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Maman était petite avant d’être grande, écrit par Valérie Larrondo et illustré par Claudine Desmarteau

Écoute mais surtout ouvre bien les yeux ! Maman te raconte son histoire...
 
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    À sa petite fille ou à son petit garçon, Maman fait le récit de son enfance. Du lever au coucher, son comportement est exemplaire, c’était une petite fille parfaite ! Oui mais voilà, les mamans disent-elles vraiment toute la vérité ?

    Un titre qui prend toute la première de couverture, une écriture en majuscule avec de gros traits rouge vifs, le moins que l’on puisse dire c’est que ce petit album carré attire l’oeil ! Maman, une petite fille ? Je serais curieuse de voir ça...

    (JPG)
    Première de couverture de l’album

     [1]

    A, B, C, D

    Avec un texte placé tantôt sur la page de gauche, tantôt sur celle de droite, tantôt sur la double page, le récit semble être en mouvement continuel, ce qui lui donne un rythme. Pas beaucoup de texte, les lettres sont grandes, l’ensemble est aéré ; l’histoire de maman est agréable à lire.

    « Maman ne fait pas ci, ne fait pas ça »

    Maman est l’objet tout entier de cet album, et elle le fait bien savoir grâce à cette structure répétitive. Elle semble s’adresser à son enfant, ce qui nous donne l’impression de pénétrer au coeur de leur dialogue ; une correspondance qui trouve un écho chez chacun. Le langage est adapté aux plus petits, c’est pourquoi les phrases sont courtes et simples, avec des mots de tous les jours et même des mots rigolos.

    Rouge, orange, blanc et rose

    La petite fille est représentée avec des tons chauds, entre rouge et orange vifs, tandis que son entourage, du chat- qui, soit dit en passant, ressemble beaucoup plus à un toutou- à son petit frère, sont représentés avec des couleurs plutôt pâles. Le trait du dessin est épais, le dessin est enfantin et le remplissage des couleurs à la gouache est sommaire ; il arrive que la petite fille porte des vêtements sans couleurs, comme à la (page 14) [2] de l’album. L’illustratrice semble vouloir insister sur le visage de la petite fille, qui est toujours très coloré et très caractérisé. Les illustrations à moitié colorées et les traits désordonnés associés à l’épaisseur de la gouache, rendent le tout très enfantin et font ressentir l’agitation de la petite fille.

    À quoi ressemblait maman petite ?

    La mini-maman est pratiquement toujours représentée de face, comme pour insister sur l’expression de son visage, souvent doté d’un sourire et d’un regard malicieux. Les illustrations sont disposées de manière libre, et aux (pages 37-38), il faut tenir l’album verticalement pour regarder l’illustration et lire la phrase qui l’accompagne. La petite fille y est représentée en pieds, toute de rouge vêtue, et avec une énorme bouche montrant d’énormes dents pointues...

    Des mots et de l’imaginaire

    Le texte et l’image ne font qu’un. Quand maman dit qu’elle était très calme aux (pages 20-21), on peut deviner, grâce à son ours en peluche déchiré et mal en point, qu’elle ne dit pas la vérité. L’image prouve à décharge ce que raconte maman. Le texte est également présent pour soutenir l’illustration, comme à la (page 12), où maman affirme sur la page de gauche qu’elle « ne disait aucun gros mot » mais sur l’illustration à droite, on peut voir une flopée de gros mots, tous aussi poétiques les uns que les autres, sortir de sa bouche.

    On peut penser que ces illustrations évoquent une réalité, que maman était vraiment un mini-tyran lorsqu’elle était petite. On peut également croire qu’elles sortent de l’imaginaire de bébé qui s’amuse à ne pas croire au récit de maman. Il est vrai que les illustrations tirent souvent vers l’imaginaire, notamment quand la petite fille est représentée avec un pistolet, réclamant une Barbie, ou encore lorsqu’elle raconte une histoire terrorisante à son frère tétanisé  !

    Des bêtises et du rire

    Dans cet album, le lecteur se rend compte que les bêtises, finalement, tout le monde en fait. Même maman, qui prétend que non ! De plus, l’album n’hésite pas à les représenter, sans détours, des plus rigolotes à celles qui font hurler les mamans, comme lorsque l’on se décide à peindre sur les murs ! ((pages 15 et 16)). En exagérant les bêtises commises par la petite fille, et en les attribuant à maman, l’album dédramatise les sottises enfantines.

    Le contraste entre le récit très conventionnel de la mère et la pagaille apparente des illustrations provoque le rire à coup sûr chez le lecteur. Aux (pages 24-25 et 26-27), lorsque la petite fille est entourée de ses parents, cajoleuse, sur une illustration en double page, mais que sur la suivante elle se rapproche férocement de son papa, c’est sans aucun texte que l’illustration est commentée ; le sens de l’illustration elle-même est immédiatement compréhensible par l’enfant. La lectrice se reconnaît car son affection pour papa est toujours particulièrement grande, et le lecteur se reconnaît également car il y a toujours une préférence soit pour papa soit pour maman, même si on ne le dit pas forcément... C’est justement ce que fait l’album ici, il dévoile mais n’explique rien, l’illustration est seule, sans texte, pour laisser l’enfant surpris et amusé de ce revirement soudain.

    À la suite de sa lecture, l’enfant peut imaginer sa propre maman petite et va sûrement vouloir lui faire lire et relire l’histoire, pour lui montrer qu’il sait tout, qu’il a tout vu et tout compris, et que maman n’était pas du tout sage ! L’image rend complice le lecteur ; maman raconte et, caché derrière les illustrations de cet album, l’enfant rit de voir maman mentir. Le lecteur se sent valorisé et grandit ; il détient la vérité grâce aux images, et ce n’est pas lui qui fait une bêtise en racontant des mensonges... C’est maman !

    « Lire avec un enfant n’a rien d’un apprentissage programmé mais tout d’un échange, d’une complicité, d’un partage. » [3]

    Un album tout en nuances, tout en sous-entendus. Le lecteur est complice, il rit et se sent rassuré. Il est acteur véritable de l’album car c’est lui et lui seul qui peut déceler la vérité. Dans une atmosphère pleine d’humour dans les illustrations et dans les mots et chargée de tendresse dans le récit bienveillant de maman, cet album qui attire l’œil évoque des souvenirs aux unes et développe l’imagination des uns.

    © Mélanie LECOEUVRE, L1 Lettres modernes, avril 2013

    Post-scriptum

    Pour aller plus loin :

    Site internet de l’illustratrice

    Site internet de la maison d’édition de l’album

    Notes de bas de page

    [1] LARRONDO Valérie. Maman était petite avant d’être grande. Claudine DESMARTEAU ill. Lieu : Éditions du Seuil, 1999. (N.P) ; 16x16cm (Création jeunesse) ISBN : 2-02-033512-3 (Broché)

    [2] Les pages de l’album ne sont pas numérotées, j’ai donc compté les pages moi-même, à partir de la page de titre de l’album.

    [3] Citation tirée de l’ouvrage Ces livres qui font grandir les enfants écrit par Joëlle Turin, Collection Passeurs d’histoires, Didier Jeunesse, 2008.