte.

    Oscar nous offre des vérités sur les adultes, sur le monde et la vie. Cela peut paraître naïf à première vue, mais ce sont des questions que chacun se pose à tout moment de sa vie. Des sujets tels que Dieu, la relation à ses parents, les relations de coeur. Il réussit à résumer les émotions d’une vie en une 12 jours.

    « Pourquoi ton Dieu, Mamie Rose, il permet que ce soit possible des gens comme Peggy et moi ? » (p.69)

    On peut trouver cela naïf, mais on peut aussi voir cela comme une question que l’on s’est tous posé un jour : Si Dieu existe, pourquoi laisse-t-il faire toutes ces choses que l’on juge douloureuses ?

    « Peggy Blue est partie. Elle est rentrée chez ses parents. Je ne suis pas idiot, je sais très bien que je ne la reverrai jamais. » (p.94).

    Le lire pour la poésie du récit

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    Albin Michel, novembre 2002

    Oscar et la Dame Rose est un récit plein de poésie. Le moyen que trouve Mamie Rose pour améliorer la condition de vie d’Oscar est ingénieux, plein de vie, et de poésie. Afin de faire vivre une longue vie à son petit protégé, elle va lui dire que chaque jour qu’il vivra, il grandira de dix années. Ainsi, l’enfant vit, non pas une dernière semaine dans une clinique, mais il vit toute une vie dans une famille (ses camarades).

    Là est toute la beauté du récit. Le concept même d’offrir une vie à quelqu’un en train de mourir est quasiment fantastique. Il en faut de l’imagination pour entrer dans le concept, pourtant c’est très simple pour Oscar. Son esprit se prend au jeu, et grâce à cela, il réussit à avoir son premier baiser, raté d’ailleurs, son premier amour, son mariage, ses problèmes de couple, et même développe le sentiment de vieillesse, qui coïncide avec l’avancée de sa leucémie. Son impression de partir à cause son âge fort avancé est lié en parallèle à son sort dans sa vie de jeune garçon malade. Mais grâce à ce merveilleux concept, il vit une longue vie. Là est la beauté du texte, et sa poésie. Cela peut paraître naïf encore une fois, mais on ne peut nier que la métaphore soit bien trouvée, et assez belle à lire.

    « Aujourd’hui, j’ai vécu mon adolescence et ça n’a pas glissé tout seul. Quelle histoire ! [...] La puberté, merci ! Une fois mais pas deux ! » (p.40).

    « J’ai soixante ans passés et je paye l’addition pour tous les abus que j’ai fait hier soir. Ca n’a pas été la grande forme aujourd’hui. Ca m’a fait plaisir de rentrer chez moi, à l’hôpital. On devient comme ça, quand on est vieux, on n’aime plus voyager. Sûr que je n’ai plus envie de partir. » (p.87).

    Rapprochement avec le film L’Arbre de noël (1969) avec Bourvil. Derniers jours, dernier noël, d’une petite atteinte d’une leucémie, elle aussi et où tout est fait pour qu’elle soit heureuse.

    Le lire pour sa leçon philosophique

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    Magnard, juin 2006

    Schmitt étant agrégé et docteur en philosophie, il est indéniable d’y voir un sens et une portée philosophique. Non pas parce que c’est un professeur de philosophie et DONC il y a un sens philosophique à son récit mais tout simplement parce que, après lecture, on y repense. Même quelques jours après. Et comme ce récit fait encore réfléchir, et qu’on interprète encore la portée de la fin du garçon, c’en est un récit à portée philosophique.

    • En effet, la fatalité ici c’est la mort inévitable d’Oscar. Or, tous les adultes, qu’ils soient médecins ou parents, refusent la fatalité, alors qu’Oscar l’accepte. En acceptant la fatalité, Oscar se libère, et du coup la rejette en l’acceptant. En sachant qu’il va mourir, il choisit de ne pas accuser le coup, et quitte à mourir, autant vivre ! Alors que les adultes, en refusant la fatalité, se plient à cette même fatalité. Elle les achève, les empêchant de vivre ce qu’il reste à vivre avec l’enfant.

    La leçon ici est de rejeter la fatalité, de ne pas se plier à elle, en l’acceptant, afin de vivre sans son poids.

    • Une seconde portée philosophique est soulevée. C’est la question de la mort. C’est l’illustration ici que la richesse de l’Homme est dans sa mortalité. C’est ce qui fait vivre. Profiter du quotidien. Il paraîtrait que les dieux immortels jalouseraient les hommes pour leur plus grande richesse : leur mortalité. C’est une leçon de vie aussi que nous offre Oscar, liée à la première : il ne faut pas oublier de vivre. Et le récit est un recul sur la chance que nous avons d’avoir conscience de la jouissance de vivre.

    Conclusion

    (JPG)
    Albin Michel, octobre 2004

    Le livre est donc à lire pour son côté plaisant mais vrai, ainsi que pour sa poésie et les leçons de vie que l’on en tire. Il y a tout de même un "mais" à cette lecture. Elle peut sembler naïve. Trop simple. Mais je pense cette naïveté voulue. Elle appuie le sens du livre. Oscar et la Dame Rose aborde également des questions de maladie, le fait de se sentir exclu à cause la maladie, de se voir du coup comme un monstre de par le regard des autres.

    En allant voir ce qu’Internet en dit, je suis tombé beaucoup de fois sur des témoignages larmoyants. Je trouve cela exagéré. Le but n’est pas à la larme, mais cela illustre l’aspect touchant de l’histoire. C’est l’histoire d’un petit garçon qui va mourir, certes, mais aussi l’histoire d’un petit garçon qui vit, avant de mourir.

    © Gaëtan Di Majo, L2 HSI

    Post-scriptum

    SCHMITT, Éric-Emmanuel. Oscar et la Dame Rose. France Loisirs avec l’autorisation d’Albin Michel, 2010. 112 p. 9€50. ISBN : 978-2-226-19412-1

    SCHMITT, Éric-Emmanuel. Oscar et la Dame Rose. Albin Michel, 2002. 20 x 13 cm. 9€50

    SCHMITT, Éric-Emmanuel. Oscar et la Dame Rose. Magnard, juin 2006. 18 x 15 cm. (Collège/LP). édition avec notes à destination des élèves. 5€

    SCHMITT, Éric-Emmanuel. Oscar et la Dame Rose. Illustrations de Truong. Albin Michel, octobre 2004. 25 x 18 cm. 20€.

    Voir aussi dans la rubrique "À vos plumes pour un livre, un souvenir" Oscar, une leçon de vie...

    Autre avis

    « C’est mon coup de cœur ! J’ai lu le livre hier en 45 min, et du début à la fin j’en ai pleuré d’émotion tellement c’est beau. Oscar, jeune garçon de 10 ans, est atteint d’une grave maladie, il sait que ses jours sont comptés. Grâce à Mamie Rose, il décide pourtant de continuer à vivre sa vie avec humour et cocasserie. Mamie Rose est une des dames qui vient lui rendre visite, et elle lui raconte des histoires pour l’amuser ! Elle lui conseille d’écrire 12 lettres à Dieu, et dans chacune des lettres, Oscar a le droit à un souhait, et chaque lettre écrite donne droit à 10 ans de plus dans la vie d’Oscar.

    Ainsi, à travers ces lettres, on peut voir les préoccupations de chaque tranche d’âge de la vie, on y rencontre d’autres personnes de l’hôpital.. C’est un livre MAGNIFIQUE ! Mêlant humour et émotion, il traite de la vie, de la mort et de la foi.

    Bref c’est mon coup de cœur, mes sœurs âgées de 12 et 16 ans ont toutes les deux adoré ce livre, elles ont tout comme moi pleuré d’émotion... »

    © Mathilde Lanciaux, Capes externe de documentation