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Lady, ma vie de chienne, de Melvin Burgess

 
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    Ça plaît ou ça dérange... en tout cas, ça ne laisse pas indifférent

    (BMP)

    Sandra a 17 ans. Elle est jeune, jolie, délurée. Elle aime vivre, s’amuser, faire du shopping. Depuis quelque temps, elle a décidé de profiter de la vie comme elle l’entend et non plus comme ses parents ou son amie voudraient qu’elle soit. Alors, elle fait n’importe quoi, surtout avec les garçons auprès de qui elle a beaucoup de succès. Et elle passe allègrement de l’un à l’autre, pour un jour, pour un soir.

    Un beau jour (ou plutôt, un jour néfaste ?), elle bouscule un sans-abri ivre sur un trottoir et se retrouve transformée... en chienne ! Son existence somme toute assez banale de jeune anglaise prend alors un tournant décisif, c’est le moins qu’on puisse dire. Parce qu’elle n’est pas "juste un chien", elle a gardé son esprit d’humaine. Elle va devoir s’adapter à ce nouveau corps qui marche à l’instinct, et à sa nouvelle condition de chienne. Elle découvre alors des sensations inconnues : la puissance des odeurs, les courses effrénées à travers la ville sans ressentir une once de fatigue, la force de l’instinct. Elle se surprend (entre autres) à avoir mortellement envie de tuer un chat d’un coup de croc, de sentir le goût du sang sur sa langue... Bien sûr, le passage de jeune et jolie ado à chienne ne se fait pas sans heurt. Tout d’abord parce que sa mère ne l’a pas reconnue (évidemment) et qu’elle a été tellement effrayée qu’elle a hurlé "Au chien fou !". Sandra-Lady va errer un peu, seule, puis elle va très vite être rejointe par deux chiens qui lui parlent. Mitch et Bobby ont senti que c’était la dernière "victime" de Terry, le sans-abri qui possède un étrange pouvoir, celui de transformer les gens en chien lorsqu’ils le mettent en colère. Ils sont eux-mêmes des humains transformés en chiens pour avoir renversé la - sacrée ! - bière de Terry. Ils vont guider Lady dans sa nouvelle existence et devenir ses amis très précieux avec qui elle chassera, la nuit, dans la meute. Et puis elle va se rapprocher de l’homme qui a transformé sa vie ; en tant qu’humaine, bien sûr, elle l’aurait sans doute haïe, il l’aurait dégoûtée. Mais en tant que chienne, c’est son maître et elle sent en elle le puissant désir de sentir ses mains lui flatter le flanc. Et Terry va la reconnaître tout de suite et la baptiser Lady. Il va lui apprendre des tours pour faire la manche, notamment le tour du chien qui parle.

    Sandra adore sa vie de chienne, aussi surprenant que cela puisse paraître au premier abord. Elle aime pouvoir jouir de la vie sans souci, sans d’autre angoisse que celle de trouver à manger. Elle aime pouvoir assouvir simplement ses instincts sans se soucier du regard des autres. Elle aime la chasse avec la meute, elle aime pouvoir courir à fond de train. Elle pèsera souvent le pour et le contre entre son existence de jeune fille et celle de jeune chienne mais elle choisira de vivre sans les angoisses propres aux hommes.

    Est-ce si choquant ?

    Melvin Burgess, auteur anglais qui s’est spécialisé dans la littérature pour "jeunes adultes", avait déjà beaucoup fait parler de lui avec son roman sur la drogue, Junk. Ici, c’est un autre registre mais qui suscite également le débat. Tant le sujet que le ton très cru du roman ont suscité la polémique. Sandra est une ado dévergondée, qui enchaîne les relations sexuelles parce que, elle n’a pas peur de le dire, elle aime ça. Plus largement, elle aime jouir des plaisirs de la vie et, au début du roman, elle traverse une phase d’excès où elle abuse de l’alcool, des drogues, du sexe. En somme, c’est une épicurienne qui n’a pas peur des mots et qui n’a pas froid aux yeux. Et, dans son corps de chien, sa nature ne change pas. Et d’ailleurs, on n’imagine pas Sandra dans un autre animal qu’une chienne. Mais il y a comme une sorte de fascination teintée de dégoût envers la métamorphose d’un être humain en animal. Il y a quelque chose de dérangeant à penser un esprit humain enfermé dans un corps animal. On pense à La métamorphose de Kafka bien sûr, et Melvin burgess affirme que cette histoire l’a largement inspirée. On pense aussi à Truismes de Marie Darieussecq où une femme devient truie. Il y a certes quelques scènes assez crues dans Lady mais elles servent au souci de réalisme du texte, à sa franchise. La scène de copulation dans le cimetière hérisserait le poil des défenseurs de la bonne conduite, certes, mais il s’agit d’un chien. Du coup, il se crée une distance entre le lecteur et le personnage, même si le narrateur est Sandra-Lady.

    Lady, ma vie de chienne n’est pas une comédie de moeurs. Il s’agit surtout d’une allégorie qui permet à l’auteur de dénoncer le carcan de la moralité imposé par les hommes et la prison des obligations quotidiennes pour mieux louer une vie heureuse où l’on ne se préoccupe que d’assouvir ses instincts et de satisfaire des plaisirs simples. C’est ce qui lui a valu tant de critiques en Angleterre.

    Mais si on lit cette histoire en respectant ce qu’elle est, une oeuvre de fiction, on y lit aussi une ode à la liberté, non dénuée d’humour. Et c’est aussi une lecture passionnante que l’on fait d’une traite.

    Un roman à découvrir, à partir de 15 ans.

    Mots-clés : chien / adolescence / famille / amitié / métamorphose / liberté

    Marine Dormion (01/2003)

    Burgess, Melvin. Lady ma vie de chienne. Gallimard,jeunesse, 2002. (Script. 236 p. ISBN 2070549984