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Quand la littérature jeunesse fait des cochonneries... (mini thèse)

 
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    Et comme dirait George Clooney qui a perdu sa truie de compagnie en décembre 2006 : « En chaque homme sommeille un cochon ! »

    Le cochon, l’ours et le singe sont les animaux qui se rapprochent le plus de l’homme. Cependant, le premier est celui qui se détache de ce petit groupe : en effet, de l’homme, il n’a pas seulement les traits physiques, il a aussi son intelligence, ses émotions, ... C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a toujours fait plus ou moins peur aux individus. On le rejette, on ne dit de lui que des méchancetés mais on en oublie qu’il n’a pas que des mauvais côtés. Alors que le cochon est très mal perçu, le porcelet est, lui, très apprécié par les illustrateurs et les auteurs de livres pour enfants.

    Cet animal qui fait peur et que l’on déteste...

    Toutes les cultures n’ont pas le même rapport au cochon. En effet, si on prend pour exemple le peuple d’Égypte antique, les fermiers sédentaires de la vallée du Nil l’ont d’abord consommé parce qu’ils le méprisaient, puis ils vont petit à petit arrêter de manger la viande de porc pour que l’animal ne soit plus qu’un sacrifice à un culte en particulier, par exemple, au culte d’Osiris, déesse du Nil et de la végétation. Cette déesse a été choisie en raison de la nombreuse portée que peut avoir la truie, de ce fait, on a donc pensé que si on sacrifiait un cochon à cette déesse, les récoltes seront très bonnes. Mais l’image du porc ne va pas aller en s’améliorant. Effectivement, on va par la suite attribuer le cochon au dieu démoniaque de la mythologie égyptienne, Seth, qui est parfois représenté par un porc noir dévorant la lune. Dans d’autres cultures par contre, l’animal à la queue en forme de tire-bouchon sera tabou puisque sacré. Il est donc interdit de le toucher, de prononcer son nom, de le manger. Et lorsqu’il n’est pas considéré comme un animal tout simplement parce qu’il est considéré comme impur. Cette idée d’impureté provient peut-être de son comportement. Il se nourrit d’à peu près n’importe quoi, même de charognes ou encore de fange, c’est-à-dire de boue, ou d’excréments comme le crottin de cheval, mélangés à du son ou du grain. Auparavant, il jouait d’ailleurs le rôle d’éboueur dans les cités. Non seulement les gens éprouvent un dégoût profond pour cet animal mais, en plus, il inquiète de par sa trop forte ressemblance avec l’homme, que ce soit physiologique qu’au niveau des organes internes. De plus, cet animal à soies [1] a une réputation d’animal lubrique ... Ce qui n’est pas pour ravir la population qui le trouve alors répugnant, d’autant plus que, pour certains, il représenterait le côté animal de l’homme. Des écrivains avaient écrit des œuvres sur la nature, y apparaissait donc le cochon. La seule œuvre qui a pu être retrouvée est celle de Pline l’ancien, Histoire naturelle. Malheureusement pour l’animal, cet auteur ne lui avait pas fait un éloge et il avait écrit des choses plutôt désagréables : il le disait capable de dévorer ses petits et de nature assez fragile, au point que lorsqu’il perd un œil, il pourrait mourir aussitôt !). Il l’aura aussi dépeint comme « le plus stupide de tous les animaux » et nous verrons que c’est bien tout le contraire !

    ... Mais dont on oublie qu’il a aussi de bons côtés !

    En effet, cet animal n’a cessé de faire parler de lui ... mais ce ne sont jamais de bonnes rumeurs que l’on entend ! Ce qui est bien dommage, car lorsqu’on le connaît un peu mieux, on se rend vite compte que ce que l’on aura pu dire se révèle faux ou du moins en partie et qu’il dispose aussi de qualités. Tout d’abord, chacun a toujours plus ou moins pensé que, si le cochon se roule dans la boue, c’est justement parce que c’est un cochon et qu’un cochon, c’est sale et que ça adore la boue. Sauf que ce n’est absolument pas pour cette raison qu’il fait cela. Contrairement à l’homme, le cochon ne transpire pas. C’est pourquoi, lorsqu’il a trop chaud, il a besoin d’eau ou de boue par substitution pour se rafraîchir et réussir à supporter la chaleur. Cet être n’est donc pas plus sale qu’un autre, bien au contraire. Il peut même être plus propre qu’un chat ou un chien et faire un bon animal de compagnie. Nous l’avons vu ci-dessus, ce n’est pas un animal qui a une bonne réputation. Et pourtant, il existe quelques écrivains qui tentent de redorer son image. On pourrait par exemple citer ici Varron, écrivain et savant romain, qui l’a associé à la fécondité et dit de lui que c’était « l’animal domestique le plus intelligent » dans son Traité d’agriculture. Depuis la fin du XIXe siècle, des tests n’ont cessé de démontrer qu’il faisait partie des animaux les plus intelligents. Comme il a été dit précédemment, le cochon ressemble à l’homme. Grâce à cela, ses organes peuvent être utiles à notre survie. Nous pouvons prendre l’exemple de malades cardiaques qui ont pu être sauvé grâce à cette ressemblance interne. Tout ceci montre bien que tout ce qu’on pense sur le cochon n’est pas vrai. Ce qui est surprenant, c’est que l’opinion des gens diffère lorsqu’il est question non plus du cochon mais du porcelet. Le petit cochon dans la littérature enfantine

    Même si on s’obstine à donner une mauvaise image de son aîné, le porcelet plaît beaucoup aux auteurs ainsi qu’aux illustrateurs et cela parce qu’il ressemblerait beaucoup à l’enfant, plus que le cochon adulte à l’homme. Il attire plus la sympathie que son aîné. On ne peut évidemment pas parler de cochons sans parler de l’un des plus grands dessinateurs animaliers, Benjamin Rabier. Cet homme, surtout connu pour avoir dessiné le logo de La vache qui rit et pour le personnage Gédéon, un petit canard, a aussi illustré des œuvres dans lesquelles le héros était un petit cochon. Nous pourrions citer ici des albums tels que Charlemagne le cochon, Un Bon Petit Cochon ou encore Anatole. Malheureusement, je n’ai pu les avoir entre les mains ni les lire d’aucune autre façon, les ouvrages n’ayant pas été trouvés, même sur le site de la Bibliothèque nationale de France.

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    Charlemagne le cochon
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    Un bon petit cochon
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    Anatole

    Mais seulement en étudiant la façon dont il a dessiné le cochon sur ces trois couvertures d’album, on peut remarquer qu’il le fait se comporter comme un petit garçon : dans Charlemagne le cochon, il est couché sur le ventre avec une patte sur le livre qu’il est en train de lire et une autre qui soutient sa tête ; dans les deux autres albums présentés ci-dessus, il est représenté assis sur un caillou et un seau en train de parler avec son ami le canard ou de jouer de la guitare pour son ami le caneton. Sur ces trois dessins, le porcelet ressemble beaucoup à un enfant : rose comme ce dernier, presque de la même taille que celui-ci qui aurait environ cinq ans. Ces éléments permettent au petit d’homme de s’identifier plus facilement à l’animal.

    Ainsi, Dick King Smith, par exemple, l’utilise comme personnage principal dans son roman intitulé As de trèfle.

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    As de Trèfle

    Il est présenté comme un animal plein d’intelligence et très propre contrairement à ce qu’on peut encore penser de lui. Dick King Smith, fidèle à lui-même, montre une image totalement différente de celle qu’on peut voir dans d’autres ouvrages. Comme dans Babe, un autre de ses romans, le porcelet est spécial, extraordinaire : il est cochon de berger et comprend chaque mot que prononce son maître ! S’il pouvait parler, il lui répondrait.

    Ce roman jeunesse défend ce petit animal qui n’a pas bonne réputation. Il montre que, contrairement à tout ce que l’on peut croire, l’animal rose à la queue en tire-bouchon a tout de même quelques qualités. Je reprendrais d’ailleurs une phrase présente dans cet ouvrage : « peu de gens sont capables d’apprécier l’intelligence des cochons ».

    Résumé :

    C’est l’histoire d’un cochon pas comme les autres : non seulement il a une marque en forme de trèfle sur le flanc gauche mais, en plus, il comprend tout ce que les humains disent !

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    Cochon-Neige

    Cochon-Neige ou les tribulations d’un petit cochon trop mignon de Vincent Malone. Voici un album qui n’a pas son pareil en humour. Vincent Malone a revisité le conte de Blanche-Neige de façon humoristique : il l’a détourné en remplaçant Blanche-Neige par un petit cochon aux oreilles rouges et à la queue blanche. On retrouve la méchante reine, les sept nains, le chasseur et le prince, comme dans le véritable conte mais avec quelques petits changements, pour que ce soit adapté au fait que ce soit un porcelet le personnage principal. Ce sont donc des mots tels que « comme il est dodu », « comme il est mignon », « comme il est joli » ou encore « comme il est appétissant » que nous retrouverons pour décrire l’animal.

    Cet ouvrage ne nous laisse pas voir la moindre intelligence mais plutôt une insouciance digne d’un enfant. De plus, lors du repas du mariage, le cochon s’ennuie. Lui, ce qu’il préfère, c’est s’amuser et non rester assis là, sur son trône, aux côtés de son prince charmant.

    Résumé :

    Une maman cochon veut un petit cochon blanc comme la neige, rouge comme le sang et noir comme l’ébène. Ailleurs, une reine demande « Miroir, mon beau Miroir, dis-moi qui est la plus belle ! » Il répond alors « Reine, au château, VOUS êtes la plus belle ... » mais un petit cochon est plus mignon qu’elle ! Elle décide que personne d’autre ne peut être aussi sinon plus joli qu’elle. Elle souhaite alors se débarrasser de lui. C’était sans compter sur le beau prince charmant ...

    Mais le petit cochon fait aussi, bien sûr, parler de lui dans les documentaires jeunesse.

    Des cochons : L’histoire, l’anatomie, l’élevage et la diversité de Yves Cohat.

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    L’histoire, l’anatomie, le levage et la diversité des cochons

    Ce documentaire tente de montrer que le cochon a en effet de bons côtés. Il se veut défenseur de cet animal peu apprécié par la population autrement que dans son assiette.

    Il fait une présentation au lecteur du cochon, de son histoire à la diversité de son espèce. Il souhaite sauver son image d’animal sale, stupide. Lui aussi, comme d’autres animaux, peut être très malin. Ce livre nous présente les bons comme les mauvais côtés du cochon.

    Pour conclure, nous pouvons dire que le cochon n’a pas toujours eu une bonne réputation mais que son petit, le porcelet, a toujours été apprécié par les illustrateurs et auteurs de la littérature jeunesse puisqu’il permet d’identifier immédiatement le rôle que tient cet animal : un enfant. Petit et rose, il fait penser à un bébé qui vient de naître. Et puis, un cochon, c’est toujours plus drôle et plus intéressant à regarder qu’un chat ou un chien qui fait les mêmes activités que l’homme car l’enfant a moins souvent la possibilité d’en apercevoir un. En effet, le chat et le chien sont des animaux que l’on voit partout, tous les jours. Le cochon, par ses rondeurs, son innocence, donne envie de le tenir dans ses bras. Les ouvrages présentés ci-dessus nous dépeignent un animal sympathique, enfantin, qui ressemble à tout enfant. Les livres pour enfants tendent à faire changer l’opinion que nous avons sur cet animal étrange qu’est le cochon.

    Le saviez-vous ?

    Il existe quelques expressions comportant le mot « cochon », en France mais aussi dans d’autres pays :

    Être copains comme cochons : cela signifie que deux personnes sont les meilleurs amis du monde.

    Donner de la confiture aux cochons : c’est offrir à quelqu’un quelque chose qu’il ne saura pas apprécier.

    Pigs might fly ! : l’expression française « quand les poules auront des dents » pour dire jamais se dit, en anglais, « quand les cochons voleront ».

    Les Coréens voudraient « plutôt vivre avec un cochon que mourir  ».

    Kein Schwein : en France, lorsqu’il n’y a personne, on dit qu’il n’y a « pas un chat », les Allemands disent qu’il n’y a « pas un cochon ».

    Mais, la plus importante de toutes est sans doute celle-ci : « manger comme un cochon  », c’est manger salement pour les Grecs comme pour les Français.

    Si vous en voulez d’autres, regardez ici.

    De plus, il existe une fête, la saint Cochon (appelée aussi saint Boudin). C’est une fête traditionnelle rurale française. C’est la fête de l’abondance mais aussi de la transgression. Voici un exemple de fête.

    Bibliographie

    MALONE Vincent ; d’après les frères J. et W. Grimm. Cochon-Neige : ou les tribulations d’un petit cochon trop mignon. Paris : Seuil, 2004, 104 p.

    KING-SMITH Dick ; DELAFOSSE Claude, ill. As de trèfle. Paris : Gallimard, 1993, 115 p.

    COHAT Yves ; DESOMBRE Estelle Des cochons : l’histoire, l’anatomie, l’élevage et la diversité. Ile-d’Yeu : Gulf Stream, 2002, 68 p.

    PASTOUREAU Michel. Le cochon : histoire d’un cousin mal aimé. Paris : Gallimard, 2009, 159 p.

    ROSSINI Gérard. Mémoires des cochons. Saint-Rémy-de-Provence : Equinoxe, 2005, 168 p.

    NISSENSON Marilyn ; JONAS, Susan. Le cochon dans tous ses états. Köln : Könemann, 1997, 136 p.

    RABIER Benjamin. Charlemagne le cochon. Paris : Langlaude Eds, 2012, 17 p.

    RABIER Benjamin. Un Bon Petit Cochon. Paris : Garnier Frères, 1949, 32 p.

    RABIER Benjamin. Anatole. Paris : Tallandier, 1935, 48 p.

    Pour en savoir plus

    Visiter ce site et celui-ci aussi.

    Post-scriptum

    Sabrina KAIVERS, janvier 2013

    DEUST 2 Métiers des bibliothèques et de la documentation.

    Notes de bas de page

    [1] Poils fins et raides