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Momotarô, de Frédéric Laurent

Momotarô, une histoire qui se déroule à la japonaise
 
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    Au Japon, Momotaro est un classique du conte initiatique. Le petit garçon adopté doit, plus que les autres peut être, faire ses preuves pour être accepté et intégré dans son village. Alors qu’il devient le jeune homme le plus fort du village on ne lui pardonne pas sa paresse au travail, une mission lui est confiée pour le mettre à l’épreuve.

    Momotaro est paresseux et... on ne sait pas si ça changera ! Il s’agit pour lui de trouver sa place dans le monde en réussissant à se faire accepter et c’est grâce à ses qualités qu’il y parviendra, car les qualités d’une personne peuvent compenser ses défauts n’est ce pas ?

    (JPG)
    © Balivernes, 2012

    Dans la collection des Petites sornettes, axée sur la qualité des illustrations, Balivernes Éditions propose des albums de petits formats pour les enfants. Les choix graphiques de Frédéric Laurent offrent un bel exemple de la façon dont l’illustration peut participer à la narration et entraîner l’enfant dans un véritable acte de lire.

    Une narration par l’image

    Chaque double page est remplie par une illustration en pleine page à « lire » de gauche à droite. S’inspirant directement des rouleaux japonais, Frédéric Laurent fait apparaître son personnage plusieurs fois sur la même illustration qui est à comprendre comme une suite d’actions qui se déroulent.

    Il est d’ailleurs remarquable que les huit illustrations (16 pages) ne soient en fait qu’une seule longue frise, découpée de façon à suivre les arcs de l’histoire. Les décors se suivent donparfaitement à chaque page tournée, ce qui offre un rendu aussi esthétique qu’intéressant. Ces deux points, le découpage par arcs narratifs et le suivi linéaire prédominant, structurent parfaitement la narration. Une narration qui passe par l’image et fait appel à une véritable lecture de l’image.

    En effet il est possible de comprendre l’histoire sans se référer au texte, qui se fait d’ailleurs discret. On peut dire que le texte se propose comme une traduction de l’image. Ici c’est l’enfant qui ’’sait lire’’, celui qui sait mettre librement ses propres mots sur l’histoire qui lui est donnée à voir.

    Dans les emakimono [1] traditionnels, textes et illustrations se succédaient habituellement de façon à ce que le lecteur lise d’abord et regarde l’illustration ensuite. Quand les illustrations étaient particulièrement longues il arrivait que des annotations rappellent le texte au lecteur afin de lui permettre de suivre l’action dans l’image. Le texte de l’album m’évoque ce principe : le texte est sobre et épuré par rapport à d’autres versions de l’histoire, sans faire néanmoins l’impasse sur aucune péripétie.

    On peut remarquer une absence de dialogues, qui, si elle enlève de la vie à la narration, permet une interprétation plus libre de l’histoire : au lecteur de d’imaginer que Mômotaro a la faculté de parler avec ses amis animaux ou pas. Ainsi l’histoire peut être racontée d’un point de vue plus ou moins réaliste ou féerique. L’album peut devenir le support d’une lecture très personnelle dans laquelle l’enfant non encore lecteur et l’adulte peuvent s’impliquer également. Momotaro est un album qui représente bien l’objectif de l’éditeur qui propose dans cette collection de « partager un moment de lecture entre parents et enfants ».

    Un conte traditionnel revisité

    L’intérêt de la version de Frédéric Laurent est d’avoir joué complètement le jeu du emakimono dans un style graphique moderne. Je dis “la version de” car l’illustrateur parisien est loin d’être le premier à adapter dans un album pour enfants ce conte qui est un classique du genre.

    Le petit héros du folklore japonais aurait été inventé dans la région d’Okawama à l’époque d’Edo (XVIIe siècle).

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    Momotarô se rendant sur l’île des brigands, pages 11 et 12
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    peinture japonaise traditionnelle, Hokusai

    Les illustrations de Frédéric Laurent s’inspirent de façon évidente des emakimono de la même époque. On y retrouve la prédominance des couleurs ocre et vert et le point de vue en plongé sur la scène qui permet une compréhension facile de l’espace et des déplacements des personnages. Les couleurs très saturées (fortes) se rapprochent de ce qu’on imagine être les couleurs d’origines des rouleaux anciens, ce qui saura séduire les amateurs de culture japonaise qui apprécieront également les références graphiques à des artistes comme Hokusai.

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    emakimono
    (PNG)
    pages 7 et 8, on peut apprécier la prédominance des couleurs ocres au premier plan qui contraste avec l’arrière plan

    Néanmoins il n’est nullement nécessaire d’être versé dans la culture étrangère pour apprécier cette jolie histoire d’amitié et d’aventure comme les aiment les enfants de tous les pays.

    © Lisanne Jacobson, L2 LLCE Japonais, mars 2013

    Avec tous nos remerciements aux éditions Balivernes et à Frédéric Laurent qui nous ont très gentiment permis d’insérer les illustrations.

    Post-scriptum

    LAURENT, Frédéric. Momotarô. Balivernes Éditions, novembre 2012. 20 p. ; 18 x 18 cm. (Petites sornettes). ISBN-13 : 978-2350670713, cartonné

    mots clés : conte traditionnel, culture japonaise, emakimono

    Pour aller plus loin

    Exemple d’album japonais

    Le vieux fou de dessins, un album en hommage au peintre japonais Hokusai

    Site de l’auteur

    Présentation de Balivernes Éditions par les étudiants de Lille 3

    Site de l’éditeur

    Site officiel de l’auteur : Frédéric Laurent

    Sur Lille3jeunesse, retrouvez tous les articles sur Balivernes

    Notes de bas de page

    [1] Les emakimono sont “des livres” présentés sont la forme de longs rouleaux qu’on consulte en déroulant le côté droit vers la gauche, qu’on ré-enroule au fur et à mesure (comme une bande de cassette il est nécessaire de ré-enrouler dans le bon sens pour la prochaine lecture). Les idéogrammes qui composent le mot permettent de comprendre ce dont il s’agit : é = 絵 = dessin ; maki = 巻 = enroulé ; mono = 物 = objet.