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Pourquoi tant de "fascination" pour les vampires ? (mini thèse)

 
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    Alors que le quatrième et dernier opus de la saga Twilight s’apprête à envahir le grand écran (novembre 2012), Lille 3 jeunesse vous propose de faire un point sur la folie des vampires qui a envahi les médias, de la radio au cinéma... et aussi la bouche de nos adolescents !

    Beaucoup s’imaginent que le phénomène Twilight (publié en France sous le titre de Fascination), racontant les amours d’un vampire nommé Edward et d’une humaine du nom de Bella, a lancé la mode des vampires. Il est vrai que les romans se sont vendus à plus de 100 millions d’exemplaires à travers le monde, dont cinq rien qu’en France, et que leurs adaptations cinématographique se sont toutes classées dans les vingt premières places du Box-Office lors de leur sortie. (JPG) Un succès qui ne se dément toujours pas, alors que le premier roman est sorti en 2005 et son adaptation cinématographique en 2009. Mais le phénomène qui a fait de Kristen Stewart [NDLR : qu’on verra bientôt dans Blanche-Neige et le Chasseur] et Robert Pattinson [NDLR : Harry Potter et la coupe de feu ou De l’eau pour les éléphants] des stars, ne s’étend pas que sur les étagères des libraires ou dans les salles obscures, puisqu’on ne compte plus les produits dérivés à l’image des deux acteurs. Agendas, poupées, boîtes à goûter, pansements et même serviettes hygiéniques... Ses objets, plus ou moins officiels, s’arrachent ! Les adolescentes rêvent de se transformer en créature maudite et de tomber irrémédiablement amoureuses d’un jeune homme dont la peau brille au soleil.

    Un mythe tout droit sorti du cercueil

    Mais cet engouement pour les créatures aux canines sur-développées a été créé par de nombreux artistes bien avant le XXIe siècle.

    En effet, cette popularité des vampires n’est pas si nouvelle : thème littéraire depuis déjà le XVIIIe siècle dans la poésie gothique anglaise, trois œuvres ont vraiment contribué à établir son succès populaire : Le Vampire de John William Polidori en 1819 [voir notre encadré], Carmilla de Sheridan Le Fanu en 1872 [voir notre encadré] et le bien plus célèbre Dracula de Bram Stocker en 1887 [voir notre encadré] qui s’attachent déjà à expliciter la personnalité/psychologie ambiguë de ce (JPG) personnage surnaturel qui est loin d’être présenté comme un doux romantique, mais comme une créature asservie par sa soif de sang. Un succès amplifié par la multitude d’adaptations télévisuelles et cinématographiques qui en ont été faites, mais aussi par la publication de Dracula L’immortel, écrit par le descendant de Stocker, Dacre Stocker. Dans cette œuvre gothique, la créature de la nuit dort bien dans des cercueils et s’acharne sur les jeunes filles avant de se faire traquer par le célèbre Van Helsing.

    Il a donc fallu 2005 et le succès des livres de Stephenie Meyer pour arrêter de chasser les vampires, à l’instar de Buffy contre les Vampires [voir notre encadré], même si certains écrivains, comme L.J Smith [The Vampire Diaries, voir notre encadré] avaient déjà préparé le terrain aux amours adolescentes et tumultueuses d’une créature censée être maléfique et d’une jeune fille humaine.

    Tous les vampires sont dans la nature

    Alors que le nombre de romans Bit-lit [1] publiés au États-Unis entre 2002 et 2004 a presque doublé en passant à 170 livres par an, on peut se demander pourquoi cette mode réapparaît maintenant et surtout, pourquoi elle est tant suivie.

    Nous avons ainsi questionné Bérénice, 21 ans, pour savoir pourquoi elle lisait des livres de vampires. Elle nous a confié que, comme sa petite sœur de onze ans, elle appréciait l’atmosphère fantastique qui s’en dégageait et bien évidemment l’histoire d’amour qu’on y retrouve souvent. Pauline, 44 ans, nous avoue qu’elle apprécie aussi cette « romantisation du mythe » mais aussi le fait « d’avoir un peu peur », tout en sachant qu’en général, tout finit pour le mieux. Le phénomène est donc intergénérationnel. Les petites filles, leurs grandes sœurs, les mamans et même parfois les papas s’y mettent, comme nous le confirme André, papa d’un petit garçon et d’une adolescente : « J’aime regarder des films de vampire avec mes deux enfants. Louise dit surtout aimer regarder les scènes d’action. Mon fils, lui, se moque des acteurs qui s’embrassent... et taquine sa sœur quand elle rougit ! ».

    Le mythe se décline pour tous les goûts. En effet, si les plus grands apprécieront l’ambiance violente et licencieuse de la série True blood [voir notre encadré], les plus jeunes s’attacheront davantage aux personnages de sagas littéraires au ton plus léger à l’instar de Les vampires de Manhattan [voir notre encadré].

    Une créature aux mille reflets ?

    Cet enthousiasme pour ces êtres de la nuit serait-il provoqué par l’identification des fans à leurs personnages préférés ?

    (JPG) Le vampire représente sans doute la part de mal qui réside en chacun de nous. Sa malédiction est généralement vue comme le désir qui l’oblige à boire le sang frais de jeunes filles ou de jeunes hommes. L’acte de boire le sang d’êtres de sexe opposé nous renverrait alors à la sexualité. Surtout qu’on pourrait assimiler les victimes au Petit Chaperon Rouge (« Oh Grand-Mère, comme vous avez de grandes dents... »). Le fait que la créature s’en prenne presque systématiquement à des jeunes gens en ferait-il alors une « cougar » ? Peut-être, d’autant plus que le vampire le fait pour rester d’apparence juvénile. Les victimes, qui se transforment également en monstres, sont alors punies de leur luxure. À l’époque victorienne où vivait Bram Stocker, le vampire est donc un monstre. Constatons aussi que l’ Edward de Twilight refuse de toucher sa dulcinée avant leur mariage... mais aussi de la transformer ! Est-ce la raison pour laquelle la saga est sous-titrée « la saga du désir interdit » ? Mais depuis quelques temps, les victimes n’en sont plus vraiment. Elles sont non seulement consentantes, mais aussi souvent celles qui réclament la transformation ou qui la glorifient. La romantisation du mythe n’y est pas pour rien. N’oublions toutefois pas que les vampires ne sont pas seulement de beaux bruns ténébreux... Mais bel et bien des monstres, qui n’ont en plus pas l’opportunité de vivre leur vie sans contrainte (d’où la métaphore de créature de la nuit : elle ne peut pas vivre au grand jour), sous peine de se faire poignarder.

    (BMP)

    On se demande quand même si cette mode, qui ne peut être que positive en fin de compte, puisqu’elle pousse nos enfants à lire, va encore durer longtemps. Après le dernier Twilight, que va-t-il se passer ? Nous en avons déjà une petite idée : nous sommes maintenant à l’ère de la dystopie avec le nouveau grand blockbuter Hunger Games, actuellement au cinéma et adapté très fidèlement du roman du même nom de Susan Collins...■

    Camille B. et Valentine B. Avril 2012

    Post-scriptum

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    Notes de bas de page

    [1] littérature mettant en scène un univers contemporain peuplé de personnages surnaturels et notamment les vampires en vedette, de l’anglais to bite : mordre