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Le pain dans la littérature jeunesse (mini thèse)

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    Introduction

    Depuis l’Antiquité, le pain est à la base de l’alimentation de nombreuses sociétés dont la société occidentale. Bien plus qu’un aliment, il est aussi le sujet de discordes, de convoitise, de richesse, de partage et, fait l’objet de nombreuses citations populaires ( « bon comme du bon pain », « ça se vend comme des petits pains » ou encore « une planche à pain » ).

    On peut le voir notamment dans de nombreux évènements historiques ; par exemple, la Révolution Française, principalement causée par l’accumulation de disettes et de famines, a pour image fréquente des paysans qui, aux portes de Versailles, réclament du pain ! Ce fait historique nous rappellera une phrase prononcée par Marie Antoinette à Louis XIV, à la vue de la foule : « S’ils n’ont pas pain, qu’ils mangent de la brioche. » On peut aussi voir que le pain, à l’époque moderne, est un distinctif social : le pain de froment dit aussi "le pain blanc" est souvent attribué à la Noblesse tandis que le pain noir ou le pain gris, souvent moisi et causant, par ailleurs du "mal aux ardents", est destiné au Tiers-Etat.

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    1789, les paysans sont en colère et demandent du pain aux portes de Versailles

    Mais cet aliment indispensable, dont les ingrédients principaux sont la farine, le sel et l’eau, a aussi une dimension symbolique et religieuse, notamment dans les religions monothéistes : représentation du corps du Christ dans la religion chrétienne, le pain hallah est un pain tressé et utilisé lors de chaque Shabbat dans le Judaïsme ou encore, la manne qui est le pain, symbole de force, et qui tomba du ciel pour nourrir Moïse et ses camarades dans la traversée du désert, passage raconté dans l’Ancien Testament et le Coran...

    On peut donc comprendre que son utilisation dans les contes traditionnels avait pour objectif d’ajouter une dimension spirituelle à la morale ou à l’enseignement que le conteur souhaitait transmettre. Cette dimension explique la présence du pain depuis fort longtemps, d’abord dans la tradition orale puis dans les écrits destinés à la jeunesse. Mais on peut constater qu’actuellement de nombreuses productions, destinées en particulier à la petite enfance, s’inspirent du pain et de sa fabrication, dans un objectif beaucoup plus didactique et pédagogique.

    Il est donc intéressant d’étudier et comparer la place du pain dans les écrits destinés aux enfants selon les époques. Nous avons donc choisi de nous attacher tout d’abord à expliquer la symbolique du pain dans les contes modernes, d’étudier ensuite les contes dans lesquels le pain est personnifié et devient le personnage principal, pour terminer enfin par les publications actuelles qui mettent en valeur l’aspect technique de la fabrication dans un objectif d’information et d’éducation alimentaire du jeune public.

    I La symbolique du pain dans les contes modernes

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    illustrations de Sybille Delacroix

    Dans le nouveau Testament, les paraboles faisant allusion au blé ou au pain sont nombreuses et essentielles. On peut par exemple citer le miracle de la multiplication des pains, la parabole du bon grain et de l’ivraie ou la célébration de l’eucharistie. Dans un monde où la plus grande partie des fidèles était issue du monde paysan, l’utilisation de cette symbolique avait une vertu pédagogique évidente. Au XVIIème siècle, Perrault et les frères Grimm au XIXème, dans leurs contes retranscrits de la tradition orale, ont eux aussi utilisé le pain, symbole de fraternité et de partage. Le conte à cette époque a pour fonction essentielle d’avertir et prévenir les enfants des dangers que peut représenter le monde extérieur et de fournir une morale sociale en expliquant les règles de la vie communautaire et ses valeurs.

    Dans le Petit Poucet, par exemple, la mère des sept garçons, donne un morceau de pain à chacun avant de partir une deuxième fois dans le bois pour les perdre. Symbole du partage, mais aussi du sacrifice puisque le Petit Poucet, pour se sauver ainsi que ses frères, garde précieusement son quignon au lieu de le manger, le pain est ici présenté comme indispensable à la vie puisque c’est son manque qui oblige la femme à abandonner ses enfants. Le conte Hänsel et Gretel, retranscrit par les frères Grimm, débute sur une trame similaire au Petit Poucet. Mais à la vue de la maison en pain d’épice de la sorcière, nos deux héros se laissent tenter et ne résistent pas à la tentation de grignoter quelques morceaux, ce qui les conduit à être emprisonnés. Le conte rappelle ici qu’il faut savoir résister au pêché de la gourmandise et ne pas goûter à un aliment inconnu.

    Dans d’autres contes, comme le Petit Chaperon Rouge, le pain ou la galette occupent une place plus anecdotique mais ils symbolisent toujours le partage et la solidarité, ici avec la grand-mère malade. Le pain constituant les trois quarts de l’alimentation de l’époque, il est normal que celui-ci soit régulièrement mentionné dans les contes, d’autant plus que la famine sévissait fréquemment et que se nourrir était une préoccupation constante en fonction des récoltes plus ou moins bonnes.

    II Le pain, un héros comme les autres

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    Le petit bonhomme de pain d’épice du film d’animation Shrek

    La personnification du pain vient tardivement, probablement à partir de1a fin du 19ème siècle avec Le petit bonhomme de pain d’épice paru pour la première fois dans un magazine américain en 1875, St Nicholas Magazine. Ce conte en randonnée relate la fuite d’un petit bonhomme qui a été cuisiné par une vieille dame pour son mari. Il rencontre divers animaux qui veulent tous le manger mais, rapide et sûr de lui, aucun ne parvient à stopper sa course. La rencontre avec le renard symbolisant la ruse, va lui être fatale puisqu’il terminera dans le ventre de l’animal.

    Ce conte populaire se déclinera en plusieurs versions : le pain aura différents aspects en fonction des pays, des traditions et des pratiques culturelles : crêpe, gâteau, tortilla et même gâteau de riz (Chine). En France, la version de Natha Caputo met en scène une galette ( Roule Galette ), plus proche des traditions alimentaires de notre pays ; la Russie aura Kolobok, son petit pain rond frit dans l’huile, tandis que les pays anglo-saxons auront tendance à apprécier Le bonhomme de pain d’épice. Les différentes déclinaisons, outre la trame et l’aspect répétitif de la narration qui reprend avec chaque animal la même action, ont également pour point commun la présence d’une petite ritournelle qui rythme le récit.

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    Roule Galette de Natha Caputo

    Les différentes variantes de ce même conte montrent que le pain est un aliment universel. D’une version à l’autre, la différence porte sur les préférences alimentaires, mais le dénouement et l’animal qui conduira le pain à sa perte restent identiques : le renard (ou la renarde), symbolisant l’intelligence et la ruse, mange la galette, le pain d’épice ou le kolobok. Seuls les animaux rencontrés par le pain varient. La morale implicite du conte reste également identique et met en valeur l’humilité ou encore la méfiance devant la flatterie et les belles paroles.

    III Le pain, un élément didactique

    Nombreux sont les albums jeunesse qui présentent les différentes étapes de la recette du pain. Parce que le pain est un aliment de base mais aussi parce qu’il est simple dans sa préparation, il est le sujet d’un grand nombre de documentaires et d’albums dont le conte traditionnel irlandais de La Petite Poule Rouge ou La Petit Poule Rousse. A travers ce conte, on peut suivre de manière progressive le personnage principal dans la préparation de son propre pain, de la pousse des épis de blé à la cuisson de l’aliment. De nombreux auteurs et illustrateurs ont revisité l’histoire en publiant leur propre version jusqu’à transformer le pain en pizza (Poulet pizza de Philémon Sturges) et en ajoutant souvent un aspect humoristique (La petite poule rousse de Pierre Delye et Cécile Hudrisier ).

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    La grosse faim de P’tit bonhomme de Pierre Delye et Hudrisier Cécile

    Des ouvrages plus récents reprennent le thème de la fabrication du pain, soit en imaginant une histoire autour du fil conducteur des différentes étapes de la préparation (La grosse faim de P ’tit Bonhomme), ou en utilisant une histoire comme prétexte pour réaliser une fiction très proche du documentaire (Non, je n’ai jamais mangé ça, Vive le bon pain). Ces histoires ont un rôle éducatif et informatif pour, de façon ludique, faire connaître les ingrédients constitutifs et l’origine du pain et mettre également en valeur le travail et le savoir-faire des différents corps de métiers concernés. Dans Meunier tu dors, c’est le chant traditionnel dont le texte est prolongé et sert de support pour expliquer la transformation du blé en farine puis en pain.

    D’autres albums vont aborder le pain comme source d’amusement et d’imagination comme La tartine de Louise où la nourriture n’est pas juste faite pour être ingérée mais peut se transformer en une forme, un animal et devenir enrichir l’inspiration et la créativité. Outre les albums fictionnels, la thématique du pain et de sa préparation a été largement exploitée dans les documentaires. Ils expliquent qui ? mal dit d’où vient le pain et comment il est fabriqué. Les illustrations se veulent très réalistes pour apporter au lecteur une information visuelle en complément du texte et certains ont recours aux photographies (Le pain, éditions photimages). Des documentaires proposent même des ustensiles pour pouvoir le fabriquer soi-même ! Dans cette profusion, on pourra distinguer des ouvrages qui développent plutôt les étapes de la fabrication, d’autres qui abordent les différents pains du monde ou qui racontent l’histoire du pain depuis l’Antiquité.

    Ces ouvrages, autant que les albums de fiction, sont fortement utilisés dans les classes maternelles et élémentaires comme source d’informations et permettent à l’enseignant de travailler le thème du pain de manière transversale en l’abordant sous différents angles. On peut sans doute faire un lien entre ce thème très exploité en classe, qui engendre donc une demande forte, et l’abondance de productions sur la thématique du pain.

    Conclusion

    Le pain reste un thème très fréquent dans la littérature jeunesse pour notamment sa symbolique et son universalité. On le retrouve beaucoup dans les albums et les documentaires jeunesse car il est un élément pédagogique précieux. Il n’est donc pas complexe de faire des animations sur ce sujet en bibliothèque grâce à la profusion des ouvrages. On peut aborder le pain sous différents aspects, du plus didactique à l’angle plus symbolique. Cependant, il est vrai qu’il est plus difficile de trouver des romans ados abordant cette thématique ( Le pain de l’hôpital de Nicole Voisin ). A part en partant des contes modernes originaux de Grimm ou Perrault, il est difficile d’aborder le pain auprès d’un public adolescent. Il est d’ailleurs évident que l’intérêt pour le pain en temps que sujet principal diminue avec l’âge, de même que l’impact de la morale véhiculée par les contes. Le pain reste néanmoins un sujet d’animation intéressant, certes plus adapté aux petits mais adaptable aussi aux plus grands.

    Bibliographie

    PERRAULT, Charles. Contes de ma mère l’Oye. Paris : Gallimard, 2006 ; 292 p., couv. en coul. ; 11x18 cm. (Folioplus Classiques). ISBN : 2-07-033938-6 (br.)

    NOEL, Daniel. Les contes des frères Grimm. [ S.I ] : Taschen, 2011. 320 p., couv. ill en coul. et ill. en coul. ; 21x26 cm. (Varia). ISBN : 3836526743 (rel.)

    GRIMM, Jacob et Wilhelm ; illustrations par DELACROIX Sybille. Hänsel et Gretel. Paris : Casterman, 2004. Couv. ill. en coul. et ill. en coul. (Album Duculot). ISBN : 2203553103

    NIEDBALA, Frédéric. Le Petit Poucet. [ S.I ] : Auzou Philippe Eds, 2011. Couv. ill. en coul. et ill. en coul. (Les P’tits classiques). ISBN : 2733815830

    Anonyme ; illustrations par STATZYNSKY Vitaly. Koloko, le petit pain rond. Paris : Albin Michel, éditions Ipomée, 1990. Couv. ill. en coul. et ill. en coul. ISBN : 286485029X

    CAPUTO, Natha, illustrations par BELVES Pierre. Roule Galette. Paris : Père Castor Flammarion, 1993. 22 p. , couv. ill. en coul. et ill. en coul. (Premières Lectures). ISBN : 2081601125

    AYLESWORTH, Jim ; illustrations par MCCLINTOCK Barbara et traduction de BONHOMME Catherine. Le petit bonhomme de pain d’épice. [ S.I ] : Circonflexe, 2011. 30 p., couv. ill. en coul. et ill. en coul. (Albums Circonflexe). ISBN : 2878335740

    BYRON, Barton. La petit poule rousse. Paris : l’École des loisirs, 2001. 32 p., couv. ill. en coul. et ill. en coul. (Lutin Poche). ISBN : 2211025838

    STURGES, Philemon. Poulet Pizza. Paris : Nathan, 2000. Couv. ill. en coul. et ill. en coul.(Albums Nathan) ISBN : 2092108417

    DALRYMPLE, Jennifer. Non je n’ai jamais mangé ça. Paris : École des loisirs, 2000. 35p., Couv. ill. en coul. et ill. en coul ; 18x15 cm . (Archimède). ISBN :2211057373

    WEININGER, Brigitte ; ELSCHNER Géraldine ; illustrations par MOLLER Anne. Vive le bon pain. Paris : Nord-Sud,2000. Couv. ill en coul. et ill. en coul. ; 23,2x21,8 cm. (Un livre d’images Nord-Sud). ISBN : 3314212666

    ENCKELS, Ludo ; MACHTELD Bernaert. La tartine de Louise. [S.I] : Mango, 1999. Couv. ill. en coul. et ill. en coul. ; 22x22 cm. (Albums Illustrés). ISBN : 2740408641

    VOISIN, Nicole. Le pain de l’hôpital. Paris : Seuil, 1999. 168 p., Couv. ill. en coul. ; 19,8x11,8 cm. (Fiction Jeunesse). ISBN : 2020374846

    DELYE, Pierre ; HUDRISIER Cécile. La petite poule rousse. [S.I] : Didier Jeunesse, 2007. 30 p., couv. ill. en coul. et ill. en coul. ; 26x26 cm. (ALBUM). ISBN : 2278058797

    DELYE, Pierre ; HUDRISIER Cécile. La grosse faim de P’tit bonhomme. [S.I] : Didier Jeunesse, 2005. 30 p., couv. ill. en coul. et ill. en coul. ; 26x26 cm. (ALBUM). ISBN : 2278054708

    LETUFFE, Anne. Meunier, tu dors. [S.I] : Didier Jeunesse, 2004. 24 p., couv. ill. en coul. et ill. en coul. ; 23x22 cm. (Pirouette). ISBN : 227805449X

    © Héloïse QUINTARD, Deust 2, UFR DECCID, Janvier 2013.