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Un grand nombre de malheurs pour quelques minutes de bonheur...

Sophie, un instant maternel
 
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    À l’époque où mes dents de lait s’apprêtaient à tomber, ma mère n’avait que très peu de temps à me consacrer, l’affreux coupable était son travail trop prenant. Aussi, chaque matin, je passais le seuil de la maison de ma nourrice, bien avant l’école, à l’heure où les autres enfants sont encore profondément ancrés dans les bras de Morphée et ne repartais que fort tard le soir, une fois mon pyjama enfilé et mon dîner englouti. Dans la journée j’avais joué, j’avais ri, mais surtout j’avais attendu...

    J’avais attendu avec une impatience non dissimulée l’heure du coucher. Cela peut paraître étonnant pour certains, car pour beaucoup de parents ce moment est un véritable parcours du combattant, rythmé par des pleurs et des cris, qui s’éternisent jusqu’à ce qu’ils parviennent à venir à bout de l’infatigable petit qui refuse de se mettre au lit. Mais, en ce qui me concerne, je n’ai jamais rechigné l’heure venue et c’est avec délice que je plongeais sous mes draps.

    (JPG)
    © Lito, 2007

    Ce n’est pas tant que j’avais hâte de dormir, ce qui m’importait surtout c’était la dizaine de minutes qui précédaient le passage du marchand de sable, durant lesquelles, nichée au creux des bras de maman, bercée par sa respiration, je me laissais portée jusqu’au château de Mme de Réan où je retrouvais enfin la malicieuse, l’inventive et l’attendrissante Sophie.

    La voix de maman me narrait ses exploits, son souffle me réchauffait le cou et me caressait les oreilles, je luttais pour ne pas perdre ne serait-ce qu’un dixième de seconde de ce moment si précieux, mais c’était peine perdue et je finissais toujours par me laisser happer par l’histoire. Sophie était jeune, drôle, pleine de vie, elle naviguait de sottise en sottise, ne cessait de se faire gronder mais n’en retenait la leçon que pour un court instant. Elle me surprenait toujours, je ne savais jamais à quoi m’attendre de sa part et à vrai dire j’enviais son imagination. J’aurais voulu courir à ses côtés, partager ses joies et ses peines, la mettre en garde contre les punitions à venir mais, plus que tout, j’aurais voulu la remercier.

    Sophie n’était pas qu’un personnage de livre, ni une amie, elle était ma bonne fée, celle sans qui je n’aurais pas eu, chaque soir, ce moment de tendresse et de complicité avec ma mère. Ses malheurs me donnaient droit à quelques minutes de bonheur. Voilà pourquoi pas un soir la nuit n’était tombée sans que j’eusse prié pour que Sophie ait l’idée de nouvelles bêtises dans la nuit, afin que le lendemain maman puisse à nouveau m’en conter les récits.

    © Jade GUIDEZ, L1 Lettres Modernes, octobre 2012.

    Post-scriptum

    La Comtesse de Ségur. Les Malheurs de Sophie. Illustrations Crescence Bouvarel. Lito, 2007. 26 x 31 cm ; 114 p. ISBN 9782244417425. Cartonné.