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BLANCHE NEIGE : il était une fois...

une reine, sept nains et un prince
 
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    Mon réveil fut vif et brutal, j’ouvris les yeux aussi vite que je m’étais écroulée au sol. Et je vis un prince à mes côtés. Je reposais là dans un cercueil de verre, ou du moins de ce qu’il en restait, quelqu’un m’avait fait tomber, était-ce ce prince qui se tenait près de moi... ?
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    Blanche-Neige illustrée par Benjamin Lacombe

    ***

    Ma naissance et mon histoire...

    - Charmante princesse, qui es-tu ? Demanda ce beau prince à mes côtés. Je t’ai recueillie dans la forêt, tu étais avec les nains des sept montagnes. Endormie là, dans ton beau cercueil de verre. Mon cœur s’est épris, dis-moi qui tu es, je t’en supplie.

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    Jacob et Wilhelm Grimm par Elisabeth Jerichau-Baumann. Huile sur toile, 1855. (63 x 54 cm) Berlin, Staatliche Museen (Inv. Nr. A I 663) © Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz

    -  Mon cher Prince, il était une fois mon histoire. Je m’appelle Blanche-Neige, car j’ai les cheveux d’ébène, la peau aussi blanche que la neige et les lèvres aussi rouges que le sang. Je vais te narrer ma vie qui ne fut pas des plus paisibles. Imaginée par deux frères Jacob et Wilhelm Grimm, je suis inspirée d’un ancien mythe germanique. Mon histoire s’est ainsi fait connaître en 1812. On suppose autour de moi que mes créateurs se sont servi de leur voyage dans le Leinebergland en Allemagne où se trouve le massif des sept monts, -ce qui te rappelle peut-être mes sept petits protecteurs qui m’ont sauvé la vie à maintes reprises, mais je te parlerai d’eux plus tard...- Là-bas, se trouve une mine où est produit du charbon, mais aussi du verre et par-delà le massif, s’élève un château qui aurait inspiré la demeure de ma terrible marâtre... Mais les frères Grimm ne se seraient peut-être pas arrêtés là. Beaucoup ont supposé que mon histoire racontait le destin de la fille du comte Philippe IV de Waldeck, Margaretha. C’était une jeune fille d’un grande beauté, qui avait malheureusement tout comme moi, une belle-mère très sévère. Lorsqu’elle eut seize années, son père le comte l’envoya traverser le massif des sept monts dans le but d’épouser un prince, mais sa santé se dégrada très rapidement et elle mourut, probablement empoisonnée...

    - Pourquoi pleures-tu ma douce ?

    -  Pardonne-moi mon prince, mais il est si difficile pour moi de te conter cela, car j’ai encore le souvenir de cette femme abominable qui m’a empoisonnée à maintes reprises afin de demeurer la plus belle. Je vois que tu aimerais en connaître tous les sombres détails. Voici comment Jacob et Wilhelm Grimm ont raconté mon histoire. Ma mère était une reine, très malheureuse de ne pouvoir enfanter. Elle restait souvent là, à contempler par le cadre d’ébène de la fenêtre la neige qui tombait au sol. Un jour, alors qu’elle cousait, elle se piqua le doigt de son aiguille et son sang se mêla à la neige. Elle souhaita alors ma naissance. Une fille à la peau blanche comme neige et aux lèvres de sang. Un miracle se produisit, mon prince, et feu ma mère me mit au monde contre sa propre vie, je ne la connus donc jamais. D’elle ne resta que mon prénom, Blanche-Neige. Une année s’écoula et mon père le roi prit une nouvelle femme pour épouse. Elle était d’une grande beauté mais fière et arrogante. Ainsi as-tu deviné mon prince, qu’il s’agit de ma terrible marâtre. Elle possédait un miroir magique à qui chaque jour elle demandait qui était la plus belle, et chaque jour, inlassablement, son miroir lui répondait ces mots :

    « Ô ma reine, vous êtes la plus belle en ce pays et par-delà les montagnes aussi. »

    Et comme son miroir disait toujours la vérité, ma terrible belle-mère et son narcissisme étaient comblés... Mais à mon grand malheur, ma beauté grandissait de jour en jour et lorsque j’eus sept ans, elle surpassa celle de la reine. Alors quand son miroir lui dit ces mots :

    « Ô ma reine, vous êtes très belle, mais Blanche-Neige est mille fois plus belle que vous. »

    Elle devint verte de jalousie et entra dans une sombre colère. Elle me haïssait si fort, qu’elle ordonna à un chasseur de me tuer et de lui apporter mes poumons et mon foie comme preuve de ma mort... Je fus alors entraînée dans la forêt par mon bourreau qui sortit son couteau de chasse pour me tuer, mais ma beauté et mon innocence durent l’émouvoir, car il me laissa la vie sauve mais m’ordonna de fuir très loin et de ne jamais revenir. La reine sans le savoir, dégusta alors les poumons et le foie d’un marcassin qu’elle crut miens. La suite de mon histoire ne fut pas plus joyeuse. Mon errance dans la forêt m’effrayait, et je fuyais à toutes jambes lorsque j’aperçus une maisonnette.

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    Blanche-Neige dans la forêt illustrée par Benjamin Lacombe

    J’étais tellement fatiguée que je décidai d’y entrer. Quel ne fut mon étonnement d’y trouver là de toutes petites chaises, de tout petits lits. Tout était propre et coquet. L’envie de manger dans les sept petites assiettes et de boire dans les sept petits verres était trop forte, et mon périple se termina ainsi dans un des sept petits lits. En me réveillant au petit matin, j’aperçus sept nains qui ne manquèrent pas de gentillesse à mon égard, ils m’offrirent un logis à condition que je tienne leur ménage. J’acceptai alors.

    Lorsque mes sept amis partirent le matin dans la montagne extraire du fer et de l’or, ils me recommandèrent de n’ouvrir à personne. Mais la reine folle de rage après avoir appris que je n’étais point morte et après que son miroir eut dit où je me trouvais, entreprit la longue route par-delà les sept montagnes pour me retrouver. Elle était fardée comme une vieille marchande, et vint frapper à la porte de la maisonnette me proposer des lacets pour mon corsage. Pensant à une brave et vieille femme, j’achetai alors son lacet qu’elle proposa gentiment de me serrer. Elle me laça alors si fort que je tombai sans vie sur le sol le souffle coupé. Mais les sept nains me sauvèrent la vie en desserrant mon corsage. Pourtant la reine ne s’arrêta pas là, elle revint une nouvelle fois avec un peigne magnifique, vêtue comme une paysanne. Malgré la recommandation des sept nains, je ne pus malheureusement résister à l’envie de lui ouvrir. La paysanne proposa alors de me peigner les cheveux.

    Mais son peigne était empoisonné, et je tombai une nouvelle fois inerte sur le sol froid... Heureusement, les nains qui rentraient de leur dure labeur, me trouvèrent étendue et retirèrent le maudit peigne de mes cheveux.

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    Blanche-Neige croquant la pomme empoisonnée
    Illustrée par Benjamin Lacombe

    Ainsi une nouvelle fois, ils me rendirent la vie. Mais tout ceci éveilla une colère encore plus profonde chez la reine, qui cette fois-ci revint avec une pomme empoisonnée. Pour me duper, car ma méfiance avait grandi, elle croqua dans la partie blanche du fruit qui était saine, et m’offrit l’autre moitié. D’un rouge de sang, cette pomme semblait délicieuse, alors je croquai dedans. Mais cette dernière ruse me fut fatale et ni les nains, ni les pleurs des animaux de la forêt ne réussirent à me sauver, il n’y a que toi mon prince qui as pu me rendre ma précieuse vie en faisant tomber mon délicat cercueil de verre. Ainsi le morceau de pomme empoisonné a pu ressortir de mon gosier... Comment pourrais-je te remercier ?

    Ainsi le prince me demanda ma main, et notre union fut plus forte que ma méchante marâtre qui périt à tout jamais.

    Mes compagnons et leur évolution...

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    Les sept nains de Walt Disney

    Mes très chers Nains,

    Je vis maintenant le plus beau conte de fées qu’il soit. Je suis mariée au prince à qui vous aviez confié mon cercueil de verre. Vous avez été les amis les plus chers que j’ai eus durant ma triste vie passée. Je tiens à remercier chacun d’entre vous à travers cette correspondance épistolaire...

    Du temps des frères Grimm, vous n’aviez pas de noms, mais Walt Disney qui a repris notre conte pour en faire une œuvre cinématographique en 1937, vous a nommés et a fait évoluer vos personnages. Ainsi je vais m’adresser à chacun d’entre vous.

    Prof, tu es le nain le plus réfléchi de tous, et ta grande intelligence a beaucoup aidé à me ramener à la vie, ainsi je t’en remercie. Mais ne casse plus tes lunettes à présent, je ne serai plus là pour les réparer !

    Atchoum, Avec la petite écharpe que j’ai tricoté pour toi, il n’est plus question que tu aies un rhume !

    Timide, tu ne parlais jamais beaucoup, mais tu m’as choyée durant tout ce temps passé avec vous, je ne t’oublierai pas alors cela ne sert à rien de te cacher dans ta barbe !

    Joyeux, ta bonne humeur a égayé la maisonnette, tu apportes joie et bonheur dans ta grande famille, ne perds jamais cette lueur d’espoir et de gaieté qui brille en toi.

    Dormeur, jamais je n’ai réussi à te réveiller lorsque tu dormais profondément, mais tu as raison, il est très important de te ressourcer avant d’aller travailler dans les mines.

    Simplet, tu es certainement le plus gentil de la famille, mais je regrette de ne plus pouvoir veiller sur toi mon petit, ne t’en fais pas, un jour peut-être tu me reverras...

    Grincheux, Ô Grincheux ! Réjouis-toi, la vie est plus belle maintenant, je suis sauvée et mariée à mon cher et tendre prince, ne sois pas si renfrogné, tu as tant de belles choses à découvrir !

    À vous mes chers amis qui avez sauvé ma vie, je vous en remercie.

    Blanche-Neige.

    Parce que toute histoire a un sens...

    Les frères Grimm ont donné un sens au conte qui porte mon nom. Il y a dans ma vie et dans les péripéties que je traverse, des problèmes tout à fait réels dont il faut parler, et que les enfants pourront mieux comprendre...

    D’après certains psychologues mon histoire raconte le développement de l’enfance. Lorsque que ma mère se pique le doigt et laisse trois gouttes de sang tomber dans la neige, cela marque le début des menstruations chez la jeune fille. Le début de la vie de femme. On a donc tout au long du conte, le développement de l’enfant et les problèmes qu’il rencontre au sein de sa famille. Ici, la mort de la mère est abordée, ainsi que le remariage du père. D’où la terrible marâtre qui serait un exemple de ce que l’on peut appeler le narcissisme. Vous savez, Narcisse, ce personnage de la mythologie grecque qui aime son reflet autant que moi, Blanche Neige, j’aime mon Prince...

    Car oui, mon horrible belle-mère avait une obsession, elle voulait que personne ne soit aussi belle qu’elle, pas même moi, Blanche Neige. C’est pour cela qu’elle essaya de me tuer. Il est aussi dit qu’en croquant dans la pomme, j’accepte le fruit défendu, c’est pourquoi les nains n’ont pu me sauver. J’ai atteint la limite entre l’enfance et l’âge adulte...

    Voici un lien pour en savoir plus sur la signification de mon histoire, il est des sujets assez sensibles à évoquer ici, je vous laisse donc les découvrir par vous-même et vous en faire une idée...

    http://filmsdanimation.unblog.fr/2007/08/30/blanche-neige-ou-lhistoire-de-la-maturite-sexuelle/

    Mon histoire a beaucoup évolué et ne s’est jamais essoufflée notamment parce que je plais beaucoup aux petites filles qui s’identifient à mon personnage, car je suis d’une grande beauté et je finis par épouser un prince. Cela représente un vrai conte de fées pour les petites filles. Cependant, mon histoire est aussi un conte initiatique. [1]

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    La reine

    Je suis une jeune fille confrontée au monde, à la belle-mère qui veut ma mort, mais je trace mon propre chemin, j’apprends de mes expériences, et je finis par vivre en harmonie avec mon environnement.

    Révélations exclusives de Blanche Neige à Kristel BARTOLI, L1 HSI, UFR Langues et Cultures Antiques, novembre 2012.

    Post-scriptum

    Sources utilisées

    GRIMM Jacob & Wilhelm. Blanche Neige. Benjamin LACOMBE. Suzanne Kabok trad. et adpat. Toulouse : Milan jeunesse, 2010. 44 p. ; 26 x 32cm. ISBN : 2745942212

    Disponible sur Ebooks libres et gratuits :Gallica

    Snow-White

    Réalisateur : Dave Fleischer. 1933. Pays de production : États-Unis.

    Blanche Neige et les sept nains

    Réalisateur : Dabid Hand. Distributeur :Walt Disney Studios Motion Pictures Int. Long-métrage d’animation. 1937. Pays de production : États-Unis.

    Notes de bas de page

    [1] Voici une définition en trois étapes de ce qu’est un récit ou conte initiatique :

    Sur Télémaque, du CRDP de Créteil