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Le Pélican d’Odette Leclerc

Le retour de la littérature courtoise ?
 
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    Âgée de 18 ans, Alexandrine Dulac est une jeune femme à qui la vie ouvre grand les bras. Après de délicieuses vacances passées dans la résidence familiale, en compagnie de sa tante Lili et de sa meilleure amie Sara, elle décide de suivre à la rentrée une formation en Histoire à l’Université de Boston [1], où elle compte bien approfondir ses connaissances de la culture du Moyen Âge, et plus particulièrement de certaines coutumes attribuées à la chevalerie. En effet Alexandrine et Sara sont toutes les deux passionnées par les grandes histoires d’amour autrefois contées par les troubadours [2]. Et alors qu’un soir notre héroïne contemple avec quiétude le firmament, une étoile filante se consume sous ses yeux. Alexandrine fait instamment le vœu de rencontrer son âme sœur, et qu’il soit à l’image de l’idéologie amoureuse prônée dans les anciennes poésies courtoises, et dont le signe de reconnaissance devra être un pélican ...
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    © Éditions Kody Blue, 2006

    Dix ans après sa rencontre avec le grain de poussière cosmique [3] , la vie d’Alexandrine est bien loin de ce qu’elle s’était imaginé à ses 18 ans. Elle a ainsi refusé un poste d’enseignante adjointe proposé par l’université, au profit de l’ouverture de sa propre boutique d’articles médiévaux, et le couple qu’elle forme depuis deux ans avec Simon semble bâti sur les compromis et l’habitude. Toutefois les rêves d’amour véritable d’Alexandrine ne se sont pas évanouis, et au cours d’un repas avec ses amis elle décide de mettre un terme à sa relation avec Simon et de partir en quête de son grand amour . Dès cet instant les péripéties ne cessent de se succéder, et notre héroïne se voit confrontée au choix ultime : passera-t-elle le reste de sa vie au côté de Raphaël Jardin, le séduisant journaliste de télévision, au risque de trahir une nouvelle fois son idéal ; ou de William Knightley, un architecte au cœur noble, mais dont Alexandrine n’est pas sûre de partager les sentiments ? Heureusement elle peut compter sur l’amitié indéfectible de Sara, qui n’hésite pas à l’accueillir chez elle lors de sa rupture avec Simon, et sur les précieux conseils de Lili, qui l’incite à tout mettre en œuvre pour obtenir ce que son cœur désire [4] et à écouter «  les messages de la vie  ». [5]

    Dans ce récit se cache ponctuellement plusieurs références à des classiques de la littérature européenne du XIIe siècle. Ainsi les jeunes lecteurs pourront se familiariser avec les histoires d’amour légendaires que sont celles de Tristan et Iseut  [6], de Pâris et Hélène  [7] , et de Lancelot et Guenièvre  [8] . D’ailleurs le choix du patronyme des héros du livre est directement lié à cet univers. D’une part le nom d’Alexandrine Dulac est à mettre en parallèle avec celui de Lancelot du Lac, en effet tous les deux sont en quête d’un amour noble et sincère, et ils sont souvent en proie au doute à cause de leur passion respective. D’autre part le personnage de William Knightley s’enorgueillit d’une double ascendance, ainsi son prénom évoque une hypothétique origine royal [9] , et son nom s’accompagne d’une essence noble supplémentaire, puisqu’il est fondé sur le mot Knight traduisible en français par le terme « chevalier » [10] . L’auteure fait également mention de la notion d’amour courtois [11] , se définissant comme « un amour entre nobles et [...] fondé sur des valeurs telles que la courtoisie, la pureté, la loyauté et la fidélité [12] . » , et que Alexandrine cherche à reproduire dans ses relations avec les hommes. D’ailleurs elle ne réalisera pleinement son choix que lorsque William se montrera digne d’aimer et d’être aimer de cette manière. Et même l’affection qu’Alexandrine porte à ses chevaux semble conditionné par cette volonté de plénitude.

    Toutefois il serait inexact de penser que Le Pélican est un livre à tendance manichéenne. Odette Leclerc a pris soin d’éviter tout jugement péremptoire ou d’imposer une vision unique des relations amoureuses. Par l’intermédiaire du personnage de Lili, l’auteure permet à son jeune lecteur de prendre le recul nécessaire face à l’intransigeance d’Alexandrine. D’ailleurs le livre est ponctué de différentes variantes du couple, et des réactions féminines qui en découlent. Citons par exemple la volonté de Sara de maintenir une certaine distance avec son petit-ami Éric, car son attachement vis-à-vis de lui pourrait compromettre son sentiment de liberté. Ou le cas de Rachel, qui par son jeune âge, se laisse berner par les intentions malhonnêtes de Pat Kelly. Grâce à ces situations assez proches de la vie quotidienne, les lectrices pourront s’identifier plus facilement aux personnages, et le message de l’auteure aura plus de chance de rentrer en résonance avec leurs attentes.

    Avec ce premier roman Odette Leclerc institue les fondements de sa maison d’édition, à savoir une publication basée sur les comédies romantiques et les histoires d’amour destinées en priorité à un lectorat féminin âgé entre 12 et 15 ans. Vous pourrez retrouver Le Pélican en format numérique et/ou en anglais auprès d’une grande librairie sur Internet.

    Je vous souhaite une très bonne lecture !

    © Bloise Orageux, étudiante à Lille 3, septembre 2012.

    Me contacter : bloise.orageux@gmail.com

    Post-scriptum

    Références bibliographiques

    • LECLERC Odette. Le Pélican. La Tuque (Québec) : Éditions Kody Blue, 2006. 20,5 x 14 cm. 146 p. ISBN : 978 2980928703 (dans la version originale, en anglais, le prénom de l’héroïne diffère légèrement, ainsi Alexandrine devient Alexandra).
    • BALADIER Charles. Aventure et discours dans l’amour courtois. Paris : Hermann, 2010. 21 x 14 cm. 198 p . ISBN : 9782705670221
    • BÉROUL. Tristan et Iseut. Préface, traduction et notes de Philippe WALTER. Dossier de Corina STANESCO. Paris : LGF, 2008. 18 x 11 cm. 159 p. ISBN : 9782253160724
    • LORRIS Guillaume (de). MEUNG Jean (de). Le roman de la rose. Paris : LGF, 1992. 18 x 11 cm. 1150 p. ISBN : 9782253060796
    • SAINTE-MAURE Benoît (de). Le roman de Troie : extraits du manuscrit Milan, Bibliothèque ambrosienne, D 55. Paris : LGF, 1998. 18 x 11 cm. 672 p. ISBN : 9782253066651
    • TROYES Chrétien (de). Les romans de la Table Ronde. Michel Zinc préf. Traduction de l’ancien français et annotations de Jean-Marie FRITZ, Charles MÉLA, Olivier COLLET. Paris : LGF, 2008. 18 x 11 cm. 734 p. ISBN : 9782253161042
    • ZINC Michel. Introduction à la littérature française du Moyen Âge. Paris : LGF, 1993. 18 x 11 cm. 189 p. ISBN : 9782253064220
    • ZINC Michel. Littérature française du Moyen Âge. Paris : Presse Universitaire de France, 2004. 20 x 15 cm. 393 p. ISBN : 9782130546733

    Références webographiques

    • ANGLETERRE Thomas (d’). Le roman de Tristan : poème du XIIème siècle. I. Texte. Joseph BÉDIER éditeur scientifique. Paris : Firmin Didot, 1902. 24 cm. 462 p. sur Gallica
    • ANGLETERRE Thomas (d’). Le roman de Tristan : poème du XIIème siècle. II. Introduction. Joseph BÉDIER éditeur scientifique. Paris : Firmin Didot, 1905. 24 cm. 462 p. sur Gallica
    • BÉROUL. ANONYME. Le roman de Tristan : poème du XIIème siècle. Ernest MURET éditeur scientifique. Paris : Firmin Didot, 1903. 24 cm. 255 p. sur Gallica
    • SAINTE-MAURE Benoît (de). Le roman de Troie : d’après tous les manuscrits connus.Tome I, 1904 - XI-464 p. Léopold CONSTANS éditeur scientifique. Paris : Firmin Didot, 1904. 24 cm. sur Gallica
    • SAINTE-MAURE Benoît (de). Le roman de Troie : d’après tous les manuscrits connus.Tome II, 1906 - 398 p. Léopold CONSTANS éditeur scientifique. Paris : Firmin Didot, 1906. 24 cm. sur Gallica
    • SAINTE-MAURE Benoît (de). Le roman de Troie : d’après tous les manuscrits connus.Tome III, 1907 - 448 p. Léopold CONSTANS éditeur scientifique. Paris : Firmin Didot, 1907. 24 cm. sur Gallica
    • SAINTE-MAURE Benoît (de). Le roman de Troie : d’après tous les manuscrits connus.Tome IV, 1908 - 446 p. Léopold CONSTANS éditeur scientifique. Paris : Firmin Didot, 1908. 24 cm. sur Gallica
    • SAINTE-MAURE Benoît (de). Le roman de Troie : d’après tous les manuscrits connus.Tome V, 1909 Glossaire - 337 p. Léopold CONSTANS éditeur scientifique. Paris : Firmin Didot, 1909. 24 cm. sur Gallica
    • SAINTE-MAURE Benoît (de). Le roman de Troie : d’après tous les manuscrits connus.Tome VI, 1912 - 410 p. Léopold CONSTANS éditeur scientifique. Paris : Firmin Didot, 1912. 24 cm. URL : sur Gallica

    Références musicologiques

    • OFFENBACH Jacques. La Belle Hélène. Opéra-bouffe en III actes. Livret de Henri MEILHAC et Ludovic HALÉVY. Créé à Paris au théâtre des Variétés en 1864.

    Notes de bas de page

    [1] Le site officiel de l’Université de Boston (États-Unis)

    [2] Notamment les histoires de Pâris et d’Hélène, de Tristan et Iseult et de Lancelot et Guenièvre. Odette Leclerc. Le Pélican. Kody Blue. 2006. p 12 et 13.

    [3] Voir la définition d’une étoile filante sur Futura-Sciences.

    [4] Odette Leclerc. op. cit. p 40.

    [5] Odette Leclerc. op. cit. P 70

    [6] L’histoire de Tristan et Iseut (Iseult, Yseut ou Isolde) est issue de la tradition orale celtique. De nombreuses versions furent rédigées par la suite, les plus célèbres étant celles de Béroul et de Thomas d’Angleterre connues toutes deux sous le titre de Le roman de Tristan.

    [7] Dans la mythologie grecque Pâris était un prince troyen, et le fils de Priam et d’Hécube. Alors qu’il gardait tranquillement son troupeau, trois déesses (Aphrodite, la déesse de l’amour ; Athéna, la déesse de la sagesse ; et Héra, la déesse du mariage et gardienne du foyer) le prirent à parti et elles lui demandèrent de choisir à qui devait revenir une pomme portant les inscriptions « pour la plus belle ». Pâris opta pour Aphrodite qui, en guise de récompense, lui promis la plus belle femme du monde, soit Hélène l’épouse du roi de Sparte (Ménélas). Pâris décida alors d’enlever Hélène, ce qui provoqua instantanément la guerre de Troie. Au XIXème siècle un opéra-bouffe fut composé par Jacques Offenbach, sous le nom de La Belle Hélène. Cette œuvre est considérée aujourd’hui comme l’une des plus importantes du musicien, et chose plus étonnante encore, elle inspira la création d’un nouveau dessert par Auguste Escoffier que tous les gourmands connaissent sous le nom de la poire Belle Hélène.

    [8] Dans le cycle des romans de la Table Ronde, Lancelot était le fils du Roi Ban de Bénoïc et de la reine Élaine. Il fut enlevé très jeune et élevé par la fée Viviane, aussi surnommée la Dame du Lac. Par la suite il devint l’un des plus éminents chevaliers de la Table Ronde, et auprès du Roi Arhur il partit à la recherche du Saint Graal. Toutefois il tomba amoureux de la Reine Guenièvre (et réciproquement), ce qui eût pour cause la perte de son honneur et la chance de trouver le Graal.

    [9] Le prénom de William est généralement associé à une filiation royale. L’exemple le plus connu au Moyen Âge est William the Conqueror (ou Guillaume le Conquérant) qui accéda à la couronne d’Angleterre en 1066 à la suite de la fameuse bataille d’Hastings. La tapisserie de Bayeux, conservée aujourd’hui dans le département du Calvados en France, retrace cette épopée sur une broderie d’environ 70 m de long ! Elle est d’ailleurs inscrit depuis 2007 au registre Mémoire du monde par l’UNESCO.

    [10] La chevalerie était à partir du XIème siècle un moyen, pour un homme non issue d’une famille noble, riche ou propriétaire terrienne, d’accéder à un groupe social plus élevé que le sien. Au fil du temps la chevalerie est devenue une sorte d’idéal, et elle donna naissance à de multiples chants et écrits. D’ailleurs l’un des thèmes les plus connu est celui de la légende du Roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde.

    [11] L’amour courtois, aussi appelé le fin’amor en occitan, date du XIIème siècle, et il représente l’expression d’un amour sincère et profond. Selon certaines sources, la Dame devait être d’un rang social supérieur à celui de son prétendant, qui était au moins issu de la noblesse (en cela la romance du chevalier Lancelot et de la Reine Guenièvre est éloquent), et dont les aspirations devaient être totalement désintéressées. Toutefois ce concept reste un idéal, d’autant que la chevalerie en mal de prestige avait besoin de réaffirmer sa légitimité, et elle trouva son salut dans les romans et poésies courtoises.

    [12] Odette Leclerc. op cit. p 83.