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Marc Dubord, photographe et serial retoucheur

mais humain avant tout... (entretien)
 
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    Londres a eu son Éventreur, Los Angeles son Traqueur de la nuit, Boston son Étrangleur, Hanovre et Plainfield leurs Bouchers, Düsseldorf son vampire, Paris son Docteur Petiot... LILLE AURA BIENTÔT SON RETOUCHEUR ! Il sévira du 26 septembre au 31 octobre 2012 en la personne Marc Dubord pour À crocs d’Octobre et le plus grand plaisir des "vampirophiles"...
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    Marc, le Retoucheur de Lille
    © Marc Dubord

    Attention, ne vous méprenez pas, Marc « le Retoucheur » - comme il se définit lui-même - n’a rien d’un serial killer et le talentueux photographe serait plutôt du genre "serial lover".

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    Verte Pomza
    © Marc Dubord
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    Reflet
    © Marc Dubord

    Vous ne craignez donc rien, il n’est absolument pas dangereux. S’il vous retouche le visage ce ne sera qu’avec votre consentement sous le regard bienveillant de son objectif et non pour vous défigurer cruellement à l’arme blanche.

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    Hein Quoi
    © Marc Dubord
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    Clown dépressif
    © Marc Dubord

    Un côté de sa personnalité peut sembler un tantinet cynique et faire penser aux dessins de Edward Gorey [1], entre causticité et absurdité. Marc Dubord reconnaît d’ailleurs bien aimer les caustiques en photographie [2]mais détester les absurdes" [3] Mais, en vérité, il est avant tout un serial Retoucheur éclectique, drôle et surtout, humain.

    D’abord éducateur sportif puis formateur pendant vingt ans pour la réinsertion des prisonniers en longue détention, il s’est ensuite tourné vers la photographie en y apportant une grande originalité, un nouveau regard plein d’amour pour l’autre. Cela l’a déjà amené à traiter de sujets forts et douloureux non par esprit de complaisance ou de provocation gratuites ou malsaines mais « pour rendre la discussion possible, pour interroger sur notre propre perception de la monstruosité, de l’être humain. » comme il le révèle dans l’entretien "choc" accordé à Bazooka Mandarine

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    Affiche pour À crocs d’octobre
    © Marc Dubord

    Lors d’ À crocs d’octobre, son objectif bienveillant ne vous "shootera" qu’avec votre consentement et pour que « Paré(e) de costumes prêtés par l’Opéra de Lille et d’une paire de dents aiguisées offertes par la bibliothèque », vous vous transformiez en « prince ou princesse des ténèbres »

    -  (Pour découvrir le programme d’À crocs d’octobre 100 pour sang vampires, c’est ici )

    On vous le dit, ce Retoucheur-là, c’est un gentil... Autre preuve, il nous a accordé un entretien pour Lille3jeunesse.

    L3J : Comment vous êtes-vous retrouvé "embarqué" dans l’aventure À crocs d’octobre ?

    Marc Dubord : Par relationnel. J’ai réalisé les images de presse de Chris Debien, l’auteur de Black rain pour Gallimard jeunesse et il est l’ami d’une responsable de bibliothèque. Le reste a fait... le projet. De fil en aiguille, en discutant avec la responsable du projet, les choses se sont enchaînées les unes aux autres et ça commence à tenir un peu la route. Reste à faire le ciment avec les divers intervenants qui pour le moment sont encore éloignés les uns des autres.

    L3J : Alors, vous aussi vous êtes « À crocs » aux vampires ?

    Marc Dubord : Bah, comme tout le monde j’ai vu quelques films comme le Coppola et lu Bram stoker... mais disons que je ne les ai pas encore traités photographiquement, et là c’est une commande alors c’est un peu comme un page blanche... Je vais tenter de faire mes vampires à moi... Je vais tenter de faire une interprétation personnelle pas la copie d’un autre ! Le projet, encore...

    L3J : Ce retour des vampires et cette fascination qu’ils exercent, est-ce un engouement passager selon vous ? Est-ce une bonne chose pour redécouvrir les mythes ? Pour vous, est-ce du renouveau ou du mauvais remix racoleur ??

    Marc Dubord : Je crois, oui, que le sujet est historique et pléthorique. Il y a d’ailleurs pas mal de communautés de vampires allant jusqu’à se faire tailler les dents en vrai pour certains des groupes Facebook ou des sites forums, c’est assez surprenant. Je crois qu’avec ce genre de sujets c’est toujours un peu "casse gueule" on risque le cliché un peu éculé ou le truc avec faux sang et ressorts à paillettes mais bon, je vais tenter d’éviter, mouhahaha...

    L3J : Votre avis sur les productions cinématographiques et littéraires récentes sur le sujet, chefs d’œuvre ? "Daubes" ? Marketing ?

    Marc Dubord : Chefs d’œuvre ? euh non, films grand public à l’américaine, solides scénarii, romances d’ados et d’adultes, décors sympas, quelques effets spéciaux assez réussis et hop ! Disons qu’on pourrait espérer moins de ficelles et plus de contenu mais certains films sur le sujet sont assez réussis pour faire recette, donc... ! Signes qu’ils ne sont pas si mal... Pour ma part, j’avais adoré la version avec Catherine Deneuve et David Bowie, le film de Tony Scott, Les Prédateurs.

    L3J : Quoi de plus ou de moins par rapport aux mythes (Dracula, Nosferatu etc.) ?

    Marc Dubord : Bah, disons qu’il en faut pour tous les goûts et tous les âges et que chaque film correspond à une sensibilité et à une approche partagée ou non d’un sujet. Dire qu’on n’aime pas est assez simpliste et pour ne pas dire "c’est de la daube" je préfère dire que je n’aime pas et étayer mon propos ! Dracula ou Nosferatu commencent à dater donc ça reste des fleurons incontournables bien que vieillots !

    L3J : En lisant vos entretiens accordés sur le Net et pour parler édition jeunesse, on a vite compris que Mickey ce n’est pas votre « truc » mais pouvez-vous nous révéler un souvenir de lecture d’enfance ou un coup de cœur littéraire ?

    Marc Dubord : Aïeeeeuuuhh, j’ai lu tardivement, pris par le sport, les filles et la "flemingite" mais j’ai rattrapé le temps perdu. Après, il y a des incontournables comme Le Parfum de Patrick Suskind, ou L’Atelier du peintre de Patrick Granville, Bourlinguer de Blaise Cendrars ou La Confession du masque de Mishima... des bouquins qui restent forts pour moi ! Des bandes dessinées aussi comme Carapaces de shuiten, Immortels de Bilal ou La femme piège, Blueberry de Jean Giraud (moebius) ou d’autres encore... Disons que j’aime assez que les choses soient rapides et directes et que la lecture comble des vides ou moments de repos... il y aurait beaucoup de livres à citer et là, sûrement, j’ai oublié Dune de Frank Herbert et des auteurs classiques comme L’Exercice de style de Raymond Huhuhuh... Pour les lectures de jeunesse, La foire aux immortels de Bilal et je crois que Rahan et les mensuels Pilote et Fluide glacial me vont bien aussi ! Astérix et Obélix et Tintin, forcément !!

    L3J : En effet, on vous verrait parfaitement illustrer la première de couverture d’une nouvelle édition du Parfum de Suskind (avis aux éditeurs !). Comment l’imagineriez-vous ?

    Marc Dubord : Difficilement, je pense, parce qu’il me faudrait des moyens en costumes, décors et acteurs. Je reste encore un professionnel avec peu de budget et les mises en scène sont difficiles sans moyens. Malheureusement, la photographie n’a pas ceux du cinéma et les grosses productions restent encore des situations de débrouilles et des copinages qui nécessitent beaucoup de volonté alors je crois que je déclinerais le projet en prétextant n’être pas encore prêt ! Non, en fait j’aimerais bien, mais bon, chaque chose en son temps...

    L3J : On vous imaginerait bien également illustrer les livres d’Alan Moore comme From Hell qui est une version ésotérique des événements de WhiteChapel en 1888 (Jack l’éventreur) et on pense inévitablement à Filles perdues, d’Alan Moore et Melinda Gebbie...

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    Le Tueur de Londres
    © Marc Dubord

    Marc Dubord : Pour Jack L’Éventreur, c’est fait ! Pour le reste, disons que je suis dans la démarche de ne pas interpréter les sujets des autres sauf quand ce sont des commandes. Là, forcément, le sujet Vampires n’est pas mon sujet, mais celui du client... donc je me conforme aux désidérata de ma clientèle. L’important pour moi c’est d’être influencé mais de ne pas interpréter la voie des autres et de faire la mienne. Je prépare des images sur le viol mais ces sujets méritent réflexion pour ne pas tomber dans le travers de la provocation sûrement très médiatique mais ô combien néfaste aux victimes... que par respect je ne voudrais en aucune façon égratigner ou blesser.

    L3J : À ce propos, la photographie de l’affiche d’À crocs d’octobre fait penser à un tableau de Fernand Khnopff, Des caresses, du moins dans sa construction esthétique, que l’on peut mettre en lien avec la nouvelle La Caresse du recueil de SF Axiomatique de Greg Egan dans son recueil, tout comme Frank Herbert que vous avez cité plus haut. D’ailleurs il y a un truc intéressant dedans, en mathématiques un axiome est « une vérité indémontrable qui doit être admise », un peu comme le folklore des vampires, de l’horreur et de la monstruosité. La part d’ombre de chaque être humain est une sorte d’axiome car elle existe, tout le monde le sait, mais avec un peu de chance elle n’éclate pas au grand jour et reste à l’état de latence et de rêve (que l’on retrouve dans les contes de vampires ou les films d’horreur).

    Marc Dubord : la part animale et innée de l’humain est indéniablement présente dans le fantastique comme une projection de soi, de son surmoi, de son ego et de l’autre... un mélange détonant qui révèlerait notre penchant cruel et notre conscience civilisée de l’être, ce qui rend cette cruauté envers les autres et soi passable et acceptable au quotidien. On ne pourra jamais oublier que l’homme est un animal "instincketif" qui maîtrise ses comportements à force de normes et d’éducation, de lois et de paravents. Chaque baisse de société fait réapparaître les comportements les plus vils et les plus abjects, le cinéma la littérature projettent tantôt des barrières, des utopies, des pistes de réflexions tantôt des spectacles horribles pour mieux laisser à la gestion des hommes leur propres failles et faiblesses ! Avoir peur mobilise en soi sa réflexion et questionne sur ses propres peurs, ses carences ou ses faiblesses et ainsi renforce peu à peu son être et sa psychologie face à la tentation de n’être qu’une animal instinctif dépourvu de conscient et seulement préoccupé par sa propre destinée...

    L3J : et dans le domaine de la peinture et de la photographie, avez-vous des " maîtres " ?

    Marc Dubord : Bacon, Rebeyrolle, Klimt, Modigliani, Léger, Klee, Bahltus enfin y’en a plein forcément, les aquarelles de Matta aussi... Je pourrais remplir une page et je conseille à tous le Musée d’Art moderne de Villeneuve d’Ascq et sa collection superbe. La donation Masurel est une mine pleine de pépites ^^

    L3J : Pour parler " photographie pure ", est-il indiscret de vous demander quel(s) logiciel(s) vous utilisez ?

    Marc Dubord : Photoshop

    L3J : L’avènement du numérique est-ce important pour vous et votre travail ?

    Marc Dubord : aucune importance le numérique n’est qu’un moyen, pas une fin en soi. Si la photographie n’avait pas existé, je peindrais... sûrement mal mais, à coup sûr, j’aurais changé de médium pour dire ce que j’ai à dire...

    L3J : Quel est votre rapport à la couleur ? La plupart des œuvres sur les vampires et Cie sont en noir et blanc...

    Marc Dubord : Question d’époque et de technique, la couleur est notre vision, le noir et blanc un retour daté et un retour sur le passé, une nostalgie délibérée avec un objectif particulier, celui de rendre intemporel tout en rattachant à l’histoire... Certaines images appellent le noir et blanc et prennent une autre dimension esthétique ou historique. Le passage au noir et blanc doit avoir une utilité pour s’imposer et c’est souvent dans le fond une facilité de délivrance de message de la part du créateur... Je ne pense pas le faire sur cette série de vampires... quoique... enfin, on verra !!

    Supplément à l’entretien

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    9025
    © Marc Dubord

    Si entre ombre et lumière, instantanéité et persistance, raison et folie, il n’y a qu’un pas, alors les réalisations de Marc Dubord reflètent à merveille ces constantes dualités. A travers ses photographies, et plus particulièrement de 9025, émanent la sensation d’une beauté froide mêlée d’étrangeté et de familiarité. En cela nous pouvons rapprocher son auteur du travail d’autres artistes comme celui de Tim Burton, qui a pour habitude de transgresser les barrières communément admises entre la vie et la mort ; l’exemple le plus parlant est certainement le long métrage en stop motion [4] : Les Noces Funèbres [5] , dans lequel le monde des vivants est terne et sans âme, alors que celui des morts est haut en couleurs.

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    Tentaculiste
    © Marc Dubord

    Les photographies de Joël Peter Witkin, et notamment celle de Woman once a bird [6] , partagent ce même parti pris esthétique, très particulier, et dans lequel les « imperfections » et les écorchures sont élevées au rang d’œuvres d’art. D’autant que la littérature de jeunesse n’est pas exempte de macabre et d’horreur, la plupart des contes des frères Grimm, de Perrault ou d’Andersen se terminent de façon brutale et violente. Le cinéaste Guillermo Del Toro s’est d’ailleurs basé sur ces histoires et des peintures de Francisco de Goya [7] pour réaliser son chef d’œuvre Le Labyrinthe de Pan [8], et créer les personnages du faune et de l’homme pâle, dont le Tentaculiste2a de Marc Dubord semble inspiré.

    Entre le merveilleux et le macabre il n’y a qu’un pas ...

    Merci Marc et Rendez-vous pour À CROCS D’OCTOBRE : 100 POUR SANG VAMPIRES, à Lille du 26 septembre au 31 octobre 2012 !!!

    © Élisabeth Debuchy et Bloise Orageux

    Post-scriptum

    Nos plus vifs remerciements à Marc Dubord qui nous a très généreusement prêté ses photographies et en a autorisé la publication.

    Voir sur Lille3jeunesse la minithèse sur Filles perdues

    Pour découvrir le Musée d’Art moderne de Villeneuve d’Acq, c’est ici

    Infos du net sur Marc Dubord

    Site personnel

    Site de retoucheur

    Sur deviantart

    Charlélie Couture (photo de presse et de l’album)

    Workshop marc dubord maison de la photo de lille 21/22 avril 2012

    Festival européen de nu de Arles en Mai 2012 + stages parutions, entretien avec Marc Dubord sur bazooka mandarine france

    « An unique, creative and unusual French photographer », article sur artwallzine LOndres

    photoshop advanted magazine hors série charme (n°15)

    Campagne de publicité sénior crédit mutuel nord europe 2012 (mai)

    Pour psychologies magazine italy mars

    Prochain article avec 30 images dans day dreaming magazine italy en ligne

    Moscato Chaud à l’olympia les images by marc dubord

    Parution d’un tutoriel dans le magazine tout faire en photographie juin 2012

    Sortie du livre Anonymus, prévente en ligne sur la boutique officielle

    Notes de bas de page

    [1] GOREY Edward. Le couple détestable. OSKAR traduction et postface. Le Rayol-Canadel : Attila, 2012. 18 x 18 cm. 80 p. ISBN : 9782917084489.

    GOREY Edward. Les enfants fichus - The Gashlycrumb Tinies. Ludovic FLAMANT trad. Le Rayol-Canadel : Attila, 2011. 14 x 14 cm. 52 p. ISBN : 9782917084380 (édition bilingue)

    [2] Note de Marc Dubord : y’a deux pdf pour les caustiques ^^ : là !

    [3] pour ce qui est de l’absurdité Marc Dubord revendique "le bénéfice d’un seul neurone déficient doppé au white spirit".(sic)

    [4] Le stop motion, ou animation image par image, ou encore animation en volume, est une technique cinématographique permettant de créer l’illusion du mouvement en mettant en scène des objets inertes. Les créations de Nick Park, Wallace et Gromit, sont certainement les plus représentatives du genre.

    [5] BURTON Tim. JOHNSON Mike. Les Noces funèbres. John AUGUST scen. Pamela PETTLER scen. Caroline THOMPSON scen. 2005, stop motion, couleurs. 76 min. (VO : Corpse Bride).

    [6] WITKIN Joël Peter. Woman once a bird. Technique argentique. Los Angeles. 1990.

    [7] Francisco de Goya (1746-1828) était un peintre et graveur espagnol. L’une de ses œuvres les plus noires, et probablement la plus connue, est Saturne dévorant un de ses enfants (1819-1823), dans laquelle l’artiste évoque un passage de la mythologie grecque. Cronos (ou Saturne dans la mythologie romaine) était le roi des Titans, mais selon la prédiction de ses parents, il serait détrôné un jour par sa propre progéniture. Dès lors il ingurgita à l’instant même de leur naissance chacun de ses enfants, et seul Zeus en réchappa grâce à une astuce de sa mère (elle remplaça le bébé par une pierre). Par la suite Zeus réalisa la prédiction et régna en maître sur l’Olympe. Ce tableau de Goya est souvent utilisé pour illustrer le cannibalisme.

    [8] DEL TORO Guillermo. Le labyrinthe de Pan. 2006, couleurs, 112 min. (VO : El laberinto del fauno).