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Les Petits Êtres merveilleux et l’écologie dans la littérature jeunesse (mini thèse)

 
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    Le Petit Peuple est composé de petites créatures dont l’existence échappe aux hommes que nous sommes et à notre entendement raisonnable. Pourtant, ces créatures envahissent nos mythes et légendes depuis des millénaires dans le Monde entier, et perdurent aujourd’hui dans le temps.

    Pourquoi autant d’engouement et d’attachement à ces mythes ? Peut-être parce qu’ils ont bercé notre enfance à travers nos lectures et nous ont ainsi permis de préserver notre innocence, imaginaire et donc notre âme d’enfant.

    L’objet d’étude de cette mini-thèse portera sur l’inspiration de l’innocence et l’imaginaire des enfants par la littérature jeunesse, afin de créer des mondes, univers, qui leur parlent et leur ressemblent à travers les mythes du Petit Peuple. Nous aborderons d’abord l’histoire du Petit Peuple, les mythes et légendes, puis quelques définitions et enfin quelques descriptions de créatures merveilleuses. Ensuite, nous étudierons la place du Petit Peuple aujourd’hui dans la littérature jeunesse. Pour finir, nous verrons qu’à travers les livres s’inspirant du Petit Peuple, les auteurs peuvent passer des messages aux enfants, comme aux plus grands.

    Un Univers merveilleux

    Le terme « Petit Peuple » nous vient en fait du conteur et encyclopédiste Pierre Dubois, qui a travaillé durant des années sur la féerie. Il a écrit des encyclopédies sur les fées, elfes et lutins qui se sont vendues à des milliers d’exemplaires et ont fait la notoriété de l’auteur. Il est également l’inventeur du terme « l’elficologie », qui est l’étude de Petit Peuple. Ce terme a pris ce sens actuel il y a donc seulement une trentaine d’années.

    Le Petit Peuple désigne tous les petits êtres humanoïdes, féeriques, magiques, merveilleux ou non. On y inclut donc les fées, elfes, nains, lutins, gnomes, trolls, gobelins, farfadets etc... Les êtres du Petit Peuple n’ont pas de taille humaine et peuvent atteindre une taille d’environ un mètre. Les fées et elfes de taille humaine, les ondines, les sirènes, les nymphes, les trolls géants, les centaures, licornes, etc. ne font donc pas partie du Petit Peuple.

    Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les êtres du Petit Peuple ne sont pas tous forcément liés à la féerie et à la magie. Ils peuvent juste être merveilleux, peu communs, humanoïdes mais sans pouvoir, sans magie. Ils peuvent être, par exemple, liés de très près à la nature, vivre en osmose avec elle ou même en être les gardiens, sans avoir de quelconques pouvoirs !

    De plus, beaucoup pensent que les êtres du Petit Peuple sont bons et bienveillants, mais ce n’est en fait qu’une idée reçue, car certains de ces êtres sont mauvais et même les êtres bons peuvent se révéler redoutables...

    Enfin, il faut savoir que le monde du Petit Peuple est vaste et que les êtres qui en font partie sont nombreux. Ainsi, nous étudierons ici seulement les êtres bons, dit « bienveillants » du Petit Peuple, féeriques ou pas. Vous aurez donc le plaisir de découvrir les fées, elfes, nains et lutins ainsi que d’autres petites créatures merveilleuses qui peuplent la nature.

    La croyance envers les êtres féeriques a commencé dès l’Antiquité, notamment chez les Grecs où les fées étaient considérées comme des nymphes (demi-déesses). Mais la croyance envers le Petit Peuple a véritablement débuté au Moyen-Âge, on les retrouve d’ailleurs dans les écrits chevaleresques, féeriques etc. Adulés par les hommes, ils ont fini par être rejetés, diabolisés, considérés comme des êtres mauvais, à cause de l’Église. Ces petits êtres viennent de la mythologie nordique, celte, mais aussi grecque, romaine, si on remonte un peu plus loin. Ces mythologies sont parfois mélangées et forment le folklore d’un pays. En France, par exemple, le folklore est créé entre le croisement des mythologies celte, nordique et romaine.

    La fée

    Comme il a été dit, la fée dans l’Antiquité était considérée comme une nymphe. C’était donc une très belle femme, qui incarnait la perfection féminine, l’idéal féminin, la rendant inaccessible pour la gente masculine. Elle était aussi considérée comme un ange gardien. Elle pouvait s’incarner en diverses créatures, existantes ou pas.

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    Nymphe endormie près d’une source (1850), peinture à l’huile de Théodore Chassériau. (Musée Calvet, Avignon.)

    Dans le Petit Peuple, l’image de la fée tend à être un peu différente. En effet, sa taille ne va pas au delà-de trente centimètres. C’est une petite créature ailée, à l’allure enfantine. Elle peut être mignonne, jolie, voire belle, être fine ou un peu dodue. Dans des cas un peu plus rares, elle peut être vieille, à l’allure vilaine, et incarne généralement une fée peu aimable, voire maléfique, comme la fée Carabosse.

    Les fées du Petit Peuple représentent une des divinités de la Nature, le plus souvent associées à la forêt. Elles possèdent bien sûr des pouvoirs magiques.

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    La fée clochette dans Peter Pan de Walt Disney

    L’efle

    Tout comme la fée, l’elfe dans l’Antiquité était une divinité d’une grande beauté, qu’il soit masculin ou féminin. De taille humaine et parfois plus grand encore, il était très fin et gracieux. Le haut de ses oreilles était pointu.

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    Elfe des bois

    Les elfes du Petit Peuple ne divergent pas trop de cette image, à part la taille encore une fois qui diminue largement : comme la fée, pas plus d’une trentaine de centimètres (la taille varie selon l’âge et l’espèce). Il a également une allure enfantine, et un minois quelque peu espiègle.

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    Illustration d’un elfe dans A la recherche de la féerie tome 1 : la Révélation de Jean-Baptiste Monge

    L’elfe est aussi associé à la Nature, représentant l’Esprit élémentaire de l’air. Il possède donc des ailes, et peut ainsi voler. Cette créature est d’une beauté et d’une grâce aérienne incomparable. Il a bien sûr des pouvoirs surnaturels, comme la possibilité d’apparaître et de disparaître à souhait par exemple, qui est le pouvoir d’invisibilité. L’elfe provient du folklore nordique, germaniques ou encore anglo-saxon.

    Le lutin

    Ce petit être provient du mélange des mythologies celte et romaine. Le lutin peut atteindre un mètre maximum, il a la taille et le physique d’un enfant.

    Une des significations aujourd’hui du verbe « lutiner » est « taquiner ». En effet, le lutin est connu pour être taquin, farceur, enfantin, joueur, mais aussi bon vivant et jovial. C’est un être bienveillant et serviable, c’est pourquoi il est considéré comme un esprit domestique (mais aussi comme un esprit de la forêt).

    Le lutin possède une grande force, une force surnaturelle, mais aussi le don d’invisibilité et d’immatérialité (il peut passer à travers les murs, les portes, etc).

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    Sournois et Finaud dans Oui-Oui de Enid Blyton. Ici, les lutins sont ’bêtes et méchants’.

    Le nain

    Le nain est cousin du lutin, pourtant, ils sont bien différents. En effet, il est trapu, laid, très raisonnable. Il n’a pas l’allure enfantine mais plutôt celle d’un vieux bougon. Le nain ne perd pas de temps à jouer ou à faire des farces, il préfère travailler. Cette petite créature n’est pas très avenante, mais reste bienveillante et serviable si nous sommes courtois.

    Le nain n’est pas une créature féerique en soi, mais il possède des objets magiques qui lui donnent donc des pouvoirs. Une de ses forces est qu’il connaît très bien la nature et ses secrets. C’est une créature qui vit sous la terre ou dans les montagnes, il est donc un esprit élémentaire de la terre. Le nain n’est pas une créature éternelle mais est centenaire.

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    Illustration d’un nain dans A la recherche de la féerie tome 2 : la Disparition de Jean-Baptiste Monge

    Il faut savoir que les fées et les elfes, et la plupart des autres créatures du Petit Peuple et des mondes parallèles, n’ont pas d’âme immortelle. Ils peuvent vivre des centaines voire des milliers d’années, mais lorsqu’ils s’éteignent, ils disparaissent à jamais.

    De plus, ces créatures n’ont pas la conscience du bien et du mal. Ils ne sont donc ni bons, ni mauvais (exceptions faites pour les êtres maléfiques), et n’ont pas conscience des répercussions de leurs actes. Ils n’ont pas la même morale que les hommes, ce qui peut créer des incompréhensions et donc des conflits entre ces deux peuples. Les elfes et les lutins peuvent se montrer très malicieux et taquins. Il faut bien prendre garde à ne pas offenser ces créatures car elles peuvent devenir malicieuses, très vite ingérables et, dans le pire des cas, provoquer une malédiction voire la mort.

    Dans les contes

    Les premiers écrits pour enfants et plus grands s’inspirant de la mythologie et du folklore du Petit Peuple sont les contes. Les fées et autres petites créatures merveilleuses font leur apparition dans les contes du Moyen-Âge.

    Les fées, dans les contes, surpassent tous les petits êtres merveilleux. Elles sont très puissantes par leur magie. Les fées interviennent dans le destin des hommes, de façon gentille ou mauvaise. Il existe des fées bienveillantes comme des fées maléfiques, et selon leur humeur, elles peuvent avoir différents aspects. Elles ont le don de transformation et apparaissent dans les contes sous de multiples apparences (vieilles femmes, animaux, objets, etc). Pour utiliser leur magie, les fées utilisent une baguette qui les différencie donc des sorcières qui utilisent des potions.

    Les lutins ont moins de pouvoirs mais peuvent être invisibles et ont le don de téléportation, pouvant ainsi se déplacer d’un lieu à l’autre à une vitesse fulgurante. Leurs personnages sont bienveillants.

    Les nains sont quant à eux assez rudes et peu aimables. Ils ont pourtant la qualité d’être travailleurs et aident les fées dans leurs tâches (quand elles aident elles-mêmes les humains).

    Le Petit peuple et la littérature jeunesse aujourd’hui

    Quelle petite fille n’a jamais rêvé d’avoir une baguette magique pour transformer une citrouille en carrosse de princesse ? Ou quel petit garçon n’a jamais rêvé d’être invisible et immatériel pour passer à travers les murs, et ainsi faire des bêtises et des cabrioles toute la journée sans être vu ? Les rêves de magie, de féerie, ou encore de petits êtres vivants à nos pieds, envahissent l’imaginaire de l’Homme depuis des siècles. Les mondes parallèles nous font fantasmer : se dire qu’à côté un ou des autre(s) monde(s) existe(nt), un monde sûrement meilleur que le nôtre, plus beau, où il est bon de vivre. Un monde où le temps ne défile pas de la même manière, où tout est plus facile, où nous vivons avec insouciance et liberté.

    Quelque part, ce fantasme vient de la peur de grandir, de devenir adulte, ne plus être libre, perdre notre insouciance... Car lorsque nous sommes enfants, nous avons cette part d’insouciance et de liberté, d’innocence, de dépendance aux parents surtout. Et finalement, devenir adulte c’est perdre tout ça. C’est se prendre en charge, assumer tous nos actes, réaliser que le monde dans lequel on vit est difficile et que les nuages ne sont pas fait de barbe à papa... Triste réalité.

    Mais heureusement, les livres, puits de trésors sans fin, sont là pour nous faire rêver à nouveau, ou même pour la première fois. Le Petit Peuple, présent dans la littérature depuis des siècles, a encore une place prépondérante aujourd’hui. La littérature jeunesse a un but, à travers le monde du Petit Peuple, qui est celui de toucher tous les âges, de parler aux enfants et adolescents de différentes manières, avec comme idée principale de préserver leur imaginaire.

    Développer l’imaginaire de l’enfant

    Cependant, avant de vouloir préserver notre imaginaire, il faut d’abord le créer et le développer ! Notre imaginaire se développe dès le plus jeune âge. En toute simplicité et innocence nous inventons des mondes, et nous laissons bercer par ceux des autres que nous pouvons trouver dans les livres.

    Prenons l’exemple de Daphné la Fée, de Marion Billet, édité par CASTERMAN en 2007. C’est un livre-objet en tissu pour les enfants de zéro à trois ans. Ce livre d’éveil permet d’initier l’enfant à la lecture, au plaisir de lire, mais aussi au monde féerique et merveilleux avec comme personnage principal Daphné, une fée de quelques centimètres. Rien de trop exceptionnel dans ce livre mais, en tout cas, il donne l’occasion à l’enfant de se familiariser avec ce petit être qu’il retrouvera dans bien d’autres albums, contes et romans. De plus, Daphné la fée possède une baguette magique, bien sûr, qui est détachable. L’enfant peut donc la saisir, devenir acteur du livre, et être semblable au personnage éponyme : une fée.

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    Résumé de l’éditeur

    « Bienvenue chez Daphné la Fée ! Pour l’anniversaire d’Apollon, son papillon, cette fée très attentionnée a décoré toute sa maison : des lampions, des guirlandes et des fleurs, il y en a partout ! Quelle chance il a, cet Apollon ! Surtout que tous les amis sont venus participer à la fête, chargés de cadeaux et de bonbons. Il y a le chat bien sûr, et puis l’abeille, la grenouille et la coccinelle... De quoi se régaler encore plus du grand gâteau préparé par Daphné. Mmh, s’exclame Apollon, ce gâteau, il est vraiment trop bon ! Entre gourmandise et émerveillement, une belle histoire pleine de couleurs à lire ensemble avec les tout-petits. »

    Ainsi, dès le berceau, nous découvrons ce monde merveilleux, et nous créons et développons notre imaginaire. Des albums et contes nous sont proposés pendant toute notre enfance, nourrissant notre imaginaire, et adaptés à notre âge. Mais voilà que nous arrivons à une période un peu ingrate de notre vie : le début de l’adolescence. Pour certains, l’imaginaire construit lors de leur enfance sera un refuge qu’ils renforceront, par crainte de grandir et de rentrer dans le monde des adultes. Pour d’autres, tout ce qui peut être enfantin paraît ringard et l’innocence se perd. L’enfant veut devenir grand, faire comme les adultes pour se sentir accepté en tant qu’individu dans la société. Il délaisse alors la plupart des mondes qu’il a créés, son imaginaire, au profit de la rationalité qui régit le monde des adultes. Les lutins du Père-Noël n’existent pas, pas plus que la petite souris qui vient échanger la dent de lait sous l’oreiller contre une pièce ou un bonbon, ou encore la fée qui exauce les vœux, etc... Croire à ces petits êtres merveilleux devient une tare, une honte, et l’enfant croit que pour être enfin grand, il doit rejeter tout ça en abandonnant son imaginaire. Il fantasme sur l’adulte car il le considère comme libre et autonome (pas de dépendance aux parents ou autre autorité), sans savoir véritablement ce qu’implique le fait d’être adulte... L’adulte quant à lui fantasme sur l’enfant, il le voit comme insouciant et libre, car il ne doit pas toujours répondre de ses actes et quelque part, ne doit rien à personne. De plus, il n’a pas la pression de la société et ses codes qui l’entourent, etc. Au final, c’est un cercle sans fin.

    Préserver l’imaginaire de l’adolescent

    Comme il l’a été dit, l’un des objectifs de la littérature jeunesse serait ainsi de préserver notre imaginaire lorsque nous sommes confrontés au monde des adultes, lorsque nous grandissons et que notre innocence s’envole. Que l’on ait peur de grandir ou pas, si notre imaginaire est préservé alors, devenu adulte, nous serons capables d’être épanouis sans fantasmer sur la condition de l’enfant...

    Prenons l’exemple de Ma vie a changé, de Marie-Aude Murail, édité par L’ECOLE DES LOISIRS en 1997. C’est un roman jeunesse pour un lectorat à partir de dix ou douze ans. L’histoire de ce roman et ses personnages illustrent bien l’idée de préserver l’imaginaire de l’enfant/adolescent mais aussi de l’adulte.

    Le roman raconte l’histoire de Madeleine, la quarantaine, quittée par son mari pour une autre femme, et dont elle n’a plus de nouvelles. Elle élève seule son fils de douze ans qui croit dur comme fer aux mondes parallèles et surtout aux créatures de l’au-delà. Madeleine, qui travaille pourtant dans les métiers du livre (elle est documentaliste), ne croit pas aux événements et créatures surnaturelles et merveilleuses, elle est très rationnelle.

    Ainsi, sa vie, sa vision du monde et du merveilleux vont radicalement changer lorsque qu’un petit elfe de quelques centimètres va faire irruption dans son appartement. Un elfe ailé très beau, à l’allure enfantine mais gracieuse qui possède des pouvoirs extraordinaires. Venu d’un monde parallèle, il faut y prendre garde car il n’a pas de conscience et d’âme humaine, et il peut donc avoir un comportement insupportable et dangereux. Seuls Madeleine et son fils, Constantin, peuvent voir l’elfe, pour les autres il est invisible.

    Constantin, élève en cinquième, adopte très vite l’elfe qu’il considère comme un frère et un ami avec qui il peut jouer. Mais ses camarades de classe ne croient pas du tout au Petit Peuple et aux mondes parallèles, les cours de Français sur les contes merveilleux sont une partie de franche rigolade pour eux. Pourtant, le professeur de Français, avec l’aide de Madeleine qui est documentaliste dans ce collège, va petit à petit, à travers la littérature jeunesse et les contes merveilleux, sensibiliser les adolescents à l’existence des petits êtres invisibles pour la plupart des humains.

    À la fin du roman, les adolescents renouent avec l’imagination de leur enfance et croient aux mondes parallèles et aux petites créatures merveilleuses. Madeleine, pourtant très rationnelle, se rend compte que depuis l’arrivée de l’elfe dans son appartement, sa vie est devenue plus belle, douce et donc meilleure.

    Ce roman nous montre qu’en nous ouvrant un peu au monde merveilleux du Petit Peuple, notre vie d’adulte est mieux vécue et plus appréciée parce que nous renouons avec notre âme d’enfant. Il nous montre aussi qu’à travers la littérature jeunesse notre imaginaire d’enfant peut être préservé.

    Le roman en lui-même fait découvrir au lecteur l’univers merveilleux du Petit Peuple. On en apprend beaucoup sur l’elfe, quelle est cette créature, d’où vient-elle, quelle taille fait-elle, quels sont ses pouvoirs, est-elle immortelle, etc... On découvre aussi d’autres petites créatures des mondes parallèles comme le gnome par exemple.

    Par ses personnages et son histoire, ce roman permet à l’adolescent de retrouver les créatures du Petit Peuple qu’il a connu étant enfant et donc de préserver son imaginaire du monde des adultes souvent trop rationnel.

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    Résumé de la quatrième de couverture :

    « Si votre appartement sent inexplicablement le muguet, et éventuellement la violette, et que cette odeur vous submerge pour disparaître totalement l’instant d’après. Si chez vous des objets changent de place mystérieusement. Si vous ne pouvez en accuser personne. Si vous découvrez sur votre bureau ou dans votre chambre des objets qui ne vous ont jamais appartenu. Si le voisin du dessous vient vous voir et vous explique qu’il a perdu son elfe. Si vous êtes déprimé(e). Si vous pensez que la raison vous quitte. Alors, que vous croyiez ou non aux choses de l’au-delà, vous pouvez être certaine que votre vie va changer. »

    Le Petit Peuple s’installe dans le neuvième Art

    Toujours pour les adolescents, mais aussi les pré-adolescents, on retrouve l’inspiration du petit monde merveilleux dans la bande-dessinée. Comment ne pas citer Les Schtroumphs de Peyo, qui a créé tout un univers avec des petites créatures bleues centenaires qui ont leur propre langage ?

    Dans ce qu’il y a de plus récent on trouve par exemple Sybil : la fée cartable, de Michel Rodrigue, illustrée par Antonello Dalena, Manuela Razzi, Cecilia Giumento, et édité par LE LOMBARD en 2009 (pour le Tome 1). Cette bande-dessinée semble cibler un public de jeunes adolescentes, mais ses couleurs très vives et donc attrayantes ainsi qu’une inspiration très marquée du manga pour le dessin attirent un public plus large : filles plus jeunes ou plus âgées. Par contre, le garçon ne pourra sûrement par trouver son compte dans cette bande-dessinée, sans vouloir stéréotyper les lectures !

    L’histoire raconte la vie de Nina, une jeune adolescente élevée par sa mère célibataire et débordée. Sybil, une fée ailée de quelques centimètres fait irruption dans sa vie remplie de solitude. Elle va l’aider dans sa vie de tous les jours, souvent avec sa magie. Personne ne peut la voir à part Nina, son petit frère et les animaux. On découvre le quotidien d’une jeune adolescente d’aujourd’hui, et ses petits tracas : les relations conflictuelles avec sa mère, les cours au collège, les camarades de classe dont un petite peste qui lui en fait voir de toutes les couleurs, les devoirs à faire, la chambre à ranger, etc... La petite fée grâce à sa magie l’aide à faire ses devoirs, à ranger sa chambre, à se venger de la peste, et surtout à ne pas se faire remarquer de sa mère. Bref, de quoi enchanter les adolescentes aujourd’hui et surtout préserver leur imaginaire. L’histoire est bien sûr faite d’actions et d’une trame un peu plus élaborée : en effet, depuis l’arrivée de la fée dans la vie de Nina, celle-ci se voit attirer beaucoup de tracas mais surtout de dangers. Et si Sybil n’était pas à ses côtés par hasard ? Et si Nina avait une destinée toute tracée et très très particulière ? À travers cette bande-dessinée le lecteur va découvrir tout un monde parallèle peuplé de petits êtres merveilleux.

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    Résumé de la quatrième de couverture :

    « Être amie avec une fée, c’est trop cool ! Demandez à Nina, une jeune ado un peu perdue dans ce monde hostile. Sybil est apparue dans son cartable et voilà que tout peut s’arranger d’un coup de baguette magique : devoirs, rangement de chambre... Même cette peste de Lorie n’a qu’à bien se tenir maintenant que Sybil est là. Le seul problème, ce sont ces monstres qui veulent la peau de Nina, au nom d’une mystérieuse prophétie... »

    Nous avons pu voir à travers ces différents exemples que la littérature jeunesse parvient à toucher tous les âges à travers le Petit Peuple, soit pour le faire découvrir et créer l’imaginaire des plus jeunes, soit pour le développer et le préserver auprès des plus grands. Mais au delà-de l’imaginaire, la littérature jeunesse grâce au Petit Peuple peut faire passer des messages concrets et réels pour les enfants.

    Le Petit Peuple et l’écologie

    Les petits êtres merveilleux sont très souvent associés à la Nature : la fée est un esprit élémentaire de la forêt, l’elfe de l’air, le nain de la terre, etc. De plus, ils vivent dans la Nature, habitent des lieux naturels tels que les forêts, les rivières, sous la terre... Certains êtres minuscules, magiques ou pas, vivent en osmose avec la Nature et en sont les protecteurs. Le Petit Peuple dans la littérature jeunesse est donc un bon moyen de sensibiliser l’enfant à la protection de la Nature, à l’écologie et au respect du « plus petit que soi ».

    L’écologie abordée pour les plus petits

    Nous en avons le très bel exemple avec l’album Le bal des échassiers, de Sébastien Pérez, illustré par Paul Echegoyen et édité par SEUIL JEUNESSE en 2011. Ses illustrations pleine page et parfois même sur double pages s’adressent à un public à partir de cinq ans, même si le texte peut être long quelquefois.

    L’album raconte l’histoire d’un peuple, constitué d’êtres minuscules, vivant dans la Nature. Une fois par an, un autre peuple, constitué de géants appelés les échassiers, vient se réjouir et faire la fête où habite le petit peuple : c’est le bal des échassiers. Le bal est redouté du petit peuple, chaque année, il prend des vivres et se réfugie sous terre pour entrer en hibernation. Les petits êtres savent qu’à leur réveil, les échassiers seront partis mais qu’ils auront tout saccagé sur leur passage. Il faudra donc repartir de zéro et reconstruire leur milieu de vie tranquille et naturel. Les échassiers ignorent que leur bal se déroule chaque année sur un lieu d’habitation, car le petit peuple est bien trop minuscule pour que les géants les remarquent. C’est donc en toute ignorance qu’ils détruisent buissons, nourritures, etc. sous leurs pieds gigantesques.

    Cette année, alors que le petit peuple s’éveille, ils remarquent que les échassiers sont toujours là, dansant avec insouciance. Les vivres commencent à manquer et le petit peuple désespère et se divise. L’un d’entre eux décide, avec quelques frères, de faire un appel aux échassiers pour montrer leur existence en dessinant leurs petites silhouettes sur leur plus haute roche (qui en fait très petite pour les géants). Ils dessinent ensuite un géant qui écrase ces silhouettes. Les échassiers en voyant le dessin sur la roche comprennent le message et partent en enfonçant des pieux pour marcher dessus, afin de ne plus détruire la Nature sous leurs pieds. Le petit peuple peut enfin refaire surface et vivre normalement sans avoir peur de voir leurs habitations ou leurs frères détruits. Pour conclure l’album, un dessin en pleine et double pages illustre la roche où est dessiné, par un échassier, un géant se penchant et tendant la main aux petites silhouettes, comme pour faire une alliance, demander pardon et montrer que le message est passé. Les couleurs majoritaires dans les illustrations sont le vert et le marron qui font références à la nature.

    Cet album montre à l’enfant, même au plus petit, qu’il faut prendre soin de la Nature qui l’entoure, mais aussi et surtout de la Nature qu’il a sous les pieds. Les échassiers pourraient nous représenter nous, êtres humains, et le petit peuple toutes les petites créatures qui vivent sous nos pieds. L’album sensibilise donc l’enfant aux êtres plus petits que soit, ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas qu’ils n’existent pas. C’est pourquoi il faut prendre garde aux répercussions de nos actes lorsque nous sommes dans la nature, pour préserver les milieux de vie naturels et respecter les êtres qui y vivent.

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    Résumé de l’éditeur : « Tous les ans à la même époque, des êtres géants, les Échassiers, se réunissent et font la fête dans une forêt où vit une petite communauté. Sans même s’en rendre compte, ils détruisent au passage les habitations des êtres minuscules qui, impuissants et fatalistes, assistent au saccage. Jusqu’au jour où l’un d’entre eux décide de manifester leur présence aux Échassiers. Des illustrations foisonnantes aux couleurs pastel tout en nuances pour une jolie fable écologique. »

    L’écologie abordée pour les plus grands

    Dans le même genre, mais cette fois pour les plus grands, on trouve Tobie Lolness, de Timothée de Fombelle, édité par GALLIMARD JEUNESSE en 2006. C’est un roman pour un lectorat à partir de douze et treize ans qui ravira aussi bien les garçons que les filles.

    Ce roman d’aventure mais aussi d’amour et d’amitié raconte l’histoire de Tobie Lolness, un être en tout point semblable à un humain si ce n’est qu’il mesure un millimètre et demi et qu’il vit dans un arbre. Il n’est pas seul, car tout un peuple semblable à lui habite également l’Arbre, constitué de plusieurs régions (les Cimes, les Hautes et Basses Branches, etc...). Timothée de Fombelle a créé tout un univers dans ces livres (Tobie Lolness est en deux tomes), un univers merveilleux et minuscule. Il nous le fait découvrir à travers le personnage principal et éponyme : Tobie. Le monde de Tobie est plein de réalisme car il ressemble beaucoup au nôtre, et Timothée de Fombelle peaufine tous les détails, ce qui nous fait entrer pleinement dans l’univers et l’histoire de Tobie Lolness. De plus, Tobie a treize ans lorsque débute le roman, ce qui permet au lecteur de s’identifier au personnage. Il grandira au fur et à mesure de l’histoire.

    Ce petit homme est traqué par son peuple, car son père, un inventeur de génie, a trouvé une invention révolutionnaire qu’il ne veut pas dévoiler. Ses parents ont été enlevés et emprisonnés, et Tobie se retrouvent donc seul face à un peuple en colère. Il doit se débrouiller pour fuir et se cacher. Au fil du roman, Tobie découvre que l’arbre dans lequel il vit est en danger. En effet, depuis toujours, lorsque le petit peuple doit construire dans l’Arbre, et donc le creuser et l’aménager, tout est fait pour ne pas l’abîmer et le préserver. Mais depuis un certain temps, l’Arbre est creusé et abîmé sans ménagement. Pourquoi autant de constructions ? Que cachent-elles ? N’auraient-elles pas un lien avec la découverte révolutionnaire de son père et l’enlèvement de ses parents ? Il faut croire qu’un homme assoiffé de pouvoir est derrière la destruction de l’arbre et qu’il est prêt à tout pour arriver à ses fins. Si Tobie n’agit pas, l’Arbre tombera malade et mourra. Où habitera tout son peuple si l’Arbre meurt ?

    Ce roman nous plonge dans la vie de petits êtres, vivant en osmose avec la nature. Mais il renvoie aussi notre image : celui d’un peuple qui détruit le monde dans lequel il vit. À force d’aménager notre milieu de vie, de construire, d’industrialiser, nous détruisons la nature qui nous entoure sans prendre garde et cela court à notre perte. Ce roman sensibilise l’enfant à l’écologie, au respect de la nature qui l’entoure. S’il ne la respecte pas dès l’enfance, le fera-t-il lorsqu’il sera plus grand ?

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    L’écologie pour les enfants et les parents

    Pour finir, toujours dans l’optique de sensibiliser à l’écologie et au respect des êtres plus petits que soit, nous pouvons citer le magnifique album L’herbier des fées, de Benjamin Lacombe et Sébastien Pérez, illustré par B. Lacombe, et édité par ALBIN MICHEL en 2011. L’histoire, assez élaborée, s’adresse plutôt à des enfants à partir de huit ou neuf ans. Certaines pages, découpées au laser, sont fragiles et doivent donc être manipulées avec soin, les enfants en bas âge pourront être accompagnés pour contempler les illustrations.

    Le maître-mot est donné dès la page de couverture : Lacombe nous offre le joli minois enfantin d’une petite fée. L’album conte l’histoire d’un brillant botaniste russe, Aleksandr Bogdanovitch, envoyé par Raspoutine avec pour mission de trouver un élixir d’immortalité. C’est ainsi que nous plongeons dans l’univers féerique de la forêt de Brocéliande, en Bretagne. Le botaniste s’exile seul dans une cabane au cœur de la forêt afin d’étudier les spécimens qu’il trouve dans la forêt. Ces spécimens ne sont autres que des petits êtres, allant de quelques millimètres à plusieurs centimètres, tous différents. Il semblerait que chaque plante, chaque fleur renferme un de ces petits êtres. Chaque plante à son petit être spécifique qui lui est propre, selon son espèce. La plante est le milieu de vie du petit être, et il est en est comme le gardien. De plus, chaque être à une ou plusieurs vertus pour l’humain et sa santé. Le botaniste voit ici ses recherches avancer et il pense toucher au but. Mais à force de passer du temps avec ces petits êtres, de les étudier, il se rend bien compte que ce ne sont pas juste des plantes mais des êtres vivants à part entière. Il culpabilise et arrête de les tuer pour les autopsier, il les étudie simplement en les observant et arrête ses recherches pour Raspoutine. Celui-ci est en rage et exige qu’il reprenne ses recherches. Mais le botaniste sait que s’il continue, c’est peut-être tout un monde qu’il exterminera à cause de l’égoïsme et la cruauté de l’Homme.

    L’histoire et les illustrations nous immergent dans un univers merveilleux et féerique, peuplé de créatures minuscules et magnifiques. L’album montre que le respect de la nature est primordial, car sinon c’est tout un monde minuscule qui pourrait être détruit. Il dénonce notre égoïsme et nous incite à préserver le monde qui nous entoure.

    De plus, les illustrations sont spectaculaires, époustouflantes, elles rendent les petits êtres réels, on pourrait presque croire qu’ils sont là, on aurait envie de les palper, de leur parler nous aussi. On ouvre grand les yeux et on se laisse bercer par les illustrations à couper le souffle et l’histoire fabuleuse du botaniste. Les petits êtres merveilleux deviennent réels et on plonge dans un univers féerique. Ce réalisme nous vient très certainement de la composition de l’album qui est organisé comme une véritablement encyclopédie botanique avec des schémas et illustrations détaillées. La version numérique y contribue beaucoup aussi, dans laquelle on peut voir l’envol ou les danses animées des fées !

    Cet album est tout autant conseillé aux adultes car il leur fait découvrir un monde extraordinaire, rempli de féerie, de rêve, leur permet de stopper le temps et de s’évader. Rien de mieux pour renouer avec son âme d’enfant, retrouver son innocence et de se surprendre à rêver !

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    Le dramaturge allemand, Heiner Müller, a écrit dans l’Opéra du Dragon « les géants sont grands grâce aux nains ». N’oublions pas que nous pouvons vivre grâce à la nature qui nous entoure et aux petits êtres qui la peuplent qui sont sous nos pieds. Sans eux, nous mourrions. La littérature jeunesse grâce au Petit Peuple parvient donc à faire passer ce message primordial pour notre avenir qui est celui de l’écologie.

    Le mot de fin

    Ces quelques livres, minuscule échantillon de ce qui existe en littérature jeunesse sur ce thème, illustrent bien de quelle manière celle-ci s’adresse aux enfants et adolescents pour leur faire passer des messages. Mais aussi et surtout pour créer, développer, préserver leur imaginaire et leur faire accepter de devenir adulte sans crainte, tout en gardant leur âme d’enfant. Car sinon les fées risquent de disparaître à jamais de nos rêves : « Chaque fois qu’un enfant dit : “Je ne crois pas aux fées”, il y a quelque part une petite fée qui meurt. » Peter Pan de J-M Barrie.

    Adeline LEBOUC, janvier 2013

    DEUST 2 métiers des Bibliothèques et de la Documentation,

    Post-scriptum

    Bibliographie

    BILLET, Marion. Daphné la Fée. Casterman, 2007. ISBN 2203004428

    MURAIL, Marie-Aude. Ma vie a changé. Ecole des loisirs, 1997. p. 180 ; (13 x 19) cm. (medium). ISBN 2211044697

    RODRIGUE, Michel. Sybil : la fée cartable. T1, Nina. Antonello DALENA, Manuela RAZZI, Cecilia GUIMENTO ill. Le Lombard, 2009. p.48. ISBN 2803624087

    PEREZ, Sébastien. Le bal des échassiers. Paul ECHEGOYEN ill. Seuil Jeunesse, 2011. ISBN 9782021051018

    DE FOMBELLE Timothée. Tobie Lolness. T1, La vie suspendue. François PLACE ill. Gallimard Jeunesse, 2006. p.320 ; (23,8 x 15,4) cm. (Junior). ISBN 2070571815

    PEREZ, Sébastien, LACOMBE Benjamin. L’herbier des fées. Benjamin LACOMBE ill. Albin Michel Jeunesse, 2011. p.68 ; (29 x 32) cm. ISBN 2226230963

    Bibliographie complémentaire :

    JEZEQUEL, Patrick, FERRONNIERE, Erlé. À la recherche de la féerie. T1, la Révélation. Jean-Baptiste MONGE, Erlé FERRONNIERE ill. Au Bord Des Continents, 2002. p.96 (32 x 28) cm. ISBN 2919089072

    JEZEQUEL, Patrick, FERRONNIERE, Erlé. À la recherche de la féerie. T2, la Disparition. Jean-Baptiste MONGE, Erlé FERRONNIERE ill. Au Bord Des Continents, 2004. p.100 (32 x 28) cm. ISBN 2911684419

    BRASEY, Edouard. Fées et Elfes. Pygmalion, 2011. p.240 ; (14 x 22) cm. ISBN 2756404446

    BRASEY, Edouard. Nains et Gnomes. Pygmalion, 1999. p.231 ;(13 x 22) cm. ISBN 2857045921

    GUGENHEIM-WOLFF, Anne. Le Monde extraordinaire des contes de fées : interprétations, mythes, et histoires fabuleuses. De Vecchi, 2007. p.144 ; (15 x 21) cm. ISBN 2732886998

    http://yuyo.free.fr/peuple/peuple.htm

    http://www.magie-et-fantasy.com/petit-peuple.html