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Le secret dans la littérature jeunesse (mini thèse)

Chut ! Ne le répète à personne... Les secrets dans la littérature jeunesse ou la difficulté de les garder et de vivre avec.
 
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    Mots-clés

    Il s’agit tout d’abord de définir le terme « secret » car d’aucuns ont encore tendance à confondre celui-ci avec le mensonge. Il est donc nécessaire de mettre les choses au clair : le secret n’a rien à voir avec le mensonge. Le mensonge, consiste à inventer des histoires qui soit, sont fausses, soit appartiennent à d’autres et vont servir à se tirer d’une mauvaise situation, à parader devant des personnes que l’on cherche à impressionner.. Le secret quant à lui concerne ce que l’on ne dit pas ou seulement à certaines personnes : il est souvent très personnel et existe rarement dans le but de nuire. Selon le dictionnaire Larousse, le secret c’est « ce qui doit être tenu caché ».

    On peut donc se poser la question suivante : à qui cache-t-on des choses et pour quelles raisons a-t-on des secrets ? Ceux-ci peuvent prendre différentes formes et nous étudierons ici certaines d’entre elles. Nous verrons dans un premier temps que le secret peut être utilisé à titre personnel mais également dans le but de protéger autrui ou de lui faire confiance. Enfin, il est parfois des sujets trop difficiles à confier et qui empiètent sur notre vie et celle d’autrui.

    Présentation du corpus

    Les albums

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    ISOL (texte et illustration), GERMAIN, Catherine trad. Secret de famille. Paris : Éditions Les 400 coups, 2009. (Album jeunesse). ISBN : 978 2 84 59 6 100 5 - 10EUR - à partir de 4 ans.

    Secret de famille de Isol

    Élise a découvert ce matin le secret, bien gardé, de sa maman : celle-ci est en réalité un porc-épic ! Ce secret la rend bien différente des autres. Comment pourra-t-elle se comporter normalement, maintenant qu’elle est au courant ? Dans cet album, l’auteur traite avec humour les questions et les angoisses d’une petite fille. Sa mère se levant le matin a les cheveux « en vrac », elle ressemble à un porc-épic. La petite Élise pense que sa maman n’est pas comme les autres mamans, toujours bien coiffées. La fin de l’album nous montrera qu’elle se trompait.

    La petite poule noire de Antony Pogorelskij

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    POGORELSKIJ, Antony, SPIRIN, Gennadij ill., NIKLY, Michelle trad. La petite poule noire. Paris : Albin Michel jeunesse, 2003. (Album jeunesse). ISBN : 2 226 14125 1 : 12,90 EUR - à partir de 7 ans.

    En Russie, Alioscha, un petit garçon, va rencontrer une poule noire pas comme les autres. Très semblable à un conte, cette histoire nous emmène dans un pays imaginaire : le royaume merveilleux des petites personnes, dont la poule est... le ministre ! Parce que Alioscha a sauvé la vie du petit ministre, celui-ci va lui faire découvrir son royaume et exaucer un de ses souhaits. Mais cela doit se faire à une condition : le garçon ne doit en parler à personne, ce royaume doit rester un lieu secret. Plus facile à dire qu’à faire ! Le souhait exaucé, Alioscha connaît toutes ses leçons sans avoir besoin de réviser. Mais la jalousie et la curiosité des autres vont finir par le pousser à dévoiler la vérité. Hélas cela sonnera le départ des petits hommes du royaume et les regrets du petit garçon seront vains. Il prendra la résolution de travailler désormais par lui même.

    On me cache quelque chose de Mélanie Florian

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    FLORIAN, Mélanie. On me cache quelque chose. Bruxelles : Alice éditions jeunesse, 2007. (Histoire comme ça.). ISBN : 978 2 87426 073 5 - 11,40 EUR - Album jeunesse à partir de 4 ans.

    Suzie voit bien que quelque chose ne va pas. Ses parents et son grand-père ont l’air tristes, sa grand-mère est toujours au lit. Le secret que cachent les grands à la petite Suzie a beau être bien gardé, celle-ci comprend vite ce qu’il se passe et tente à sa manière de réconforter ceux qu’elle aime. Un petit album plein d’espoir sur des sujets souvent difficiles à aborder (la maladie et la mort).

    Les romans

    Pas un mot de Nathalie Kuperman

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    KUPERMAN, Nathalie, CROWTHER, Kitty ill. Pas un mot. Paris : L’École des loisirs, 2006. (Neuf). ISBN : 2211085393 - 8 EUR - Roman à partir de 9 ans.

    Agathe a décidé de ne plus parler le jour où elle a appris le secret de ses parents : ils ont perdu un petit garçon à la naissance, Augustin, deux ans avant elle. Quand Nicolas, le garçon de la classe qu’elle déteste le plus, a un accident qui l’immobilise à l’hôpital, tous les élèves de sa classe se relaient pour lui apporter les cours et lui témoigner leur amitié. Agathe hésite à lui rendre visite puis va finalement se lancer. De façon surprenante, c’est lui, celui qui se moquait de son mutisme, qui va lui redonner le goût de parler et de rire. Agathe va finalement confier ses peines à ses parents et ceux-ci réaliseront que leur trop lourd secret et leur peine faisaient beaucoup souffrir leur fille.

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    GAZIER, Michèle, FISHER, Jeffrey ill. L’été du secret. Paris : Seuil jeunesse, 1999. ISBN : 9782020358576 - 5,10 EUR - Roman à partir de 12 ans.

    L’été du secret de Michèle Gazier

    Lisa n’est pas très bonne en espagnol alors même que son père est né là bas. Pour pallier à cela, celui-ci va lui organiser un séjour chez sa cousine, dans les Pyrénées catalanes. Lisa est au départ très réticente mais va finalement se prendre au jeu et découvrir une partie de son histoire jusqu’ici ignorée. Elle finira par percer le lourd secret qui entoure sa famille, celui de son grand-père, mort dans des circonstances troublantes, lors de la construction d’un barrage. Elle comprendra également que la vérité n’est pas toujours facile à dire.

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    UBAC, Claire, VAUGELADE, Anaïs ill. L’histoire impossible à sécher. Paris : L’école des loisirs, 2004. (Neuf). ISBN : 2211077609 - 11 EUR - Roman à partir de 9 ans.

    L’histoire impossible à sécher de Claire Ubac

    Ophélie et Daphné sont sœurs jumelles et viennent de perdre leur papa. Leur grand-mère, qu’elles n’avaient jusqu’alors jamais vu, va leur proposer de venir loger chez elle quelques temps avec leur maman. La mère de Papouki est l’inverse de celui-ci, froide, distante, peu bavarde elle semble ailleurs et inaccessible. Chez leur grand-mère, les filles vont devoir s’adapter aux règles de la maison et supporter les méchancetés cachées de la gouvernante. Un jour, elles y découvriront un livre contenant des « histoires mouillées » vécues ou inventées. Ce livre étrange semble ne jamais vouloir sécher et va même jusqu’à fuir à travers le plancher. Il leur révélera le secret de la maison : un secret grâce auquel les deux sœurs apprennent l’enfance de leur père et parviennent à mieux comprendre l’attitude de leur grand-mère. Celle-ci a en effet perdu un fils lorsque le père des jumelles était encore tout petit. Ce roman parle donc du chagrin et de la difficulté de vivre avec celui-ci.

    Analyse

    1. Pour l’autre : le secret pour protéger ou faire confiance à autrui

    Le thème du secret dans la littérature de jeunesse est récurrent et vaste. Ainsi, les héros des albums et des livres jeunesse ont bien souvent des secrets pour leurs proches et ce avant tout pour les protéger. En effet, on constate que bien souvent les individus ont tendance à cacher certaines choses, afin d’éviter à des personnes aimées, des souffrances et des peines déjà lourdes à porter pour eux-mêmes. Le secret va également être gage de confiance : révéler son secret à quelqu’un c’est lui prouver notre foi en son silence et donc en lui-même. Ainsi, confier son secret à quelqu’un est souvent difficile car très personnel et l’on attend de l’autre qu’il ne le révèle à personne.

    L’un des albums étudiés, On me cache quelque chose, nous présente une petite fille prénommée Suzie à qui on va « cacher quelque chose » et ce avant tout pour la protéger et lui éviter la tristesse des événements qui l’entourent. Suzie est âgée d’environ cinq ans, c’est une petite fille intelligente et pleine de ressources. Mais des événements malheureux semblent perturber sa famille. Son père, sa mère et son grand-père sont souvent tristes et bien que personne ne lui explique ce qu’il se passe, la petite comprend vite que sa grand-mère est malade et va bientôt mourir. L’auteure, également illustratrice de l’album, a choisi de donner la voix à la petite fille, c’est elle qui raconte l’histoire. Les illustrations, semblables à des dessins enfantins font penser qu’ils sont de Suzie. Très vite, elle parle de sa grand-mère comme d’une complice et le dessin le montre aussi. Le texte insiste sur le fait qu’elle est toute petite et que c’est pour cette raison qu’on lui cache des choses. Suzie parle de sa mémé avant même que l’on comprenne que ce qu’on lui cache concerne celle-ci. Elle semble insister sur la place de sa grand-mère dans sa vie, comme si elle se doutait de ce qui arriverait. D’ailleurs, elle utilise déjà l’imparfait alors même que le secret n’est pas encore dévoilé et c’est ensuite qu’on comprend que sa mémé est malade : « maintenant ma mémé elle est souvent couchée ». Ainsi, la petite perçoit très vite le secret et essaye de mettre des mots sur ce qu’elle ne comprend pas : elle se couche par terre « c’est pour voir comment ça fait quand on est mort » , « je me dis qu’être mort ça doit être comme dormir ». Comme personne ne semble parvenir à lui en parler, c’est elle qui en parle et qui tente de rassurer sa mère à sa façon. Suzie veut faire plaisir à sa grand-mère et lui fait un dessin, il représente une femme allongée sur un lit le sourire aux lèvres et le lit a des ailes. Sur la deuxième page une fenêtre donne sur la nuit, comme pour dire qu’elle est montée au ciel. Elle donne le dessin à sa mère ce qui nous fait dire que la mort est supposée : si elle donne le dessin à sa mère c’est qu’elle ne peut plus le donner à sa grand-mère. La dernière page est une double page montrant la famille (grand-père, papa, maman et petite fille) se tenant par la main en souriant. La grand-mère est partie mais elle est toujours là dans leurs cœurs . Ils sont ensemble et c’est ce qui compte.

    Dans cet album, la famille de Suzie utilise donc le secret pour protéger leur enfant et c’est également l’une des raisons pour laquelle les parents d’Agathe, dans Pas un mot, vont lui cacher quelque chose. Ceux-ci portent en effet un lourd secret : ils ont perdu un petit garçon avant la naissance de leur fille. S’ils ont décidé de ne pas en parler à Agathe c’est en partie parce qu’ils la jugeaient trop jeune et qu’ils voulaient l’éloigner des peines qu’elle pourrait ressentir. C’est également le cas pour Daphné et Ophélie dans L’histoire impossible à sécher, les jumelles vont devoir subir les méchancetés de la gouvernante, Rassa, mais décident de ne rien dire à leur mère pour la protéger. Celle-ci est déjà très fragile car elle vient de perdre son mari et ses filles décident de faire de leurs petits soucis des secrets afin d’abriter le plus possible, leur mère du chagrin.

    Mais le secret va aussi servir de gage de confiance entre deux voire plusieurs personnes. Ainsi, dans La petite poule noire, le secret que doit garder Alioscha lui est confié par son amie la poule et ne doit en aucun cas être révélé. Comme dans beaucoup de contes, un paysage merveilleux et fantastique est apparu aux yeux d’un petit garçon et ne doit pas être révélé car il disparaîtrait ou l’accès lui deviendrait interdit. Le secret à garder est dangereux car il attire les soupçons des autres enfants. L’avertissement de la poule « tiens ta langue, Alioscha, sinon nous n’irons pas plus loin. » annonce déjà ce qu’il va se passer. Elle lui fait découvrir le royaume pour lui montrer les richesses et lui faire comprendre que garder le secret est important voir même nécessaire. Le petit garçon fait ensuite une promesse à son amie : « jamais un mot ne franchira mes lèvres ! ». Mais le lendemain, il ne peut s’empêcher de dire la vérité lorsqu’on l’accuse d’être un tricheur. On ne le croit pas, en premier lieu, car son secret est trop farfelu. Plus tard, il regrettera d’avoir dévoilé le secret mais ce sera trop tard, son amie devra partir mais lui pardonnera : « je t’aime en dépit de ce que tu as fait ». Après cela, Alioscha prendra une résolution, il se mettra à étudier pour de vrai. Dans cet album, c’est la difficulté de garder un secret, mais aussi de tenir une promesse, qui sont mises en avant. La trahison du secret par le petit garçon souligne l’importance de la confiance dans une amitié et de fait du respect nécessaire envers ceux qui ont foi en nous.

    2. Pour soi : des secrets pour s’éviter des problèmes

    On remarque que le secret peut également être utilisé de façon égoïste. Ainsi, il arrive que l’on voile des vérités pour s’éviter certains problèmes et ne pas empirer des situations parfois déjà bien difficiles à vivre. De même, il arrive que des secrets se créent pour des raisons personnelles comme la honte de quelque chose, la peur du regard d’autrui... On fait alors tout ce qui est en notre possible pour que cela ne se sache pas, et ce notamment pour se protéger soi-même.

    Dans La petite poule noire, le ministre/ poule demande au garçon de ne pas révéler l’existence du royaume car cela représenterait une menace pour ses petits habitants. Ceux-ci se méfient des Hommes et de ce qu’ils sont capables de faire s’ils apprennent la vérité : la petite poule met donc en garde Alioscha pour qu’il n’en parle à personne. Ici, c’est par souci de sécurité que le secret existe. De même, c’est parce qu’elles se méfient de leur gouvernante que Daphné et Ophélie dans L’histoire impossible à sécher, font tout pour que celle-ci ne découvre pas leurs secrets. Leur vigilance est légitime, en effet, la gouvernante n’est pas des plus sympathiques et multiplie les petites mesquineries : elle enferme les goûters dans un placard, elle leur laisse toute la vaisselle à faire sans les aider... Daphné et Ophélie décident donc d’être sur leur garde car elles ne savent pas ce que Rassa est capable de faire pour leur nuire. Un jour, les jumelles découvrent l’existence d’un livre écrit il y a très longtemps par des amis de leurs grands-parents. Il contient des « histoires mouillées » vécues ou inventées : celle d’un empereur pleureur, d’inondations en Asie, de l’étang des veuves en Afrique mais leur révèlent aussi le secret de leur grand-mère. Elles vont donc cacher leur « trésor » pour que Rassa la gouvernante ne le trouve pas. Dans ce roman, l’auteure choisit le symbole de la clef comme représentation de l’importance du secret. De fait, les clefs prennent une grande place dans cette histoire : dès le premier soir les jeunes filles découvrent l’existence d’un panneau contenant toutes les clefs de toutes les pièces de la maison. Elles décident de les essayer pour les différentes chambres et finissent par garder celle de la leur. Le lendemain l’armoire contenant les clefs est fermée... à clef par Rassa. Elles vont tout faire pour retrouver la clef de cette armoire que la gouvernante avait caché. Elles la retrouveront à l’intérieur du lustre de la cuisine et subtiliseront la clef de la chambre qui contient le livre. La clef ou les clefs sont utilisées ici dans le but de garder les choses cachées, inaccessibles : elles sont donc le symbole même du secret. De fait, garder quelque chose secret peut parfois être une solution nécessaire pour s’éviter certains problèmes.

    De même, les jumelles vont utiliser un stratagème utile pour garder certaines choses secrètes : elles ont inventé des messages codés. Cela semble être quelque chose qu’elles faisaient déjà avant la mort de leur père car ce sont des enfants et qu’elles trouvaient cela amusant, mais cela va s’avérer très utile pendant leurs vacances. Parce qu’elles se méfient de Rassa, elles vont communiquer par signes afin que ce qu’elles veulent se dire reste secret. Elles se comprennent et se connaissent tellement bien qu’elles n’ont d’ailleurs presque pas besoin de parler. Les messages codés sont très souvent utilisés, on peut citer ici Ophélie : « Lolo me fit le signe qui désigne Bonne-Maman : les deux mains à hauteur d’épaule figurant un flûtiste. Puis elle pointa son index droit par terre et me fit non de la tête, ce qui voulait dire : -Bonne Maman ne met jamais les pieds dans cette cuisine. ».

    Par ailleurs, le secret existe souvent lorsque l’on désire cacher quelque chose dont on a honte et que l’on a peur du qu’en-dira-t-on. Ainsi, dans L’été du secret, la grand-mère de Lisa n’a jamais raconté à ses petits enfants les raisons qui lui ont fait quitter l’Espagne lorsque son fils avait deux ans. Ce secret peut s’expliquer par le fait que son mari était un Don Juan et que ce n’est pas vraiment ce dont une grand-mère peut être fière de raconter à ses petits enfants. Le regard et le jugement des autres peuvent blesser et c’est, en partie, par souci d’éviter cela qu’elle leur a caché la vérité. C’est certainement aussi par honte d’avoir été trahie par celui qu’elle aimait qu’elle a préféré taire la cruelle vérité.

    Dans Secret de famille, la petite Élise, elle aussi, a honte. La raison qui la pousse au secret c’est donc cette honte de sa mère et elle n’ose en parler à personne. En effet, elle a l’impression que sa mère n’est pas comme les autres, elle a peur du jugement et peur de ne pas être dans la norme. C’est avec humour que l’auteur nous décrit les peurs de la petite fille : « Je sais pourquoi elle a tant de petits pots de crème et de shampoings. Je sais pourquoi elle met des heures à se préparer. Elle se donne du mal pour ressembler aux autres mamans. ». Elle va ensuite comparer sa mère avec la mère de son amie. L’aspect humoristique se retrouve par la suite : l’auteur fait le lien avec la petite fille elle même, elle ressemble, comme sa mère, à un porc-épic lorsqu’elle se réveille. Ne dit-on pas : telle mère, telle fille ? Ici, le secret existe parce que la petite pense que ce qui arrive à sa mère est bizarre, cela lui fait peur, ce n’est pas normal : « j’ai peur qu’elle se rende compte à quel point nous sommes différentes ». Lorsqu’elle va être invitée à dormir chez son amie, Élise se prépare tôt le matin pour cacher son secret et fait en sorte que celui ci passe inaperçu. Puis, elle va entendre du bruit dans la cuisine : c’est la mère de sa copine. Elle est aussi très mal coiffée et la petite prend peur : « Au secours, un ours ! ». Le dessin accentue la peur de l’enfant : sa bouche est grande ouverte et elle a de grands yeux, elle sort la langue. La mère de sa copine ressemblerait presque à un ours : sa robe de chambre est poilue et ses pantoufles aussi, ses cheveux sont bouclés et tout emmêlés. C’est la même chose pour la copine et le père de celle-ci. Élise se rend compte que sa mère n’est pas la seule à avoir un secret. Ici, bien que le secret soit utilisé à des fins humoristiques, il a aussi pour but de mettre en avant les angoisses et la honte que ressentent parfois les enfants vis à vis des choses qu’ils ne comprennent pas.

    3. Le secret ou la difficulté de confier ses peines : une vérité pas toujours facile à dire

    Dans On me cache quelque chose, Suzie est triste car « les grands font des secrets, des secrets interdits aux petits » puis elle va comprendre par elle même que ce secret est trop difficile à dire et à entendre. Elle ne dit rien mais dessine, pour elle et pour sa grand-mère et fait des câlins à sa mère afin de consoler celle-ci. La mort est un sujet qui, pour beaucoup, reste très difficile à aborder car cela revient à (re)mettre en avant des douleurs et des peines. On constate que dans la littérature de jeunesse, les auteurs vont, à de nombreuses reprises, se pencher sur la mort d’un membre de la famille du héros et du ressenti de celui-ci et de sa famille face à ce type d’événement. Dans Pas un mot, les parents d’Agathe ont très mal vécu la mort de leur premier enfant et n’en sont toujours pas remis. Agathe ne parle plus depuis le jour où sa mère s’est mis à pleurer quand elle lui a demandé « Vous étiez contents que je sois une fille quand je suis née ? ». Un secret n’est jamais facile à garder et tout finit par se savoir. Agathe finit par comprendre ce que ses parents lui avaient caché et qui transparaissait cependant dans sa vie de tous les jours. Quand elle apprend la vérité, elle est bouleversée et ne sait pas quoi en penser. Elle va finir par s’enfermer dans le silence pour que ses parents continuent de s’occuper d’elle. Après la révélation, la jeune fille comprend beaucoup de choses : pourquoi les gens pouvaient mourir sans que cela ne fasse ni chaud ni froid à ses parents, comprend aussi pourquoi sa mère détestait les robes, détestait les cheveux longs, détestait quand elle invitait des copines à la maison. Le secret et la douleur de ses parents va peser sur la vie d’Agathe car jamais ses parents ne lui ont dit qu’ils l’aimaient ou étaient fiers d’elle. Elle se rend compte que l’ombre de son frère hante encore ses parents : ils lui donnent des couverts et une assiette Superman et Spiderman, des sous pulls à cols montés noirs qui ne font pas vraiment féminin.. Ses parents ont donc beaucoup de difficulté à faire leur deuil et cela se ressent sur l’éducation de leur fille. De fait, ne pas confier ses peines et taire ses souffrances, c’est souvent se renfermer sur soi même, se faire souffrir et faire souffrir les autres.

    De la même manière, dans L’histoire impossible à sécher, la grand-mère des jumelles et leur père ne leur ont jamais parlé de la mort de leur oncle quand celui-ci n’avait que six ans. C’est par l’intermédiaire du « livre mouillé » que les jumelles apprennent le triste secret de la maison. Il y a parfois des choses tellement dures à supporter qu’elles en deviennent impossibles à confier, on en fait des secrets. La grand-mère des filles a enfermé sa peine à l’intérieur d’elle même et cela se ressent à l’extérieur : elle ne parle presque pas, elle semble froide avec ses proches.. Le père des filles ne leur a jamais parlé de son enfance : elles vont apprendre par le livre et par la cuisinière de la maison qu’elle fut difficile à partir du jour où il a perdu son grand frère. On apprend ainsi que son père était toujours absent, que sa mère vivait avec son chagrin sans pouvoir penser à autre chose et ne s’occupait pas de lui et que la gouvernante lui menait la vie dure. Le père d’Ophélie et Daphné a tout gardé enfoui en lui, sans pour autant oublier de donner tout l’amour qu’il n’avait pas reçu, à sa propre famille. Dans cette histoire, un autre élément participe à la notion de secret : le livre. Les jumelles s’en servent en effet comme d’un journal intime auquel elles vont confier des secrets. Il n’est parfois pas évident de se révéler à quelqu’un et de parler de ses souffrances : il est souvent plus facile de les écrire sur un carnet. Cela permet en effet de se soulager d’un poids et d’éclaircir certaines choses.

    Conclusion

    À travers le parcours de ces héros, on comprend l’importance que peut prendre le secret dans la vie d’un enfant. Pour les plus jeunes comme pour les adultes, cela peut être une manière de se sécuriser et de réussir à vivre avec leur honte, leur peur, leur peine. Cependant, on comprend par l’intermédiaire de ces ouvrages que tout finit un jour par se savoir : Lisa découvre comment son grand-père est mort, Alioscha révèle le secret de son amie la poule, Suzie comprend pourquoi ses parents sont tristes,.. Car même si voiler la vérité peut parfois être bénéfique pour soi et pour les autres, cela peut également faire l’effet contraire : Agathe souffre du secret de ses parents, Élise a peur que son secret soit révélé, la grand-mère de Daphné et Ophélie se rend malheureuse en n’avançant pas dans la vie.. Grâce au héros des ouvrages étudiés ici, les lecteurs apprendront non seulement les différentes formes que peuvent prendre les secrets mais aussi les raisons et les conséquences de ces secrets sur la vie des personnages.

    Sylvia France, janvier 2013.

    Deust 2 métiers des Bibliothèques et de la Documentation

    UFR DECCID

    Post-scriptum

    Références bibliographiques

    UBAC, Claire, VAUGELADE, Anaïs ill. L’histoire impossible à sécher. Paris : L’école des loisirs, 2004. (Neuf). ISBN : 2211077609 - 11 EUR - Roman à partir de 9 ans.

    GAZIER, Michèle, FISHER, Jeffrey ill. L’été du secret. Paris : Seuil jeunesse, 1999. ISBN : 9782020358576 - 5,10 EUR - Roman à partir de 12 ans.

    KUPERMAN, Nathalie, CROWTHER, Kitty ill. Pas un mot. Paris : L’École des loisirs, 2006. (Neuf). ISBN : 2211085393 - 8 EUR - Roman à partir de 9 ans.

    FLORIAN, Mélanie. On me cache quelque chose. Bruxelles : Alice éditions jeunesse, 2007. (Histoire comme ça.). ISBN : 978 2 87426 073 5 - 11,40 EUR - Album jeunesse à partir de 4 ans.

    POGORELSKIJ, Antony, SPIRIN, Gennadij ill., NIKLY, Michelle trad. La petite poule noire. Paris : Albin Michel jeunesse, 2003. (Album jeunesse). ISBN : 2 226 14125 1 : 12,90 EUR - à partir de 7 ans.

    ISOL (texte et illustration), GERMAIN, Catherine trad. Secret de famille. Paris : Éditions Les 400 coups, 2009. (Album jeunesse). ISBN : 978 2 84 59 6 100 5 - 10EUR - à partir de 4 ans.

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