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Gotlib, Newton, Hamster Jovial et leurs amis (mini thèse)

 
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    Connaissez-vous Gotlib, créateur des revues humoristiques l’Echo des savanes et de Fluide glacial ? Il est l’un des illustrateurs les plus connus de la bande-dessinée franco-belge. Voici une petite rétrospective de la vie et de l’œuvre du grand caricaturiste.

    Gotlib-en-vrac

    (JPG)
    Rubrique-à-Brac, T.4 de Gotlib

    Marcel Gotlieb, dit Gotlib, est né le 14 juillet 1934 à Paris. Alors qu’il n’a que huit ans, son père qui est d’origine juive se fait déporter. Sa mère décide alors de l’envoyer à la campagne en Normandie afin de le protéger, épisode qu’il relatera plus tard dans le deuxième tome de La Rubrique-à-brac [1]. Adulte, il suivra des cours à l’école supérieure des arts appliqués Duperré en parallèle de son travail de comptable. Il commencera sa carrière artistique en devenant lettreur à Edi-monde qui éditait alors le Journal de Mickey ; il illustre aussi des contes et albums de coloriages pour enfants. En 1962, après son service militaire, il est engagé au journal Vaillant qui deviendra plus tard Pif Gadget. Il crée alors la série Nanar, Jujube et Piette où le personnage de Gai luron fera ses premières apparitions. Trois ans plus tard, il se lance enfin et postule pour publier dans le journal Pilote. Goscinny le remarque et le prend tout de suite sous son aile ! Cette rencontre marque la naissance des Dingodossiers qui paraîtront toutes les semaines dans le journal. Lorsque Goscinny qui se chargeait uniquement du scénario décide de délaisser cette rubrique pour se consacrer entièrement à Asterix, il demande à Gotlib de se lancer dans une nouvelle rubrique en solo, La rubrique-à-brac qu’il animera seul à partir de 1968. Comme la série est hebdomadaire, il travaille beaucoup et confiera plus tard lors d’une interview : « La Rubrique-à-Brac, c’est l’époque où je me suis démoli. Je travaillais dix heures d’affilée dans une pièce pas très aérée et je fumais deux paquets par jour. J’étais dépressif, migraineux et insomniaque [2] ».Toujours pour Pilote, il scénarise d’autres séries : Les clopinettes dessinées par Nikita Mandryka et Cinémastock dessiné par Alexis. En 1972, il crée la série Superdupont avec Lob. C’est au cours de ces années que dessinateurs de Pilote comme Mézières et Giraud vont chercher à se révolter contre Goscinny qui faisait un peu figure de père. Gotlib lui même créera L’écho des savanes en 1972 avec Mandryka et Bretécher afin d’échapper à la censure de Goscinny qui était alors rédacteur en chef de Pilote. Bien qu’il nie avoir fait des bande-dessinées pour adultes, Gotlib quitte son style bon enfant et son humour sera plus axé sur le sexe et la scatologie (Rhââh lovely !). Ce sera la cause de sa dispute avec Goscinny qu’il ne reverra plus jamais. Finalement, Gotlib et Bretécher quitteront le magazine au bout de dix numéros et en 1975, il lance avec Alexis et Jacques Diament son ami d’enfance Fuide glacial, « magazine d’Umour et de Bandessinées », vraiment axé sur l’humour, comme l’annonce son sous-titre, à l’instar de Métal hurlant paru aussi la même année qui était spécialisé dans la science-fiction. C’est dans cette revue qu’il publiera une de ses dernières bande-dessinées, Pervers Pépère, pour ne plus se consacrer qu’à la rédaction de l’éditorial du journal.

    Les sources d’inspiration

    L’œuvre de Gotlib a été fortement inspirée par la bande-dessinée américaine. Enfant, il aimait beaucoup les Disney et lisait également beaucoup de bandes dessinées qu’il empruntait alors à ses amis, faute de moyens, telles que Robinson, Le journal de Mickey où il lisait La famille illico, Tarzan, Prince vaillant, etc. On retrouve d’ailleurs souvent Tarzan dans La Rubrique-à- brac, ainsi que d’autres personnages issus de la mythologie enfantine tel que le prince et la princesse que l’auteur s’amuse toujours à tourner en dérision. Cet univers enfantin comprend aussi bien sûr les souvenirs d’école avec le professeur Burke qui incarne le « Professeur » et dont l’enseignement semble un tantinet fumeux, mais aussi des anecdotes qui marquent l’esprit des enfants comme celle de Newton qui déduit la loi de la gravité universelle en recevant une pomme sur la tête. Gotlib décline cette anecdote à toutes les sauces et va le faire paraître dans plusieurs rubriques, se prenant toujours un objet sur la tête ! Pauvre Newton... Il est l’un des nombreux motifs récurrents de l’œuvre gotlibienne avec l’histoire du fou qui repeint son pinceau et la coccinelle. Même lorsqu’il adopte des sujets plus crus dans L’écho des savanes, Gotlib se défend de faire de la bande-dessinée pour adulte. Pour lui, au contraire l’humour au raz de la ceinture et scatologique est apprécié des enfants, c’est ce qu’il aime appeler lui-même : « pipi caca zizi prout [3] » ! Mais l’influence qu’on ressent le plus dans ses bandes-dessinées est sans conteste le magazine américain Mad, un magazine satyrique qui s’adressait aux jeunes lecteurs. On peut donc dire que Gotlib a su « importer » le concept, notamment en créant la revue Fluide Glacial. Comme dans Mad, Gotlib aime aussi détourner des sujets de la culture populaire tels que Tarzan, les films de cape et d’épée et même certains classiques littéraires (La dame aux camélias dans Cinémastock) !

    La mise en scène de soi

    Gotlib a su révolutionner le monde de la bande-dessinée en se mettant lui-même, dessinateur, en scène dans ses propres bandes-dessinées. Il interpelle ainsi le lecteur et le rend complice en l’amenant à rire à ses dépens. La plupart du temps, il aime se représenter avec le physique d’un dieu grec ! D’autres fois il se représente le pinceau à la main, souvent manipulant la case comme dans « Lucky Luke Spaghetti » dans le tome 5 de la Rubrique-à-brac. Cette manipulation de la case interrompt la lecture et rompt l’illusion en nous rappelant qu’il est le dessinateur et a tout pouvoir sur les scènes. Il se plaît donc à faire des irruptions comme le narrateur dans Jacques le fataliste de Diderot ou Vies et opinions de Tristram Shandy de Sterne, ajoutant ainsi à l’effet comique. Parfois cependant, cette mise en scène fait aussi écho à son histoire personnelle comme dans « sur l’air du tra-deri-dera : chanson aigre-douce », du tome 2 (ou « taume 2 » comme il l’écrit !) de La Rubrique-à-brac où il se met en scène enfant avec une chèvre. Cette petite histoire fait directement référence à son enfance à la campagne normande durant la guerre. Cette fois le ton n’est plus du tout satirique ou humoristique mais à la fois enfantin et triste. L’insouciance et l’innocence de l’enfance y sont très bien exprimées, surtout à travers le leitmotiv de la chanson enfantine « tra-deri-dera ». Alors qu’il est dans l’étable avec la chèvre, il entend de l’orage mais n’y prête pas attention. Ce n’est qu’une fois grand qu’il comprend que ce qu’il prenait en fait pour de l’orage était le bruit fait par les bombardements : « C’était en l’an de gâce 1942. L’orage a duré longtemps, mais moi, douillettement niché au fond d’une étable, bien au chaud et caressant un museau de chèvre, je m’en fichais bien. Aujourd’hui, en l’an de grâce 1969, j’ai enfin compris la comptine. Ca voulait dire : Le blé se moud-il ? L’habit se coud-il ? Oui, le blé se moud, l’habit se coud. J’ai également compris l’orage. En l’an de grâce 1977, ma fille aura a son tour huit ans. J’espère alors qu’il n’y aura pas d’orage. Pour qu’elle puisse avoir, de son enfance, autre chose qu’une comptine, autre chose qu’un museau de chèvre, tiède et humide, dans le creux d’une paume, au fond d’une étable obscure, comme souvenir à se mettre sous la dent... en l’an de grâce 2004, quand elle aura 35 ans  [4] ».

    La coccinelle de Gotlib

    La coccinelle est avec Newton l’un des personnages les plus récurrents de La Rubrique-à-brac. Gotlib détestait dessiner les décors, du coup il a commencé à dessiner de petits insectes pour combler les cases. Finalement, il a adopté la coccinelle qui était plus amusante ! Elle est un peu comme un cœur antique qui vient commenter la bande-dessinée et la critiquer. On la voit ainsi reprend le docteur Burp alors qu’il essaye de présenter de manière « scientifique » le zèbre : « vous êtes sûr de ce que vous dites ? [5] », ou encore lors de la présentation de la hyène : « un vrai scandale cette rubrique  [6] ». Pour certains, la coccinelle serait juste une représentation anthropomorphe de l’auteur qui porterait un regard critique sur son œuvre et en même temps interpellerait ses lecteurs. Le prénom Gotlib signifie « celui qui aime Dieu » et la coccinelle est appelée « la bête du bon dieu ». Extrapolation ou expression inconsciente ?

    Petit aperçu de l’humour gotlibien

    (JPG)
    Cinémastock, T.1 de Gotlib et Alexis

    Gotlib affectionne surtout un humour décalé et absurde, très anglo-saxon. Voici donc quelques extraits de La Rubrique-à-brac afin de vous donner un avant-goût :

    Aujourd’hui, le professeur Burp, spécialiste des questions animales à la R.A.B., vous parle du zèbre : « Et tout d’abord, il faut lever un doute. On tend généralement à faire croire que le zèbre est issu du croisement entre le cheval et la tigresse. Cette théorie relève de la plus haute fantaisie. Et j’en profite pour m’élever vigoureusement contre ce genre d’idées fausses, destinées à jeter la confusion dans les jeunes esprits !... En réalité, le zèbre est issu du croisement entre le tigre et la jument. Si on met côte-à-côte un cheval et un zèbre, on s’aperçoit que ce dernier est le plus petit, c’est pour faire illusion qu’il s’habille avec des rayures. » « On s’est longtemps demandé si le zèbre était blanc rayé de noir ou noir rayé de blanc. Pour résoudre ce passionnant mystère, amusons-nous à frotter une rayure noire avec un coton imbibé d’eau tiédie, additionnée de sulfure de manganèse bichlorée à 2,5%. Un rapide coup d’œil nous permet de constater que le noir s’en va. Est-ce à dire que le zèbre serait blanc rayé de noir ? Non, car si on frotte également à côté des rayures, on s’aperçoit que le blanc s’en va aussi. Mais alors, me direz-vois, que signifie ce mystère, juste ciel ? Cela signifie que le zèbre est vert, recouvert de rayures blanches et noires, comme vous pouvez le voir vous-même, si vous avez la télé en couleur. »

    Pour aller plus loin...

    -  Gotlib à brac
    -  Gotlib : le site officiel
    -  Le cas Marcel Gotlib

    Deborah DAVID, DEUST 2 Métiers des bibliothèques et de la documentation, UFR DECCID, 31 décembre 2012

    Notes de bas de page

    [1] GOTLIB, Marcel, Rubrique-à-brac : L’intégrale, Paris : Dargaud, 2010, pp. 168-169

    [2] « Bulles et billes », Libération, 23 juin 2001.

    [3] Interview de Gotlib sur France culture. Podcast de l’émission « A voix nue » de 10 au 14 octobre 2011

    [4] GOTLIB, Marcel, Rubrique-à-brac : L’intégrale, Paris : Dargaud, 2010, pp. 168-169

    [5] Ibid., p. 88

    [6] Ibid., p. 117