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L’image de la belle-mère dans la littérature jeunesse (mini thèse)

 
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    Introduction

    Méchante, vicieuse, hautaine, jalouse, fière, autoritaire, cruelle... La belle-mère est depuis plusieurs décennies un sujet de prédilection pour les contes et autres histoires pour enfants. En ancien français, la belle-mère était désignée comme la marastre (parastre pour le beau père), devenue marâtre.

    Depuis, et notamment dans les contes, la marâtre désigne une mauvaise voire méchante belle-mère, responsable des situations tragiques que connaissent les enfants, c’est-à-dire l’abandon, la maltraitance, l’injustice, la tristesse voire la mort, qui se situent souvent au cœur même du récit. Le préfixe « âtre » d’ailleurs, comme « noirâtre » désigne le sens péjoratif du mot. La belle-mère peut désigner à la fois la femme d’un second mariage, pour les enfants, ou bien la mère de l’époux.

    Les femmes dans les contes et albums, de manière générale, et notamment dans la famille, sont toujours plus ou moins substituées à des personnages issus de l’imaginaire : la sorcière, l’ogresse pour les mauvais personnages, la bonne fée ou la marraine pour les bons personnages. Quelle évolution connaît l’image de la belle-mère dans les histoires pour enfants ?

    Les anciens contes (16ème et 17ème siècles) : la cruelle marâtre

    Avant de considérer la méchante belle-mère dans les contes les plus célèbres, on retrouvait déjà cette dernière dans les anciens contes du 16ème et 17ème siècles, par exemple dans les contes de Straparola, précurseur du conte de fée littéraire en Europe.

    -  Blanchebelle et le serpent : premier volume Troisième Nuit, Troisième Fable - des Nuits facétieuses, publié en 1550, de Giovanni Francesco Straparola.

    Résumé : Le marquis de Montferrat espère un enfant de sa femme. Un jour, alors qu’elle est endormie dans le jardin, une couleuvre se glisse entre ses jambes et, quelque temps plus tard, elle tombe enceinte, accouchant d’un enfant avec un serpent enroulé trois fois autour de son cou. La fillette est appelée Blanchebelle. A ses dix ans, la couleuvre la retrouve et lui avoue qu’elle est sa sœur, Samaritaine, et que si Blanchebelle lui obéit elle sera heureuse. Elle force alors sa sœur à se baigner dans un seau de lait puis un seau d’eau de rose, et Blanchebelle devient encore plus belle. Depuis, elle révèle des joyaux dans ses cheveux quand on les peigne et des fleurs dans ses mains quand elle les lave.

    Plus tard, son père accorde sa main à Ferrandin, roi de Naples. Ferrandin à une marâtre, qui a deux filles d’un précédent mariage et qui aurait souhaité que le roi épouse l’une d’elles. Quand Ferrandin va guerroyer contre de le roi de Tunis, la marâtre demande à ses serviteurs de tuer Blanchebelle. Au lieu de ça, car touchés par sa beauté, ils lui arrachent les yeux et lui coupent les mains. Blanchebelle est alors recueillie par des pauvres à qui elle redonne richesse grâce aux joyaux de ses cheveux quand on la peigne. Pendant tout ce temps, Blanchebelle appelle Samaritaine de désespoir mais la couleuvre ne répond plus depuis son mariage. Mais un jour, Samaritaine revient la voir et Blanchebelle lui demande pardon, Samaritaine lui rend donc ses mains et ses yeux, et devient elle même une jeune fille. Ils reviennent à Naples et content l’histoire de Blanchebelle à tout le royaume. Et Samaritaine demande au peuple quelle est la sentence méritée pour ces horreurs : la belle mère propose alors la fournaise ardente, pensant passer inaperçu. Mais la preuve des joyaux dans les cheveux de Blanchebelle et des fleurs dans ses mains conduisent la marâtre à passer elle-même au bûcher.

    En clair : Ce conte nous rappelle évidemment celui de Blanche-neige, d’une part par le nom semblable de la fillette : Blanchebelle, et par son récit tout entier : la marâtre, jalouse de la jeune fille à la fois par sa beauté et son union avec le roi, souhaite l’éliminer. Pour ce faire, elle enverra ses serviteurs, qui touchés par la grâce de la jeune fille, lui épargneront la vie. Une situation récurrente dans les contes de fées qui va perdurer au cours des siècles. À noter que dans ce conte, la marâtre n’est pas la belle-mère de Blanchebelle au sens de la seconde femme de son père, mais la belle-mère au sens de la mère de l’époux. Pourtant, cela ne change rien en son rôle de cruelle marâtre puisqu’elle essaye de tuer Blanchebelle par jalousie. Prise par son propre jeu, c’est elle qui finira par mourir.

    -  Nennillo et Nennella, ou Poucet et Poucette, le Pentamerone (V-8) (premier recueil de contes merveilleux) publié vers 1635, de Giambattista Basile.

    Résumé : Jannuccio à deux enfants qu’il aime. Un jour sa femme meurt. Il se remarie avec une femme qui n’a qu’une idée en tête : se débarrasser des petits. A contre cœur, Jannuccio emmène les enfants dans la foret ou ils les abandonne avec un panier de provisions. Il dépose malgré tout des cendres sur la route et confie aux enfants de les suivre s’ils veulent rentrer à la maison. A leur retour, la marâtre est furieuse. Jannuccio doit alors recommencer et abandonne de nouveau ses enfants dans la foret avec un panier de provisions, et dépose du son sur la route, mais cette fois, le son est mangé par un âne et les enfants sont condamnés. Ils errent alors dans les bois. Un jour, le prince vient chasser dans le bois et les deux enfants, pris de peur à cause des chiens, se séparent. Nennillo est recueilli par le prince et Nennella par des pirates sur la plage. Le bateau coule et tous les pirates meurent sauf Nennella, qui est mangée par un poisson. A l’intérieur du poisson, il y a une magnifique propriété avec un jardin ou elle peut y vivre. Un jour, le poisson arrive près du palais du prince ou Nennella est reconnue suite à ses appels. Elle les rejoint alors, et les deux parents des enfants sont appelés au palais. La sentence est demandée pour les personnes ayant fait du mal aux deux gamins, la marâtre propose alors d’enfermer le coupable dans un tonneau et de le lancer en haut d’une falaise. Cette dernière est, pour finir, dénoncée et châtiée.

    En clair : Ce conte ci rappelle Hansel et Gretel par sa mise en situation : une famille vivant près d’un forêt dont la bonne mère meurt, et dont le père la remplace par une seconde femme, qui cherche à se débarrasser des enfants dans la forêt. Un autre exemple où la belle-mère endosse le rôle de femme cruelle et égoïste, et qui va provoquer sa propre mort au dénouement du récit.

    Ces deux contes anciens frappent d’une part par leur ressemblance avec les contes des frères Grimm que l’on connaît, et d’autre part car ils dessinent un schéma similaire : Les enfants sont bons et innocents, ce sont les protagonistes principaux. L’arrivée de la belle-mère, au sens de seconde femme du père comme de mère de l’époux, bouleverse leur vie, et cette dernière essaye, dans les deux cas, de les tuer. Le personnage relié à la belle-mère, cad le mari ou le fils, ne prennent pas conscience directe de l’attitude de la marâtre et ne se doutent de rien avant l’incident. Les enfants survivent par miracle et sont recueillis par d’autres familles. Leur histoire est contée au peuple, au royaume, ou au château. La marâtre propose elle-même un châtiment pour le ou la responsable de ces atrocités, pensant être épargnée, et contribue elle-même à sa propre perte.

    Cela en fait des contes populaires, plaçant la belle-mère comme un personnage cruel, odieux, méchant jusqu’à mériter la mort, qui n’est pas sans lien avec l’époque, qui privilégie la peine de mort et qui considère les femmes comme l’œuvre du mal. Cette idée restera longtemps gravé dans la littérature au cours des siècles.

    Les contes célèbres : la continuité

    Les contes les plus célèbres que nous connaissons au sujet d’une mauvaise belle-mère sont les contes des frères Grimm et de Charles Perrault. Bien que réécrits et adaptés pour les enfants, ils conservent l’image de la mauvaise belle-mère que les auteurs leur ont attribué à l’origine. Inspiré des anciens contes comme ceux de Straparola, ils proposent des histoires populaires où les rôle des personnages sont récurrents.

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    -  Blanche-neige, raconté par Joséphine Poole, illustré par Angela Barrett. Kaléidoscope. 2002.

    Résumé : Dans ce célèbre conte, la mère de Blanche-neige meurt à sa naissance. Le roi se marie donc à une nouvelle femme, reconnue comme la plus belle femme du monde, bien qu’avide et jalouse. Cette dernière possédant un miroir magique lui assurant qu’elle est et restera toujours la plus belle, jusqu’au jour où le miroir prononce le nom de Blanche Neige à la place du sien. La marâtre envoie alors un chasseur tuer la jeune fille avec pour preuve son cœur et ses poumons, mais touché par sa beauté, celui-ci refuse et la laisse partir en créant un artifice pour la reine. Croyant Blanche-neige morte, la marâtre est satisfaite. Pendant ce temps , Blanche-neige découvre la maison de 7 nains où elle va désormais loger et sera soignée. Mais lorsque la reine pose de nouveau la question à son miroir et que celui-ci lui redonne le nom de l’enfant, elle part à sa recherche, déguisée, et tente de la tuer. De justesse, Blanche-neige survit. Cette situation se répétera 3 fois, et à la troisième, Blanche-neige ne se réveillera pas et va être disposée par les nains dans un cercueil de verre, près de la maison. Un jour, un prince passe du côté du cercueil, tombe amoureux de Blanche-neige, et souhaite l’emmener avec lui. En trébuchant lors du transport du cercueil, le morceau de pomme empoisonné contenu dans la bouche de Blanche-neige est recraché, et la jeune femme se réveille. Le coupe se marie et la belle-mère meurt de son propre poison, destiné la jeune mariée.

    Illustration de la belle-mère : Dans cet album illustré par Angela Barrett, la belle mère apparaît pour la première fois dans le décor d’une chambre sombre. L’image montre le miroir magique et le personnage. C’est une femme blonde, très belle, habillée de sombre, d’un manteau de peau et d’une robe rouge sang, avec un sourire hautain. Dans une autre image, elle perd son sourire et porte une robe de plume noires et vertes, comme les plumes d’un corbeau. Dans une autre image encore, elle fabrique le poison et est vêtue de nouveau d’un vêtement rouge sang, avec un sourire maléfique, toujours dans un décor noir teinté d’horreur. Dans une autre situation, déguisée en vendeuse et en vieille dame, ses vêtements contrastent toujours avec ceux de blanche neige par leur tons.

    En clair Dans ce conte, la belle-mère de blanche neige représente de nouveau un personnage jaloux aux envies meurtrières, s’apparentant directement à la sorcière par le biais de la création de ses poisons, dont le symbole emblématique de la pomme, et par ses déguisements ainsi que par la couleur de ses habits. L’énième tentative pour tuer sa rivale lui coûtera la vie car, emplie de colère, elle sera victime de son propre stratagème.

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    -  Cendrillon, adapté par Marie Delhouse, illustré par Jessica Maertens, Thomas Jeunesse, 2011.

    Résumé Un homme épouse en seconde noces une femme hautaine et fière, ayant deux filles du même caractère, l’homme quant à lui ayant une fille douce et bonne Par haine, la belle-mère force cendrillon à exécuter les taches ménagères de la maison et la fait dormir dans un grenier, sur une paillasse, tandis que ses filles dorment dans des chambres spacieuses et dans des lits douillets. Un jour, les deux filles de la marâtre s’en vont au bal avec leur beaux habits pendant que Cendrillon doit rester à la maison avec ses vêtements sales. Sa marraine, qui est une fée, lui ordonne alors d’amener une citrouille pour la changer en carrosse doré. Elle change également des souris en chevaux et un rat en cocher, ainsi que les habits de Cendrillon en une robe de drap d’or et d’argent, accompagnée d’une paire de pantoufles de verre, le tout avec une seule directive : rentrer avant minuit. Elle se rend donc au bal et tout le monde l’admire, surtout le prince, puis rentre à temps. Elle y retourne le lendemain et oublie l’heure, et part donc en hâte au premier coup de minuit, en laissant tomber, dans sa course, sa pantoufle de verre. A sa recherche, le prince fait publier à son de trompe qu’il épouserait celle dont le pied chausserait parfaitement la pantoufle retrouvée. Tout le royaume essaye la pantoufle sans succès. La prince la fait donc essayer a cendrillon, après ses deux sœurs. Lui allant parfaitement, Cendrillon apparaît sous son grand jour et épouse ensuite le prince, sous les excuses de ses sœurs.

    Illustration de la belle-mère Dans cet album on ne voit pas directement la belle mère dans les illustrations, seulement ses filles. On l’aperçoit en fait sur une seule page, dans un cadre accroché au mur d’une pièce, reconnaissable car elle possède le même grain de beauté que ses filles. Dans cette unique image, elle représente une vieille dame aux cheveux blancs et aux traits tirés, aux sourcils froncés. On peut facilement supposer qu’il s’agit de la belle mère étant donné l’age avancé des jeunes filles et leur ressemblance entre elles.

    En clair Dans le conte de Cendrillon, la marâtre n’est pas directement présente dans le récit, bien qu’elle donne le grenier à Cendrillon pour chambre et qu’elle la force à exécuter les tâches ménagères. Contrairement aux autres contes, elle maltraite Cendrillon par le biais de tâches et de corvées, mais elle n’essaie pas de l’éliminer. Or, les deux teignes qui reviennent régulièrement sont en fait les deux filles de la marâtre, qui profitent des qualités de Cendrillon en lui demandant son avis sur des vêtements, en se faisant coiffer par la jeune fille... tout en se moquant d’elle et qui finissent par partir sans elle au bal, en refusent de lui prêter de beaux habits. Le marâtre est donc responsable de la situation de Cendrillon au début du conte, mais disparaît de l’histoire. Elle n’a donc un rôle que secondaire.

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    -  Hansel et Gretel, Jackob et Wilhelm Grimm, illustré par Anthony Browne, kaléidoscope, 2001.

    Résumé Une famille très pauvre vit dans une foret, une bûcheron, ses deux enfants et la belle mère. La famine s’abattant sur le pays, ils n’ont plus rien à manger. La belle-mère propose comme solution de laisse les enfants dans le bois. Hansel ayant entendu, il emplit ses poches de petits cailloux. Lorsque les parents emmènent les enfants dans la forêt, Hansel laisse tomber les cailloux au fur et à mesure. Les parents laissent alors les enfants auprès d’un feu pour qu’ils se reposent, prétextant aller chercher du bois, et ne reviennent pas. Mais grâce aux cailloux, les enfants réussissent à rentrer. Lors d’une 2e tentative, Hansel laisse tomber les miettes de son pain sur la route. Mais au moment de rentrer, le pain a en fait été mangé par les oiseaux. Ils errent alors dans la forêt et tombent sur une maison en pain d’épice, avec un toit en biscuit et des fenêtres en sucre. Ils commencent à manger la maison, mais une vieille dame les observe et leur propose d’entrer en leur servant un repas de sucre. Lorsque les enfants sont rassasiés, ils s’endorment. Mais la dame est en fait une méchante sorcière qui mange les enfants. Sa vue est limitée mais son flair puissant, elle peut donc les attirer avec sa maison en pain d’épice. Le lendemain, elle emprisonne Hansel, que Gretel est chargée d’engraisser. Un jour, la sorcière annonce qu’il est temps de manger Hansel. Gretel doit donc allumer le four, et en profite pour y pousser la sorcière. Libérés, et avant de partir, les enfants visitent la maison qui abritait des coffres de pierres précieuses, ils en emplissent leurs poches et reviennent à leur maison. La marâtre était morte et il ne restait plus que leur père en arrivant.

    Illustration de la belle-mère Dès la première illustration la marâtre est mise à l’écart. Le père et ses deux enfants sont assis autour de la table tandis que la belle-mère est installée dans un fauteuil à part. Elle se distingue également des autres par ses vêtements : alors que le père et les enfants portent des chemises rayées aux couleurs fades, la belle mère porte un pull rose fushia. Si cette distinction n’est pas faite dans l’histoire, Anthony Browne a pris soin d’illustrer la marâtre de manière a ce qu’elle ressemble à une femme riche : manteau léopard et cigarette, maquillage, boucles d’oreille. Dans une illustration, on observe les quatre membres s’endormir à travers un miroir. Sous ce miroir se tient une commode n’abritant que des objets lui appartenant (parfums, vêtements, brosses, bijoux) de couleur rose ou violette comme son pull. Ses cheveux noirs également la distingue de cheveux châtains de la famille. Au moment du réveil des enfants, et avant de les emmener dans la foret, dans une ombre, la disposition des rideaux et l’ombre de la marâtre laissent apparaître un chapeau de sorcière. Dans une autre illustration, elle est toujours maquillée a outrance et entièrement vêtue de noir jusqu’à se fondre dans l’ombre, tandis que dans les images plus loin, la sorcière ressemble à la belle mère : elle a la même bouche, le même maquillage et le même grain de beauté sur la joue. Le rapprochement entre les deux personnages est donc évident.

    En clair Dans cet épisode, comme dans les anciens comptes, la marâtre cherche à tuer les enfants car la nourriture devient insuffisante pour toute la famille, et choisi donc de les abandonner dans la forêt. Pourtant, le deuxième réel personnage malsain est la sorcière, vivant dans la maison en pain d’épice, qui cherche à manger les enfants. Ces deux personnages agissent indépendamment l’un de l’autre, pourtant, l’illustrateur a tenu à leur rapprocher dans leur ressemblance physique. De plus, la mort de la marâtre, au retour des enfants, suscite des questionnements quant à la mort de la sorcière. Représentent-elles réellement dans ce conte un seul et même personnage ?

    Pour conclure sur cette partie, on peut voir que la tendance à placer la belle-mère, la marâtre en tant que mauvais personnages dans la littérature jeunesse est toujours présente dans les contes de Grimm et de Perrault. Situés entre le 18ème et le 19ème siècles, ces histoires, bien que moins choquantes et sanglantes que les siècles précédents, placent toujours la marâtre à la même place dans le récit : le rôle d’une femme jalouse, sans cœur et en plus de ça, criminelle. La mauvaise belle-mère est donc entièrement entrée dans les mœurs pour de nombreux siècles et va peiner à en sortir...

    Les nouveaux contes : Une nouvelle image de la belle-mère

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    -  La marâtre, Norman Leach et Jane Browne, Kaléidocscope, 1992.

    Si cet album à déjà 20 ans, il n’en reste pas moins beaucoup plus récent que les contes célèbres et populaires cités précédemment.

    Résumé : Dans cette histoire, Thomas, raconte à la première personne qu’il a une marâtre, et qu’il était heureux avant, tout seul avec son papa. Il la compare a « une sorcière », dit que son père est trompé, qu’il croit qu’il l’aime, mais qu’elle lui a jeté un sort. Mais quand Thomas montre à ses copains le costume offert par son papa, ses copains ne s’y intéressent pas, sauf sa belle-mère, qui lui fait un compliment et lui demande de montrer comment il se sert de son arc et ses flèches, Thomas refuse. De nouveau, quand son père lui offre un costume de superman, ses copains s’en moquent, car ils prétendent avoir mieux chez eux. Sa belle mère lui fait une remarque qui le touche, mais il refuse de lui répondre un sourire par principe. A son anniversaire, Thomas fait un goûter où ses copains le poussent en jouant et soufflent ses bougies à sa place. Thomas se met en colère et pleure, et sa belle-mère gronde ses copains. Au moment des cadeaux, Thomas reçoit de la part de sa belle mère le celui qu’il attendait le plus : un train électrique. Mais il refuse de le toucher en le prétextant ensorcelé. Au moment de se coucher, Thomas refuse de donner un baiser à Annie, en la traitant de marâtre et d’affreuse sorcière. Mais au lieu de se mettre en colère, Annie pleure, et Thomas se sent honteux, puis l’embrasse et met ses bras autour de son cou. Son père lui raconte ensuite l’histoire d’une marraine fée, qu’il considère maintenant comme sa belle mère.

    Illustration de la belle-mère Tout au long de l’histoire, la marâtre est vêtue de noir, avec des bottines noires et elle a les cheveux gris, exactement comme une sorcière. Dans une illustration ou elle fait la cuisine, elle prépare quelque chose dans une cocotte ressemblant à un chaudron, et est accompagnée d’un chat noir, ce qui renforce son image de sorcière. Pourtant, elle apparaît comme souriante et jolie, malgré ses vêtements, tout au long de l’album. Puis elle est enfin nommée, après l’épisode du train électrique, par son vrai nom : Annie. Après l’histoire racontée par son père à Thomas, celle de la marraine fée, Annie n’est plus habillée en noir mais tout en rose : elle représente la marraine fée.

    En clair Thomas est persuadée que sa belle-mère est une méchante sorcière qui a jeté un sort à son père, et qui cherche à lui nuire à lui aussi. Pourtant, toutes les actions d’Annie dans l’album sont plutôt gentilles et délicates à l’intention de Thomas, qui ne les voit pas du même œil. L’enfant se rendra compte de l’erreur de son jugement suite à sa colère, après avoir insulté Annie de méchante sorcière, car elle fondra en larmes, au lieu de lui jeter un sort.

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    -   Mon abominable belle-mère, Catherine Lepage, Les 400 coups, 2009.

    Résumé Léa vit avec son Papa. Jusqu’au jour où son Papa lui annonce qu’il a une amoureuse ! Mais amoureuse voudrait donc dire... une belle-mère ? Léa confie donc à son ours en peluche que Paulette chercher à l’empoisonner, à la jeter dans la fosse des lions, ou l’abandonner dans les bois... Jusqu’au jour ou Paulette offre à Léa son livre préféré et recoud même son ours en peluche.. En fait elle n’est pas si abominable que ça, cette belle-mère !

    Illustration de la belle-mère

    Dans cet album, l’image de Paulette, la belle-mère, est déformé pas la vision de Léa. On peut la voir sous deux images. D’après la vision de Léa, elle est représentée avec les même habits mais avec en plus un chapeau pointu, un long nez et de grandes dents.

    L’arrivée du XXe et XXIe siècles vont bouleverser les mœurs gravées sur l’image des parents. Les auteurs et illustrateurs osent enfin parler de la « marâtre » comme un personnage bon et généreux, débordant d’amour et de tendresse envers ses enfants, ou plutôt, envers les enfants de son conjoint.

    Dans ces deux derniers albums justement, la méfiance des enfants est omniprésente envers cette belle-mère. Cette réticence s’explique par les idées reçues et entretenues dans les années passées, qui ont atteint les enfants de notre époque par cette diffusion de contes et d’histoires plaçant la belle-mère au statut de « mauvaise mère » ou même de « sorcière ». La situation tend donc à changer pour ces marâtres, en passant justement par l’explication aux enfants de ce que signifie avoir une belle-mère et de ce qu’elle peut représenter, de ce qu’elle peut ressentir et sa différence avec la marâtre des contes de fée, en véhiculant une image contraire, celle de la marraine.

    Une acceptation aujourd’hui au goût du jour, cela dit, le nombre d’albums et de contes à ce sujet restent peut-être encore trop limité...

    Post-scriptum

    VINCENT Margot, DEUST 2.