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L’influence burtonienne dans la littérature de jeunesse actuelle (mini thése)

 
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    On qualifie des films ou des livres de « burtoniens » lorsque leurs auteurs reproduisent et adaptent le style et l’humour de leur modèle : Tim Burton, lui-même influencé par l’écrivain américain Edgar Allan Poe, l’une des principales figures du romantisme américain du XIXe siècle.

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    I Mais qui est Tim Burton ?

    Timothy William Burton plus communément appelé Tim Burton est un réalisateur, scénariste et producteur américain. Il naît le 25 août 1958 à Burbank en Californie, là où on trouve le siège social de Disney. Il est considéré comme le maître du fantastique contemporain. Il a à son actif tourné cinquante-quatre films dont Beetlejuice, Edward aux mains d’argent, Sleepy Hollow, Big Fish, Charlie et la Chocolaterie, Sweeney Todd : Le Diabolique Barbier de Fleet Street, Alice au pays des merveilles (un des plus grand succès commercial de l’histoire du cinéma), etc ... Il a aussi participé à deux films d’animation réalisés avec des marionnettes évoluant dans des décors : L’Étrange Noël de monsieur Jack et Noces funèbres. On ne peut pas parler de Tim Burton sans citer ses deux acteurs fétiches : Johnny Depp et Helena Bonham Carter, sa compagne. La plupart de ses histoires mettent en scène des personnages marginaux ou des êtres hors-normes, confrontés à la méchanceté du monde réel. Son cinéma se caractérise par un mélange d’humour et de macabre. Il est le seul cinéaste à concilier succès critique et succès commercial. Burton a reçu en mars 2010 l’insigne de chevalier et d’officier de l’ordre national des Arts et des Lettres par Frédéric Mitterrand.

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    Il a été le sujet de plusieurs biographies illustrées, notamment Tim Burton d’Antoine de Baecque (2006).

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    II L’omniprésence de la mort

    À la fois sombre et joyeux, le monde de Tim Burton s’inspire en grande partie du [1], de son esthétique et de ses codes et de l’expressionnisme [2] allemand . Dans son œuvre, Tim Burton mêle l’humour noir et l’esthétique gothique dans ses illustrations et ses poèmes afin de nous faire aimer les créatures étranges. Tim Burton crée un contraste avec l’aspect morbide et le merveilleux par des couleurs chatoyantes.

    La mort et les monstres sont omniprésents : les œuvres du cinéaste sont remplies d’horribles monstres, mais ils ne sont pas forcément créés pour faire peur. Ses personnages sont la plupart du temps effrayants, mais innocents. L’enfance et les monstres sont des thèmes qui se trouvent dans la majeure partie dans son œuvre.

    Dès le plus jeune âge, Tim Burton se passionne pour le dessin. C’est pourquoi, en 1997, le cinéaste écrit et illustre le recueil de poèmes La Triste Fin du petit enfant huître et autres histoires, où on retrouve son univers fantastique et macabre.

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    « James

    Inopportunément, le père Noël offrit à James un nounours, ignorant qu’il avait été lacéré par un grizzli un peu plus tôt dans l’an. »

    La Triste Fin du petit enfant huître et autres histoires p.80

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    Les oeuvres de Tim Burton ne traite pas la mort comme une fatalité. Ils montrent la mort d’une manière optimiste et joyeuse et désacralisent la mort et le surnaturel. Le cinéaste nous fait rêver avec des zombies, des monstres, des squelettes... On trouve des monstres de tout type : géant dans Big Fish, le calier sans tête dans Sleepy Hollow, une multitude de monstres et de fantômes dans L’Étrange Noël de monsieur Jack.

    Dans l’album La nuit funeste d’Ernest de Sébastien Perez, les montres sont tout aussi inoffensifs que ceux de Burton : une petite tape ou une devinette classique suffisent à les vaincre, mais ils sont suffisamment effrayants pour faire frissonner un jeune lecteur de 5 ans et plus.

    ernest (JPG)

    Nous pouvons voir que Perez utilise l’humour pour parler de thème pas vraiment amusant. Le père d’Ernest essaye de le rassurer en blaguant :

    « Ne t’inquiète pas si tu vois des lumières au cimetière, ce sont des feux follets : le dernier prout des morts, un vrai feu d’artifice ! »

    L’album La funeste nuit d’Ernest est un exemple typique de l’influence que Tim Burton a eu sur le jeune français. Ce conte onirique fait voyager le lecteur entre rêve, cauchemar et réalité, le côté fantastique et effrayant de ce récit magnifiquement illustré. Benjamin Lacombe aime jouer avec le contraste des couleurs, ses dessins peuvent être à la fois sinistres et joyeux, propre à l’œuvre de Tim Burton. Le site web francetv.fr qualifie le jeune auteur de « fils spirituel de Tim Burton et des studios Disney ».

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    III Les éléments récurrents dans l’univers burtonien

    A. Les personnages principaux

    Le cinéaste met en scène des personnages en marge de la société ou des êtres rejeté, confrontés à la méchanceté du monde réel. Ce sont des individus solitaires et excentriques. À l’instar de Edward aux mains d’argent, les personnages de Burton sont souvent pâles et timides, avec de grands yeux noirs.

    L’illustrateur et auteur français Benjamin Lacombe donne les mêmes traits de caractères à Ernest, personnage principal de La funeste nuit d’Ernest. C’est un petit garçon aux cheveux noirs, aux grands yeux noirs et à la peau claire. Tout comme les héros des histoires de Tim Burton, il est timide et introverti.

    Les protagonistes ont très souvent un chien comme animal de compagnie (cf Frankenweenie, L’Étrange Noël de monsieur Jack, etc.). Le thème du chien (vivant ou mort) est très présent dans l’œuvre du cinéaste américain, mais aussi chez Benjamin Lacombre, l’auteur français place, dans plusieurs de ses œuvres, son chien Virgil : un Shark Peï.

    Les héros habitent très souvent dans un manoir, isolé du reste de la ville, sombre et aux formes inquiétantes. Il utilise souvent les ombres afin d’obtenir un rendu inquiétant. Comme dans l’album La nuit funeste d’Ernest, Benjamin Lacombe utilise les ombres pour mettre une atmosphère inquiétante et angoissante.

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    B. Les autres protagonistes

    Très souvent les personnages vivants de Tim Burton sont pâles, mornes et n’inspire pas la joie comme les personnages des Noces Funèbres.

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    « La frontière entre le bien et le mal, le héros et le méchant,

    le beau et le laid est, pour moi, plus que floue »

    Tim Burton, Revue Citrouille n°63

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    Patrice Leconte tire son inspiration de l’esthétique burtonien pour adapter le roman de Jean Teulé, Le magasin de suicide. Pour créer ses personnages, Patrice Leconte a pioché dans le style de l’américain. Ils sont aussi tristes et dépressifs qu’ils en ont l’air, contrairement aux morts qui respirent la joie et paradoxalement la vie.

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    Le magasin des suicides raconte l’histoire de la célèbre maison Tuvache qui, depuis dix générations, vend des kits suicide pour clients désespérés. La famille Tuvache était d’abord composée de quatre personnages : les parents, commerçants, vendent des produits permettant de se suicider, faisant tout pour écouler leur marchandise ; le fils aîné, dépressif, mais extrêmement créatif, vit en solitaire, s’isolant du monde extérieur ; quant à sa sœur, elle est une adolescente mal dans sa peau et complexée. La petite boutique familiale prospère dans la tristesse et l’humeur sombre, tout chamboula lors de la naissance du petit dernier, Alan, lui et sa « cruelle » joie de vivre...

    « Au Magasin des suicides,

    un client satisfait ne revient jamais. »

    Le texte de J.Teulé est approprié à des adaptations de style burtonien car il est à la fois rempli « d’humour noir et poésie du désespoir » thèmes chers à Tim Burton. Le magasin des suicides aborde la mort avec beaucoup d’humour et donc dédramatise cette étape de la vie.

    Mais vouloir reproduire le style de Tim Burton ne qualifie pas d’un grand succès. Le site du magazine Inrocks qualifie l’œuvre de Leconte comme un « ersatz gothique « inspiré » par Tim Burton ». Même si le cinéaste a dénaturé l’œuvre originale, les répliques amusantes plaisent au jeune public. Ce livre tiré d’un conte morbide de Jean Teulé montre la mort d’un point de vue humoristique, comme Tim Burton aurait pu faire.

    Olivier Ka a lui aussi adapté le roman de Jean Teulé en bande dessinée à destination des adolescents.

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    Cette adaptation est très fidèle au roman. Le dessin est proche de la ligne claire, presque réaliste contrairement à l’adaptation de Patrice. Quant à l’illustratrice Domitille Collardey, elle joue bien entre le désenchantement et la bonne humeur enfantine.

    Bien que Le Magasin des suicide fut adapté la même année, elles ont donné deux différents résultats, avec un succès plus ou moins remarqué pour celle de Leconte.

    Conclusion

    Pour conclure, nous pouvons dire que le style burtonien est un subtile mélange entre peurs et joie enfantine. La mort est l’élément central de ses oeuvres mais cela cache d’autres thèmes qu’on ne vaut pas au premier abord comme la différence et le rejet de l’autre. Tim Burton casse les préjugées en rendant la mort vivante et la vie morbide. L’influence de Tim Burton se ressent chez de nombreux artistes à travers le monde, avec plus au moins de réussite.

    Pour aller plus loin ...

    Site officiel de Tim burton en anglais

    Blog de Sébastien Pérez

    Site le Magasin des Suicide de Patrice Leconte

    Références bibliographiques

    BURTON, Tim. La Triste Fin du petit enfant huître et autres histoires. Tim BURTON ill. René BELLETTO trad. Paris : 10/18, 1999. 128 p. ; 11 x 18 cm (Domaine étrange). ISBN 2264027681 (broché)

    PEREZ, Sébastien. La nuit funeste d’Ernest. Benjamin LACOMBE ill. Paris : Sarbacane, 2007.48p. ISBN 2848651725 (cartonné)

    LECONTE, Patrice. Le magasin des suicides. Paris : Prisma, 2012. 180 p. ISBN 2 810 402 442 (relié)

    KA, Olivier. Le magasin des suicides. Domitille COLLARDEY ill. Paris : Delcourt, 2012. 64p. ISBN 2756020001(cartonné)

    Post-scriptum

    Estelle Valembois, 22013

    Deust 2 Métiers des bibliothèques et de la documentation

    Département Sid, UFR deccid

    Notes de bas de page

    [1] Mouvement gothique : Née dans les années 1970, cette mouvance proche du punk s’appuie sur une mode vestimentaire généralement inspirée du XIXe siècle et sans couleur. Si le macabre et le sombre en général furent et sont d’actualité, la principale raison est la volonté de la mouvance de jouer (et déjouer) des codes dominants en vigueur, en particulier dans les tabous.

    [2] Expressionnisme : Mouvement artistique du XXe siècle. L’expressionnisme déforme la réalité afin de faire ressentir une émotion, un sentiment.