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PETIT PRINCE - Réflexions d’un Petit Prince...

Au détour de son journal intime
 
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    Le 5 novembre 2012

    Cher journal,

    En ce moment je me pose beaucoup de questions, mais les grandes personnes ne me répondent jamais tout de suite, je suis souvent obligé de les répéter pour qu’enfin je puisse avoir les réponses. Mais aujourd’hui je me suis posé une question à moi même, sur moi même. D’où je viens ? Ai-je changé depuis que je suis né ? Je me promène beaucoup, dans les livres, au cinéma, sur les planches de théâtre et je me demande comment j’ai fait pour en arriver là.

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    Le Petit Prince, illustré par Antoine de Saint-Exupéry

    Je me souviens de la rencontre avec mon « père littéraire », c’était en pleine Seconde Guerre mondiale. Il s’appelle Antoine de Saint-Exupéry [1] et il est né à Lyon le 29 juin 1900. Il avait l’air malade et même malheureux dans son lit d’hôpital où, comme il me l’a je crois confié, il a eu l’idée de me montrer au monde entier.

    Exilé aux Etats-unis pour soigner de nombreuses blessures liées à son travail d’aviateur - j’ai toujours trouvé son engin étrange, l’avion je crois- il prend l’habitude de me dessiner un peu partout, sous les yeux de son ami Léon Werth ou encore de son éditeur américain Eugene Reynal. C’est lorsqu’il fait l’achat d’une jolie boîte d’aquarelle que je prends enfin forme, plein de couleurs et vêtu de mes plus beaux habits : une grande cape verte et rouge ornée d’étoiles ou bien la plupart du temps une tunique verte et une ceinture marron, sans quitter mon écharpe dorée. Mes cheveux blonds me rappellent toujours cette remarque de mon ami le renard que j’avais apprivoisé sur la septième planète que je visitais, la Terre, il disait que j’avais « des cheveux couleur d’or et que « le blé, qui est doré, [le] fera souvenir de [moi]. »

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    Antoine de Saint-Exupéry

    Je nais donc à la fin de l’année 1942, aux États-unis et mon aventure, qui relate mon voyage à travers les planètes et ma rencontre avec Antoine devient vite connue du grand public américain dès le 6 avril 1642 grâce aux Editions Reynal & Hitchcock. Ce n’est qu’en 1946 que je serai publié en France par les Éditions Gallimard, après la mort prématurée de mon père littéraire qui, parti de Corse en mission le 31 juillet 1944, n’en reviendra jamais...

    J’y repense en écrivant ses lignes et je ne peux m’empêcher de pleurer car il était un de mes seuls amis...

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    Le Petit Prince, édition de 1942

    Voilà donc d’où je viens. Mais je me demande aussi ce que mon voyage m’a apporté, ce qu’il m’a permis de comprendre et surtout de faire comprendre aux lecteurs.

    J’ai appris ce qu’était l’amour grâce à ma rose, ce qu’était l’amitié grâce au renard mais j’ai aussi rencontré plusieurs grandes personnes que je ne comprenais pas vraiment...

    Je me souviens de ce roi qui me donnait des ordres à tout-va, mais qui ne se rendait pas compte qu’il était seul sur sa planète et que même sa longue traine ne laissait de place à personne, ou encore du vaniteux qui m’a appris le sens du mot « admirer », mais qui lui aussi était très seul... Il y avait aussi le buveur, et le businessman, l’allumeur de réverbères - au moins, lui s’occupait d’autres choses que de sa propre personne ! - ou encore le géographe qui m’a dirigé vers la planète Terre. Lorsque j’y pense je réalise alors que ce sont toutes ces rencontres qui m’ont permis d’apprendre que les mille roses du jardin que j’ai rencontrées ne peuvent être comparées à ma rose, même si ce sont les mêmes, pour moi elles sont différentes : je vois la mienne avec le cœur et l’esprit et j’ai retenu cette phrase de mon ami le renard qui me disait qu’« on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux ».

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    La rose, illustrée par Antoine de Saint-Exupéry

    Toutes les valeurs dont j’ai pris connaissance alors ne s’appliquent pas qu’à moi, elles concernent tout ce qui m’entoure, ceux qui me lisent enfant et qui me relisent, adulte. Mon histoire aide les grandes personnes à se souvenir de ce qui est vraiment important. C’est donc là où je vais. Je commence à comprendre à quel point ce que j’ai vécu est nécessaire à tous ceux qui décident de s’intéresser à moi. Je n’ai pas réellement changé depuis, je suis toujours ce petit Prince, j’ai été retrouvé ma rose que j’aime tant et même si je continue à voyager tout autour du monde, à travers les livres et les traductions, je sais que je reviendrai toujours à elle.

    La dernière fois, ma rose a même mis de côté son air vaniteux pour me féliciter, elle a entendu dire que mon histoire était traduite en 257 langues et dialectes, elle m’a même donné ce surnom : « Petit Prince international ». Je l’aime bien, je suis heureux que partout des enfants et leurs parents, des gens seuls ou bien entourés puissent sourire à nouveau comme moi j’ai souri tout au long de mon voyage.

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    Edition coréenne : changement radical, même pour les cheveux
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    Edition russe du Petit Prince par Nora Gal : changement des couleurs

    Les illustrations qu’a faites Antoine de ma planète, de mon univers et de mes rencontres ont été retravaillées et restituées, accompagnant le texte, au début du XXIe siècle et publiées dans un ouvrage aux éditions Folio. Il existe même des dessins de moi faits par Juillard, Uderzo ou encore Hugo Pratt.

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    Le Petit Prince vu par Juillard (dessinateur de l’Épervier)

    Si je réfléchis bien, j’ai trouvé les réponses à mes questions, je voulais savoir d’où je viens, je le sais ; de l’imagination poétique de mon ami cher Antoine de Saint-Exupéry. Mais à savoir si j’ai évolué, je ne pense pas, je suis toujours le personnage enfant que grand nombre de personnes connaissent, que la couleur de mes vêtements soit différente ou non n’y changera rien. Que ce soit dans la première adaptation théâtrale de 1963 par Raymond Jérôme au théâtre des Mathurins à Paris ou celle de Katarina Stojkov-Slijepcevic sur une musique de Aleksandra Ðokic dans un ballet, dans la bande dessinée et dans les salles de classes, mon discours sur la vie et tout ce que j’ai appris reste le même.

    Il est temps pour moi de retrouver ma Rose, je l’entends déjà m’appeler pour que je l’arrose, cela m’a fait du bien d’écrire et de réfléchir un peu sur ce que je suis, je pense que chacun de nous devrait se souvenir et se remémorer tout cela de temps en temps...

    À bientôt cher journal, et merci pour tout, pour tout...

    Caroline MAGNOUX - L3 CULTURE ET MÉDIAS

    Post-scriptum

    LIENS EXTERNES

    -  Les images des éditions russes et coreennes sont issues du site du Petit Prince

    -  Site Lille 3 Jeunesse

    -  Site traductions livres de l’UNESCO

    Notes de bas de page

    [1] voir le site officiel St Exupéry