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La petite princesse de mon royaume imaginaire

Quand les mots prennent vie...
 
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    Je fais ici appel au souvenir du roman le plus marquant de mon enfance : Petite Princesse, écrit par Frances Hodgson Burnett, paru pour la première fois en 1905 et réédité par France Loisirs pour ses adhérents en 1996. Ce roman adapté plus tard en dessin animé dont la plupart se souviennent sous le titre de Princesse Sarah a marqué et passionné mon jeune esprit avide de lecture.
    (JPG)
    © France Loisirs, 1996.

    Avant la télévision, avant les facilités visuelles et sonores, il y avait dans mon esprit tout un monde coloré. Je passais des heures isolée ou "dans la lune" comme me répétaient souvent les adultes de l’époque, mais je partais jouer sur des terrains ou aucun d’entre eux ne pouvait m’accompagner. Les mots y étaient des couleurs ou des images, les sons que j’y entendais ne trouvaient pas leur pareil dans le monde réel et je comprenais les gens aussi facilement que si je lisais à travers leurs intentions.

    Je me souviendrai toujours de mon premier livre, non pas le premier que j’ai lu, mais le premier qui m’a appartenu. J’avais passé en revue toute la bibliothèque de ma grand-mère, dévorant chaque livre de sa collection de la Comtesse de Ségur. Devant ma soif de lire ma mère m’avait acheté un roman, juste pour moi, Petite Princesse. À dix ans j’obtenais pour la première fois un roman neuf, rien qu’à moi. L’odeur du livre tout droit sorti de son emballage, me donnait l’impression d’être à Noël.

    Sur la couverture grise, il y avait cette petite fille aux cheveux noirs, à l’air mélancolique qui serrait sa poupée dans ses bras mais après la lecture du premier chapitre, la petite Sarah, l’héroïne avait pris une allure beaucoup plus digne et beaucoup plus douce, bien que forte à l’intérieur. Mon imagination avait pris le pas sur l’image qui m’avait été imposée, c’était pour moi comme regarder un film que j’aurais moi-même créé.

    À l’époque, je n’avais connu que la chaleur et les paysages verdoyants de mon île, cependant mon esprit n’avait trouvé aucune difficulté à me dépeindre l’environnement morose dans lequel s’était déroulée l’histoire que j’avais dévorée.

    Au fil des pages, je découvrais un monde gris, un Londres triste et froid, un monde où les parents n’étaient pas toujours là pour nous protéger, un monde où la méchanceté pouvait exister gratuitement et la bonté se cacher dans un trou de souris, luttant comme une flamme sous le vent pour continuer à exister.

    Sarah Crewe et son besoin de rester digne et généreuse, même touchée par le malheur et la pauvreté me retournait l’estomac. Dans sa misère je prenais sa place, je ressentais sa peine et son courage, je sentais le froid mordant et je voyais à travers ses yeux ce qu’elle imaginait pour se donner la force de survivre. En quelques chapitres, elle était devenue une force à laquelle je m’étais identifiée et à la fin, quand tout s’était achevé pour le mieux pour elle, j’avais pu ressentir un vrai soulagement, comme si son "happy end" avait été le mien.

    Entre le jour de la réception de mon roman et le moment où j’eus fini de le lire, juste une semaine s’était écoulée, mais dans ma tête, j’avais passé une année à l’institut de Miss Minchin, tout comme la petite princesse dépeinte par Frances Burnett.

    © Célia Defoi L3 Culture et Médias / Mars 2013

    Post-scriptum

    BURNETT, Frances Hodgson. La petite princesse. France loisirs, 1996. 333 p. (Club jeunesse).