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LE MASQUE, de Stéphane Servant et Ilya Green ill.

 
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    À la sortie de l’école, Petit Frère trouve un masque cachant un pouvoir fantastique sous une forme simple et blanche. Celui ou celle qui le porte peut se métamorphoser en n’importe quel animal. Petit Frère en profite et épate filles et garçons dans la cour de récréation. Mais le masque ne lui permet pas tout et très vite Petit Frère se retrouve rejeté par tout le monde, y compris ses parents. Seul, la queue entre les jambes, il se retrouve à errer dans la ville...
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    Le Masque - Première de couverture

    Ce n’est pas la première fois que le masque (ou à plus grande échelle le déguisement) est utilisé dans la littérature jeunesse pour illustrer les relations sociales [1], et ce ne sera sûrement pas la dernière fois. La métaphore est idéale pour montrer l’idée que la vie en société (que le cercle soit familial ou plus large) répond à des codes et que tout individu joue un rôle pour répondre à ses codes. Petit Frère en fait ici l’expérience douloureuse, et dans ce sens, cet album est initiatique (du moins pour les enfants mais pour les adultes, il peut aussi être une bonne piqure de rappel).

    Le milieu scolaire est le premier cercle social dans lequel l’enfant est lâché, confronté à ses pairs par ses propres moyens. Il lui faut donc trouver sa place, et ce n’est pas toujours facile. Dans l’album de Stéphane Servant et Ilya Green, Petit Frère utilise le masque pour se faire connaître dans la cour de récréation. Il cherche l’approbation de ses camarades : il se transforme en ouistiti pour faire rire les filles [2], en ours pour impressionner les garçons. Il joue un rôle différent pour chaque public. Et ça marche.

    Du moins, ça aurait pu marcher, si Petit Frère n’avait pas dépassé les limites. Le pouvoir que lui donne le masque et le succès qui en résulte lui fait oublier ce qui est acceptable ou non. Soulever les jupes des filles et leur voler des bisous ne l’est pas. Vouloir commander les garçons ne l’est pas non plus. Ni les filles, ni les garçons ne se laissent faire. Nous restons dans un schéma classique, mais l’idée est là : tout enfant doit apprendre la vie en société, même s’il faut passer par le rejet.

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    Petit Frère cherche à plaire aux filles

    Et qui dit rejet, dit souvent colère et frustration, surtout à ce jeune âge. Petit Frère n’y échappe pas. Malheureusement, il porte encore son masque et se transforme malgré lui en grand loup terrifiant. La figure du grand méchant loup est vu et revu, mais toujours efficace quand il s’agit d’illustrer la colère. Le Max de Maurice Sendak portait un déguisement de loup lorsqu’il s’est mis en colère et y est resté pendant ses aventures au pays des monstres. Les deux garçons sont rejetés par leurs propres familles dans les deux histoires tant qu’ils sont sauvages (les parents de Petit Frère ne le reconnaissent pas).

    Cependant, la colère n’est pas traitée de la même façon. Max choisit de rester dans son costume de loup, alors que Petit Frère y est coincé. Le loup est vraiment sauvage, il a pris contrôle du petit garçon et le terrifie (on retrouve cette même idée dans Grosse Colère de Mireille Allancé, même si dans ce cas là, le héros arrive finalement à contrôler sa colère). Sa solitude et son désarroi le font évoluer en chien errant. L’idée de rejet est toujours présente, mais son cas n’est plus irréversible : un chien des rues peut être trouvé et recueilli par une personne aimante.

    Ce qui est le cas de Petit Frère. Tout au long du texte, la narration nous indique qui sauve Petit Frère : la grande soeur. Elle semble avoir toujours été là, à observer son frère, à le laisser apprendre de lui-même, à faire ses propres erreurs. Et maintenant que Petit Frère verse ses larmes, il est temps pour elle de revenir sur scène, de consoler son frère, de l’aider à faire les derniers pas pour se retrouver. C’est une belle leçon de fraternité que nous donnent à lire et voir Stéphane Servant et Ilya Green. Cependant, encore une fois, on remarquera l’absence des parents ; la grande soeur endosse un rôle maternel qui ne lui appartient pas, même si c’est un phénomène courant.

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    Petit Frère en colère

    Si le thème de l’histoire semble déjà vu, les illustrations d’Ilya Green en font un album spécial. Ses dessins sont doux, et par le trait et par les couleurs pastels (principalement le beige), et gardent une certaine authenticité à travers les coups de crayon encore visibles. Le réalisme des personnages enfantins et animaliers côtoie le graphisme des décors végétaux et des vêtements, mais loin d’être incongrus, les deux effets s’équilibrent et atteignent une certaine forme d’harmonie. Les couleurs quant à elles restent principalement chaudes. Les feuilles des arbres sont automnales, la rentrée des classes n’est pas très loin derrière, les tenues des enfants sentent encore bon le soleil estival.

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    Tout est bien qui finit bien : Petit Frère et sa soeur

    SERVANT, Stéphane. GREEN, Ilya ill. Le Masque. Paris : Didier Jeunesse, septembre 2011. 40 p : ill. en coul. ; 24 x 29 cm. ISBN 978-2-278-06739-8. 14,2€

    Public : dès trois ans (âge d’entrée en maternelle).

    Mots clefs : masque/identité/société/école/colère/famille

    Chloé F. UE libre. L1 langues scandinaves, UFR Langues Germaniques. Janvier 2013

    Post-scriptum

    Pour en savoir plus sur Ilya Green
    -  son site Internet
    -  son blog

    Pour en savoir plus sur Stéphane Servant
    -  son blog

    Pour en savoir plus sur l’éditeur
    -  le site internet Didier Jeunesse

    Notes de bas de page

    [1] voir par exemple Monsieur cent têtes, de Ghislaine Herbéra aux éditions Memo

    [2] On se souviendra de la comedia dell’arte : les acteurs masqués cherchent à faire rire le public. Le costume de la première de couverture y fait d’ailleurs penser.