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La maltraitance psychologique infantile (mini thèse)

 
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    La maltraitance des enfants n’est pas un phénomène récent mais dont on parle davantage aujourd’hui. À la différence de la maltraitance physique, les violences psychologiques faites aux enfants sont plus difficiles à déceler et pourtant, elles sont parmi les formes de violences les plus fréquentes.

    Des mots qui tuent ... des silences assassins...

    La violence psychologique peut se présenter en même temps que d’autres formes de violences et ne jamais être décelée. Elle se diffuse par les mots, mais, il ne faut pas l’oublier, aussi par les silences que sont les non-dits, l’indifférence... Ces actes blessent les victimes au plus profond d’elles-mêmes et parfois font plus de dégâts que les agressions physiques. Bernard Lempert, psychothérapeute, définit dans Désamour cette forme de violence comme « un meurtre psychique : faire en sorte que l’enfant ne soit rien. Nous retrouvons ici une constante : pas de trace, pas de sang, pas de cadavre. Le mort est vivant et tout est normal ».

    La violence psychologique se manifeste tôt dans la vie des enfants et sa fréquence est souvent liée à la misère économique et la détresse psychologique des mères. Dans d’autres cas il s’agît de manipulation perverse d’un parent. La manipulation perverse s’exerce surtout dans les familles où il règne une atmosphère conflictuelle pesante et où la communication entre les membres n’existe pas ou peu. Dans ce cas, le plus souvent la personne visée est le conjoint mais les enfants font souvent les frais de ces attaques, et, pris à témoins, ils sont mêlés à un conflit qui ne les concerne pas. La manipulation perverse au sein d’une famille passe généralement inaperçue tant à l’extérieur que par l’entourage, mais les ravages sur les enfants sont bels et bien réels. La manipulation peut être si forte que la victime va jusqu’à croire qu’elle a choisi sa situation et qu’elle n’y est pas contrainte.

    La violence psychologique existe aussi dans des familles où les parents veulent à tout prix asseoir leur autorité. Ils se défendent d’ailleurs de tels traitements sur leurs enfants en prétextant vouloir se faire obéir d’eux. Ils veulent rendre leurs enfants dociles et disent agir dans leur intérêt pour leur éducation. D’ailleurs ils appliquent ainsi l’article 371.1 du Code civil : « L’enfant à tout âge doit honneur et respect à ses père et mère. ». Cette maltraitance peut également se faire tout en douceur sans moins de dégâts pour les enfants. Les parents utilisent alors le chantage affectif leur permettant ainsi d’imposer leur volonté ou de poser des interdits aux enfants, toujours sous le prétexte de le faire pour leur bien. Il faut noter également l’importance des standards véhiculés dans la culture ambiante, dans les actes d’identification des mauvais traitements psychologiques. Ce qui est aujourd’hui et ici jugé comme de la violence psychologique peut-être considéré comme normal ailleurs ou en d’autres temps.

    Le harcèlement est également un autre type d’arme utilisé contre les enfants, dans les établissements scolaires par exemple et qui n’est que très rarement dénoncée par la communauté éducative. Certains enfants brutalisent et agacent systématiquement et de façon répétée les enfants les plus faibles qui servent alors de bouc-émissaire et de souffre-douleur. Les caïds utilisent des menaces, des railleries, taquineries ou vont même jusqu’à frapper et pousser leur victime. Cette pratique est trop généralement banalisée et passe trop souvent pour un cas sans gravité. Cette souffrance est d’autant plus difficile à exprimer que les victimes ne sont pas toujours reconnues comme telles socialement, par l’entourage ou par les professeurs. ils continuent souvent de se sentir coupable de ce qui leur arrive.

    Les conséquences pour les enfants

    Les violences verbales sont interdites par la loi et font partie des atteintes à l’intégrité de la personne au même titre que les autres formes de violence.

    « Un enfant victime de violence psychologique est dans l’incapacité de grandir, de se construire, parce que l’adulte s’approprie son espace psychique et lui dénie son droit à l’existence ». Alors survient le sentiment ne pas être. En effet, un enfant sans cesse nié, ignoré, dénigré, rabaissé, humilié, insulté... a tendance à penser que tant que son parent ne le frappe pas, celui-ci n’est pas vraiment « méchant », il finit par intégrer ce sentiment d’inutilité jusqu’au plus profond de son être. Il se sent coupable de ne pas être à la hauteur des espérances de ces parents et ainsi les déresponsabilise. L’enfant n’a aucun moyen de parler de sa souffrance, il se sent isolé, seul au monde et vit dans la peur de perdre l’amour de ses parents. La perte de cet amour est comme une épée de Damoclès et l’empêche d’agir ou de parler.

    Une souffrance invisible, la lecture comme une cure

    Les échanges avec les enfants victimes de maltraitance psychologique peuvent les aider à dépasser des inquiétudes, des souffrances, des non-dits... mais ils ne sont pas toujours possibles. A travers l’utilisation et l’exploitation des livres et des albums, certains enfants parviennent à redonner du sens à ce qui peut paraître incompréhensible, douloureux ou inavouable. Ils découvrent qu’ils ne sont pas les seuls à être confrontés à ces « problèmes » et qu’ils ne sont pas obligés de les surmonter seuls. Ils peuvent grâce aux livres comprendre, établir des passerelles entre ce qui est et ce qui est lu ou perçu dans les lectures et ainsi s’exprimer.

    La littérature est nourrie d’histoires de jeunes enfants qui n’ont pas été reconnus par leurs parents comme dans Poil de Carotte de Jules Renard, où un jeune garçon d’être né avec les cheveux roux lui vaudra humiliation et dénigrement de sa mère. Néanmoins, la violence psychologique faite aux enfants est particulièrement difficile à aborder dans la littérature de jeunesse, et y est très rarement traitée, notamment parce qu’elle exige une approche psychologique particulièrement fine et précautionneuse. Les écrivains et illustrateurs de littérature jeunesse aspirent à faire passer des messages et de mettre des mots sur les maux. Ces livres deviennent des alliés forts dans la prévention de la violence dans toutes ses formes, un moyen de restructuration de l’individu et en l’occurrence de l’enfant victime, un lien familial (quand il est lu par un parent), un lien multiculturel (des créateurs d’horizon et de culture différentes).

    Chez les plus jeunes on observe des difficultés à construire des relations sociales, un manque de confiance en soi et l’absence de démonstrations émotionnelles, alors les idées les plus tristes s’emparent de leur esprit. Mange moi s’il te plaît, de Tichit et Pauzin, est un album qui traite de ce sujet, avec un texte simple et des illustrations en teintes douces qui montrent l’apaisement d’un petit singe qui ne veut plus exister. Un autre album, N’oublie pas que je t’aime, de Didier Jean et Zad, parle avec douceur de la violence verbale et aborde sans jugement et avec beaucoup de pudeur le thème de la négligence parentale. Il nous rappelle que les difficultés de la vie nous font parfois oublier d’être attentifs à nos proches et témoigne qu’on ne leur dit jamais assez combien nous les aimons.

    Vers l’adolescence, ils se comportent en victime et ont un fort sentiment d’infériorité, ils paraissent constamment fatigués et apathiques, ont des difficultés de concentrations ou ne montrent pas ou peu d’intérêt pour les activités ludiques. Mais c’est à cet âge que l’on observe également des signes d’automutilation par manque d’estime de soi et d’amour propre. Le roman de Corine Albaut, Les parents de Mélie, est un roman fort et poignant qui parle de la violence psychologique que fait endurer une mère à sa fille. Il décrit la descente aux enfers de Mélie (la maltraitance psychologique qui ne se voit pas de l’extérieur, pas de bleus, pas de coups) et qui va s’enfermer dans le silence, la solitude, impuissante elle-même devant l’incrédulité des autres quand enfin elle tente de parler. Sophie Girard, dans son roman L’emprise raconte comment une adolescente vit une relation amoureuse qui devient petit à petit victime de son emprise, sous son contrôle. Elle pense alors que c’est elle qui ne pas répond pas suffisamment à ses attentes et que s’il n’est pas content c’est de sa faute à elle.

    Cette sélection d’ouvrages traite de façon plus ou moins détournée de la violence psychologique dans ses différents contextes. Mais ces livres transmettent aussi, et surtout, un message d’espoir, d’amitié, d’amour ...

    BIBLIOGRAPHIE

    Mange moi s’il te plaît, de Laurence ltichit et Phillippe Pauzin ill.

    (JPG)
    © L’École des loisirs, 2001

    Sylvain, le petit singe, est triste, profondément triste, il n’a plus confiance en lui, il ne se sent plus utile, aimé... et il décide d’aller se faire manger par ceux qui ne demandent qu’à le dévorer. Chacun de ses ennemis (le crocodile, le lion, ...) est surpris par sa démarche et après l’avoir écouté, lui renvoie une image positive de lui-même et l’aide à se revaloriser. Sylvain reprend ainsi goût à la vie.

    lTICHIT, Laurence, PAUZIN Phillippe ill. Mange moi s’il te plaît. L’École des loisirs, 2001.- 1 vol. (non paginé) : 22 x 25 cm. ISBN : 2211061915

    À partir de 3 ans

    N’oublie jamais que je t’aime de Didier Jean et Zad

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    © 2 Vives voix édition, 2011

    C’est l’heure du conte pour la classe de Maîtresse Amandine. Hélène la bibliothécaire commence à lire, mais les enfants ont besoin de parler et des mots doux comme des cœurs jaillissent des petites bouches : Moi c’est Bouille à bisous !... « Moi c’est Petite Crapule !... Et moi Princesse Choupinette... »

    Seul Valentin ne dit rien. Chez lui, les mots doux ont disparu. Il ne reste que les mots durs qui l’enferment et qui l’étouffent...

    JEAN Didier et Zad. N’oublie jamais que je t’aime. 2 Vives Voix Éditions, 2011.- 1 vol. (40 p.) : 32 x 22 cm. (Bisous de famille). ISBN : 9782953373950

    À partir de 5 ans

    Les artichauts de Momo Géraut, Didier Jean & Zad ill.

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    © 2 Vives voix édition, 2012

    La petite Jeanne, chaque soir, au moment du repas, est inquiète, et attend sans faire de bruit. Elle attend ce qu’elle redoute le plus et qui finit toujours par arriver : la dispute, la colère, les cris. Jeanne a peur et s’enfuit parfois chez sa mamie ou dans la plaine. Mais ce soir, il pleut et la nuit est tombée... Alors elle ferme les yeux et met les mains sur ses oreilles et ainsi elle s’évade loin, très loin, où la vie est plus belle qu’ici...

    Zad commente ses graphismes elle-même : « Je travaille essentiellement au pastel associé à la gouache. Cette technique mixte me permet de mêler une gestuelle vivante, des couleurs fortes et une transparence qui évoquent la fragilité de l’être humain, ses sentiments et ses mouvements si éphémères... »

    GÉRAUD, Momo. Les artichauts. JEAN Didier & Zad ill. 2 Vives Voix, 2012.- 1 vol. 36 p. : 33 x 23 cm. (Bisous de famille). ISBN : 9791091081047

    À partir de 7 ans

    Mô-Namour de Claude Ponti

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    © L’École des loisirs, 2011

    Un accident de voiture laisse la petite Isée orpheline - c’est en tout cas ce qu’elle croit. Elle s’installe avec son doudou Tadoramour dans une forêt d’arbres morts. Le grand et gros Torlémo passe par là et invite Isée chez lui pour : « jouer à la baloune ». Il efface son nom : « Je vais t’appeler Mô-Namour, parce que je t’aime », et se sert d’elle comme d’un ballon de foot. Elle « bondit, rebondit, rebonbondit » sous les coups de pied de Torlémo. Et tous les jours, Torlémo joue à la baloune avec Isée, qui devient balle de baseball, de golf, volant de badminton, entre ses grosses pattes brutales. Et tous les soirs, Isée doit préparer un gâteau de plus en plus gros pour Torlémo, dont la gloutonnerie semble sans limites.

    Les métaphores et le texte riche en inventions verbales, sont explicites, il est question de maltraitance infantile, de violences physiques et psychiques.

    PONTI, Claude. Mô-Namour. L’École des loisirs, 2011.- 1 vol. 40p. : ill. en coul. ; 31,5 x 20 cm. ISBN : 9782211207218

    À partir de 8 ans

    Le livre qui dit tout de Guus Kuijer

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    © L’École des loisirs, 2007

    Le héros, Thomas a neuf ans et vit aux Pays-Bas peu après la deuxième guerre mondiale. "- Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? - Être heureux, répondit Thomas. Plus tard, je veux être heureux. - C’est vachement une bonne idée, répond madame Van Amersfoot. Et tu sais où commence le bonheur ? Il commence quand on cesse d’avoir peur."

    C’est une histoire tragique et drôle, pleine d’invention et de poésie, qui pose et fera poser de nombreuses questions, sur la religion, le fanatisme, la violence conjugale et paternelle, la place de la culture et de l’Histoire dans la société et les pouvoirs de l’imaginaire. Effectivement, ce livre dit tout, sans tabou.

    KUIJER, Guus. Le livre qui dit tout. Traduit du néerlandais par Maurice Lomré. L’École des loisirs, 2007. (Neuf).

    À partir de 9 ans

    Les parents de Mélie de Corinne Albaut

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    © Syros jeunesse, 2008

    La première partie de ce livre, Mal à ma mère, a paru en 2002 sous le pseudonyme de Clara Vidal et obtenu le prix Octogone du CIELJ.

    Mal à ma mère- Petite fille, Mélie se rend compte qu’elle a deux mamans : une « maman rose », douce et gentille, celle que tout le monde s’accorde à trouver exceptionnelle, et une « maman noire », qui prend plaisir à la tourmenter, et dont personne - à part peut-être son père, cet éternel absent - ne connaît l’existence. Cette partie décrit la descente aux enfers d’une enfant, puis d’une adolescente victime de la violence psychologique de sa mère.

    Paix à mon père - À la mort de son père, Mélie repasse le film de son enfance à travers les yeux de la jeune femme qu’elle est devenue, pour comprendre et pardonner à cet homme qu’elle a adoré, mais qui n’a pourtant pas su la protéger du démon qui sévissait sous son toit. Cette deuxième partie décrit la colère et l’incompréhension de cette enfant devenue adulte devant la faiblesse et la lâcheté de son père.

    ALBAUT Corinne. Les parents de Mélie. Paris : Syros jeunesse, 2008. collection Les uns et les autres. ISBN : 978-2-7485-0723-2

    À partir de 13 ans

    L’emprise de Sophie Girard

    (PNG)
    © Éditions De Mortagne, 2011

    Mathilde est heureuse, elle vient de rencontrer un jeune homme charmant, gentil, attentionné et comble de bonheur, il est attiré par elle, lui dit l’aimer et qu’elle est tout pour lui. Plus leur relation devient sérieuse et plus le beau Simon devient contrôlant, manipulateur, jaloux et même violent. Mathilde se sent comme si elle n’était rien sans lui. Elle se demande si c’est vraiment ça l’amour ? Comment Simon ne pourrait-il pas avoir raison quand il lui dit qu’elle n’est pas assez bonne, assez gentille, qu’elle ne l’aime pas suffisamment, étant donné qu’il l’aime.

    La collection Tabou traite de divers sujets auxquels les adolescents peuvent se sentir concernés comme le suicide, le sida, l’amour, la grossesse, l’inceste, la schizophrénie, l’intimidation.

    GIRARD, Sophie. L’emprise. Canada : Éditions De Mortagne, 2011. Ccollection Tabou. ISBN : 9782890749634

    À partir de 14 ans

    Hélène Groszek, DEUST 2, janvier 2013

    Post-scriptum

    Mots-clés : maltraitance infantile, maltraitance psychologique, violence, amour

    Voir "Les maltraitances psychologiques (emotional abuse) à l’égard des enfants sur psy.be