Site littérature jeunesse de lille 3

Des tableaux qui parlaient

 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    Petite, je traversais les livres, je les dévorais les uns après les autres. Encore trop jeune pour reconnaître et apprécier les mots, je savourais les images qui me captivaient. Peter Bruegel l’Ancien, Les tableaux qui racontent des histoires était le plus beau livre de ma bibliothèque. J’en tournais les pages chaque soir sans m’en lasser.
    (JPG)
    © L’école des loisirs, 1995.

    Une fois ce grand livre ouvert sur mes petits genoux, je me plongeais dans un monde fantastique et chatoyant où des centaines de petits personnages aux visages ronds envahissaient l’espace pictural. Il y en avait partout. Mon œil se baladait toujours à l’affût d’une scène nouvelle, je prenais plaisir à trouver le petit détail que personne ne verrait au premier regard. C’était un monde où hommes, enfants, animaux et bêtes fantastiques cohabitaient. Une multitude de scènes de la vie quotidienne s’accumulaient sur la même toile créant un désordre amusant. Là étaient représentées des scènes de repas, de bagarre, de chamailleries, de jeux d’enfants... Je ne savais où donner de la tête face à ces images aux histoires multiples. J’adhérais pleinement à cet univers fantasmagorique peint par Bruegel. Je me retrouvais dans ces enfants joyeux s’amusant entre eux, je riais face aux visages expressifs des hommes et des monstres dans cette ambiance carnavalesque. J’aimais la bonhomie des personnages qui me donnait une impression de bien-être par leur rondeur, leur douceur.

    Ainsi je laissais s’exprimer mon imaginaire. Les scènes de bagarre plus absurdes les unes que les autres étaient celles qui m’attiraient le plus et me faisaient rire aux éclats. Lire était pour moi un jeu, une manière de m’évader dans une autre époque mais aussi de revivre mes disputes de la journée. À ce moment de ma vie, je passais mon temps à me déguiser, à incarner des personnages dont j’inventais les aventures. Je retrouvais ce même jeu à travers les tableaux de Bruegel. J’imaginais les dialogues entre les personnages qui ne figuraient pas sur les pages. Je les faisais parler, se disputer, rire. Je leur faisais vivre des émotions. Je m’inventais mes propres histoires à partir de ces images sans mots.

    Aujourd’hui, ces tableaux sont toujours porteurs de mon imaginaire. Ils suscitent encore une attirance particulière, un sentiment de joie qui me ramène à l’enfance. Les images, les tableaux, avant même de faire appel à l’intellect, animent les sens et suggèrent des émotions. Je garde de ce livre un rapport émotif aux œuvres, une sensibilité particulière qui dépasse toute conceptualisation. Les images s’adressent à tous. Elles nous font vibrer, réagir. En retour, nous leur donnons vie par notre imagination.

    © JB. L3 Histoire de l’Art, octobre 2012.

    Post-scriptum

    HELLINGS. Colette. Peter Bruegel l’Ancien : les tableaux racontent des histoires. Christine Moelaert et Paul Asschenfeldt trad. Paris : L’école des loisirs, 1995. 29 p. ; 27,5 x 35 cm. (Archimède). ISBN 221102775X