Site littérature jeunesse de lille 3

16 Lunes, de Kami Garcia et Margaret Stohl, Luc Rigoureau trad.

 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    Mots-clés

    Il faut toujours se méfier de la Lune...

    (JPG)
    © Hachette jeunesse, février 2010

    Après le raz-de-marée littéraire qu’a provoqué Twilight, beaucoup d’auteurs se sont inspirés de la trame de l’amour inaccessible lié à un monde magique inclus dans notre société. S’y côtoient des créatures fantastiques et redoutables qui œuvrent pour répandre le mal ou la bonté. Le plus souvent, ces livres en viennent à dénaturer le concept original ou dans le cas contraire l’usent "jusqu’à la corde". Annoncé dans la continuité du phénomène qu’a engendré Stephenie Meyer, 16 Lunes ne m’attirait pas vraiment. De même, issu de la même collection (Black Moon) que Twilight, je me rappelle avoir longuement hésité avant de commencer ma lecture : le best-seller avait placé la barre très haut dans ce domaine, il me semblait quasiment impossible de faire mieux dans ce genre d’histoire ou de trouver un concept équivalent. Mais, dès les premières pages, j’ai tout de suite accroché à l’histoire des deux personnages principaux, âgés de 16 ans : Lena et Ethan.

    « J’ai longtemps rêvé de cette fille. Elle apparaissait dans un cauchemar où, malgré tous mes efforts, elle tomber sans que je puisse la sauver. Je me savais lié à elle d’un façon particulière. Et puis, in jour, elle est arrivée en chair et en os dans au lycée de Gatlin, notre petite bourgade du Sud des Etats-Unis. Elle était belle et mystérieuse. Si j’avais su qu’en même temps que cette fille surgirait aussi une malédiction... J’étais éperdument amoureux, mais cet amour était perdu d’avance. L’amour est-il plus fort que le destin ?  » (quatrième de couverture)

    I/ ANALYSE ET RÔLE DE L’IMAGE

    Il y a eu un véritable travail de réflexion sur l’illustration de première couverture du roman. Le noir symbolise le mystère, les épreuves et le danger qui gravite autour des deux jeunes. Cette teinte symbolise en général la mort ce qui est en contradiction avec les gouttes d’eau réprésentant la vie. La tige, divisée en deux, finit pourtant par se rassembler : cela nous donne l’indice d’un rapprochement entre Ethan Wate et Lena Duchannes.

    II/ QUELQUES ELEMENTS NARRATIFS

    L’histoire est racontée du point de vue d’Ethan Lawson Wate, un adolescent de seize ans qui a priori a tout pour être heureux : il fait partie de l’élite du lycée, joue dans l’équipe de basketball, sort avec la plus belle fille de la ville... Pourtant, Ethan n’est pas comblé ; il lui manque une chose : ses parents. Sa mère, grand écrivain, est décédée peu de temps avant que le récit ne commence. Son absence est un motif récurrent que l’on retrouve au fil des pages. Son père, toujours vivant, ne sort jamais de son bureau, la seule pièce où il est interdit à Ethan d’entrer. Le jeune adolescent est élevé par sa gouvernante Amma, vieille femme quelque peu étrange qui voue une passion inexpliquée des « gri-gri » et les mots croisés. Ethan vit à Gatlin, une petite bourgade des États-Unis au nord de Savannah dont il rêve de s’évader à tout prix, ne supportant plus les sempiternelles maisons, la population, mais surtout cette routine qui l’étouffe depuis son enfance : "Régulièrement, je tirais des lignes entre les différents destinations, un fin trajet vert que j’avais l’intention d’emprunter en stop l’été suivant mon bac, pour peu que je parvienne à quitter un jour Gatlin". C’est dans la littérature qu’il aime se réfugier, pour fuir le mal-être qu’il ressent face à sa vie qu’il juge ennuyeuse et pathétique. Malheureusement, il se doit de cacher cette passion à ses amis basketteurs ainsi qu’aux impitoyables cheerleaders afin de leur montrer l’image d’un ado dégingandé pour ne pas perdre la face : "Ma passion des livres et ma carte étaient mon jardin secret. Dans la région, la littérature et le basket ne faisaient pas bon ménage". Le premier temps du livre reflète les maux des adolescents d’aujourd’hui qui n’osent se dévoiler, de peur d’être ridicule et qui, à l’instar d’Ethan, souffrent en silence sans jamais en parler de la douleur qu’il éprouve face à l’absence de sa mère et de l’amertume qui le consume face à sa condition. Enfin, une chose dont Ethan ne peut se débarrasser, c’est Elle. Il rêve de cette fille depuis des mois, l’a constamment dans la tête, essaie chaque nuit de la sauver sans résultats. Elle n’existe pas mais il l’aime ce qui est des plus perturbants, surtout si l’on se met dans la peau d’un ado de 16 ans ! :"Là, c’était plus fort que moi, je songeais constamment à elle.[...] J’avais seize ans, j’étais en train de m’éprendre d’une fille qui n’existait pas et je perdais peu à peu l’esprit".

    Cependant, un jour, elle arrive. Elle, avec ses longs cheveux noirs, ses grands yeux verts et sa beauté fascinante, irréelle. Tout aurait pu être parfait, si elle n’était pas la nièce de « ce vieux fou de Ravenwood », le reclus et le demeuré de la ville. Contre toute attente, il en tombe amoureux : Lena Duchannes. Plusieurs éléments vont tendre à les rapprocher notamment le secret de Lena. C’est ici que la situation se complique, le conseil de la ville fait tout pour les séparer ainsi que l’oncle de la jeune fille, pas si demeuré que ça en fin de compte. Par ailleurs, Ethan ne comprend pas les angoisses de Lena envers son seizième anniversaire jusqu’à ce qu’il comprenne la terrible malédiction qui l’accompagne (d’où le titre, 16 Lunes qui correspond au seizième anniversaire de Lena. C’est le fil conducteur du récit). Alors ; « l’amour est-il plus fort que le destin ? » Cet amour est-il forcément voué à l’échec ?...

    III/ FONCTION ET INTÉRETS DU ROMAN

    (JPG)
    Ehan Lawson Wate (Alden Ehrenreich) et Lena Duchannes (Alice Englert)

    Ce roman fantastique répond avant tout à une fonction récréative. Il est destiné à un public assez vaste compris entre 12 à 18 ans principalement mais pouvant aussi convenir aux adultes. Il fait partie de la littérature jeunesse des ados et jeunes adultes. Le style est clair, fluide. Malgré quelques passages lourds, comme les entretiens entre Macon Ravenwood et Amma, l’ensemble est réussi et il devient difficile de s’en détacher. 16 Lunes fait partie de ces romans qui restent en mémoire une fois la lecture achevée et qui amènent à se poser sans cesse la question : « Bientôt la suite, que va-t-il advenir d’eux ? ». Mêlant fiction et romantisme , il forme un cocktail explosif qui donne une leçon de morale en douceur par la lecture mais qui a un impact sur les jeunes lecteurs : ce n’est pas parce qu’une personne est différente qu’il faut la rejeter, à l’instar de ce que subit Lena de la part de ses "voisins". La famille ne définit pas la personne que l’on est, ce qui nous définie c’est l’être que l’on a choisi de devenir comme l’explique si justement Ethan. L’irrésistible attraction entre Lena et Ethan a fait fondre, comme neige au soleil, mon scepticisme vis-à-vis de leur histoire.

    Ce « Twilight revisité » emmène le lecteur dans un monde enchanteur où la sorcellerie fait partie intégrante du roman et en est un des points les plus accrocheurs. Ethan s’adressant au public, confie ses sentiments les plus intimes et nous les fait vivre en même temps que lui ce qui relance continuellement l’intrigue pour qu’elle ne s’essouffle pas et ce qui nous permet de le voir évoluer au gré du roman. Ethan est le narrateur ; il renforce l’intimité que l’on éprouve envers lui. Il émet avis, hypothèses, descriptions auxquelles nous assistons, nous croyons, et nous découvrons la vérité en même temps que lui.

    L’emploi du langage courant et parfois même typiquement « adolescent » rend le récit très accessible. Son esprit, plein d’humour et de finesse est un réel plaisir à décrypter. Les références littéraires et culturelles sont aussi très nombreuses grâce au personnage de Marian, la bibliothécaire en chef de Gatlin qui cite Antigone, Euripide ou encore Benjamin Franklin. C’est un bon moyen de méditer sur les citations ou de pousser la curiosité en allant les étudier de plus près. En outre, il y a un usage fréquent du latin suscitant un intérêt particulier pour les lecteurs.

    Une sorte de comptine rythme les pages à laquelle s’ajoute au fur et à mesure des couplets. Une nouvelle comptine apparaît aussi à la dernière page du livre pour nous plonger d’ores et déjà dans le tome 2. Tout fan de littérature Young adults fantastique peut trouver en 16 Lunes une nouvelle « pépite », un nouveau livre à garder soigneusement à l’instar des Harry Potter par exemple. De même, la touche de romantisme est un vrai plus et apporte une certaine douceur au milieu de la noirceur suintant des combats incessants auxquels les deux ados doivent faire face. On retrouve clairement la ligne éditoriale de la collection Black Moon qui traite avant tout d’histoires d’amour impoosibles et dangereuses. En tant que mot de la fin, je ne dirais qu’une chose : à lire très vite !

    IV/ INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

    (JPG)

    Premières de couverture des quatre livres : 16 Lunes (tome 1), 17 Lunes (tome 2), 18 Lunes (tome 3) et 19 Lunes (tome 4). Le dépôt légal français date de Février 2010 et de 2009 pour les États-Unis. Les tomes 2 (17 Lunes), 3 (18 Lunes) et 4 (19 Lunes) sont disponibles en librairie.

    (JPG)
    Affiche de l’adaptation cinématographique
    par Richard LaGravenese, 2013
    (JPG)
    L’adaptation graphique chez Pika

    De plus, point non négligeable, le premier tome de ce qui devait être à la base une trilogie, a été adapté au cinéma sous le titre de Sublimes Créatures, d’après le titre américain : Beautiful Creatures. Le film excelle dans les effets spéciaux et les décors. Le schéma du livre est dans l’ensemble respecté pour le plus grand plaisir des lecteurs malgré quelques différences notables (notamment des personnages et des scènes supprimées mais cela comme dans toutes adaptations cinématographiques) qui s’oublient facilement devant la beauté de la réalisation. Le film, sorti le 27 février 2013, est actuellement en salle.

    © Par Caroline D., L1 Histoire, mars 2013

    Post-scriptum

    GARCIA, Kami, STOHL, Margaret. 16 Lunes. Luc RIGOUREAU trad. Paris : Hachette jeunesse, février 2010. 635p. ; 21.5x13.5cm. (Black Moon). ISBN : 978-2-01-201822-8. Broché.

    Titre original : Beautiful Creatures.

    À partir de 12 ans

    Pour en savoir plus

    -  Un article sur le blog Nivrae
    -  Kami Garcica sur Babelio
    -  Margaret Stohl sur Babelio
    -  Des avis d’internautes sur Babelio
    -  Bande annonce du film, avis, critiques presse, critiques spectateurs sur Allociné

    Voir aussi la critique de Mélanie sur Lille3jeunesse