Site littérature jeunesse de lille 3

CAROLINE : entretien avec une petite fille pas comme les autres...

 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    Mots-clés

    (JPG)

    Bonjour et bienvenue à tous dans le Journal de l’édition jeunesse de Lille 3. Aujourd’hui nous avons le plaisir d’accueillir une célébrité pas comme les autres sur notre plateau ! Joyeuse et hardie avec ses couettes blondes et sa salopette rouge, à sept ans, Caroline était l’héroïne jeunesse la plus à la mode dans les années 50 et 60. Avec le temps, la tenue vestimentaire de la fillette a évolué, dans les années 80 elle a abandonné la salopette pour pantalon rouge. Caroline a marqué la jeunesse de nombreux enfants en traversant les décennies avec ses compagnons : Boum l’ourson, Youpi, Bobi, Pipo les chiens, Kid le lionceau, Pouf et Noiraud les chatons, et Pitou le tigre.

    Claire : Bonjour et bienvenue sur notre plateau Caroline, nous sommes très heureux de vous accueillir à Lille 3 jeunesse. Merci de nous accorder un peu de temps malgré votre emploi du temps très chargé.

    Caroline : Bonjour, merci c’est un plaisir d’être ici. Il est vrai que mon planning est très chargé en ce moment, mon exposition à Versailles m’a pris énormément de temps.

    (JPG)

    Claire : Oui, nous savions que vous aviez fait l’objet d’une exposition au musée Lambinet de Versailles, nous n’avons malheureusement pas pu y participer. Pouvez-vous nous en parler ?

    Caroline : C’est une exposition dans laquelle je parlais de ma naissance (planches originales), de mes aventures avec mes amis, et je rendais surtout un hommage à mon père. Je vais essayer de vous la retranscrire ici.

    Claire : Sans plus attendre, allons-y. Parlez-nous de vous, nous avons hâte de connaître votre histoire dans tous ses détails.

    Caroline : J’ai tellement de choses à vous raconter, que je ne sais par où commencer. Mon père s’appelle Pierre Probst, il était dessinateur et écrivain français. Il est né le 6 décembre 1913 à Mulhouse le jour de la Saint-Nicolas. Il est né durant la Première Guerre mondiale à l’heure où l’Alsace était devenue allemande, depuis le conflit de 1870. C’était un enfant plutôt turbulent mais bon élève, ses matières préférées étaient la littérature et le dessin. C’est pourquoi plus tard, il a étudié aux Beaux-arts de Mulhouse.

    Claire : Ah bon, aux Beaux-arts !

    Caroline : Oui tout à fait, et c’est d’ailleurs là qu’il a rencontré sa femme Ruth qui était elle aussi étudiante. Il regrettait de ne pas travailler dans la publicité mais son projet s’est réalisé. Dans les années 60, il a été chargé des dessiner le chiot publicitaire des chocolats Suchard.

    Claire : Et ensuite que s’est-il passé ?

    Caroline (émue) : Au début de la Seconde Guerre mondiale, il a été fait prisonnier et s’est évadé pour rejoindre Lyon. C’est en 1941, dans ce contexte difficile de l’occupation que sa fille : Simone Probst est née, il s’est beaucoup inspiré d’elle pour me créer. La voici :

    (JPG)
    Simone Probst

    Claire : Il est vrai qu’elle vous ressemble beaucoup.

    Caroline : Merci. La même année, il a rencontré de Roger Roux, un dessinateur publicitaire avec qui il s’est associé et a signé une quinzaine de livres édités par les Éditions du Puits-Pelu. Ils ont ainsi publié Jean-la-Trompe, Aéros empereur des nuages, la Merveilleuse histoire de Furette du bois noir, Pension Furax, Renaud le téméraire, Adjil le vaillant, Djhula la secrète... Vers la fin de l’Occupation, il a rencontré l’époux de Marie-Reine Blanchard qui lui a demandé d’être son agent, il a illustré Bibiche en Alsace. Puis, il a rencontré l’éditeur Sève et a alors illustré Couic le poussin et le Meurtre du vélo-taxi, de H.Sello...

    Claire : N’a-t-il pas également illustré des calendriers ?

    Caroline : Oui, il s’est mis à collaborer avec des éditeurs parisiens et il a, en effet, illustré des calendriers et continué son activité dans les livres d’enfants. Et, il a publié Dandi, Pitou la petite panthère, Youpi, Bobi et Eglantine, Pouf et Noiraud.

    Claire : Et vous quand êtes vous née ?

    Caroline : Je suis née en 1953, je m’appelle Caroline car c’était le prénom de la grand-mère de mon père. Á ma naissance, mes amis existaient déjà car mon père était passionné d’animaux. Mon « père » a eu l’idée d’intituler mon premier album Une fête chez Caroline qui réunissait les divers animaux présentés au paravent. Je peux vous le montrer en voici la première de couverture :

    (JPG)
    Une fête chez moi !, Grand Album Hachette, Édition originale de 1953.

    Une fête chez moi !, Grand Album Hachette, couverture de l’édition originale de 1953.

    Mon père nous a malheureusement quittés le 12 avril 2007, à Suresnes. Il est inhumé au cimetière de La Garenne-Colombes. C’est pour cela que j’ai accepté votre invitation, je continue à lui rendre hommage et je ne l’oublie pas (émue).

    Claire : Merci Caroline, c’est très touchant, il doit être très fier de vous.

    Caroline (souriante) : Je l’espère...

    Claire : Bien, continuons Caroline parlez-nous un peu de l’époque dans la quelle vous êtes née.

    Caroline : Tout d’abord, je peux vous dire que je suis née dans une période totalement différente que celle de mon père. En effet, il est né durant la Première Guerre Mondiale alors que je suis née durant la période des Trente Glorieuses. Le contexte dans lequel je suis née était très favorable à la réussite car tout d’abord, nous avons connu un baby-boom, après la Seconde Guerre Mondiale le pic des naissances à élargi notre public. Cette période a été une de prospérité exceptionnelle, la croissance économique était forte, c’était le plein emploi, accroissement rapide du pouvoir d’achat et essor de la consommation de masse. Les gens consommaient, le confort de vie était meilleur. Les gens partaient en vacances, achetaient des voitures... Les Trente Glorieuses ont beaucoup influencé mon histoire et d’ailleurs on peut le remarquer rien qu’en apercevant mes premières de couverture, en voici quelque unes :

    (JPG)
    Moi aux Indes. Grands Albums Hachette. Édition originale de 1955.
    (JPG)
    Mon automobile. Grands Albums Hachette. Édition originale de 1957.
    (JPG)
    Moi en avion. Édition originale de 1957, « Les Albums roses ».
    (JPG)
    Caroline à la mer. Grands Albums Hachette. Édition originale de 1965.

    Claire : On peut aussi voir sur ces premières de couverture que vous êtes en permanence avec vos amis.

    Caroline : Oui, c’est exact ils ne me quittent jamais, je les emmène partout où je vais. Ensemble nous vivons des aventures fortes. Nous sommes très complices même si nous avons tous des caractères différents. On peut dire que Youpi est généreux alors que Pitou est précieuse, Kid est fort mais paresseux, Pipo est courageux, responsable, Boum est aventurier, Pouf est fanfaron et Bobi est le plus timide. Je les aime tous autant les uns que les autres.

    Claire : C’est une très belle amitié ! Mais il faut aussi dire que vous avez traversé des époques, des décennies Caroline, quelles influences sur vous, sur vos livres ? Parlez-nous de vos différentes évolutions...

    Caroline : Eh bien, comme vous l’avez précisé au début de l’entretien je suis passée de la salopette rouge au pantalon rouge alors que toutes les gamines de l’époque portent encore des jupes. On peut dire que mon mode vestimentaire reflète bien mon caractère de « garçon manqué ». Je suis dynamique, et je refuse de représenter la petite fille modèle, la future femme parfaite telle que Martine. On me représente souvent comme une « casse-cou », comme une fillette moderne, indépendante, délurée. Je suis une féministe, révolutionnaire et mon caractère est toujours le même.

    Claire : Traduits en une quinzaine de langues et écoulés à plus de 40 millions d’exemplaires, vos aventures sont un succès, parlez nous de leurs différentes éditions.

    Caroline : Les livres ont été publiés par sept maisons d’éditions différentes. On a eu, tout d’abord, l’édition Grand album Hachette de 1953 à 1967, puis l’édition Album Blanc, première et seconde série de 1979 à 1982, l’édition Hachette Pierre Probst de 1984 à 1988, l’édition Hachette Filet rouge de 1989 à 1999, Hachette Dos rouge de 1992 à 1997, l’édition Damier de 2000 à 2002 et enfin l’édition Numéroté de 2003 à 2007. Certains titres ont subi des changements au cours des années, par exemple si on prend le premier Une fête chez Caroline on voit qu’il a été remplacé par Caroline invite ses amis.

    Claire : Vos aventures se transmettaient de génération en génération. Comment expliquez-vous une telle longévité ?

    Caroline : Eh bien, je ne sais pas. J’imagine que c’est parce que je suis un contre-modèle, je ne suis pas la fillette traditionnelle. Je pense que cette longévité est due à ma modernité et au fait que les gens aiment suivre mes aventures avec mes compagnons. Certaines petites filles pouvaient et peuvent encore s’identifier à moi.

    Claire : Pensez-vous que les générations à venir liront encore Caroline ?

    Caroline : Eh bien, je ne peux pas le savoir. J’espère que mes lecteurs continueront d’apprécier mes aventures.

    Claire : C’est bien tout ce que nous vous souhaitons Caroline. Merci d’avoir accepté notre invitation et de nous avoir accordé cet entretien Caroline.

    Caroline : C’est moi qui vous remercie de cet accueil, ce fut un plaisir.

    Claire : Merci d’avoir suivi ce journal, à demain pour de nouvelles rencontres.


    Imaginé par Claire L.

    L1 Lettres Modernes, novembre 2012

    Post-scriptum

    Pour en savoir plus sur Caroline

    BORDET Daniel. Pierre Probst, le papa de Caroline. Maurice Fleurent (Préface). Parimagine, octobre 2008, 17cm x 22cm, 118pages. ISBN:978-2-916195-23-0, relié.

    Exposition Caroline à Versailles

    Caroline sur le site de Versailles

    Le livret-jeu Caroline

    Pierre Probst sur You tube