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" J’aurai toujours quelque chose à vous dire " par le PETIT PRINCE

Le Petit Prince se raconte
 
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    On m’appelle le Petit Prince parce que je n’ai jamais grandi. Nous sommes le 30 Octobre 2012, cela fait maintenant 70 ans que je suis né et pourtant mon regard est toujours empreint de mélancolie, mes joues quelque peu rosées et mes cheveux d’un blond éclatant. J’ai si peu changé, mon allure s’est peut être modernisée mais le vert de mes vêtements a survécu au temps, et l’écharpe rouge autour de mon cou tente encore de se perdre dans le vent. Plus que tout le reste, mes idées ont perduré et ont peu à peu pris de l’importance dans le cœur des enfants et celui des « grandes personnes ».
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    Le Petit Prince à l’origine, aquarelle de Saint - Exupéry

    Que l’on vive seul ou en communauté, qu’importe l’astéroïde, nous formons une famille

    Au commencement, mis à part mon père Antoine de Saint-Exupéry, parti trop tôt, je n’avais pas de famille. Ma famille aujourd’hui c’est tous ceux pour qui j’ai voyagé. D’ailleurs, le Renard lors d’une escale sur Terre m’avait dit : « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. » [1], je comprends maintenant, je m’inquiète souvent de ce qu’il est devenu.

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    Le Petit Prince et le Renard par Antoine de Saint - Exupéry

    Papa, le temps qu’il fut là, a été un père exemplaire, amateur de philosophie. J’avais beau être petit, il m’a appris, inculqué toutes sortes de choses pour que je puisse en temps voulu les transmettre à mon tour et longtemps après sa mort. Il était né en 1900, n’avait eu qu’un rêve durant des années, celui de devenir aviateur, puis il s’était forgé un nouveau rêve celui d’écrire. Je suis son dernier chef-d’oeuvre. Je suis né pendant la Seconde Guerre mondiale et j’ai bien failli mourir plusieurs fois. Mon père participait à l’effort de guerre depuis son avion et se cachait aux États-Unis, c’est là qu’il m’a fait connaître. À la fin de l’année 1942, alors que la France, son pays d’origine, était oppressée par la censure et bien d’autres choses, Papa est allé voir son ami l’éditeur américain Eugène Reynal, m’a placé entre ses mains et le 6 Avril 1943 tandis que le monde continuait de s’écrouler, je me suis présenté sous le nom de Petit Prince.

    À travers moi, Antoine de Saint-Exupéry a tenté de véhiculer un autre message que celui de la mort et de la souffrance. Hélas, il est décédé en 1946, avant même que je n’atteigne l’Europe, en tombant de son avion. Je lui dois tout, mon physique qu’il s’est si souvent appliqué à dessiner sur les serviettes de tables et les feuilles de papiers volantes avant de me donner de la couleur avec ses aquarelles, comme si j’avais hanté son esprit depuis toujours tandis qu’il façonnait le mien, à la fois pur et vagabond.

    Mes voyages n’ont pas de fin...

    Je n’ai jamais su rester en place, j’ai toujours aimé voyager et je continuerai même après la morsure du serpent car « j’aurai l’air d’être mort et ce ne sera pas vrai... ». Je continuerai d’explorer la galaxie et de porter secours à tous ceux qui ne pensent pas en avoir besoin puisque c’est écrit au fil des pages qu’un homme peut mourir mais que ses idées comme ses affections jamais ne meurent. J’en ai la preuve, on me réinvente chaque année, dernièrement on m’a donné l’air plus curieux, mes yeux se sont agrandis et mon histoire se raconte au fil d’une bande dessinée de Joann Sfar tandis que je pense toujours à ma Rose. Je suis aussi devenu un personnage 3D.

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    Le Petit Prince dans la BD de Joann Sfar, publiée pour la première fois en 2008, puis le Petit Prince du petit écran, adapté lui aussi en 2008 et sous la directive de Pierre-Alain Chartier

    ... Parce qu’ils véhiculent des messages

    Il m’est arrivé de rencontrer des « grandes personnes » affligeantes, « décidément bien bizarres » à qui j’ai tenté d’apprendre que l’important c’était les autres, ça n’a pas toujours marché. Pourtant, d’autres l’ont compris par eux-mêmes mais cela était peut être un peu excessif. Un jour, sur l’astéroïde B329 - je dois bien l’admettre, cette histoire va vous rappeler quelque chose, je l’ai déjà raconté à l’Aviateur, celui qui était tombé du ciel tout comme moi dans le désert et à qui j’avais demandé de me dessiner un mouton - j’ai fait la connaissance de l’Allumeur de réverbère, il travaillait au nom des autres, qui ne pouvaient vivre dans le noir. Chaque jour, son astéroïde tournait un peu plus sur lui-même et le soleil n’était jamais là pour très longtemps. Alors l’Allumeur de réverbère restait là pendant que le reste des habitants ne prenait pas conscience de son sacrifice : le réverbère était devenu soleil et l’Allumeur, maître de la lumière. En le comparant au Roi de l’astéroïde B325 et au Businessman du B328 « c’est le seul qui ne me [paru] pas ridicule. C’est peut-être parce qu’il [s’occupait] d’autre chose que de lui-même. »

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    L’allumeur de reverbère par Antoine de Saint - Exupéry

    Enfin, je dirais simplement que je vis en chacun d’entre vous et à tout âge car « toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants mais peu d’entre elles s’en souviennent ».

    Julie Piquant (L1 HSI) Novembre 2012

    Notes de bas de page

    [1] Toutes les citations sont extraites du Petit Prince d’Antoine de SAINT - EXUPÉRY. Paris : Gallimard Jeunesse, 2000, 94 p. : ill. en coul. ; 27 x 20 cm. Broché. ISBN : 2070541932