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Le symbole de la robe dans la littérature jeunesse (mini thèse)

 
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    Idées reçues

    En général, qui dit robes dit filles, rose, et histoires d’amour. En effet, la robe est considérée comme le vêtement féminin par excellence.

    Dans la littérature, on l’imagine rose ou bleu pâle, habillant une princesse qui danserait dans les bras de son prince charmant. Cependant ce n’est pas le cas de toutes les histoires, de ces héroïnes en robe.

    Clichés et préjugés

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    Prenons par exemple le conte Peau d’âne, écrit par Charles Perrault. La princesse doit épouser son père car elle est la seule femme à être plus belle que sa mère. Pour éviter cela elle lui demande de faire confectionner des robes improbables (robe de la couleur du temps, robe de la couleur de la lune, robe couleur du soleil...), mais son père réussit à exaucer ses souhaits. La marraine de la princesse, une fée aux pouvoirs extraordinaires lui conseille alors de demander au roi la peau de l’âne qu’il chérit tant. Mais malheureusement il accepte. La princesse décide alors de fuir le royaume vêtue de la peau de l’âne afin de ne pas être reconnue. La robe est ici au centre de l’histoire, puisque le prince tombe amoureux de la princesse lorsque celle-ci revêt sa robe couleur soleil. En outre, quand cette dernière apparaît habillée de la peau de l’âne, elle effraie tout le monde et fait même fuir le prince. Cela permet de relever un autre thème, lié aux vêtements qui est celui de l’apparence. Ce même thème est également abordé dans le roman Le journal d’une princesse de Meg Cabot.

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    Mia, adolescente comme les autres, apprend que son père est à la tête d’un tout petit royaume. Ce qui signifie qu’il est roi...Ce qui fait d’elle une princesse ! Sa vie en est alors bouleversée et elle va très vite devoir apprendre les codes de la royauté. Parmi ceux-là, il y a bien évidemment l’habillement. Mia doit revoir toutes ses tenues vestimentaires, et se voit contrainte de porter des robes, signe de distinction, de grâce, d’élégance.

    Cette idée que la robe embellit celle qui la porte, appuie le côté sexiste encore bien présent dans la littérature jeunesse. Cela renforce les stéréotypes tel que le fait qu’une petite fille doit avoir des robes parmi ses vêtements. En effet, une petite fille voudra sûrement porter une jolie robe après avoir lu un ouvrage tel que Peau d’âne ou encore Charlotte veut être une princesse de Doris Dörrie.

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    Charlotte n’a pas envie de se lever. Elle n’a pas non plus envie de mettre la jupe bleue et le pull rouge que sa maman lui a préparés pour aller à l’école. Charlotte veut mettre sa robe de princesse et rien d’autre ! On remarque avec cet album qu’il existe encore des livres dont le public visé reste uniquement les filles.

    En ne faisant lire à ce jeune public que des ouvrages de ce genre, on exerce une forme de censure mais on conditionne également d’une certaine manière l’enfant qui découvre cet univers de princesses, de beaux habits, de manières à tenir, de façons de penser, qui vont l’orienter dans ses choix, aussi bien dans sa manière de penser que dans sa façon de s’habiller. Quoi de plus normal qu’une si petite fille qui ne lit que des livres où les héroïnes portent des robes, ait envie à son tour de porter des robes !

    Vers une évolution des mentalités

    Il existe cependant quelques ouvrages qui ont pour objectif de malmener ces préjugés. La robe présente dans ces différentes histoires n’est pas vue comme le vêtement féminin par excellence mais plutôt comme l’élément perturbateur.

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    Exemple avec l’album La mariée était trop belle. L’héroïne Philomène est couturière. Sa spécialité, les robes de mariées. Un jour, Tino, son prétendant se décide enfin à lui demander sa main. Philomène, toute heureuse, s’empresse de coudre ce qui pour elle sera la plus magnifique des robes de mariée. Malheureusement, à force d’y coudre des fleurs et d’ajouter un voile immense, en arrivant près de l’église, Philomène ne distingue même plus les invités qui en la voyant vêtue de ce tas de tissu, se mettent à lui rire au nez. Son futur mari Tino prend peur et s’en fuit. Philomène enlève alors son voile et lui court après. Au fur et à mesure de sa course, sa robe perd les fleurs et autres bouts de tissus, pour ressembler à la fin à une robe toute simple, sans voiles, sans décorations. Tino la reconnaît alors et ils finissent par se marier. On observe ici que l’héroïne cherchait à être la plus belle à travers sa robe de mariée mais que finalement elle s’est ridiculisée, d’où le titre La mariée était trop belle. La belle et magnifique robe est alors désacralisée.

    Autre exemple avec le roman d’Anne Fine La nouvelle robe de Bill.

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    Ce lundi-là, quand il se réveille, Bill découvre qu’il s’est changé en fille. Il n’est pas encore remis de ce choc que sa mère entre dans sa chambre, et lui dit, l’air parfaitement naturel : « Pourquoi ne mets-tu pas cette jolie robe rose ? ». Et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Bill se retrouve vêtu d’une robe rose. A l’école non plus, personne ne s’étonne de la présence de cette fille qui n’est pas Bill. Alors Bill se contente de subir les inconvénients qu’il y a à être une fille en robe rose : se faire siffler par Mean Malcolm, ne pas pouvoir jouer au foot à la récréation, se faire réprimander pour la mauvaise tenue de son cahier (si inhabituel pour une fille !) ou encore se voir attribuer Barbie magazine pendant l’heure de lecture. Les avantages sont hélas beaucoup moins nombreux : pendant toute cette journée, Bill hérite d’un certain nombre de missions de confiance et a droit à la bienveillance roucoulante du directeur. Peut-on appeler cela des avantages ? Bill ne s’était jamais aperçu que les filles n’avaient pas le droit de traverser la cour pendant que les garçons jouaient au foot et qu’elles passaient toutes les récréations confinées dans un espace ridicule. Et avant d’avoir à lire à voix haute devant toute la classe les dialogues de Rapunzel, il ne s’était jamais révolté contre ces contes où les jeunes filles attendent pendant quinze ans le prince qui viendra les délivrer, sans avoir l’idée de se sauver toutes seules.

    Bill prend alors conscience des préjugés que les autres, notamment les garçons, ont à propos des filles. Il suffit d’une robe rose pour devenir une fille à part entière et surtout être traité en tant que tel avec souvent plus d’inconvénients que d’avantages. On remarque le cliché de la robe rose, et non bleue ou verte, repris par Anne Fine.

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    Le jour où je me suis déguisé en fille de David Walliams Dennis habite une maison ordinaire, dans une rue ordinaire d’une ville ordinaire. Mais ce n’est pas un garçon ordinaire. C’est un super joueur de foot, le meilleur buteur du collège. Avec Lisa, la plus belle fille de l’école, il partage aussi en secret une autre passion : la mode et les robes. Alors pourquoi ne pas, un jour, se déguiser en fille ? Dennis n’avait pas prévu que cela ferait toute une histoire ! Renvoyé de l’école pour ses excentricités, il est soutenu par toute l’équipe de foot habillée en robe comme lui. Dans ce dernier exemple, il figure encore le symbole porté par la robe que va enfiler Dennis. Pourquoi les garçons n’auraient-ils pas le droit de porter des robes ou d’aimer la mode ? Ce roman bouscule les normes établies en montrant qu’il ne faut pas enfermer les enfants dans des cases, selon leur sexe entre autre. Ainsi Dennis peut tout à fait aimer porter des robes et être bon joueur de foot, tout comme une fille peut très bien ne pas aimer ce vêtement si emblématique.

    Tout le monde dans le même paquet ?

    Il y a les histoires qui vont à contre courant par rapport à la pensée générale et puis il y les histoires qui arrivent à sortir du lot, tout en y restant. Ce petit plus qui sépare ces histoires des autres est sans doute du au caractère bien trempé des héroïnes. En effet ces dernières portent des robes, comme le font les petites filles et princesses, mais possèdent toutes un vrai caractère. A commencer par Nina, qui malgré son jeune âge mène tout le monde à la baguette dans La tétine de Nina de Christine Naumann-Villemin.

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    Nina refuse de vivre sans sa tétine, et sa mère a beau chercher des arguments, rien n’y fait. Nina a réponse à tout, mais quand Nina rencontre un loup très en colère dans les bois, elle se dit que finalement sa tétine lui sera peut être plus utile qu’à elle... Se séparer de sa tétine ? D’accord, mais pas n’importe comment ! La petite fille porte bien une robe, mais cela ne l’empêche pas de se conduire en vrai chef !

    Même constat avec l’ouvrage Zaza la peste écrit par Barbara Bottner.

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    À chaque fois que Zaza, la petite fille au chapeau de dame, se retrouve chez son amie, elle casse tout et se prend pour un dinosaure. Quel enfant n’a jamais accueilli un ami ou un cousin avec la peur que celui-ci lui retourne sa chambre ou lui casse ses jouets ! Une fillette qui s’habille en dame avec robe et chapeau et qui se conduit comme un monstre. On aurait pu penser que la robe attendrit le regard...

    Dernier exemple avec celle qui représente pourtant la douceur et la gentillesse, la princesse avec l’ouvrage de Christophe Miraucourt, La princesse aux 1000 caprices.

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    Une princesse capricieuse soumet tout le royaume, les paysans, le château et même son père le roi, à ses désirs les plus insolites. Sa gouvernante, Dame Petsec, tente en vain de lui enseigner les bonnes manières. Jusqu’au jour où la princesse se perd dans la forêt et est recueillie par des bûcherons qui vont lui apprendre les comportements simples de la vie en société. Dans cet ouvrage de Christophe Miraucourt, la princesse d’habitude si docile se voit doter d’un caractère très spécial et ne se laisse nullement commander.

    Ces 3 derniers ouvrages nous racontent l’histoire de petites filles a priori sages, habillées en princesses, mais qui se révèlent finalement être de vraies pestes ! Ainsi l’habit ne fait pas le moine.

    Conclusion

    La robe dans la littérature jeunesse est encore trop souvent synonyme de conte de fée, de princesse et de petite fille modèle. Elle renvoie principalement à l’univers rose et paillettes accompagné de poupées Barbie dans lequel sont enfermées les petites filles la plupart du temps, dès leur naissance. Cependant on peut noter la présence d’ouvrages qui vont s’emparer de ces clichés pour les mal mener et ainsi bouleverser le jeune lecteur dans sa conception des choses. Ainsi ces livres montrent aux enfants que l’on peut être une fille et ne pas aimer les robes ( ou le rose comme dans l’ouvrage Marre du rose de Nathalie Hense et Ilya Green ) ou être un garçon et vouloir en porter. De même que l’on pourra lire des histoires où les héroïnes habillées en robe sont loin de se laisser marcher sur les pieds. Elles se comportent en petits chefs et mènent le monde qui les entourent comme bon leur semble. Ces filles qui aiment porter des robes, parfois roses, prouvent qu’il ne faut pas se contenter des clichés et idées reçues.

    Ainsi, toutes ces histoires extra-ordinaires, qui sortent des chemins habituels ont pour but d’apporter un regard plus tolérant de la part des enfants envers leurs camarades qui les entourent afin d’en faire des adultes plus ouverts au monde d’aujourd’hui.

    Caroline Stragier

    DEUST 2 métiers des bibliothèques et de la documentation

    Janvier 2013

    Post-scriptum

    Pour aller plus loin, sur le site de Lille3 jeunesse

    Filles et garçons dans la littérature jeunesse, à bas les stéréotypes ? (mini thèse)

    Bibliographie

    1ère Partie

    PERRAULT, Charles. Peau d’âne. MissClara ill. Paris : Magnard Jeunesse, 2007. 51p. 24 X 28 cm. ISBN 978-2-210-98968-9 (rel.)

    CABOT, Meg. Le journal d’une princesse. Josette CHICHEPORTICHE trad. Paris : Hachette Jeunesse, 2005. 281p. ; 18 x13 cm. ( Mon bel oranger ). ISBN 2-01-321853-2 (br.) Titre original : Princess Diaries

    DORRIE, Doris. Charlotte veut être une princesse. Julia KAERGEL ill. Paris : École des loisirs, 1999. 34p. ( Pastel ). ISBN 978-2211049924 (rel.)

    2ème Partie

    MASINI, Béatrice. La mariée était trop belle. Anna Laura CANTONE ill. Marc VOLINE trad. Paris : Ed. Sarbacane, 2003. 29 p. 34 x 24 cm. ISBN 2-84865-007-9 (rel.) Titre original : Una sposa buffa, buffissima, bellissima

    FINE, Anne. La nouvelle robe de Bill. Paris : L’École des loisirs, 1997. 138 p. ( Neuf ). ISBN 978-2211043311 (br.)

    WALLIAMS, David. Le jour où je me suis déguisé en fille. Quentin BLAKE ill. Catherine GIBERT trad. Paris : Gallimard jeunesse, 2010. 240p. ( collection Hors Série ). ISBN 978-2070623884 (br.)

    3ème Partie

    NAUMANN-VILLEMIN, Christine. La tétine de Nina. Marianne BARCILON ill. Paris : Kaléidoscope, 2002. 30p. 27 x 22 cm (Albums). ISBN 978-2877673556 (cartonné)

    BOTTNER ; Barbara. Zaza la peste. Peggy RATHMANN ill. Paris : Mango jeunesse, 2001. 32p. 24 x 22 cm. ( Les P’tits Albums ) ISBN 978-2740411384 (rel.)

    MIRAUCOURT, Christophe. La princesse aux 1000 caprices. Bruno GIBERT ill. Paris : Père Castor Flammarion, 2002. 42p. 19 x 13 cm. (Loup-Garou) ISBN 978-2081605497 (rel.)